DE LA PETITE NOTE SIMPLE
Par les noms que les maîtres italiens ont donné à ce que nous appelons petite note, ils ont indiqué à la fois et cet ornement et la nuance qui convient à son expression : ils l’ont nommé Appogiatura, de leur verbe Appogiare, appuyer, parce qu’en effet la voix appuie sur cette petite note un peu plus que sur celle qui lui est jointe.
Notre mot appui répondait assez bien à celui d’ Appogiatura ; peut-être devait-on l’adopter, car les termes usuels de petite note prêtent encore à l’é([uivoque, par leur double sens de note de goût et de note d’un moindre volume, d’une grosseur dilîérente de celle des notes ordinaires et communes ; outre que ce sont <!cux mots au lieu d’un seul. Nous conserverons néanmoins l’expression consacrée ; mais en môme temps, ])Our la clarté des explications subséquentes, il nous a paru nécessaire d’introduire dans la langue musicale, et comme indication de cette différence de volume dans les deux seules grandeurs de notes, les termes comparatifs de majuscules et de minuscules, lesquels échappent à toute fausse interprétation, où l’on tomberait, au contraire, en opposant sans cesse l’un à l’autre les mots de grande et de petite note.
Cette dernière est de deux sortes, c’est-à-dire simple ou double.
Simple, et placée devant la majuscule à laquelle elle est liée, h petite note et son annexe présentent un intervalle de seconde supérieure ou inférieure. Dans le premier cas (n'’ 3 du dixième Tableau , lettre .4), cette seconde est majeure ou mineure, selon le mode et les degrés de la gamme qui forment l’intervalle, ou selon l’idée du compositeur. Dans le deuxième cas (lettre 1>), la petite note fait presque toujours seconde mineure, à moins d’une cadence affaiblie sur le troisième degré de la gamme majeure (lettre C), ou d’une cadence imparfaite du sixième au septième degré de la môme gamme.
La petite note simple s’écrit également bien en majuscule et en minuscule. Entre l’une et l’autre de ces manières d’écrire, le compositeur fait son choix en raison de l’importance qu’il attache à la bonne exécution du passage, ne laissant que le moins qu’il peut à l’arbitraire de l’exécutant. Pour celui-ci , l’habitude et le s(,mtiment musical lui ont appris à distinguer l’accessoire du principal, et l’on sait que toute espèce d’ornement est de la première catégorie.
En général, dans les mouvements lents et modérés, la petite note, écrite en minuscule, vaut la moitié de la majuscule qui la suit. Elle en vaut tantôt la moitié, tantôt le tiers, lorsque cette majuscule est susceptible d’être divisée en trois parties égales. Pour cela, toutefois, il faut que la minuscule soit préparée, c’est-à-dire précédée d’une majuscule au même degré, au même diapason, tel que cela a lieu dans l’exemple qu’on voit
lettre C, ii° 3, où lerd croche précède immédiatement et prépare le ré noire, petite note. De même, dans les deux mesures qui suivent , le la noire est préparé par le la croche de la première mesure. Autrement , la durée de la petite note peut être diminuée, devenir aussi brève que dans un mouvement vif ; car, encore une fois, les agréments du chant, quels qu’ils soient, prennent le mouvement et l’expression du discours musical, dans son ensemble comme dans ses détails; ils se conforment à l’esprit des diverses parties de ce discours, à ses oppositions, à ses contrastes.
Souvent la petite note simple a la forme d’une blanche devant une ronde ; celle d’une noire devant une blanche, d’une croche devant une noire ; enfin elle est demi-croche devant une croche ; mais , arrivée à cc point, elle conserve cette figure, même auprès de valeurs moindres (l). En cela, comme à l’égard d’autres signes musicaux , les compositeurs manquent d’uniformité, de fixité, et ne s’entendent pas entre eux. De là une exécution qui, dans plus d’un détail, ne remplit pas exactement leurs intentions. Parfois même on agit en cela tellement à l’aventure, que, lorsque après quelques années on remonte un opéra Je Gluck, par exemple, dont les traditions de mouvement, de nuances, d’intentions sont perdues en partie; dès qu’il se présente une petite note, un groupe ou tout autre agrément, les uns le font long, les autre bref plus ou moins, ce qui détruit indubitablement une partie de l’ensemble si nécessaire à la parfaite exécution.
SECTION III