‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 30 sur 118 · CHRÉTIENNEMENT · texte numérisé non relu

CHRÉTIENNEMENT

R. — Nous obtiendrons d'être gouvernés chrétien-

aGo LA POLITIQUE RELIGIEUSE

NEMENT EN VOTANT AUX ÉLECTIONS, POUa DES HOMMES RÉ- SOLUS A DÉFENDRE LES INTÉRÊTS DE LA. RELIGION ET DE LA SOCIÉTÉ.

D. — Est-ce un devoir de voter aux élections?

R. — Oui, c'est un devoir de voter aux élections?

D. — Est-ce un péché de mal voter aux élections?

R. — Oui;, c'est unpéché de mal voter aux élections?

D. — Qu'est-ce que mal voter aux élections ?

R. — Mal voter aux élections, c'est voter pour des hommes qui ne seraient pas résolus a défendre les intérêts de la religion et de la société.

A la même époque, novembre 1891, les journaux reproduisaient le texte d'un supplément au chapitre du catéchisme sur la prière, dû à Mgr TEvêque de Châlons.

— Pour qui devons-nous prier?

— Nous devons prier d'abord pour nous-mêmes, ensuitepour nos parents, pour lespasteurs de l'Eglise, pour notre patrie et pour ceux qui la gouvernent.

— Pourquoi devons-nous prier pour ceux qui nous gouvernent?

— Nous devons prier pour ceux qui nous gouvernent, afin que Dieu leur fasse la grâce de rendre le pays prospère et fidèle à Dieu.

— Pour obtenir de Dieu un bon gouvernement,suffîtil de prier?

— Non, il ne suffît pas de prier; il faut encore agir, c'est-à-dire voter aux élections pour des chrétiens honnêtes et capables.

— Celui qui manque volontairement de voter aux élections est-il coupable devant Dieu ?

— Celui qui manque volontairement de voter aux élections est coupable devant Dieu.

— Qu'est-ce que voter mal aux élections ?

— Voter mal aux élections, c'est donner sa voix à des

L AFFAIRE DES CATECHISMES ELECTORAUX

hommes qui attaquent la relîg-ion ou qui refusent d'en défendre les droits.

— Celui qui vote mal commet-il une grande faute?

— Oui, celui qui vote mal commet une g"rande faute, ■ et il répondra devant Dieu des mauvaises lois qui résulteront de son vote.

Au mois d'avril 1892, l'Univers citait ce supplément adjoint au catéchisme diocésain de Périg-ueux, par ordre de Mgr Dabert :

D. — Tout chrétien est-il obligé de défendre l'Eg'lise?

R. — Oui, tout chrétien est obligé de défendre l'Eg-lise selon son pouvoir, comme un enfant doit défendre sa mère.

D. — Gomment le chrétien peut-il défendre l'Eg-lise?

R. — Le chrétien peut défendre l'Eg'lise principalement par la prière, par l'exemple, et, s'il est électeur, par le vote.

D. — Pour qui l'électeur chrétien doit-il voter?

R. — L'électeur chrétien doit voter pour les candidats sincèrement dévoués à la religion et à l'Eglise.

D. — Gomment peut-on connaître ces candidats?

R. — On peut connaître ces candidats à leurs paroles et à leurs actes, et en demandant conseil aux hommes sages et vraiment chrétiens.

D. — Gelui qui vote sciemment pour des hommes ennemis de la religion et de l'Eglise commet-il un grand péché ?

R. — Oui, celui qui vote sciemment pour des ennemis de la religion et de l'Eglise commet un grand péché.

D. — Pourquoi celui qui vote sciemment [pour des hommes ennemis de la religion et de l'Eglise commetil un grand péché?

R. — Parce que celui qui vote sciemment pour des hommes ennemis de la religrion et de l'Ecrlise se rend responsable du mal que feraient ces hommes par leurs lois et leur administration .

D. — Celui qui ne vote pas fait-il un péché?

R. — Oui, celui qui ne vote pas, quand il le peut, fait un péché.

D. — Pourquoi celui qui ne vote pas, quand il le peut, fait-il un péché?

R. — Parce que celui qui ne vote pas, quand il le peut, laissera peut-être, en ne votant pas, réussir un candidat ennemi de la relig-ion et de l'Eg-lise.

Voudrait-on dire ce qui, dans cet enseig-nement tout religieux, pourrait être repris au point de vue de la correction politique ?

