PIUS PP. IX
DlLECTII FlLII
Saldtem et Apostolicam Benedictiouesi Per tristissima h£ec Ecclesiae tempora allevat certe dolorem Nos- Irum catholicorum zelas, qui propriae religionis insectalione et pro-
5l2 LA POLITIQUE RELIGIEUSE
c'est assurément un grand adoucissement à Notre douleur que le zèle de ces catholiques qui, voyant les persécutions auxquelles leur relig-ion est en butte et les périls qui menacent leurs frères, s'associent ajin de professer plus ouvertement /earyb/, s'appliquent avec plus d'ardeur à retirer leurs frères du danger, se dévouent avec plus de zèle aux œuvres de miséricorde et mettent leur g-loire principale à se montrer plus étroitement rattachés à Nous et plus humblement soumis aux enseig-nements de cette Chaire de vérité et de ce centre de l'unité catholique.
« Cette attitude, en effet, est le sig-ne auquel on reconnaît d'une façon indubitable les vrais enfants de l'Eglise. C'est elle qui constitue cette force inexpugnable de l'unité qui seule peut s'opposer victorieusement à la fureur, aux ruses et à l'audace de ses ennemis. Et c'est juste. Car, à quiconque considère le caractère de la guerre soulevée contre l'Église, il apparaîtra clairement que toutes les machinations de l'ennemi visent à détruire la constitution de l'Église et à briser les liens qui unissent les peuples aux Évêques et les Évêques au Vicaire de Jésus-Christ. Quant au Pape, ils l'ont dépouillé de son domaine temporel afin que, le soumettant à une puissance étrangère, il fût privé de la liberté qui lui est nécessaire pour gouverner la famille catholique. Et c'est
ximorum pèriculo commoti simul coeunt nt apertius propriam fidem profiteantur, impensius incumbunt retrahendis fratribus a periculo.studiosius se devovent misericordiae operibuSjac ia eo prœsertim gloriam suam ponunt, ut se Nobis addictîssimos prsebeant obsequentissimosque documeatis hujus cathedrœ veritatis ac unitatis catholicae centri.
Observantia enim hœc indubia est tassera filiorum Ecclesise ; et ipsa constituit inexpugnabilem vim illam unitatis, quse solà retundere potest osorum illius furorem, dolum, audaciam. Et sane : qui indolem consideret conflati adversus Ecclesiam belli, facile intelligit, omnes hostium machinationes eo spectare, ut deleant illius constitutionem et vincula frangant, qua; populos Episcopis, Episcopos devinciunt Christi Vicario; hune autem ideo ditione sua spoliatum fuisse, ut aliense subditus potestati necessaria regen-
APPENDICE II 5l3
pour cela qu'ils s'attaquent surtout à lui afin que, le Pasteur étant frappé, les brebis soient dispersées.
« Cependant, et bien que les enfants du siècle soient plus habiles que les enfants de la lumière, leurs rases et leurs violences auraient sans doute moins de succès si un grand nombre, parmi ceux qui portent le nom de catholiques, ne leur tendaient une main amie. Oui, hélas! il y en a qui ont l'air de vouloir' marcher d'accord avec nos ennemis, et s'efforcent d'établir une alliance entre la lumière et les ténèbres, un accord entre la justice et l'iniquité au moyen de ces doctrines qu'on appelle catholiques-libérales, lesquelles, s'appuyant sur les principes les plus pernicieux, flattent le pouvoir laïque quand il envahit les choses spirituelles, et poussent les esprits au respect^ ou tout au moins à la tolérance des lois les plus iniques, absolument comme s'il n'était pas écrit que personne ne peut servir deux maîtres.
(( Or, ceux-ci sont plus dangereux assurément et plus funestes que des ennemis déclares, et parce qu'ils secondent leurs efforts sans être remarqués, peut-être même sans s'en douter, et parce que, se maintenant sur V extrême limite des opinions formellement condamnées, ils se donnent une certaine apparence d'intégrité et de doctrine irréprochable, alléchant ainsi
dœ catholicse familise libertate privaretur ; et ideo prce ceteris impeti, ut, percusso Paslore, dispergantur oves.
