II. — Les catéchismes électoraux
Aucune affaire, peut-être, n'eut des conséquences plus déplorables pour l'attitude des catholiques et ne compromit plus gravement les droits de Dieu et de l'Eglise dans la société, que cette affaire des catéchismes électoraux, dans laquelle Léon XIII promettait au Gouvernement d'intervenir en sa faveur.
De quelques motifs qu'on pallie cette intervention, à quelques subtilités qu'on recoure pour la justifier de mettre les principes en péril, son effet direct, nécessaire et inévitable, devait être de donner une formidable impulsion au libéralisme dans les mœurs politiques. Il ne se pouvait qu'en voyant le Pape déconseiller aux évêques l'enseignement catéchélique du devoir électoral, le clergé et les catholiques ne fussent ébranlés dans leurs convictions, arrêtés dans leur zèle, ou favorisés dans leur mollesse. Il ne se pouvait que l'effet immédiat ne fût de paralyser, dès la première heure du ralliement, cette action énergique pour la défense de la religion, qui lui était marquée comme but supérieur.
Bien vainement on a prétexté, pour se dérober à ces conséquences, que, le devoir électoral ne comptant pas parmi les obligations présentes de l'enfant, cet enseignement n'était pas bien à sa place dans le catéchisme. Mais qu'est-ce donc que le catéchisme? Et, à ce compte, n'en faudrait-il pas retrancher la moitié ? Le Mariage, l'Ordre, et cent autres points, regardent-ils les devoirs présents de l'enfant? On
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a dit encore que les évêques ne manquaient pas d'autres moyens de faire enseig"ner ce devoir. Tout cela, ce sont des mots creux. Rome leur enlevait le moyen le plus naturel, le seul efficace pour pénétrer, sans heurts, la masse des fidèles; et il reste toujours, le bon sens le crie, que Rome, en commandant la retraite sur ce point, sacrifiait la position.
Je ne sache pas que la dualité maintes fois signalée par nous dans le rôle de Léon XIII puisse apparaître plus apparente et plus frappante qu'ici : le Pape inculquant aux catholiques, comme chef de rEg"lise, le devoir de subordonner toute préférence politique à l'union dans un suprême effort pour rendre à la relig-ion sa place dans l'ordre social ; et le Pape invitant les évêques à cesser d'enseigner dans le catéchisme l'obligation de ne pas voter pour les ennemis de la religion.
Il semble cependant que la démocratie même, vers laquelle le pape se tournait, rendît plus opportun et plus nécessaire cet enseignement du devoir électoral.
Sous un régime démocratique, il importe que les citoyens sachent et apprennent dès leur première jeunesse quelle doit être, dans la vie publique, la règle que leur impose la religion. Car la religion n'est pas faite seulement pour les besoins de la pensée ; elle doit encore enseigner à l'homme ici-bas tous ses devoirs sociaux, politiques, tout aussi bien que les devoirs qui regardent la famille ou qui le concernent lui-même. Le catéchisme électoral devait être à la base de la formation de cette conscience civique, à laquelle nos modernes démocrates consacrent tant d'efforts.
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Le détail des documents a ici une grande importance pour faire saisir au lecteur la portée de la question.
Il aura un premier aperçu du sujet dans cette information de l'Univera, en dsiie du i armai 1892. L'Encyclique avait paru depuis deux mois ; mais ce journal croyait naturellement,alors, entrer dans les vues de la politique pontificale, et non la contrarier :
A la veille des élections municipales, plusieurs journaux catholiques ont eu l'heureuse idée de rappeler quelques passag-es d'une lettre pastorale adressée en 1889 par Mgr Freppel à ses diocésains sur le devoir électoral.
On verra qu'ils sont, en eli^t, absolument de circonstance :
« L'exercice du droit de suifrag-e constitue un acte qui relève de la conscience chrétienne, et ne saurait à aucun titre être traité d'indifférent en regard de la loi divine. Eh quoi, nos très chers frères, on appellerait indifférent un acte qui aura pour effet de sauvegarder ou de mettre en péril les intérêts matériels, religieux et moraux d'une commune... d'un pays tout entier!
« Indifférent ! un iacte par suite duquel vos enfants recevront le bienfait d'une éducation chrétienne ou seront condamnés à fréquenter des écoles sans prière, sans instruction religieuse, sans Dieu !
« Indifférent ! un acte qui pourra contribuer à faire chasser des hôpitaux et des hospices les Filles de la Charité pour leur substituer des mercenaires au cœur vide de foi et de dévouement ! . . .
« Indiffèrent ! un acte au bout duquel il y a la paix ou la guerre religieuse, la conciliation des esprits ou bien le trouble et le désordre universels !
« Indiffèrent un pareil acte !
« Mais il n'y en a pas de plus grave, ni qui engage à un plus haut degré la responsabilité d'un chrétien.
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« Nous venons de prononcer le mot de responsabilité.
« Oui, nos très chers frères, l'électeur est responsable des votes de l'élu dans la mesure où il pouvait les prévoir.
« Or, c'était son devoir de s'éclairer au préalable, de ne donner sa confiance qu'à bon escient, et de prendre à cet égard les informations nécessaires.
« S'il ne les a pas prises, il s'est rendu coupable de nég-lig-ence en matière g-rave ; et si, les ayant prises, il n'en a pas tenu compte, il a charg-é sa conscience d'un poids lourd.
« Dans ce. cas, il coopère positivement à tout le mal qui peut résulter de son vote.
« Peu importe que ce mal il ne le commette point par lui-même ; il a préparé, il a fourni volontairement par son suffrage l'instrument à l'aide duquel le mal a été commis.
« L'abus du droit de suffrages est l'une de ces fautes dont il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de réparer les conséquences. »
Voici maintenant un extrait du catéchisme publié par le cardinal Place, archevêque de Rennes, et répandu par milliers d'exemplaires en Bretagne.
Tout d'abord, l'archevêque de Rennes signifie aux parents que leur premier devoir est de donner à leurs enfants des maîtres chrétiens, et de ne pas les envoyer dans des écoles mauvaises.
Qa' entend-on par écoles mauvaises ?
On entend par écoles mauvaises celles où les enfants seraient en danger de perdre la foi ou les mœurs.
Il aborde ensuite le devoir électoral.
D. — Gomment obtiendrons-nous d'être gouvernés