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L'ENSEIGNEMENT ET LE PROFESSORAT

L’enseignement du dessin donné en France d’une façon régulière ne remonte qu’à l’année 1862; avant cette époque, le dessin était considéré comme un simple art d’agrément, et son enseignement lui-même était regardé comme une entrave aux études classiques, aux hautes spéculations de l’esprit.

On organisait alors les classes de dessin, dans les établissements d’instruction publique, d’une façon très sommaire ; elle consistait, pour le recrutement des élèves, à faire passer dans chaque classe une liste sur laquelle s’inscrivait qui voulait. Bien des fois le chef de l’établissement voyait d’un œil inquiet ces listes, surtout quand il y rencontrait le nom des élèves sur lesquels il comptait pour cueillir les lauriers universitaires ! Le cours de dessin était, en quelque sorte, l’apanage des derniers de chaque classe et les élèves qui en faisaient partie étaient peu appréciés de tout le personnel enseignant ; car pour la plupart des inscrits, la classe de dessin était une récréation ; elle prenait rang entre la classe de chant et la gymnastique.

Que résultait-il de cette conception du dessin ? C’est que ceux qui se destinaient à des professions libérales, les futurs médecins, les avocats, savaient à peine dessiner. Peu à peu un revirement s’opéra, en faveur de l’étude du dessin ; on le voit se manifester aussitôt après l’Exposition de i85i par des publications qui eurent une grande action sur l’opinion publique.

En 1862, le Ministre de lTnstruction publique d’alors, M. de Fortoul, chargea une Commission présidée par M. Ravaisson, et composée de MM. Brongniard, Ingres, Picot, Simart, Belloe, Eugène Delacroix, Hippolyte Flandrin, Meissonier, Joufl'roy, Duc, Gustave Pillet, de rechercher le meilleur plan qu’il convenait d’adop-

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ter pour renseignement du dessin dans les lycées. Cette Commission commença immédiatement ses travaux. Ingres, Jouflïoy et Meissonier ne purent y prendre part.

Au bout d’un an la Commission ainsi constituée proposa un plan d’études dont nous allons résumer les grandes lignes. Ce plan indiquait : L’étude des profils des principaux membres dont les édifices se composent, puis le dessin des vases, consoles, vasques, balustres, candélabres ; — l’étude des proportions ; — l’indication des modifications que les formes doivent prendre selon la diversité des matières et d’après leur nature différente : marbre, pierre, granit, bois, fer, bronze, métaux précieux ; — l’étude de l’ornementation, règne animal, règne végétal, étude dans laquelle on devait montrer surtout comment on peut modifier les éléments fournis par la nature pour les appliquer à l’ornementation ; — l’étude des modèles empruntés à l’art grec ; — - quelques modèles empruntés à l’art romain et à l’art oriental, à celui du Moyen âge et de la Renaissance ; — quelques leçons qui initieraient dans une certaine mesure à la connaissance des rapports et de l’harmonie des tons. Enfin, pour le dessin de figure, outre les modèles de formes artificielles et d’ornement, l’on pourrait produire dans la durée du cours d’autres chefs-d’œuvre de l’art placés partout dans les lycées, sous les yeux de la jeunesse, comme les marbres du Parthénon d’Athènes ou de Vulci.

Ce plan d’études établi, les membres de la Commission demandèrent au ministre de prendre un arrêté aux termes duquel l’enseignement du dessin devait commencer en Sixième, où on lui ferait une place à côté de l’enseignement de l’écriture, et se poursuivre jusqu’à la dernière classe.

En Sixième et en Cinquième, une leçon seulement par semaine devait être consacrée aux exercices préparatoires.

En Quatrième, deux leçons par semaine devaient être consacrées à l’enseignement régulier et approfondi du dessin, à l’étude des principes scientifiques de l’art et aux éléments de la figure humaine.