Sed quamquam Hlii sœculi prudentiores siiit filiis lucis. eorum tamen fraudes et violenlia minus fortasse profîcerent, nisi inulti,qui catholicorum nomine censentar, amicain eis manum porrigerent. Non debunt enim, qui, veluti jugum cum illis ducturi, societatein neclere couantur inter lucem et lenebras ac parlicipatioaem inler justiliam et iniquitatem per doctrinas, quas dicunt calliulico-Liberales, quœque perniciosissimis fretaî priucipiis, laicai potestati spiritualia iuvadenli blandiunlur animosque in obsequiam, aut salteni ioléraniiam iniquissiinarum legum perinde inclinant, ac si scripiam non esset : Ne/no polesi duobus dominis seroire. Hi oeru pe^ riculosiores omnino sunt et euiitiosiores aperiis lioslibus, tum quia inobservati, et ibrtasse eliam nec opiuantes, illorum conatibus obse-
PROGRÈS DU LlBÉR. I — 33
5l4. l'A POLITIQUE RELIGIEUSE
les imprudents amateurs de conciliation et trompant les gens honnêtes, lesquels se révolteraient contre une erreur déclarée. De la sorte, ils divisent les esprits, déchirent l'unité et affaiblissent les forces qu'il faudrait réunir pour les tourner toutes ensemble contre l'ennemi. « Toutefois vous pourrez facilement éviter leurs embûches, si vous avez devant les yeux cet avis divin : « C'est par leurs fruits que vous les connaîtrez w si S'ous observez qu'ils affichent leur dépit contre tout ce qui mai'que une obéissance prompte, entière, absolue aux décrets et aux avertissements de ce Saint-Sièg-e; qu'ils n'en parlent que dédaig-neusement en l'appelant « Cour romaine 7> ; qu'ils accusent 'tous ses actes d'être imprudents ou inopportuns ; qu'ils affectent d'appliquer le nom d'ultramontains et de jésuites aux iils de l'Eg-lise leâ plus zélés et les plus obéissants ; enfin que, pétris d'orgueil, ils s'estiment plus sages que l'Eglise, à qui a été faite la promesse d'une assistance divine spéciale et étei^nelle.
((Pour vous, chers fils, souvenez-vous que, sur la terre, le Pontife Romain tient la place de Dieu, et que dès lors, en tout ce qui concerne la, foi, la morale et le
cundant ; tuni quia intra cerios improbatarum opinionum limites consistentes, speciem quandam probitatis et inculpabilis doctrinœ prœferunt, quœ imprudentes alliciat conciliationis amatores, et decipiat honestos, qui apertum a(iversarentur errorem; atque ila dissociant aaimos, unitatem discerpunt, viresque conjunclim opponendas adversariis infirmant. Eorum tamen insidias facile vos yilare poteritis, si praî ocuiis habeatis divinum monitum : Ea; fructibus eorum coc/noscetis eos; si animadvertalis ipsos stomachari quidquid paratain, plenam, absolutamque devotionem sapit placitis ac monitis hujiis Sanctœ Sedis; vix aliter de ipsa loqui quam de romana Guria ; imprudentiai passim vel inopportunitatis insimulare ejusacta; ultramontanorum aut jesuitarum appellationem affingere studiosioribus et obsequentioribus ejus filiis; inflatosque superbiœ yento prudentiores se illa censere, cui pecuiiare et perenné proïnispum fuit divinum auxilium.
Vos itaque, Dilecti Filii, memineritis, ad romanum quoque Pontifîcem, qui divina vice fungitur in terris, pertinere quoad ea qute fîdem, mores, Ecclesiee regimen spectant, illud quod de seipso Chris-
APPENDICE n . 5l5
gouvernement de l'Eglise, il peut dire avec le Christ : in Quiconque ne recueille pas avec moi disperse, y) Faites donc consister toute votre sagesse dans une obéissance absolue et dans une libre et constante adhésion à la Chaire de Pierre. Car, animés ainsi du même esprit de foi, vous serez tous consommés dans l'unité des mêmes sentiments et des mêmes doctrines ; vous affermi rez cette unité qu'il faut opposer aux ennemis de l'Église ; et vous rendrez très agréables à Dieu et très utiles au prochain les œuvres de charité que vous avez entreprises, et vous apporterez une véritable consolation à Notre âme, douloureusement affligée des maux qui accablent l'Eglise.