Relevé encore dans L'Univers du 26 avril 1892:

Mgr Tévêque de Montauban vient d'adresser la lettre suivante au directeur de la Semaine religieuse de son ■diocèse :

« Montauban, 19 avril 1892.

« Mgr l'archevêque d'Avignon et ses suffragants,N.N. S. S. les évoques de Valence, de Montpellier, de Viviers et de Nîmes, viennent de promulguer, dans leur diocèse, l'Encyclique du Saint -Père en date du 16 février •dernier. Ils l'ont accompagnée d'une lettre collective dans laquelle ils expliquent avec une admirable clarté les solennels enseignements donnés à la France parle Chef .suprême de l'Eglise.

« Je ne sais si vous pourrez publier, en son entier, la circulaire de ces éminents prélats. Je désire vivement .que vous en reproduisiez du moins la partie relative au devoir des électeurs catholiques.

((Il est vrai qu'en publiant, il y a quelques jours, l'En- •eyclique de Léon XIII, j'ai déjà insisté sur ce point d'une manière toute particulière. MaisJ'impprtance du devoir ■électoral est si peu comprise ; tant de chrétiens se font, à cet égard, de si étranges illusions, qu'il est nécessaire de saisir toutes les occasions pour éclairer les consciences honnêtes .

« Après tous les renseignements donnés par le Pape et

l'affaire des catéchismes électoraux 263

par les évoques, les fidèles qui continueront à voter pour les ennemis de la relig'ion, qui sont pour cela même les ennemis de la patrie, seront sans excuse et encourront devant Dieu une grave responsabilité.

« Agréez, monsieur le Directeur, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués" en N. S.

(( Adolphe, (c Evêqiie de Montaiiban. »

Et quelques jours après le même journal disait :

Mgr l'évêqued'Orléansvientd'ajouter àson catéchisme diocésain, les chapitres suivants sur les écoles mauvaises, sur le devoir électoral et sur le divorce.

Supplément au chapitre sur le quatrième commandement.

A qui Dieu a-t-il confié l'éducation des enfants ?

Dieu à confié aux pères et mères l'éducation de leurs enfants.

Quel est le principal devoir des parents chrétiens qui veulent bien élever leurs enfants?

Le principal devoir des parents chrétiens qui veulent bien élever leurs enfants est de leur faire connaître et pratiquer la religion.

Quels moyens doivent-ils prendre pour leur faire connaître et pratiquer la relig-ion?

Pour leur faire connaître et pratiquer la relig'ion ils doivent les instruire eux-mêmes des vérités de la foi, leur faire réciter chaque jour leurs prières, les conduire aux offices de l'Eglise, les envoyer au catéchisme et ne les confier qu'à des maîtres chrétiens.

Qu'est-ce qu'un maître chrétien?

Un maître chrétien est celui qui s'applique à faire connaître et pratiquer la relig'ion.

Les parents commettraient-ils un grand péché en envoj^ant leurs enfants dans des écoles mauvaises ?

Oui, les parents commettent un grand péché quand ils envoient leurs enfants dans une école mauvaise.

Qu'est-ce qu'une école mauvaise?

Une école mauvaise est celle où les enfants sont exposés à perdre le respect de la relig-ion et l'innocence.

Que doivent faire, en conscience, les parents qui sont dans l'impossibilité d'envoyer leurs enfants à des écoles chrétiennes?

Les parents qui sont dans l'impossibilité d'envoyer leurs enfants dans des écoles chrétiennes, doivent, en conscience, consulter leur curé et suivre ses avis.

Les parents sont-ils oblig-és de s'imposer des sacrifices pour assurer l'éducation chrétienne de leurs enfants?

Oui, les parents sont oblig^ésde s'imposer des sacrifices pour assurer l'éducation chrétienne de leurs enfants.

Quels sont nos devoirs envers les magistrats qui nous g-ouvernent?

Nos devoirs envers les mag-istrats qui nous gouvernent sont de les respecter et de leur obéir en ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu.

Pourquoi devons-nous le respect et l'obéissance aux magistrats qui nous gouvernent?

Nous devons le respect et l'obéissance aux magistrats qui nous gouvernent, parce que leur pouvoir vient de Dieu et qu'il les a établis pour le bien de la société.

Devons-nous prier aussi pour les magistrats qui nous gouvernent?