Ce plan et ces désirs formulés, il fallait pour y répondre une phalange de professeurs capables d’enseigner ces principes, et surtout doués d’une assez bonne volonté pour se résoudre à laisser complètement de côté les errements de jadis ; car le professeur de dessin d’autrefois était une figure très spéciale dans le corps universitaire. C’était pour bien des gens et non des moins lettrés, dit M. Bonnaud, « le Monsieur qui expose au Salon ou qui a exposé » : c’était l’artiste qui avait accepté les fonctions de professeur uniquement par mesure de prudence contre le chômage artistique, et qui venait deux heures

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par jour dans rétablissement universitaire qui lui était attribué, corriger l’élève le mieux doué, pendant que les autres lisaient en cachette ou commençaient leur devoir. Les conseils du professeur étaient ce qu’ils pouvaient être, et que pouvaient-ils bien être? Excellents quelquefois, mais n’ayant d’autre sanction que l’impuissance ; en effet, comment pouvait-il en être autrement parmi des élèves de douze à dix-huit ans groupés ensemble, sans distinction d’âge, de culture antérieure et de capacités ?

Les professeurs d’autrefois étaient assez souvent des artistes d’une certaine A^aleur, mais ils ignoraient leur fonction autant que l’Administration elle-même. Beaucoup d’entre eux ne la soupçonnaient même pas. Sans doute ils avaient appris ainsi, et se contentaient de leur science; ils continuaient la tradition.

Est-ce bien eux qu’il faut blâmer, et ne devrions-nous pas, au contraire, admirer leur constance et leur résignation en présence de situations pareilles; car enfin ils n’avaient pas créé cet état de choses, ils en étaient seulement les victimes. Le rôle qui leur était assigné était plutôt le résultat d’un dédain injustifié, d’un préjugé ou d’une ignorance générale des effets de l’éducation esthétique par le dessin.

Le professeur de jadis, on le rencontrait à peu près dans tous les établissements universitaires de France ; il était recruté sans concours, et choisi par les proviseurs des lycées sans aucune garantie légale. Etait-ce un tort, était-ce un bien ? C’est ce que nous étudierons plus loin, mais nous pouvons affirmer de suite que le niveau purement artistique — nous ne parlons pas des qualités pédagogiques — était plus élevé autrefois qu’il ne l’est aujourd’hui : cette constatation a été faite bien souvent.

La Commission nommée par M. de Fortoul, et que présidait M. Ravaisson, crut devoir proposer au ministre d’établir pour les aspirants professeurs de dessin un examen spécial de capacité dont un règlement devait déterminer les matières ; seuls, à l’avenir, les candidats munis de ce brevet pourraient être chargés d’enseigner le dessin. Cependant, pour ne pas éloigner d’un seul coup de l’Université un personnel qui avait consacré de longues années à l’enseignement, la Commission émit le vœu, qui fut accepté par le ministre, de donner le titre de professeur de dessin avec les avantages qu’il entraînait, immédiatement et sans examen, aux professeurs qui avaient rendu de longs et bons services dans les divers établissements d’instruction publique.

A la suite de ces vœux, le ministre de l’instruction publique prit un

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arrêté en date du 29 décembre i853 ; cet arrêté réglementait ainsi renseignement du dessin dans les divers établissements :

L’enseignement du dessin devait commencer à la classe de Sixième et être continué d’année en année jusqu’à la classe de Logique inclusivement.

Cet enseignement devait être donné à tous les élèves internes et aux élèves externes qui étaient admis aux conférences.

« Dans les classes de Sixième et de Cinquième, dit l’arrêté, une leçon d’une heure par semaine est consacrée à des exercices préparatoires ; ces exercices ont pour objet : en premier lieu, l’imitation de figures simples telles que celles des solides réguliers, et les éléments que l’ornementation emprunte le plus ordinairement au règne végétal ; en second lieu, l’imitation des parties de la tête.

« En Quatrième, les deux leçons hebdomadaires ont pour objet : i° l’étude théorique et pratique des éléments de la perspective; 2° l’étude élémentaire de la structure de l’homme et des proportions du corps humain au point de vue du dessin ; 3° le dessin des parties de la tête et de la tête entière d’après des estampes ou photographies.

