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qu'un jour il frauchirait même les frontières françaises; ce qui est arrivé cinquante-et-un ans pins tard. — De fuit, après avoir élevé 3,000 orphelins français et alsaciens-lorrains,l'Institut fut enveloppé dans lu loi de proscription du 18 mai 1903, qui dispersa plus de 15,000 religieux français à lu fois, — Les orphvlinats suipprimés, confisqués et vendus, les Frères partirent de Fraice ponr se reconstituer, à la grâce de Dien, en d’autres pays — Le premier de ces pass, qui fixa leur choix, fut le Canada, que saint François Régis avait naguère sollicité pour théâtre de ses missions.—-Le 29 juin 1903, une première colonie de Frères, agréée par # Grandeur Mgr l'évêque de Chicoutimi, s'établit à Péribonka, —D'aatres immigrants suivirent, pour former, en juin :904, une communauté d'une treniuine de membres, résidant tous à Péribonka, puis à Dolbeau, sous le patronage de MM. Broët, Couston et Cie, — La cordialité que les Frères reçurent dans le pays, surtout les affectueux encouragement du clergé, ceux en partieulier de Mgr Labrecque, engagèrent les nouveaux verus à adopter le Canada pour leur nouvelle patrie, A cette fin, ils slicitèrent un bill d'incorporation, qui fut adopté le 20 mai 1905. — Enfin, ayant résilié amiablement, le 2 mars 1907, leurs engagements avec MM. Broët, Couaton et Cie, les Frères entreprirent aussitôt, sur le canton Racine, au milieu de la forêt comme à Dolbeau, la fondation de la maison-mère ca adienne Saint-Joseph-du- Lac, siège de la corporation à «1er du 1er juillet 1907, ”
Pius loin, duns la brochure que je viens de citer, on lit : “ Le Rév. Père Fondateur, dans un éclair de génie, quand il décida de fonder les Frères de Saint-François. gis, voulut qu'ils devinssent des f'éres ouvriers, en majorité agriculteurs, travaillant au milieu des enfants, ot résidant tous à ja campagne, dans des fermes-modèles, pour l’encouragement des ultivateurs. Voilà les raisons sociales et le plan de l’Insti‘ dont il ne peut se départir. ”
Avec les explications que l’on vient de lire, il est facile de se rendre compte de l’origine de l’'Orphelinat Agricole de Saint-Joseph-du-Lac, que ses fondateurs ont érigé à uu endroit peu éloigné de la Grande Péribonka et un peu plus éloigné de la Petite Péribonka, sur la pointe formée par la réunion de ces deux rivières, et qui porte le nom de Vauvert comme bureau de poste.
Les Frères ont là un domaine de 2,000 âcres, soit 20 ‘cts, dont 150 âcres sont en rapport et fournissaient, à l'automne 1911, de l’avoine, des pois, des légumes, en outre du produit des prairies et des pâturages. Les animaux de la f“rme se classaient comme suit : 30 bêtes à cornes ; 5 chevaux ; 40 porcs; 70 volailles. On voit à Vauvert, une scierie mécanique actionnée à la vapeur, une maison d'atelier, ur.e grange-écuric, en outre de la maison d'habitation, à 3 étages, de 90 pieds sur 40, abritant 20 frères et 30 élèves. On a organisé depuis 1909 un patronage, c’est-à-dire une société de coopérateurs charitables, remplissant le rôle de pourvoyeurs de l’Orphelinat. Déjà 300 familles, dont la plupart apaprtiennent au diocèse de Chicoutimi, en font partie.