Oui, nous devons prier pour les magistrats qui nous gouvernent, afin qu'ils nous dirigent chrétiennement et qu'ils procurent le plus grand bien au pays.

Comment obtiendrons- nous d'être gouvernés chrétiennement?

Nous obtiendrons d'être gouvernés chrétiennement, en votant aux élections pour des hommes résolus à défendre les intérêts de la religion et de la société.

Est-ce ua devoir de voter aux élections ?

Oui, c'est un devoir de voter aux élections.

Pourquoi est-ce un devoir de voter aux élections?

C'est un devoir de voter aux élections, parce qu'en ne

l'affaire des catéchismes électoraux a65

votant pas on rend possible la nomination des ennemis de la religion.

Est-ce un péché de mal voter aux élections ?

Oui, c'est un péché de mal voter aux élections.

Qu'est-ce que mal voter?

Mal voter, c'est voter pour des hommes qui sont ennemis de la relig-ion, ou qui ne sont pas décidés à défen« dre les intérêts de la relig-ion et de la société.

Pourquoi est-ce un péché de mal voter ?

C'est un péché de mal voter, parce qu'en votant mal on est responsable des mauvaises lois que pourra voter celui qu'on aura choisi.

Supplément au catéchisme sur le sacrement de

mariage.

Un catholique peut-il, en conscience, se remarier après avoir obtenu un jug-ement de divorce?

Non, un catholique ne peut, en conscience, se remarier après avoir obtenu un jugement de divorce.

Pourquoi un catholique divorcé ne peut-il, en conscience, se remarier?

Un catholique divorcé ne peut, en. conscience, se remarier parce que, selon la parole de Jésus-Christ, l'homme ne peut séparer ce que Dieu a uni.

Que doit faire un époux divorcé qui s'est remarié et qui veut se réconcilier avec Dieu ?

Un époux divorcé, qui s'est remarié et qui veut seréconcilier avec Dieu, doit se séparer de sa nouvelle épouse, puisque son premier mariage subsiste toujourscomme l'a enseigné Notre Seigneur.

A la même date encore, Mgr Baptifolier, évêque de Mende, adressait la lettre suivante aux curés, de son diocèse. {L'Univers, lo avril 1892.)

Monsieur le Curé, A répoque des dernières élections, plusieurs de mes

prêtres ont été inquiétés pour le lang'ag-e qu'ils avaient tenu en chaire sur ce sujet. Quelques-uns môme ont vu leur traitement supprimé. Pour obvier à cet inconvénient je vous prie de lire en chaire la circulaire suivante, sans j ajouter un mot de commentaire :

Votre bien humble serviteur,

Narcisse, Evêqae de Mende.

Nos très chers frères,

Notre Saint-Père le Pape, ému de nos discordes politiques, plus ému encore de la guerre faite en France à la religion, nous eng-ag-e à nous unir fortement pour soutenir les intérêts de Dieu, de l'Eglise et des âmes.

Or, les conseils municipaux ont à connaître de beaucoup de choses qui concernent la religion, et plusieurs même dans notre Lozère ont pris des arrêtés contre la religion . Il est donc important que vous ne fassiez entrer dans la municipalité que de bons chrétiens.

Vous devrez demander, ou faire demander, à chacun

des candidats, de prendre l'engagement de soutenir en

tout, dans le conseil, les intérêts de la religion ; si le

candidat ne s'y engage pas nettement, vous êtes tenu,

^n conscience, à lui refuser votre vote.

Sachez bien que si un candidat nommé par vous sans avoir fait cette promesse venait à proposer et faire adopter une mesure anti-religieuse, vous seriez responsable de cette mesure devant Dieu, devant l'Eglise, devant votre conscience, et vous devriez vous accuser en confession d'avoir porté au pouvoir un persécuteur de l'Eglise.

Donné à Mende, sous notre seing, le sceau de nos armes ^t le contre-seing du secrétaire général de notre évêché, le 7 avril 1892.

Narcisse, Evêque de Mende.

Il est triste d'avoir à constater que les évêques

l'affaire des CATECHISMES ÉLECTORAUX 267

qui parlaient comme Mgr Baptifolier, ou comme Mgr Gouthe-Soulard, dont on va lire aussi la circulaire, sont ceux qui n'avaient pas compris l'esprit de la politique de Léon XIII.

