A MONSIEUR AUGUSTE VATON
travaux importants, du moins par leur objet, réclament tout mon temps. Je sens vivement les bornes de la vie, et les limites toujours rapprochées de mes forces. Quand le voyageur voit le soleil baisser à l’horizon et prévoit les ombres du soir, il devient avare de ses pas, et résiste aux attraits qui le feraient dévier de sa route. Or, monsieur, pour revoir ma notice sur madame Swetchine, il me faudrait reprendre le dossier de mes notes, et me placer de nouveau sous le charme de cette nature d’élite. Je serais conduit à laisser, pour long-, temps peut-être, tout autre travail, et à vous faire indéfiniment attendre mon manuscrit. C’est une tentation à fuir. Je sacrifie donc le désir naturel d’améliorer mon œuvre ù de plus hautes exigences; et je vous livre mes pages telles qu’elles sont.
Vous me demandez de dire au moins quelques mots du volume de la correspondance du père Lacordaire et de madame Swetchine, publié par M. de Falloux, depuis la rédaction de ma notice. J’ai essayé de répondre à votre désir, sans me laisser entraîner toutefois à une étude proprement dite; car ici encore la tentation était forte. Voici donc quelques pages renfermant les pensées qui se sont immédiatement présentées à mon esprit.