En parcourant avec le bon Frère Frasse, le dévoué et infatigable supérieur de la maison, les terrains en culture, j'ai été particulièrement touché de voir les Frères et les enfants travailler ensemble au défrichement d’üne pièce de forêt qu’on était à faire en terre neuve, les uns maniant avec dextérité la hache, les autres ramassant et entassant les brartches, chacun payant de sa personne et luttant d’émulation à qui ferait le plus et le mieux. C’est à la vue de ce travail en commun des Frères et des enfants que j'ai saisi toute la beauté de l'oeuvre dont le but est si bien défini dans les ligucs ci-jointes d’un livre que j'ai trouvé sur la table de ma chambre, à l’Orphelinat : “ Le but des Frères Ouvriers est de recueillir l'enfant du pauvre; ils le courbent vers cette terre,
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mère du genre humain, dont les fruits ennoblissent le travail qui la féconde ; ils gravent dans son intelligence les préceptes de l’Evangile en partageant avec lui le labeur manuel que ne dédaignèrent pas ces conquérants, ces victorieux, ces fonduteurs d’empire qu’on appelle les apôtres du Christ; ils remuent le sol avec lui, avec lui ils supportent les ardeurs du soleil, les frimas de l’hiver. Quel enseignement vaut cet exemple et ses fatigues partagées? En voyant les maitres qu’il respecte se livrer au travail comme au but de la vie, l’enfant prend de ce travail une idée élevée. A ses yeux, ce n’est plus le partage douloureux de la misère, c’est l’accomplissement de la loi, c'est l’obéissance chrétienne aux volontés de !a Providence, c'est toute la destinée humaine. ”
LA TRAPPE DE MISTASSINI. — Je terminai cette excursion, qui m'avait fait m'arrêter une journée à l'Ecole Ménagère Agricole de Roberval, puis une autre à l’Orphelinat de Saint- Joseph-du-Lac, en allant visiter, après une course de 16 milles (route qui complète, entre Péribonka et Mistassini, la voie carrossable qui coritourne le Lac Saint-Jean) le nouveau et magnifique monastère des moines silencieux de la T'rappe de Notre-Dame de Mistassini. C'est un magnifique édifice, surtout si on le compare aux vieilles maisons en bois de la fondativn en 1892. Il est situé sur une haute esplanade qui constitue la base du triangle compris entre les rivières Mistassibi et Mistassini qui confondent leurs eaux à son sommet.
Voici comment, lors du récent voyage de Son Excellence Mgr Stagni, délégué apostolique (juillet 1911), le chroniqueur décrivait la Trappe de Mistassini :
“ Mistassini ! La Trappe ! C’est un Eden qu'il est très doux d'atteindre et qui console de lavoir voulu, de l'avoir cherché. Le but fait oublier les
peines du chemin ! — Avec ses fenêtres nombreuses ouvertes ainsi que des yeux clairs sur la vallée de la Mistassini, ayec ses cordons de belles pieries qui du sol montent jusqu’au toit en allégeant la masse de briques rouges, cette bâtisse a superbe apparence et se détache plaisante et solide sur le fond sombre et mobile des bois. — A la nuit tombante, dans la lumière moins crue et au point de perspective voulu, la fière masse du monastère nouveau nous en impose et, franchement, nous l’admirons. C’est un bel ensemble que fait valoir encore davantage le souvenir des pauyres demeures où l’oeuyre qui s’accomplit ici a commencé. ”
Pour compléter cette description, je donne les dimensions de l'imposante construction. Elle est longue de 150 pieds, large de 50, haute de 3 étages surmontant un spacieux rez-de-chaussée. Elle comporte à l’arrière une aile assez considérable,
J'ai voulu revoir le vieux monastère délabré, dans lequel j'avais passé deux jours en 1898. Quel contraste avec le nouveau et quels progrès ont été depuis réalisés! La spacieuse grange seule, dont la construction était très avancée l’été der- - nier, suffirait à marquer ce progrès. Elle mesure 150 pieds de long sur 60 de large et comprend les écuries, les étables, les remises, etc. Sans entrer dans plus de détails, disons que ses fortes assises en béton, son système perfectionné de ventilation, la large surface de ses fenêtres, ses pavés, ses crèches et ses auges en ciment, tout enfin assure qu'on l’a construite avec l'intelligence des lois de l'hygiène. Rien n’a été épargné pour assurer un logis confortabie et sain au bétail de la ferme. Et ce bétail, à l'automne de 1911, voici comment il se composait : 12 chevaux de travail, 6 poulains en élève, 1 beau reproducteur percheron, 35 vaches à lait, 25 taurailles, 1 reproducteur de race bovine canadienne pursang, 1 autre de race bovine ayrshire aussi pur-sang, 8 jeu-
nes veaux en élève, 48 porcs de race tamworth, 45 poules plymouth-rocks, 75 poulets, 3 canards métis sauvages, 20 pigeons voyageurs, 25 lapins, 60 moutons shropshires et croisés, Toutes proportions gardées, cette grange est absolument construite sur le modèle recommandé aujourd'hui aux cultivateurs de progrès, qui veulent réaliser les meilleures conditions de confort et d'hygiène dans leurs bâtiments de ferme.