« Trois leçons par quinzaine seront consacrées :

« Dans les classes de Troisième et de Seconde : au dessin de la tête et des extrémités d’après des estampes ou photographies d’après la hosse;

« Dans les classes de Rhétorique et de Logique : au dessin de torse et académies d’après les estampes ou photographies d’après la bosse.

« La quatrième leçon à partir de la classe de Troisième inclusivement a pour objet le dessin des formes artificielles, parties d’édifices, meublés, vases, candélabres et ornements.

« A la fin de la dernière année du cours les élèves reproduiront quelques modèles d’ornements en couleur.

« Les modèles sont tous empruntés aux grands maîtres de l’art. Ils ne sont admis dans les classes de dessin qu’après avoir été approuvés parle Ministre de l'Instruction publique.

« A la fin de chaque année les élèves sont tenus de présenter un nombre déterminé de feuilles dont l’ensemble constituera un cours gradué de dessin.

« Les professeurs de dessin dans les lycées sont nommés par le Ministre de l’Instruction publique ; leur traitement est fixé de la manière suivante :

Lycées de Paris 2 5oo francs

Lycées é ire classe. . . 2 000 —

des < 2e — ... 1 800 —

départements. (3e — ... 1 5oo —

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Outre les inspecteurs ordinaires chargés de toutes les parties des études, l’enseignement du dessin devait être soumis à des inspections spéciales.

L’enseignement du dessin, si l’on envisage l’arrêté qui précède, paraissait être complètement organisé et dans l’esprit des membres de la Commission il devait donner des résultats appréciables ; il n’en fut rien. En 1866, dit M. Jules Pillet (]), à la suite des premières expositions de l’Union Centrale, qui avait convié à des concours de dessin les élèves de toutes les écoles de France, on fut frappé de la faiblesse des résultats, du désarroi dans les méthodes ainsi que de la stérilité des études de dessin. L’Union Centrale priait alors M. Eugène Guillaume de tracer les grandes lignes d’un enseignement rationnel des beaux-arts.

Quelques semaines après, répondant à un désir unanime, il publiait sous le titre: Idée générale d’un enseignement élémentaire des beaux arts appliqués à l’industrie, le plan complet d’un enseignement élémentaire et méthodique du dessin.

Dès lors, l’ère des réformes était ouverte et la voie était tracée avec une telle sûreté par M. Guillaume, qu’aujourd’hui ces réformes sont un fait presque accompl i .

Dans toutes les écoles de France, on enseigne le dessin d’après un seul programme, et les professeurs, jadis désunis et livrés à euxmêmes, forment maintenant un personnel qui compte parmi les mieux recrutés et les plus sévèrement contrôlés.

M. Bardoux étant Ministre de l’Instruction publique, et M. Eugène Guillaume directeur des Beaux-Arts, un arrêté, en date du 3i janvier 1879, institua le corps des inspecteurs de l’enseignement du dessin.

La première inspection générale eut lieu à la fois dans toute la France et elle fut faite, dans le courant de l’année 1879, par les 19 inspecteurs qui avaient été nommés.

Cette inspection générale révéla un manque presque absolu de méthode, une faiblesse générale dans les résultats, un état plus que défectueux du matériel et des modèles ; mais par contre, elle permit de reconnaître une bonne volonté évidente dans le personnel des professeurs, unie à des capacités et à des talents qui ne demandaient

(') Monographie de l’enseignement du dessin de 1878 à 1889.

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qu’à être dirigés, encouragés et soutenus pour produire les meilleurs résultats.

Le dépouillement de cette enquête eut pour conséquence presque immédiate la nomination d’une grande Commission d’études ; cette Commission avait pour but d’étudier les méthodes en usage, de les discuter et de dégager de cette étude une méthode définitive; puis de rédiger les programmes de l’enseignement du dessin ; de dresser la liste des modèles considérés comme étant les meilleurs à employer pour mettre en pratique la méthode et les programmes proposés.