(c A cette fin, Nous vous souhaitons l'efficacité du secours céleste et l'abondance des dons de la grâce d'en haut. Et comme présage de ces grâces, comme gage de Notre bienveillance paternelle. Nous vous accordons, chers fils, du fond de Notre cœur la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 6 mars de l'année 1873, de Notre Pontificat la vingt-septième.
« Pie IX, Pape. »
Quelques mois après, le Souverain Pontife dut revenir sur le même sujet, et poursuivre en Belgique
tus affirmavit : Qui mecum non colligit, spargit. Sapieatiam idcirco vestram omuem constituUe in absoluto obsequip libenlique et constante adhajsione huic Pétri Cathedrœ ; nam habentes euuidem spiritum fidei, sic perfecti eritis omnes in eodem sensu et iaeadem sententia, sic unitatem illam confirmabitis, quaî EccIesiîB hostibus est opponenda, sic charitalis opéra, quœ sùscepistis, acceptissima Deo facietis et utilissima proxiinis, sic afflicto ab Ecclesiœ malis animo Nostroverum afferetis solalium. Efficax cœleste auxilinm et copiosa supernaj gratiai munera vobis ad hoc adprecamur, eorumque auspicem et paternse Nostrae benevolentice pignus vobis, Dilecli Filii, Benedictionem Apostolicam peramanter imperlimus.
Datuin Romœ, apud S. Petrum, die 6 martii 1878, Pontificatus
Nostri auno vicesimo seplimo.
Plus PP. IX.
5l6 LA POLITIQUE RELIGIEUSE
ce malheureux libéralisme, appujé, il faut bien le dire, par quantité d'écrivains et de personnages influents, même par des ecclésiastiques, même par des Religieux.
Ce second Bref est du 8 mai de la même année 1873. Il est adressé à la Fédération des Cercles catholiques de Belgique.
A Nos chers fils.
le sénateur de Cannaert d'Hamale, président,
et les membres de la Fédération
des Cercles catholiques en Belgique'
Pie IX, Pape(i).
Ghers fils, Salut et Bénédiclion Apostolique.
Pendant que la situation de l'Eglise dévient chaque jour plus pénible et qu'on voit croître l'impudence avec laquelle on foule aux pieds son autorité, ainsi que l'opiniâtreté avec laquelle on travaille à dissoudre l'unité catholique et à Nous arracher les enfants qui Nous appartiennent. Nous voyons en même temps, chers fils, briller d'un éclat toujours croissant votre foi, votre amour de la Religion et votre dévouement au Siège de saint Pierre. Dans le but, non seulement de faire échouer ces efforts de l'impiété, mais aussi de Nous attacher les fidèles par des liens constamment plus étroits, vous mettez en commun vos lumières, a^os forces et vos ressources.
(i) Dilectis FiLii& Senatori de Cannaert (ïHamaie,totique Fœderationi Circulorum catholicorum in Belgio.
Plus PP. IX.
Dilecti Filii, Salutem et Apostolicam Benedictionem.
Ouo durior quotidie fit Ecclesise conditio, quo imprudentius prociilcatur Gjus auctoritas, quo prœfractius uniiati catholicai disgregandcB adiaboratur et avellendis a Nobis liliis Nostris, eo quoque luculenlius fulget fides vestra, religionis amor, et obsequium itt hanc Pctri Cathedram, Dilecti Filii, qui consilia, vires, opes vestras conjimgitis, non solum ut irritos faciatis impios hosce conatus, sed ùt arctiore sémper vinculo Nobis obstriog-atis fidèles. Et
Ce qae Nous louons le. plus dans cette religieuse entreprise, c'est que vous êtes, dit-on, remplis d'aversion pour les principes catholiques-libéraux, que vous tâchez d'effacer des intellig-ences autant qu'il est en votre pouvoir.
