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UES INSTRUMENTS A CLAVIER

DE l’orgue.

Le plus ancien des instruments à clavier est devenu, avec le temps, le plus riche, le plus étonnant de tous, moins par sa masse imposante, son aspect grandiose, que par le nombre de ses jeux, la variété de ses timbres, la puissance de ses sons et la majesté de ses effets. Un esprit divin semble avoir présidé à l’invention autant qu’aux perfectionnements successifs de V orgue, comme pour le rendre d’autant plus digne d’orner nos temples et de s’unir aux accents religieux de l’homme, lorsqu’il chante les louanges du Créateur.

Si, avec les belles et nombreuses qualités qui le distinguent, l’orgue avait possédé d’abord l’expression (}ue donnent les nuances, il eût été le chef-d’œuvre de l’esprit humain; mais il ne pouvait aller que du fort au doux, et réciproquement, sans intermédiaires, en changeant de jeu et par conséquent de timbre.

Deux hommes versés dans les sciences mécaniques, physiques et mathématiques, MM. Grenié et Sébastien Erard, sont parvenus, chacun par un procédé particulier, à donner cette expression à des jeux (jiie l’on a renfermés dans le Positif des grandes orgues (2).

A Paris, on a suivi le conseil donné par M. Castil-Blaze, celui de placer un [)etit orgue d’accompagnement dans le chœur des églises, pour harmoniser le plain-chant.

Enfin, du moment où l’on a mis l’église sur le théâtre, un buffet d’orgue, placé dans la première coulisse, accompagne le chant des prêtres, moines ou religieuses donnés en spectacle. Les Huguenots, la .Juive, le Domino noir, et d’autres pièces modernes offrent ce mélange tant soit peu profane.-

DE l’organiste.

Le véritable organiste est celui qui improvise : il n’a sous les yeux, sur son pupitre que le cahier desplaincliants qu’il doit faire entendre ou accompagner tour à tour pendant l’office du jour. Tout le reste doit être puisé dans son imagination, et coïncider, quant à la nature de l’improvisation, avec la sainteté du lieu, l’importance des diverses solennités, et l’esprit de leurs épisodes.

Pour improviser heureusement sur Vorgue, ce n’est pas assez d’avoir une parfaite connaissance de ses claviers, de ses registres, de l’effet des différents jeux qu’ils donnent, résultat de leur intelligente combinaison, et d’être un virtuose comme exécutant; il faut avoir fait une étude approfondie de la science musicale

(1) On Ireiive une observation, à ce sujet, à la suite des cliapilres qui traitent de chacun des instruments à vent.

(2) Le positif est le petit orgue placé en avant du grand -, l’organiste, placé entre les deux, a le positif derrière lui.

Le bel orgue de l’abbaye de Saint-Denis, construit par M. Cavaillé-Coll, avec de notables perfectionnements, n’a point de positif; tout le mécanisme des jeux expressifs est dans l’intérieur du grand orgue. Ce sont les jewaî d’anc/ies, ou de flûtes, appeié.s aussi voix humaines, qui reçoivent les moyens d’expression ou de nuances.

et (le celio (lu plain-chant ; avoir beaucoup écrit, et, de plus, être doué d’une imagination prompte, riche, féconde. Il faut être un Bach, un Hameau, un Hummel, un Séjan (l).

On verra surgir de tels hommes, du moins on pourra l’espérer, (piand leur art sera puissamment encouragé; quand on saura récompenser dignement des travaux préparatoires de vingt années. Mais lorsque ces artistes devraient être rétribués presque à l’égal des prélats, c’est à peine si on leur alloue le traitement d’un curé de camjiagnc.

Les jiréludcurs sont communs, et souvent ils croient et laissent croire qu’ils improvisent. Cependant, bien préluder est encore un talent assez rare et (jui mérite d’être apprécié. Quant aux véritables improvisateurs, ce sont de ces comètes (pii ne paraissent qu’à de rares intervalles, pour faire l’étonnement et l’admiration du monde. Elles disparaissent ensuite, sans que l’on puisse prédire leur retour.

DE l’imitation DE l’orGUE.

Le petit instrument tyrolien à deux ou trois lames métalliques, que les enfants serrent entre leurs lèvres, et (jue leur souflle fait vibrer et résonner, paraît être l’origine de V Accordéon, devenu populaire, et que son peu de ressource rend impropre à toute exécution musicale. Il est probable toutefois, qu’à son tour, il aura donné l’idée de Y orgue expressif à anches libres.

La forme de celui-ci est celle d’un piano carré de petite dimension. Sa boîte renferme, outre un clavier de (piatrc, cinq ou six octaves chromatiques, c’est-à-dire de quarante-neuf, soixante-une ou soixante-treize touches : î° un nombre correspondant d’anches ou languettes métalliques, dont les proportions sont en raison du degré d’acuité ou de gravité des sons que doivent produire ces anches mises en vibration; 2“ un sommier (pii reçoit et conserve le vent des soufflets. Ce sommier est percé de trous qu’ouvrent ou ferment à volonté des soupapes mues par les touches du clavier. Au-dessus de ces ouvertures sont placées les anches, dont une extrémité (la moins élastique) est fixée par des vis, ce qui rend l’accord général à peu près invariable; 3° un système de soufflerie analogue à celui (pie M. Grenié avait imaginé pour son orgue expressif à tuyaux; 4'’ deux pédales qui mettent en action le double soufflet.

« Les beaux effets de l’orgue expressif à anches libres dépendent de l’adresse et de la justesse de raison- « nement avec lesquelles celui qui joue cet instrument fait mouvoir les pédales, et règle par là le volume plus <( ou moins considérable de vent nécessaire à la vibration des anches, et, par conséquent, à leur résonnance <( nuancée et expressive (-). »

DU MÉLODIUM DE MM. ALEXANDRE PERE ET FILS, ET DE l’hARMONIUM DE M. DEBAIN.

Ces (leux instruments, qui ne diffèrent guère que par le nom, offrent de notables perfectionnements de Vorgite expressif à anches libres. C’est d’abord une puissance de son infiniment plus grande, et qui n’a de bornes que celles des dimensions données à l’instrument, selon qu’on le destine au salon, à une chapelle, ou même à de petites églises. Ensuite, la disparution presque complète de l’effet nazillard attaché précédemment aux lames métalliques. De plus, des différences de timbres, imitant plus ou moins bien divers instruments à ^enl, et que l’on prend ou (pie l’on quitte à volonté et instantanément. Ces dilTérences d’organes ou de timbres paraissent provenir de ce que le sommier est divisé intérieurement par cases ou comparliracnls sonores de diverses grandeurs et profondeurs, ainsi que par les formes variées de leurs ouver-

(1) Nicolas Séjan, né à Paris le 19 mars 1745, y est décédé le 16 mars 1819.

(2) Extrait de la Méthode de M. Lefébiire-Wély, l'un des organistes de Paris qui suivent le mieux les traces des célébrités que nous avons citées précédemment.

lures. Celles-ci sont fermées par des soupapes qui se meuvent au moyen de règles ou registres placés horizontalement au-dessus du clavier ; de telle sorte que la main y atteint facilement, et qu’il ne faut qu’un instant, que le plus court repos du chant ou de l’accompagnement, pour faire fonctionner ces registres dans l’un ou l’autre sens.

Deux pédales aussi font agir la soufflerie ; mais, comme c’est un registre particulier qui donne le jeu expressif, la manière de souffler n’est soumise alors à aucune sorte de combinaison, ainsi que dans le premier de ces instruments, que les deux autres ont déjà fait oublier.

L’étendue commune de ceux-ci varie entre cinq et six octaves.

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