CHAPITRE PREMIER Le Parti de la Démocratie chrétienne
Sous Tinfluence des conditions politiques, il s'est formé, parmi les catholiques de France, de Belgique et d'autres pays, un parti se réclamant du nom de Démocratie chrétienne.
C'est le parti qui, chez nous, a eu pour chefs ou inspirateurs, parmi les prêtres, MM. les abbés Klein, Lemire, Gayraud, Naudet, Garnier, Dehon, Boeglin, Dabry, Vaneufville, Glorieux, etc.; parmi les laïques : Albert de Mun avant son discours de Saint-Etienne (i), Léon Harmel, Georges Fonsegrive, Georges Goyau, Marc Sangnier, etc. ; le parti soutenu dans la presse, à Paris, par VUni-
(i) Albert de Mun n'a plus reconnu pour son programme social que celui contenu dans ce discours et qui reçut l'approbation explicite de Léon XIII. Sur ses actes antérieurs, on peut consulter les articles du Nouvelliste de Lyon reproduits par la Vérité du lo janvier 1895. Voir l'appendice I.
vers et la Croix, en province par les filiales de celle-ci, par des organes régionaux comme l'Ouest- Eclair et le Journal de Roubaix, encourag-é par de nombreuses revues telles que VAmi du clergé, la Revue du Clergé français, la Quinzaine, par une foule d'autres périodiques, et par un certain nombre de Semaines religieuses.
Cette Démocratie chrétienne, tout en prétendant représenter « le catholicisme intégral,);, n'est pas autre chose que le rajeunissement de l'idée menaisienne d'une conciliation à établir entre les principes catholiques et les théories démocratiques issues de la Révolution française, un moyen terme entre la doctrine traditionnelle de l'Eglise et le socialisme, en un mot, le libéralisme catholique transporté sur le terrain social. Léon XIII lui avait tracé dans ses Encycliques des règles lumineuses, appliquant aux conditions présentes de la société l'antique doctrine de l'Eglise; mais la politique libérale de ce pape a donné à la Démocratie chrétienne -des prétextes à s'enhardir ; elle l'a amené à accorder à ce parti, malgré ses écarts, des ménage- .ments et des faveurs.
Ces propositions indiquent et renferment tout l'objet de cette étude.
L'action populaire chrétienne ou action sociale •catholique a été de tout temps en honneur dans l'Eglise, Léon XIII, obligé de contenir les excès de la démocratie chrétienne, le rappelait en ces termes :
La Sainte Eglise peut, avec raison, se glorifier d'avoir toujours favorisé ces études de sociologie que plusieurs
veulent maintenant présenter comme nouvelles II
serait souverainement injuste de présenter les associa-
dons et les œuvres catholiques, fondées jusqu'à présent, comme ayant peu mérité de l'action populaire chrétienne (i).
Mais il y a deux façons d'entendre cette action populaire : l'une traditionnelle et conforme à l'esprit de l'Eg-lise, l'autre novatrice, inspirée par le libéralisme . Selon la tactique invariable des démocrates chrétiens, les rédacteurs du Domani d'Italiaj ne voulant trouver que des encouragements et des approbations dans des monitions aussi claires que celle que nous venons de rappeler, concluaient, peu de jours après :
Nous continuerons à travailler pour la. Démocratie chrétienne, celle que nous voulons et aimons, non pas celle qui reçoit aujourd'hui les honteuses louantes des conservateurs, mais la démocratie de l'Encyclique Rerum novarum, celle des Ketteler, Manning-, Gibbons, Decurtins, Harmel, Toniolo, et de tous les autres fidèles interprètes de la pensée du Pape et des aspirations du peuple... En avant (2) I
Inutile d'insister ici sur l'identité de langage entre les démocrates d'Italie et ceux de France.
(ï) Instruction de la Sacrée Congrégation des affaires ecclésiastiques ordinaires sur l'action démocratico-chrétienne en Italie, février
(2) L'Italie de demain, n"» du 2 mars.