Peu de jours après, l'archevêque d'Aix adressait au clergé et aux fidèles de son diocèse la lettre suivante :

Mes très chers coopérateurs,

Dimanche prochain, 24 avril, vous lirez dans toutes les églises et chapelles de notre diocèse une partie du trente-huitième chapitre de notre catéchisme ; je vous en donne l'extrait à la fin de cette lettre ; mais vous ne ferez aucun commentaire ; je crois être très clair, et à la portée de toutes les intelligences.

Je rappelle dans cette leçon nos obligations envers les autorités religieuses et civiles, la prière, le respect, l'obéissance ; je recommande en particulier le devoir électoral.

Les Français seront appelés, le dimanche i^"" mai, à remplir un mandat très important pour le bien de la commune, de la paroisse, de la France entière, et par conséquent, de la religion.

Il est donc nécessaire que nous ayons tous une idée très exacte de l'étendue et de la gravité du droit que nous allons exercer, car c'est un droit et un devoir.

Nous ne demandons à personne sa couleur politique, nous n'avons pas à nous occuper de cette question. Nous voyons les choses de plus haut, du haut de notre mission sainte, qui prend ses inspirations dans la justice éternelle, qui est Dieu lui-même, auteur de tout droit et sanction de tout devoir.

En écrivant cette courte leçon, j'ai agi comme docteur et directeur des consciences, parce que mal yoter est un péché; je suis donc absolument dans mon devoir qui est de vous conduire dans les voies du ciel ; le seul obstacle du ciel, est le péché.

J'aurais tracé ces quelques lignes sous Louis XIV, sous

208 LA POCITIOUE RELIGIEUSE

la Convention, en face de Napoléon P'^'^en Chine, au Tonkin, sous le Grand Turc, à Gonstantinople, tout aussi bien qu'en France en pleine démocratie républicaine. Je les ai écrites pour tous les temps et pour tous les régimes, pour le plus absolu comme pour le plus libéral.

La leçon demeurera, malg-ré les attaques déloyales et intéressées des sectes impies, elle demeurera parce qu'elle est une vérité.

Je demande, à tous les deg-rés, des représentants honnêtes, consciencieux et capables ; c'est donc bien exigeant ! !

Dans les innombrables programmes que j'ai lus, je n'ai pas rencontré un seul candidat qui ne se proclamât honnête, consciencieux et capable. Mais on devrait me remercier, puisque je fais connaître la profession de foi de tous les aspirants aux fonctions électives.

De plus, j'ai tiré ma formule des admirables encycliques de Léon XIII, très grand philosophe, très grand théologien, dont la parole est pour moi, et pour tous les catholiques, la parole de Dieu lui-même ; et je vous prouve ce que j'avance par quelques citations :

« Ne prendre aucune part aux affaires publiques, dit Léon XIII, serait aussi repréhensible que de ne vouloir apporter au service du bien commun de la société ni zèle ni amour. Et cette indolence, cette insouciance seraient d'autant plus inexplicables que, par la doctrine même dont ils font profession, les catholiques sont instruits à se conduire en tout avec intégrité et loyauté. Si les catholiques restent oisifs, ce sont les hommes d'opinions incertaines ou dangereuses qui prendront les rênes du gouvernement. Et quel malheur alors pour la religion, puisque ses ennemis seront à même de tout entreprendre et de tout faire, pendant que ses amis ne pourraient presque rien. »

« On doit choisir, dit encore le Saint Père, des hommes d'une probité éprouvée, qui aient déjà mérité, ou qui doivent bien mériter du nom chrétien, et il n'y a

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aucune raison qui puisse permettre de leur préférer des ennemis de la relig-ion. »

Que sig-nifient ces paroles qui sont l'expression du plus invincible bon sens? Elles sig-nifîent que nous devons choisir des représentants honnêtes, consciencieux et capables ! Je n'ai rien dit de plus, je n'ai rien dit de moins. Mais, m'a-t-on objecté, les enfants ne sont pas appelés à voter de sitôt : c'était très inutile de faire cette innovation dans yotre catéchisme .

Je réponds que le catéchisme est le livre des petits et des g-rands, des mineurs et des majeurs, do l'enfance, de la jeunesse, de tous les âges ; il enseig-ne la doctrine qui doit être suivie du berceau à la tombe. De plus, j'en ai fait un manuel qui peut remplacer beaucoup de livres par les additions que j'y ai introduites.

