‹ Le professeur de musiqueChapitre 99 sur 174 · DE LA HARPE · texte numérisé non relu

DE LA HARPE

Cet instrument, dont l’origine remonte aux temps les plus reculés, mérite d’autant mieux qu’on en fasse une mention particulière, que, depuis la merveilleuse invention de Sébastien Erard, il est devenu aussi riche d’eiïets, aussi fécond en ressources qu’il était auparavant borné dans ses moyens d’exécution. On devine que nous voulons parler de la harpe à double mouvement.

Quelques détails sur le mécanisme de cette harpe, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, rendront plus compréhensibles les explications ultérieures.

De la partie inférieure, appelée cuvette, sortent sept pédales en forme de spatule, dont chacune répond à un degré de la gamme dans laquelle l’instrument est accordé, ainsi qu’à toutes les octaves ou répliques d(: ces degrés.

Ces pédales, pressées par les pieds, donnent l’impulsion à autant de tringles renfermées dans la colonne, et qui font office de leviers par rapport à celles de la console, ou partie supérieure de la harpe. Celles-ci, à leur tour, font tourner de petits disques garnis de deux boutons appelés fourchettes, lesquels étreignent les cordes, les surtendent, en les raccourcissant assez pour les faire monter d’un demi-ton. Or, quand les sept pédales sont au repos, c’est-à-dire au cran supérieur, la harpe est accordée en ut \? majeur. Un premier accrocliement des sept pédales fait fonctionner les disques supérieurs, et l’instrument, entièrement monté d’un demi-ton, est en ut t] majeur. Le deuxième accrochement fait agir les disques inférieurs, qui haussent les cordes d’un second demi-ton, et la harpe est en ut J majeur.

On conçoit maintenant qu’en accrochant d’abord les sept pédales au cran intermédiaire, chaque corde ensuite peut être haussée ou baissée à volonté d’un demi-ton ; et, ce que l’on concevra tout aussi aisément, c’est <jue, par ce double mouvement des pédales, tout le cercle harmonique est facilement parcouru ; autrement dit, toutes les gammes qu’il renferme sont également praticables.

En outre, pouvant accrocher deux, trois et quatre pédales en même temps, on module autant qu’on veut <lans des gammes éloignées de leurs relatives, étrangères les unes aux autres; et les transitions enharmoniques les plus surprenantes n’offrent pas plus de difficultés sur cette harpe que sur le piano. De plus, deux avantages que ne possède pas ce dernier, c’est que : 1° la harpe n’étant plus accordée par quartes et quintes tempérées, mais par des intervalles égaux et exacts, elle acquiert dans toute son étendue une justesse précise

(1) Ce n était pas avec les doigts, mais avec im ciimleiiî que l’on m» liait les cordes en viliralion.

non approximative; 2’ que les sons appelés synonymes se trouvent, par eet aecord donné à l’ensemble de l’instrument, dans un rapport plus convenable ; et (juc ces sons, obtenus par des cordes différentes, mais voisines, permettent une foule de traits et de passages, interdits autrefois à la barpe à simple mouvement. Enfin, l’on n’aura plus à se plaindre de l’insuffisance du répertoire musical de l’instrument, puisqu’il peut s’accroître de presque toute la musique de piano. Le mieux pourtant sera toujours de composer une musique spéciale à l’usage de cette nouvelle harpe.

Quant à son étendue, elle a été augmentée d’une tierce majeure au grave et d’une seconde augmentée à l’aigu (Q. Voici cetlc étendue, figurée simplement par ses deux sons extrêmes, aux trois diapasons donnés par la disposition générale des pédales.

Premier dia|)ason,

( i'tiii lies petlalcs .lu repos.

Deuxième diapason,

les pcilales au eran iiiterméiliaire.

8vc

8ve

ÎÆ-

Troisième diapason,

les péilalesaii cran iiilericiir.

Page 1