J'avais visité une première fois, ai-je dit, la Trappe de Mistassini en 1898, six ans après sa fondation. Il ÿ a un grand changement depuis mon premier voyage, et cela non seulement dans les constructions, mais encore dans les fermes elles-mêmes, Celle de la Riricre-auæ- Rats, la meilleure, qui n'était en 1898, que dans la première période de défrichement, constitue maintenant un beau grand établissement. On y voit une grange-écurie de larges dimensions à lagnelle on accède, du monastère, par de bons chemins bien ouverts. J'ai vu commencer ces chemins par les vaillants moines de 1898. Dom Antoine, l'abbé d'Oka, était à leur tête. Le Très Révérend Père a tou jours eu une grande affection pour la T'rappe de Notre-Dame-de-Mistassini. Il y a consacré de bien longs mois de son temps et de ses efforts.
On me pardonnera un détail rétrospectif de ma visite de 1898. J'écrivais alors : “ La beurrerie privée des Pères Trappistes n'attend que le moment où les colons des cantons Pelletier et Dolbeau auront des troupeaüx de vaches assez nombreux pour se changer en fromagerie publique ”. Or, en 1911, j'ai trouvé mes prévisions réalisées. Une jolie fromagerie d'une propreté que je serais tenté d'appeler excessive, s’il pouvait y avoir de l'excès en cela, est maintenant tenue par les Trappistes, au village de Saint-Michel-de-Mistassini, à proximité du monastère.
En 1898, j'écrivais encore : “ J'ai visité les terrains jus-
qu'à huit milles au-delà du monastère de Notre-Dame de Mistassini, dans le canton Pelletier. Tout ce que j'ai constaté : la fertilité de la terre, l’énergie et l’activité des propriétaires et, surtout, l'influence bénie de la sainte tronpe de travailleurs qui, par leur aide, leur exemple, leurs conseils, frayent la voie aux autres, tout me fait présager un bel avenir pour cet établissement. Me reportant, par la pensée, à vingt ans d'ici, dans le futur, je vois une jolie ville, développée sur le cite actuel de Saint-Michel-de-Mistassini, devenue le centré d'un riche district agricole, traversée par un chemin de fer qui viendra y chercher les preduits du sol et y amener uné foule de touristes. Et ces touristes admireront, dans une des plus belles Trappes de l'Amérique, l'oeuvre de ses silencieux mais infatigables habitants.” La ville n'est pas encore Jà, mais, un beau village en est le précursé@r. La Trappe s'y élève déjà majestueuse, et de nouvelles côristrfictions se préparent. Le sifflet de la locomotive n'éveille pts encore les échos, mais on rencontre les ingénienrs qui sont à tracer la voie qu'elle viendra bientôt parcourir. Ma foi en l'avenir de cette région demeure robuste. Les nouveaux “ moines d'Occident ” feront encore là des mérveilles.
Tout ce que j’ai vu à Roberval, à Saint-Joseph-du-Lac et à Mistassini, jé le répèté en términant, me parait établir supeïbement, comme jé l’écrivais aùû début de cet article, que s'il est une région qui a été favorisé» pour sa colonisation ét son progrès agricole par notre clergé, c'est bien la valléé du Lac Saint-Jéan. Lorsque l’on sait, en effet, que dans ce district, tandis que + jeune fille se forme à l'Ecole Ménagère Agricole de Rob ‘et que ses fils ont pour maîtres lés dévoués Frères de saint-François-Régis dé Saint-Joseph-du-
Lac, le colon cultivateur est édifié chaque jour par ces moines austères de la Trappe de Mistassini, qui défrichent en priant et qui fécondent le sol de leur dur labeur en adorant et en louant constamment celui dont le Christ disait. “Mon Père est agriculteur”... l’on n'est pas surpris d'entendre les économistes, qui s'occupent des problèmes de notre vie rurale, dire à qui veut les entendre: “ Pour faire accepter des idées antiroutinières et faire admettre des principes rénovateurs en agriculture, on n'a qu’à les proposer aux braves gens du
Lac Saint-Jean: Von est sûr d'être tout de suite compris ”.