Les enfants de nos catéchismes ne sont pas encore en âg-e de voter, c'est vrai; mais sont-ils en âg-e d'être ordonnés prêtres ou de se marier ? Cependant nous leur enseig-nons le sacrement de l'Ordre et le Sacrement du Mariage. Et vous, dans vos manuels de morale civique, vous leur enseig-nez bien des devoirs qu'ils ne rempliront que plus tard.

Quand j'étais curé, je disais ordinairement à mes paroissiens, àl'époque des élections : Mes chers amis, ne consultes dans votre vote que vos intérêts spirituels et temporels, agissez en conscience et devant Dieu qui vous demandera compte du choix que vous allez faire .

Je tiens absolument le même lang-ag-e en d'autres termes. Je ne force personne de suivre mon enseig-nement. Je vous dois la vérité : je vous la donne. Gomme vous ferez, vous trouverez. Dieu ne veut pas que vous perdiez vos âmes, mais il vous laisse cependant le pouvoir de les perdre par le mauvais usag-e de votre liberté, dont vous êtes responsables. Je suis libéral ici comme ailleurs, à la façon du bon Dieu.

Avec l'Eg-lise catholique, je n'exclus aucun candidat

en particulier. Les électeurs ne doivent obéir à aucune influence que leur conscience n'accepte pas ; ils doivent se déterminer dans la pleine indépendance de leur jug-ement, éclairé par la religion et l'expérience des événements passés dont ils ont à soufl^rir et qui se reproduiront si les mêmes causes persistent.

Je demande à mes vénérés collègues de la province d'Avig-non de leur emprunter le passag-e suivant de leur admirable lettre> adressée au clerg-é et aux fidèles de leurs diocèses en date du 9 avril : Pour nous, disent-ils, après vous avoir rappelé vos devoirs d'électeurs, et la nécessité où vous êtes de les remplir, nous n'irons pas plus loin. Partout où il y a des comités créés pour la défense des intérêts relig-ieux et politiques du pays, c'est à ces comités qu'il faut demander conseil et direction. Là où ces comités n'existent pas, nous invitons les catholiques à en former dans un esprit de larg-e et sag-e tolérance, sollicitant et acceptant avec loyauté le concours de tous ceux qui veulent travailler au maintien de la foi chrétienne et de toutes les libertés relig-ieuses, et à la défense de la relig"ion et de la patrie.

Ces paroles expriment parfaitement ma pensée, et je leur donne ma plus complète adhésion, vous invitant, mes chers diocésains, à les prendre pour règ-le de votre conduite.

Voici la partie du chapitre trente-huitième que vous lirez telle quelle, par demandes et réponses :

Pourquoi devons-nous prier pour la France ? .

Nous devons prier pour la France^ parce qu'elle est notre patrie et que nous sommes ses enfants.

Pourquoi devons-nous prier pour ceux qui nous gouvernent ?

Nous devons prier pour ceux qui nous gouvernent, parce qu'un g"ouvernement chrétien nous assure la paix et la justice pour tous.

Comment obtiendrons-nous un gouvernement chrétien ?

- l'affaire des catéchismes électoraux 271

Nous obtiendrons un jo-ouvernement chrétien, en choisissant pour nous g-ouverner des chrétiens hnnnêteSy consciencieux et capables.

Est-ce un devoir de voter aux élections?

Oui, c'est un devoir de voter aux élections.

Est-ce un péché de mal voter ?

Oui, c'est un péché de mal voter.

Pourquoi est-ce un péché de mal voter?

Parce que, en votant mal, nous choisissons pour nous g-ouverner des ennemis de Dieu et de la religion, et par conséquent des ennemis du pays...

M. Auguste Roussel faisait, dans F Univers du 22 juillet 1892, ce rapprochement fort suggestif :

Aux derniers examens qui ont eu lieu dans le Pas-de- Calais, pour les aspirants au certificat d'études primaires, les dits aspirants ont eu à développer le thème ciaprès :

Rédaction. — « Des élections municipales ont eu lieu récemment dans votre commune, et un de vos camarades vous en demande la raison. Dans une lettre que vous lui écrivez, faites-lui connaiiivQ pourquoi et comment se font ces é/ecif/ons, ainsi que celles des maires et adjoints.