Ceuœ qui sont imbus de ces principes font profes^ sion, il est vrai, d'amour et de respect pour l'Eglise et semblent consacrer à sa défense leurs talents et leurs travaux; fnais ils n'en travaillent pas moins à pervertir son esprit et sa doctrine, et chacun d^eux, suivant la tournure particulière de son esprit, incline à se mettre au service, ou de César, ou de ceux qui inventent des droits en faveur de la fausse liberté. Ils pensent qu'il faut absolument suivre cette voie pour enlever la cause des dissensions, pour concilier avec l'Evangile le progrès de la société actuelle et pour rétablir l'ordre et la tranquillité ; comme si la lumière pouvait coexister avec les ténèbres, et comme si la vérité ne cessait pas d'être la vérité dès qu'on lui fait violence en la détournant de sa véritable signification et en la dépouillant de la fixité inhérente à sa nature.
Cette insidieuse erreur est plus dangereuse qu'une inimitié ouverte, parce qu'elle se couvre du voile spé-
in hoc c/aidem religiossimo cœpto vestro illud maxime conimendamus, qaod, uti Jertur, aversemini prorsas principia catholicoliberalia eaque pro viribus e mentibus eradere conemini.
Qui enim iis sunt imbuti, licet amorem prœferant et observantiam id Ecclesiam licet ei tuendœ ingenium operamque impendere videanlur, doctrinam tamen ejas et sensiim pervertere niiuntar, et, pro diversa animorum cajasque comparalione, inctinare in obseqaium vel Cœsaris, vel apertorum falsce libertatis j'arium, rati hanc omnino inendam esse rationem ad aiiferendam discordiaram caasam, ad conciliandam cum Evangelio prœsentis societatis progressum, ad ordinem trahqaillitatemqae restitaendam ; perinde ac si lux cum tenebris copulari valeret, et verilas natura sua non privaretur vix ac violenter injlexa nativo rigore sao exuatur. Profecto si oppugnare nitamini insidiosum hune errorem eo periculosiorem aperta simultate qao specipsiore seli cari-
5l8 LA. POLITIOUE BELIGIÈUSE
deux du zèle et de la charité / et c'est assurément en vous efforçant de la combattre et en mettant un soin assidu à en éloigner les simples, que vous extirperez la racine fatale des discordes et que vous travaillerez efficacement à produire et à entretenir l'union étroite des âmes.
Sans doute, ce n'est pas vous qui avez besoin de ces avei^tissements, vous qui adhérez avec un dévouement si absolu à tous les enseig-nements émanés de ce Siège Apostolique, que vous avez 'vu condamner à différentes reprises les principes libéraux ; mais le désir même de faciliter vos travaux et d'en rendre les fruits plus abondants Nous a poussé à vous rappeler le souvenir d'un point si important.
Au reste, continuez à combattre le bon combat que vous avez g-énéreusement commencé, et efforcez-vous chaque jour de méi'iter de mieux en mieux de l'Eg-lise de Dieu, ayant en vue la couronne que Celui-ci vous donnera en récompense. En attendant, Nous vous exprimons hautement toute Notre reconnaissance pour les services que vous rendez, et Nous souhaitons à votre Association des développements toujours nouveaux, avec l'abondance des bénédictions célestes. Nous désirons que le présag-e de ces faveurs soit la Bénédiction Apostolique, que Nous vous accordons avec beaucoup de ten-
talisgue vélo obdacitar, et simplices ab eo retrahere sednlo caretis, funestam extirpabitis dissidiorum radicem, efficacemque dabitis dperam compinffendœ J-ovendœque animorum conjunctioni.
Hisce profecto monilis vos non indigetis, qui adeo obseqaenter, et absolute adhœretis documentis omnibus huj'as Apostolicse Sedis a qua Uberallaprincipia lotis reprobala vidistis ; sed ipsum desiderium expediliorls et uberioris provenlas laborum vestrorum Nos compalit ad refricandam vobis rei adeo gravis memoriam.