En même temps on organisait un Musée pédagogique de renseignement du dessin, qui après bien des vicissitudes a été reconstitué en partie au Musée pédagogique de la rue Gay-Lussac, où il n’est que très rarement visité.

La même année, en 1879, on ouvrait une session d’examens pour le certificat d’aptitude à l’enseignement du dessin. On put alors se rendre compte, d’après le nombre des candidats qui se présentèrent et par la valeur de ceux à qui le titre fut délivré, de l’accueil qui serait fait par le public à la création d’un diplôme spécial ; on put apprécier la force que donnerait à l’enseignement du dessin l’organisation d’un personnel composé de professeurs qui, ayant passé par les mêmes épreuves, enseigneraient nécessairement avec une grande unité de méthode.

Ces examens du professorat furent définitivement constitués l’année suivante, en 1880.

Un peu plus tard, en 1882, après que les examinateurs eurent constaté que les candidats au professorat, surtout ceux de la province, éprouvaient de grandes difficultés pour se préparer, et que les mêmes parties de l’examen restaient toujours faibles et souvent insuffisantes, le Ministre décida de réunir chaque année les candidats au poste de professeur de dessin, et sous le nom de Sessions normales il fit organiser des conférences qui avaient pour but d’instruire les élèves, et de les éclairer sur les points des programmes qui présentaient de l’indétermination .

Le nombre des candidats assistant à ces conférences fut assez élevé, et atteignit 120 en moyenne, dont les trois quarts environ venaient de la province. Pour ces derniers l’Administration accordait les frais de voyage et une indemnité pécuniaire pour chaque journée de séjour à Paris.

Nous devons dire à notre grand regret que ces Sessions normales, qui rendaient de réels services, ont été supprimées déjà depuis quelque temps.

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Le recrutement des professeurs est donc assuré depuis 1882 par les examens spéciaux du professorat, examens, dit M. Pillet, comparables par leur difficulté à ceux de la licence et de l’agrégation dans l’ordre des lettres ou dans l’ordre des sciences. Pour professer, il ne suffit plus aujourd’hui d’avoir exposé au Salon, et la position de professeur de dessin n’est plus considérée comme une compensation donnée à ceux pour lesquels la carrière des arts ne s’est pas aussi largement ouverte qu’ils l’auraient désiré. On exige des professeurs de dessin une instruction solide et complète ; on veut qu’ils donnent la preuve de leur capacité pédagogique, et l’on pense qu’il ne suffit pas d’avoir un certain talent d’exécution pour savoir enseigner.

Le professeur de dessin d’aujourd’hui n’est plus l’artiste d’antan qui, adonné à un genre de travail personnel, demeurait presque indifférent à ce que faisaient les élèves. Il exposait, il vendait, et cela suffisait à sa gloire.

Aujourd’hui, les temps ont changé: le professeur de dessin expose ou n’expose pas ; il n’est pas plus spécialiste en art que les agrégés de grammaire ne sont poètes ou romanciers ; il peut aAroir, il a souvent même du talent et cherche à le faire valoir si ses fonctions lui laissent des loisirs, ce qui, en général, est fort difficile ; mais il est avant tout professeur, c’est-à-dire un homme dévoué à tous, un homme utile.

Le décret du 26 novembre 1897 rappelle que nul ne peut être nommé professeur de dessin dans les collèges communaux de garçons s’il n’est pourvu du certificat d’aptitude à l’enseignement du dessin dans les lycées et collèges ; qu’un emploi de professeur titulaire de dessin ne peut être créé qu’autant que le service comporte un minimum de dix heures de cours par semaine. Le service maximum des professeurs titulaires de dessin dans les collèges communaux est fixé à dix-huit heures par semaine : Lorsque le service hebdomadaire Lun professeur de collège n'atteindra pas le maximum réglementaire, le professeur pourra être tenu de compléter son service sans rémunération supplémentaire dans les établissements d’enseignement public de la même ville.

Les traitements des professeurs ou chargés de cours de dessin des lycées et collèges de garçons ou de jeunes filles sont les suivants :

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