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DU PIANO

De toutes les traditions sur l’origine du Piano, la plus probable est celle qui accorde aux Italiens l’invention du Clavicordium (clavicorde) , instrument à cordes métalliques et à clavier.

En France, on le nommait Epinette. C’était, en petit, ce qu’en grand a été le clavecin. On sait que ce dernier avait la forme des pianos à queue d’aujourd’hui.

Dans ces instruments, chaque touche en s’abaissant faisait l’office de levier par rapport à une petite pièce de bois appelée saalereaw, en tête duquel était fixé le bec d’une plume de corbeau. Ce bec, en se pliant avec effort contrôla corde, la mettait en vibration, et le son se produisait, mais faible, sec, uniforme, et d’une qualité peu agréable.

Ruchers, le plus habile fabricant de son temps (au milieu du dix-septième siècle), ne sut imaginer rien de mieux, pour obtenir un semblant de nuance, ou plutôt d’opposition, que d’ajouter un second rang de touches : celles du clavier inférieur faisaient résonner les deux cordes à l’unisson ; celles du clavier supérieur n’en faisaient résonner qu’une seule.

Aussi, celui-là fit-il subir à l’instrument une révolution complète, qui, le premier, eût l’heureuse pensée de remplacer les sautereaux par ces petits marteaux recouverts de peau de buffle, lesquels frappent les cordes ^ avec une force proportionnée à celle qu’il plaît à l’exécutant d’imprimer à la touche (l). Il devint possible alors de nuancer une suite non interrompue de sons du doux au fort et du fort au doux; ce qui justifie assez le nom donné à l’instrument, celui de Forte-piano, tout singulier qu’il paraît être, mais que l’on doit entendre dans le sens de cet autre substantif composé chiaro-scuro (clair-obscur), que nos peintres ont francisé, en adoptant l’idée qu’il exprime (A).

Le nom simple de piano a prévalu, quelque peu significatif qu’il soit, et l’on appelle pianiste celui (jui joue l’instrument. Il eût été mieux, ce semble, de lui conserver son nom primitif de clavicorde. Celui d’orchestrino (petit orchestre) ne lui convenait pas moins, puisqu’il en remplit l’office dans le salon, où il sulfit à l’accompagnement des voix et des instruments.

Comme instrument solo, le piano paraît faible dans les salles de spectacle où se donnent les grands concerts : l’effet des symphonies, des ouvertures, des chœurs accompagnés ; celui môme des propres tutti du pianiste, souvent plus prétentieux que raisonnés, écrase l’instrument et celui qui le joue; et les mieux avisés aujourd’hui, parmi ces virtuoses, exécutent leurs morceaux sans accompagnement d’orchestre (B).

A l’aide du piano, l’harmoniste et le compositeur se rendent compte de leurs combinaisons harmoniques. Souvent, dans les préludes qu’ils font par délassement ou pour raviver leur imagination, ils trouvent des

(1) Oh en fait honneur au Saxon Silbermann. Un siècle s’est écoulé depuis celte invention si habilement perfectionnée par Sébastien Erard, à qui l’on doit les grands pianos à queue et à trois cordes, ainsi que la harpe à double mouvement de se.s pédales. — S. Erard, né à Strasbourg en 1752, est mort à Paris en 1831.

idées neuves, p'uiuantcs, propres à divers sujets de composition, et iprils recueillent avec soin, pour les traiter plus tard.

Dans le piano comme dans l’orgue, l’improvisateur trouve un interprète de scs inspirations. 11 est également utile au professeur de solfège et à ses élèves, car c’est du piano que ceux-ci reçoivent les premières inqu’essions des beaux effets de la simultanéité des sons et de la succession des accords. Le piano, enfin, devient une ressource pour celui qui perd sa voix, ou qu’une maladie, un accident quelconque oblige de renoncer à rinstrument qu’il avait adopté. Tout musicien, d’ailleurs, doit acquérir une certaine connaissance pratique du clavier.

Six octaves et six octaves et demie sont présentement l’étendue ordinaire des pianos. Dans les premiers,

011 part de l’octave inférieure de ce fa : et l’on arrive à l’octave supérieure de celui-ci ;

Les seconds descendent à l’octave inférieure de cet ut :

Si l’on isole les sons extrêmes de cette étendue un peu exagérée, les plus aigus paraissent grêles et secs, et les plus graves sont difficilement appréciables ; mais ils augmentent la force de leurs répliques les plus rapprochés. On a parlé de pianos à sept octaves ! Où allons-nous?

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(A) Si l’on peut aller du doux au fort et du fort au doux dans une série de sons, un seul ne procédera jamai.s que du fort au doux, attendu que tout son isolé s’affaiblit et s’éteint à mesure que la corde qui l’a donné revient à son état de repos. C’est pourquoi le piano est resté impropre aux chants larges qui exigent des sons tenus, et qu’une sorte d’agitation continue semble être, sur cet instrument, une condition expresse de son exécution.

Cn faisant agir la pédale qui lève les étoulToirs, on obtient une plus longue prolongation des sons 5 aussi quelques-uns usent-ils largement de cette ressource dont nos maîtres étaient si sobres! Sans doute, ce n’est pas un mai dans plus d’un cas, surtout quand on y met l’adresse et l’entente convenables; mais qu’Apollon préserve toute oreille sensible de l’abus que d’autres font de ce moyen et de l’horrible cacophonie qui en résulte!

(B) Peut-être n’a-t-il été donné qu’à Beethoven de concevoir le véritable esprit du concerto, en mariant un instrument obligé (le violon ou le piano) auv massesde l’orchestre. Ces deux concertos sont de véritables symphonies, et des plus belles qu’il ait faites, principalement celle à violon solo, qu’on appelle trop, modestement concerto.

Quant au mot italien Tutti, qui signifie tous, (il s’entend de la masse de l’orchestre, ou de celle des voix dans les chœurs, ou même de l’une et de l’autre exécutant à la fois, ordinairement en forte, et par opposition à la douceur que l’on met ensuite à accompagner les récits du chanteur ou de l’instrumentiste, jusqu’à ce que le mot tutti avertisse de nouveau que tous doivent se faire entendre.

Le mot Ritournelle ne dit pas la même chose que tutti, quoique les masses aussi puissent y prendre part. Il s’entend plutôtd’une phrase assez courte servant d’annonce au chant qui va suivre; quelquefois d’un fragmenî de ce chant même, ou bien comme une ré[)étition d’idées déjà entendues, de retour à ses idées; au lieu que le tutti peut s’en écarter, pourvu que sa couleur et son caractère ne fassent pas disparate.

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