Ceterum bonum certamen sasceptum alacriter certare pergile-, et quotidie magis bene mereri contenditede Ecclesia Dei, coronam speclantes ab Ipso vobis reddendam. Nos intérim ofjiciis vestris gralissimum projttemur animum, novaque semper increrhenta et copiosiora muhera cœleslia adprecamur societati veslrœ : eorum autem auspicem esse cupimas Apostolicam Benediclionem, qûam
dresse, chers fils, comme g"age de Notre bienveillance paternelle.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 mai 1878, en la ving-t-septième année de Notre Pontificat.
Pie IX, Pape.
Quelques semaines auparavant, le Pape avait adressé aux catholiques allemands un Bref apostolique qui présente un caractère dogmatique encore plus explicite, s'il se peut, que ceux qui devaient, les suivre.
Ce Bref a été envoyé à l'Association des catholiques allemands, en date du 10 février 1878, et il répondait à une Adresse où dominait cette pensée, que désormais les Associations catholiques ne pouvaient plus se désintéresser des questions sociales et politiques. Le programme soumis au Pape était celui-ci : « La défense de la liberté et des droits de l'Eglise et le triomphe des principes catholiques dans la vie publique par tous les moyens moraux et légaux, et surtout en invoquant les droits que la constitution garantit à tous les citoyens..» On voit dès lors l'importance de la réponse.
On voit aussi,par les paroles de Pie IX, que celles de Léon XIII n'ont rien ajouté ni innové sur la résistance légale. Mais le langage de Pie IX a peutêtre plus de force.
Le Bref aux catholiques allemands est le premier de cette mémorable série d'avertissements et d'enseignements qui devaient faire de l'année 1878 une
paternœ Nosirœ benevolentiœ pignns vobis, Dilecti Filii, peramanier impertimnr.
Datant Romœ, apud S. Peirum, die 8 m.aiî 1878, Pontificatus Nostri anno vicesimo septimo .
Plus PP. IX.
sorte de vivante réprobation du libéralisme catholique. — L'association des catholiques allemands avait son centre à Mayence. Elle comptait plusieurs centaines de mille membres, et avait déjà eu les honneurs de la persécution dirigée par Bismarck. On lit dans ce Bref.
Cependant, votre Association ne saurait en ce moment atteindre son but, qui est de défendre la doctrine et les droits de l'Ég-lise, ainsi que le libre exercice de ses droits dans tout le domaine de la vie publique, si vous ne franchissiez pas l'étroite limite des choses saintes, pour vous opposer, par tous les moyens que vous fournit la constitution, à la domination de l'arbitraire et à cette lég-islation dirig-ée contre l'Eg-lise.
En effet, quand tous les droits de l'autorité ecclésiastique sont foulés aux pieds, quand la liberté dé l'exercice du saint ministère est comprimée, quand on ferme la bouche au sacerdoce, si le peuple catholique, fort de son droit sacré, ne se lève tout entier pour protéger sa religion, il n'y aura plus personne qui soit assez puissant pour résister efficacement, sur le terrain de la légalité, aux adversaires de l'Eg-lise et pour la défendre contre l'arbitraire (i).
Mais voici un document qui nous est plus spécial encore, à nous autres Français. C'est un Bref éxtraordinairement significatif, que le Souverain
(i) Propositum tamea societati vestrse prœstitutum tuendi Ecclesise doclrinam, jura liberumque eorum exercitium in tolius vitse publicaî usu assequi profecto nequiretis in prsesentiarum, nisi arctos sacrarum rerum limites prœtergressi, per eas omnes rationes, quse vobis a publicae rei constitulione conceduntur, .prœpotenti quoque libito obsisteretis et ioiquis legibus passim in eamden Ecclesiam Tatis. Et sane dum jura ocnnia ecclesiasticœ potestatis invaduntur, libertas comprimitur exercitii sacri minislerii, sacerdotii os obstruilur ; nisi catholicus populus proprio jure frétas ad taendam suam religionem exurffat, nemo jam erit qui juxta leges efficaciter oppugnatoribus ius résistera possit ipsamque vindicare ab eorum arbitrio.
