CHAPITRE III
1)11 mii;tronome et de son emploi dans les leçons élémentaires.
Celui qui commence l’étude du solfège n’a pas d’abord le sentiment d’une mesure exacte; mais comme ce sentiment est un de ceux que la nature accorde plus souvent qu’elle ne le refuse, dès que son germe existe dans le sujet il s’y développe promptement. j
Bien des gens, sans être musiciens, prennent néanmoins un vif plaisir à l’audition de la musique; mais i ils battent la mesure à contre-temps, se montrent surpris et incertains aux cadences, sur lesquelles ils s’arrêtent, tandis que les exécutants continuent: puis ils courent après eux, en précipitant gauchement leurs mou- |
vements inégaux. On voit aussi quelques personnes suivre assez bien la mesure en dansant, et ne pouvoir i
l’observer de même lorsc[u’à leur tour elles se mettent au piano pour faire danser. Enfin, avec un certain talent d’exécution comme instrumentistes ou chanteurs, mais par suite d’une supposition erronée, condani- j damnable, anti-musicale, et malheureusement trop commune, quelques artistes se persuadent qu’il n’y a pas d’expression possible en musique, sans de fréquentes altérations de la mesure et du mouvement.
A ces quatre classes d’individus, l’usage du Métronome serait d’une utilité indispensable, pour les remettre dans la bonne voie. « Ce moteur, dit Maelzcl, apprend à garder rigoureusement la mesure donnée, et fa- « cilite en même temps la connaissanee de la juste division des parties du temps musical, de leur valeur, |
<( et de leur rapport entre elles. » j
Cela vaut mieux en effet que d’employer la main à marquer les temps de la mesure, attendu que cette action devenant bientôt une habitude machinale, ou même un besoin impérieux, c’est avee le pied, quelque- I
fois par un balancement de tout le corps (juc, plus tard, on remplace les mouvements de la main, occupée !
alors du jeu de (jiielque instrument (A). Outre que ces mouvements disgracieux ne sauraient avoir la pré- '
cision d’un pendule, ils cèdent volontiers à l’embarras, à l’hésitation ; au lieu que le métronome n’a nulle '
complaisance à cet égard.
Une fois l’habitude acquise d’une mesure régulière (et les leçons élémentaires doivent y suffire, si l’oreillb j n’y est pas complètement rebelle), on ne doit plus user du moyen qui l’adonnée, si ce n’est pour reconnaître j
l’intention des auteurs. Autrement, l’usage continu du métronome paralyserait rexécution, lui ferait perdre j ^
de son énergie, ou do ce laisser-aller qui en fait le charme. Maelzel en est convenu tout le premier.
Nul doute que l’une et l’autre ne proviennent en partie de ce que l’exéeutant, livré à lui- même, dévie tant :
soit peu de la rigueur métronomique, par le fait mémo de l’expression; soit dans les mouvements lents, dont !
il retarde jiresque toujours les mesures finales; soit en sens inverse, par chaleur et entraînement dans les | (
coda des mouvements accélérés. !
Au suiqjlus, l’artiste habile, maître de lui-mémo et doué du sentiment de son art, sait user discrètement, avec réserve, de ces licenees permises; tandis que les médiocres les exagèrent et les multiplient sans raison.
<( Pour indiquer le temps en tête de chatiue morceau, dit encore Maelzcl, c’est le compositeur qui sera le
« meilleur juge; mais, en général, on trouvera commode ([ue chaque battement du métronome soit réglé <le « manière à correspondre : 1° à une Croche dans V Adagio j
2° à une Noire dans V Andante f et les mouvements qui
3° à une Blanche dans V Allegro I s’en rapprochent.
4° à une Bonde dans le Presto /
« Si les compositeurs le jugent à propos, les mots italiens pourront être employés conjointement, comme « il suit :
« Par exemple, Allecjro, métronome de Maelzel, J = 84, etc. »
Les compositeurs ont senti l’inutilité des termes italiens, lesquels expriment plus souvent le caractère du morceau que son mouvement. Ils se bornent à la figure de note et au chiffre qui en détermine la durée.
On place le métronome d’aplomb sur une surface plane; puis on en remonte le moteur, ce qui se fait au moyen d’une clef dans ceux de forme pyramidale, et par l’élévation de la baguette dans les métronomes en forme de piédestal.
Après ces opérations préliminaires, et lorsqu’on a mis l’index au chiffre indiqué, il ne reste plus qu’à donner l’impulsion au balancier, dont chaque oscillation répondra à la durée de la figure de note placée en tète du morceau. Les autres notes seront des doubles, des triples, etc. , de la figure donnée, ou des sousdoubles, des sous-triples de cette figure (B).
Le lecteur essaiera l’usage du métronome sur les trois mesures principales du deuxième Tableau, en chantant le son unique qu’il présente. 11 placera donc le régulateur sur le chiffre écrit au-dessus et en tête de la portée, sachant que le temps du va au vient de chaque oscillation, répond à la durée de la note jointe au chiffre.
Pour cet exercice seulement, les mouvements de la main suivront ceux du balancier, ou le bruit des échappements, auquel l’oreille ne cessera d’être attentive.
Quant au diapason du son que donnera le lecteur, il choisira, parmi les cordes du médium de sa voix, celle qui lui paraîtra plus naturelle, franche, commode à émettre, et d’une sonorité suffisante, quoiqu’il ne soit point obligé de lui donner de la force.
Il chantera ce son en prononçant le monosyllabe la; il le renforcera tant soit peu sur la première partie des notes syncopées, selon ce qui a été dit au chapitre XXV de la première Partie.
Cet exercice est propre à accoutumer au rapport des figures de notes, ainsi qu’à leurs durées respectives.