« Montrez, en terminant, quels sont, à ce sujet, les devoirs des électeurs. »

Ainsi les examinateurs de l'Etat réclament des écoliers de douze à treize ans la science du devoir électoral .' Et à cette fin les manuels civiques ne manquent pas d'enseigner que le devoir est de voter pour un bon républicain libre-penseur. Tout cela est on ne peut plus légal ! Mais si un évèque s'avise d'enseigner aux enfants que le devoir électoral est de voter pour un bon catholique, fût-il républicain, cela, c'est de la sédition, et, comme dit la Lanterne, « une flagrante illégalité ». Ce qu'il en est au vrai, et ce que valent ces accusations calomnieuses, le public est maintenant à même d'en juger.

272 LA. POLITIQUE RELtaiEUSE

Nous défions tout honnête homme dig-ne de ce nom de ne pas proclamer que c'est le ministre et son conseil supérieur qui commettent, et la Lanterne qui célèbre, la plus flagrante et la plus odieuse des illég-alités.

Que les catéchismes électoraux fussent incompatibles avec la politique de ralliement, c'est ce que montra une note quasi-officieuse du Figaro, plaidant d'ailleurs la bonne foi des évêques pour les excuser. Cette note fut reproduite ainsi par le Temps :

Le nombre des catéchismes épiscopaux qui vont être déférés au Conseil d'Etat à raison de l'insertion de passag-es politiques est définitivement fixé à cinq.

On se demandera pourquoi ce chiffre de cinq, puisque tous les catéchismes incriminés disent exactement la même chose quant à la doctrine.

Sans répondre directement à cette question, le Figaro publie, au sujet de cette nouvelle, un exposé qui pourrait bien venir plus ou moins directement des bureaux du ministère des Cultes. C'est pourquoi nous le repro- ■duisons, sous telles réserves que de droit.

L'archevêque d'Aix a été dernièrement poursuivi devant le 'Conseil d'Etat et condamné comme d'abus, pour avoir publié ce qu'on appelle un « catéchisme électoi"al ». Cinq autres évêques le seront ces jours-ci pour la même cause. La chose est décidée.

Cette question des catéchismes électoraux préoccupe vivement les hommes au pouvoir. Dès que parut le premier de ces livres, le g-ouvernement demanda au Vatican d'interdire formellement aux évêques tout supplément concernant soit le vote des électeurs, soit lemariag-e civil. Mais Léon XIII s'y refusa, les catéchismes électoraux ne faisant que reproduire presque intégralement les

l'affaire des catéchismes électoraux 278

enseignements renfermés dans les encycliques pontificales. Cependant, étant donné le désir de paix dont est animé le Pape à l'ég-ard de la République, Le nonce reçut l'ordre d'empêcher le développement des catéchismes électoraux. Toutes ces publications étaient de plus d'un an, c'est-à-dire d'une époque à laquelle le Pape n'avait pas encore J'ait connaître d'une façon catégorique son désir de voir les catholiques se rallier à la République. Un seul catéchisme fait exception, c'est celui de Périg-ueux ,

Il a été écrit par Mgr Dabert, après les documents pontificaux. 11 a valu, d'ailleurs, à l'évêque de Périgueux une lettre du cardinal Rampolla.

Il est encore juste d'ajouter qu'à l'époque où ont paru ces catéchismes, les évêques n'avaient pas l'intention de déplaire au Pape. La meilleure preuve en est dans Tinciclent soulevé dernièrement par l'Univers. Ce journal avait reproduit le catéchisme électoral du diocèse d'Orléans, le donnant comme récent, quand il avait plus d'un an de date. Mgr Goullié, évêque d'Orléans, écrivit immédiatement une lettre dans laquelle il disait à l'Univers que le catéchisme dont il parlait était ancien, et qu'à l'époque où il avait paru il n'avait pas le caractère qu'il aurait eu s'il avait été écrit après les enseig-nements de Léon XIII.

Quoiqu'il en soit,le g-ouvernement,n'ayant pas obtenu de Rome l'ordre formel d'enjoindre aux évêques de faire disparaître les catéchismes électoraux, résolut de les détruire d'une autre façon, en poursuivant les évêques devant le Conseil d'Etat.