Pontife crut devoir adresser à Orléans, en réponse à l'adresse du Comité catholique qui venait de se fonder dans cette ville, et qui protestait au Pape de sa fidélité. Il est daté du. 9 juin de cette même année 1878, bien qu'il n'ait été publié qu'au bout de dix mois ; il traite encore du catholicisme libéral. J'en cite cet extrait :
. Mais bien que vous ayez en effet à soutenir la latte contre l'imoiété, cependant vous avez moins à redouter de ce côté, peut-être, que de la part d'un groupe ami composé d'hommes imbus de cette doctrine équivoque, laquelle, tout en repoussant les conséquences extrêmes des erreurs, en retient et en nourrit obstinément le premier germe, et qui, ne voulant pas embrasser la vérité tout entière, n osant pas non plus la rejeter tout entière, s'efforce d'interpréter les enseignements de l'Eglise de manière à les faire concorder à peu près avec ses propres sentiments (i).
Et ce n'est pas tout. Voyant que, dans notre France, malgré ces avertissements redoublés, « beaucoup de catholiques, honnêtes d'ailleurs et pieux », continuaient à être sympathiques aux opinions et aux publications libérales, le Chef de l'Eg-lise voulut parler uiie fois de plus, et il saisit la première occasion qui se présenta à sa vigilance pastorale.
. En réponse à TAdresse que le vénérable Evêque de Ouimper lui avait transmise au nom des mem-
(i) Verumetsi luctavobis ineunda sit reapse cum impietate, tamen levius fortasse discrimen ab ea vobis imminet, quam ab amico fœdere hominum ancipiti illa doctrina imbutorum, quaî dum ab extremis errorum consectàriis abhorret, prima eoram semina mordicus retinet ac fovet, quseque dum veritatem nec totam amplecti ▼ult, nec totam audet rejicere, sic ea quîs Ecclesia tradit ac docet jnterpretari nititur, ut non plane discrepent a propria sententia.
bres du Cercle catholique de sa^dlle épiscopale, Notre Saint-Père le Pape Pie IX renotivelle, avec une énergie et une netteté qui ne laissent aucune place à l'équivoque, les sévères condamnations tant de fois prononcées contre les catholiques-libéraux.
Ce cinquième Bref est daté du 28 juillet, toujours de la même année 1878.
A notre vénérable Anselme, évêque de Quimper(i). Pie IX, Pape.
Vénérable Frère, Salut et Bénédiction Apostolique.
De même, vénérable Frère, que Nous voyons avec joie se multiplier de toutes parts les Associations catholiques, qui sont tout ensemble les indices de la vigueur de la foi et les instruments les plus propres à la réchauffer et à la défendre, de même c'est avec la plus grande satisfaction que Nous avons reçu la lettre des associés qui, sous votre présidence, ont tenu leur première réunion dans votre ville épiscopale. Nous avons parfaitement auguré de ce début, en voyant ces réunions catholiques commencer par une protestation de pleine et humble soumission au Saint-Siège et à son magistère infaillible; car si leurs membres ne s'écartent réellement, en
(1) Venerabili Fratri Anselmo Êpiscopo Gorisopitensi.
Plus PP. IX.
Venerabilis Frater, Salutem et Apostolicam Benedictipnem .
