‹ Le professeur Diodati notice biographiqueChapitre 9 sur 44 · ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

ETATS-UNIS

Le mouvement pour la Réforme électorale continue avec intensité dans l’Amérique du Nord, et la connaissance que nous en avons, à travers l'Atlantique, est assurément fort incomplète. Quelques-uns d’entre nous ont eu le privilège de voir et d’entrelenir, à son passage à Genève, le 9 novembre dernier, le légiste célèbre qui a présidé longtemps l’association réformiste de New-York, M. Dndley-Field. Son passage dans notre ville a été trop rapide pour qu’il fût possible de convoquer notre association et d’honorer l’une de nos séances par la présence de ce visiteur étranger ; mais il nous a fait espérer qu’il reviendrait à Genève, l’été prochain. M. Dudley-Field nous a affirmé que si l’application de la représentation proportionnelle aux élections du Congrès, approuvée par le Sénat de Washington, n’a pas encore reçu l’adhésion de la Chambre des représentants, nous ne devons point tenir la cause pour perdue. Le découragement, nous a-t-il dit, ne fait pas partie de la méthode des Américains.

Notre collègue, M. Morin, a transmis à votre bureau deux publications importantes qui lui ont été personnellement adressées : un volume de M. Buckalew de Philadelphie, relatif au vote cumulatif, système

dont M. Buckatew a été l’initiateur en Pensylvanie et le principal défenseur dans le Sénat de Washington, et une brochure de M. Horton de Gincinati , recommandant le système de la libre concurrence des listes. M. Horton dit que ce système a été indiqué, dès 1844, par M. Gilpin, aujourd’hui décédé, et que, vingt années plus tard, il a été découvert de nouveau à Genève, où il est mis en pratique avec succès. Vous savez que cette dernière affirmation est malheureusement inexacte. Elle se rencontre dans d’autres documents, venus de l’étranger, où Ton affirme également que l’Etat de Genève a adopté et pratiqué le système que nous avons proposé. Nous ne sommes certainement pas responsables de cette erreur, et l’obligation de la rectifier est pour nous un triste devoir. L’erreur provient vraisemblablement de l’adoption par notre Grand Conseil de la loi qui permet à l’électeur de rédiger son bulletin à domicile, et de voter, s’il le juge bon, avec un bulletin imprimé, mesure que nous avons sollicitée, en la désignant sous le titre de bulletin libre. C’est un simple procédé qu’on aura confondu avec la Réforme fondamentale du système électoral, soit avec la libre concurrence des listes que nous avons désignée, par abréviation, sous le titre de liste libre Du reste, nos législateurs étant prompts à la besogne, il suffirait d’une bouffée d’un vent favorable, passant un jour sur notre Grand Conseil, pour transformer l’erreur de fait que je vous signale en une prophétie véridique. Puisse-t-il en être ainsi bientôt !

Avant de descendre des Etats-Unis à l’Amérique du Sud, où des faits très-importants appellent notre attention, je vous invite à faire un détour dans l’Océan Pacifique. Dans le demi-siècle qui sépare l’année 1820 de l’année 1870, sous l’influence des missionscln étiennes. les populationsdes îles Sandwich a passé d’un état prononcé de barbarie à un état de civilisation équivalent à celui de plus d’une contrée de l’Europe. Ces populations sont régies maintenant par une monarchie constitutionnelle, et possèdent un parlement électif. Les deux principaux cultes chrétiens de l’Occident y ont l’un et l’autre des prosélytes, et les élections se font sous la préoccupation spéciale des questions confessionnelles. Je lisais naguère un écrit très-intéressant de M. G. de Varigny, inséré dans le journal le Tour du Monde , d’octobre 1873, écrit qui est l’avant coureur d’un ouvrage plus complet du même auteur. M. de Varigny a résidé pendant plusieurs années à Honolulu, où il a rempli les fonctions de ministre d’Etat, sous le roi Kaméameha V, mort il y a peu de temps ; il est aujourd’hui de retour en France. 11 signale, dans le récit d’une de ses excursions, un district électoral où la lutte est fort vive, et où le parti vainqueur célèbre son triomphe par des réjouissances bruyantes. Au moment où il y arriva, les catholiques venaient de l’emporter, aussi l’alarme était grande dans le camp de leurs adversaires, jusqu’ici maîtres incontestés de l’élection. J’ai écrit à M. de Varigny , en lui

demandant s’il consentirait à transmettre nos documents relatifs à la réforme électorale, à quelque homme influent du pays dans lequel il a longtemps occupé une haute position. Une réponse encourageante et cordiale a été la conséquence de cette démarche quelque peu téméraire. Les pays relativement neufs, dans lesquels l’écrasement légal des minorités et la formation de majorités factices n’a pas en sa faveur une longue habitude, sont ouverts plus facilement que d’autres à l’idée de la justice électorale; il ne serait point surprenant qu’un système de représentation vraie fut établi dans l’archipel Havaïen plus promptement qu’à Paris ou à Genève. Vous comprenez qu’il ne s’agit ici que d’une vague espérance. En passant au Brésil nous allons marcher sur le terrain plus solide des faits.

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