Quels étaient exactement les évêques qui avaient fait des catéchismes électoraux? Une enquête fut ordonnée dans toute la France. En voici les résultats inédits. L'enquête révéla que, sur 87 archevêques ou évêques, i5 seulement avaient adjoint un supplément électoral, c'étaient les archevêques d'Aix et de Rennes, et les évêques de Saint-Rrieuc, Vannes, Quimper, Périg-ueux,

PROfinÈS T)TT WRÉn T — 18

Séez, Annecy, Orléans, Goutances, Grenoble, Luçon, Mende, Nevers et Saint- Jean-de-Maurienne . Après un examen, il fut décidé que l'archevêque d'Aix, et l'évê- <jue de Mende, ayant été déjà traduits devant le Conseil d'Etat, ne pouvaient l'être une seconde fois. Ne seraient pas poursuivis non plus : les évêques de Saint-Brieuc, Vannes et Ouimper, parce qu'ils n'avaient fait que reproduire le catéchisme de Mg^r Place, archevêque de Rennes, et qu'ils étaient en quelque sorte forcés de suivre l'exemple de leur métropolitain. Pour d'autres raisons furent mis en dehors des poursuites : les évoques de Nevers et de Saint-Jean-de-Maurienne.

Restaient donc comme susceptibles d'être traduits -devant le conseil d'Etat, Mgr l'archevêque de Rennes et les évêques de Périg-ueux, Séez, Annecy, Orléans, Coutances, Grenoble et Luçon, soit en tout huit au maximum. Sur ce nombre il faut déduire Mgr Dabert, évêque de Périg-ueux, et deux autres évoques sur le point de retrancher leur catéchisme...

Dès que le Conseil d'Etat aura statué, et sa décision, après l'arrêté qu'il a pris à l'égard de Mgr d'Aix, est dès maintenant connue, le ministre saisira le Conseil supérieur de l'Instruction publique ; celui-ci, se basant alors sur les arrêtés du Conseil d'Etat, fera défendre aux maîtres congrég-anistes d'apprendre à leurs élèves ces catéchismes frappés, sous peine de voir fermer leurs écoles.

L'effort visible dans celle note pour réduire le nombre des évêques ayant courag-eusement enseig-né le devoir électoral ne doit pas faire oublier, qu'outre la condamnation sus-menlionnée de l'archevêque d'Aix celui d'Avig'iion, Mgr Vigne, et ses quatre suffraganls avaient été, eux aussi, précédemment, l'objet de poursuites et d'une condamnation comme d'abus, pour la lettre collective dont Mg-r Gouthe-Soulard avait reproduit un extrait. ■A la suite de. cette sentence, le ministre des Cultes

l'affaire des catéchismes électoraux 275

les avait privés de leur traitement, selon Fabus monstrueux qui s'était introduit.

Ce procès des évêques d'Avig-non offrit même un trait bien curieux. On y vit le rapporteur du Conseil d'Etat interpréter contre eux l'Encyclique sur le ralliement, et leur reprocher en termes sévères de méconnaître l'oblig-alion de conscience qu'elle fai^ sait aux catholiques de renoncer à toute préférence politique, même dans leur for intérieur.

Le rapport cite ce passage de la lettre des évêques :

La possession du pouvoir s'acquiert aujourd'hui par les élections. Amener, par conséquent, dans tous les corps élus des hommes qui partagent et soutiennent les .croyances catholiques, ou qui du moins sachent les respecter et les ménag"er,voilà le devoir rig-oureux et universel, si important et si sacré, que c'est à lui seul et à l'ohligation d'en rendre possible l'accomplissement que les partis politiques sont pressés et conjurés de subordonner actuellement leur action et leur effort.

Et il ajoute :

Ces derniers mots visent le passage de l'Encyclique où il est dit : ce Sans renier les principes qui demeurent inébranlables... en descendant sur le terrain des faits, et à cause de la nécessité sociale » il est permis, réclamé, imposé même d'accepter les gouvernements nouveaux.

Mais, immédiatement après ces paroles conciliantes, la lettre pastorale na pas craint d'expliquer que « les catholiques dignes de ce nom., fidèles aux souvenirs du passé, ne sont pas mis en demeure, par le chef de r Eglise, de rompre, dans le secret de leurs pensées et de leur cœur, avec leurs attachements intimes. » En toute sincérité, Messieurs, ce manifeste, où

s'accumulent tant de questions brûlantes, ces atténuaiîons réfléchies de la volonté du Saint-Siège, ne sontelles pas la démonstration la plus pénible d'un état d'esprit bien fait pour nous alarmer ? Où s'arrête le prêtre, où commence la politique ? Est-ce un évêque ou un chef de parti que nous venons d'entendre ?

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