DE RME TERRE
tard, chirurgien des hôpitaux, et en r9or1, chef de service. À l’âge de 46 ans, il occupa, à la retraite de son vénéré maître Guyon, la chaire de Clinique des Maladies des Voies urinaires, et prit possession du Service urologique de l'Hôpital Necker.
Pendant les courtes années qu'il passa à Necker comme professeur des voies urinaires, il modernisa et transfigura la chirurgie urinaire et la renommée de cette Ecole ne perdit rien entre ses mains.
Cest qu'Aïbarran était non seulement un savant accompli, anatomiste, histologiste, bactériologiste, anatomopathologiste, mais aussi un technicien ex- {raordinaire.
. Son digne successeur, le Professeur Legueu, trace, en quelques lignes, dans sa leçon inaugurale, un portrait magnifique d'Albarran. Le voici
« Il portait en son extérieur la marque de sa supériorité ; sa belle intelligence se révélait tout entière dans l'ampleur de son front, dans la flamme étincelante de ses yeux. La nervosité de ses traits et je ne sais quelle impressionnabilité qui se dessinait dans toute sa personne disait l’ardeur de sa pensée et accusaient la vie intense dont il était animé. »
Albarran avait tout, en somme : un physique émouvant, une intelligence prodigieuse et un très bon cœur dont il donnait souvent des preuves
« I fut surtout un homme de cœur, dit Cathelin, incompris de beaucoup à une certaine époque de sa vie. Il dédaignait l'argent, probablement parce qu'il le gagnait trop facilement ; ce qui lui permit de faire discrètement autour de lui, bien des largesses, à la manière du médecin de Balzac : le bien obscurément fait ne tente personne ».
« Incompris de beaucoup » , c’est qu'il était très indépendant comme on peut se rendre compte en
lisant sa fameuse leçon inaugurale dans laquelle il prouva comment il aimait sa patrie d'adoption, la France, et avec quelle ténacité il luttait pour porter toujours plus haut la renommée de la chirurgie française. Malheureusement, il mourut trop jeune.
Il ne vécut, peut-on dire, que trois années après sa nomination de Professeur de Clinique des Voies urinaires, car s’il ne mourut que six années plus tard, les trois dernières de son existence ne furent qu'une longue agonie et il souffrait énormément de se sentir encore jeune mais dans l'impossibilité, pour toujours, de continuer sa bélle œuvre.
Une maladie l’enleva à la science alors qu'il était en pleine activité. I lutla, mais fut vaincu par le mal. Cherchant un climat semblable à celui qui le vit naître, il partit pour le midi de Fa France. fFéltait trop tard hélas ; son organisme, quoique jeune, était usé par l'activité extraordinaire de sa courte existence. Ô
Joaquin Albarran mourut à Arcachon en janvier 1912, après trois années d’une lente asonie. Il eut la satisfaction de se voir, jusqu'à la fin, entouré de l'affection de ceux qui avaient pu apprécier ses senliments et ses qualités. Ses obsèques eurent lieu au cimetière de Neuillv.
Ses amis et élèves E: Dupré, Chevassu, Heitz- Bover, P. Bernard lui firent leur dernier adieu et le Professeur Guyon, empêché par sa santé, d’assisler à l'enterrement de son plus cher élève, fit lire par Widal le discours suivant
« Mon cher Albarran,
« Vous êtes de ceux qui sont destinés à vivre après leur mort ; l'œuvre que vous avez accomplie pendant votre courte existence, préservera votre nom de l'oubli.
« Il semble que vous ayez eu le sentiment de [a
brièveté de vos jours, et voulu compenser leur petit nombre par l’ardente continuité de votre brillant labeur. ; __« Après avoir acquis, au cours de vos études un savoir très exceptionnel, vous avez répandu sur les sujets les plus importants de la chirurgie de l’appareil urinaire, les indispensables clartés qui lui faisaient encore défaut.
« Vos fécondes recherches et de très importants ouvrages vous ont fait obtenir ce grand résultat.
« Cette belle et tant remarquable évolution s’est accomplie à l'hôpital Necker. Vous y avez comme interne, comme médaillé d’or, et comme chef de clinique, comme agrégé, comme titulaire de la chaire que j'ai occupée, passé vingt ans de votre existence. J'y ai moi-même vécu près de quarante années. Je vous y ai vu grandir, et c’est ainsi que sont formés et toujours resserrés les liens qui nous unissent. Votre disparition ne saurait les dénouer. Mais j'accomplis en ce moment un devoir qui ne devrait pas m'appartenir. Ce n'était pas à moi qu'aurait dû s’imposer la mission si douloureuse, si cruelle de vous dire le dernier adieu.
« C'est vous qui deviez me donner ce témoignage suprème de votre fidèle affection.
« La douleur que jé ressens s'ajoute aux grandes désolations de la fin de mon existence. » (1)
(1) Gazette des Hôpilaux. Paris, 23 janvier 1912.