‹ Le professeur de musiqueChapitre 65 sur 174 · DE LA PETITE NOTE DOUBLE · texte numérisé non relu

DE LA PETITE NOTE DOUBLE

La Petite Note double, écrite presque toujours en minuscules, se place, ainsi que la simple, au-dessous ou au-dessus de la majuscule et se lie avec elle. Les trois ensemble font tierce majeure, mineure ou diminuée, ce qui dépend du mode, des degrés de la gamme et des altérations écrites dans l’une ou l’autre de ces tierces mélodiques.

Entre les trois manières reçues d’envisager, d’écrire et d’exécuter la petite note double, il est à présumer que la première aura suivi la gradation que présente l’exemple 4 du dixième Tableau. La deuxième manière est celle dans laquelle la petite note double suit ou précède la majuscule. Pour la bien exécuter, il faut observer scrupuleusement les signes d’expression indiqués n” 5 du dixième Tableau.

Un cas plus rare est celui où la petite note double se compose de l’inférieure et de 1a supérieure de la note majuscule, marchant ainsi par degrés disjoints ; et c’est la troisième manière. [Voir le n° 6 du dixième Tableau.) Aucun signe de nuance ne l’accompagne, et son exécution exige beaucoup de douceur et de délicatesse. Une sorte de naïveté propre à cet agrément le fait paraître vieux à quel([ues-uns ; mais cela dépend delà façon dont il est rendu: Pasta paraissait l’afl'ectionner, et, dans sa bouche, il était plein de

grâce.

Une invention assez moderne, et que l’on ne sait comment qualifier, consiste à anticiper la petite note simple , tout en faisant sentir celle-ci par un léger coup de gosier, mais très précipité. Cela se fait à satiété maintenant sur l’anté-pénultième note de la cadence parfaite. [Voir n° 7 du dixième Tableau.)

On demande ce que cette belle découverte, due on ne sait à quel chanteur, ajoute à l’expression; et si le goût ou le sentiment en retire quelque fruit ? On entend même répéter plusieurs fois de suite eette espèce de hoquet de la voix, avec plus ou moins de précipitation, sur un soutenu, comme, par exemple, sur le point d'orgue du grand air d'Elvire, dans l’opéra la Muette de Portici (A). (UoiV n° 8 du dixième Tableau.)

Ce n’est ordinairement que sur les voyelles a et è ouvert (}ue se font les traits rapides et, autant que faire

(1) Celle dernière prend les deux formes que voici : 1“ dans la gravure,

0 ; dans la copie

se peut, tout ce qui est agrément ou broderie. Ici pourtant la deuxième syllabe du mot bonheur^ le r final et l’ô ey.clamatif se succèdent presque immédiatement dans le son filé, le trait et la reprise du motif. C’est qu’en dépit de notre langue qui s’y refuse, on veut, à l’envie des Italiens, coudre partout des roulades, des traits, des fioritures, sans se soucier autrement des mots qui les reçoivent.

SECTION IV

Page 1