Sicuti, Venerabilis Frater, lœti conspicimus ubique coalescere catholicas consociatioues, quae et vigoris fîdei indicia sunt, et aptissima eidem fovcndae propugnandseque instrumenta; sic perjucunde excepimns litleras sodalium, qui in îsta tua episcopali urbe primum habuerunt, te modérante, suœ societatis conventum. Auspicatum autèm duximus hujusmodi exordium, cum viderimus, câtholicos cœtus ab iis fuisse inchoatos per significationem plense demissœque observantiœ erga sanctam hanc Sedem et infallibile magisterium ejus nullo modo deflectant fîrmiterque ipsius soliditatc nitantur, divina ducti et sustentali virtute ejusdem effîcacem profecto et utilissimam ôperam impendent religiosse rei. Ab hoc certe obsequio
aucune façon de sa doctrine ni de ses enseig^nements, s'ils s'appuient fermement sur ce fondement inébranble, conduits et soutenus par sa force divine, ils travailleront à coup sûr efficacement et très utilement à la cause sacrée de la Religion. Ils ne seront certes pas détournés de cette obéissance par les écrits et les efforts des ennemis de l'Eglise et de ce Sièg-è de Pierre, puisque c'est précisément contre eux qu'ils ont eng'ag'é la lutte; mais ils pourraient trouver une voie glissante vers l'erreur dans ces opinions soi-disant libérales qui sont accueillies par beaucoup de catholiques, hotinêtes d'ailleurs et pieux, dont, par conséquent, la religion et l'autorité peuvent très facilemenl attirer à eux les esprits et les incliner vers des opinions très pernicieuses. Avertisses donc.^ vénérable Frère, les membres de l'Association catholique que, dans les nom breuses occasions où Nous avons repris les sectateurs des opinions libérales, Nous n'avons pas eu en vue ceux qui haïssent l'Eglise et qu'il eût été inutile de désigner; mais bien ceux que Nous venons de signaler, lesquels, conservant et entretenant le virus caché des principes libéraux qu'ils ont sucé avec le lait sous prétexte qu'il n'est pas infecté d'une malice
ipsi non abducentur a scrîptis et opéra insectatorum Ecclesîse et huJQs Pétri Cathedrse, quos imooppugnare aggrediuntur ; sed lubricam errandi viam parare Us passent opiniones qaas dicunt libérales a multcs recepiœ catholicis, probis cœteroqnin ac piis, quorum idcii'co religio et auctoritas animas ad se facilUme trahere potest et in perniciosissimas inclinare sententias. Moneto itaqne, Venerabilis Frater, Catholicœ Societatis sodales, Nos dam sœpe liberaliam opinionum sectatores redarquimus, non de Ecclesiœ osoi'ibus egisse, quos supervacaneum faisset indicare; sed de modo desiqiiatis, qui latens liberalium principiorum viras cum lacté haustam retinentes ac defendentes, utpote patenté non fœdatnm malitia et religiosis rébus, uti censent, innoxium ; illud facile meniibus ingerunt, alque ita semina propagant earum perturbationum, guibus jamdia qaatitur orbis. lasidias hasce si vitare curent sodales, et prsecipuas vires suas in insidiosum hune hostem convertere nitantur, optime certe merebunt de religione et patria.
manifeste- et n'est pas, suivant eux, nuisible à la: Religion, C inoculent aisément aux esprits et propagent ainsi les semences de ces révolutions dont h monde est depuis longtemps ébranlé . \
Si les associés ont soin d'éviter ces embûches et s'ap-;^ pliquent à dirig-er leurs principales forces contre cetj insidieux ennemi, ils mériteront certainement très bien i de la Relig-ion et de la patrie. Et ils atteindront tout à^ fait ce but si, comme ils en ont pris la résolution, ils nel se laissent entraîner par aucun vent de doctrine que par I celui qui souffle de cette Chaire de vérité. Nous présa-j g-eons à leur entreprise un heureux succès, et, en atten- i dant, comme témoig^nag-e de la faveur divine, et, comme j g-ag-e de Notre particulière bienveillance, Nous accordonsde tout cœur la Bénédiction Apostolique à vous, vénéra:-; ble Frère, à tous les membres de l'Association catholique et à tout votre diocèse.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 28 juillet dei l'année 1878, de Notre Pontificat la vingt-huitième.
Pie IX, Pape.
Id vero omnino assequentur, si uti decreverunt, non alio se doctrinae vento impelli sinant, quam ab eo qui spirat ab hac cathedra l veritatisl Nos faustum eorum proposito successum ominamur ; atque intérim superni favoris auspicem et praîcipuaî Nostree benevolentiœ pigaus Aposlolicam JBenedictionem tibi, Venerabilis Frater, totique Catholicse Societati et universœ diœcesi tuse peramanter impertimur.
Datum Romae, apud S. Petrum, die 28 julii, aaao 1878, Pontificatus Nostri anno vigesimo octavo.
Plus PP. IX.
Oui habet auras audiendi audiatl