DIFFÉRENCE DE LA SCULPTURE ET DE LA PEINTURE
sculpture , et Tattire en quelque sorte dans son tourbillon. La raison en est facile à concevoir. Les anciens voient surtout dans les objets les lignes qui les terminent, c'est-à-dire les contours; le modelé, les raccourcis, la perspective, le clair-obscur, toutes ces mille finesses nécessaires à la peinture pour qu'elle satisfasse Tœil , leur manquaient. Nous voyons par l'histoire de la lutte d'Âlcamène et de Phidias que celui-ci connaissait les lois de la perspective sculpturale; il savait à propos grossir ou atténuer tels ou tels traits , suivant l'élévation et le point de vue d'où une statue devait se présenter au public; mais la perspective en peinture leur est restée inconnue , et cela seul suffit à donner à leurs tableaux l'aspect de bas- reliefs. Les différents plans ne se distinguent pas ; chaque objet a une valeur égale dans l'ensemble, ce qui est assez dire qu'il n'y a pas d'ensemble réel , et que les conditions du groupe pictural leur échappent.
La peinture en effet n'est pas du tout, comme la sculpture, un art primitif. L'enfant qui avec la baguette de son cerceau trace sur la terre des figures difformes, fait de la sculpture à sa manière, et il n'a pas besoin, pour faire cette découverte, qu'on le mette sur la voie. Le seul plaisir de voir des formes naître sous ses mains Ty conduit , et ces premiers linéaments de l'art sont déjà familiers à l'enfant de six mois qu'on assied sur le sable. De là au bas-relief, à la statue, il suffit d*une progression logique. Mais de là à la science des ombres et de la lumière, au modelé par les dégradations de
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teintes, il y a une distance énorme, et il faut pour y arriver une série d'observations délicates qui ne sont possibles qu'à une intelligence déjà fort avancée. Aussi les anciens ne semblent-ils avoir guère connu que les teintes plates. La peinture enfin est un art conventionneU une véritable création de Thorame. Pour trouver la sculpture, Finstinct d'imitation suffit.
L'art de la peinture comprend deux éléments essentiels dont la valeur relative a été souvent discutée , la couleur et la ligne. Suivant l'importance que l'artiste attache à l'une ou à l'autre , il se range parmi ]es coloristes ou parmi les dessinateurs. Mais cette distinction, si claire en apparence , demande cependant quelques explications. La ligne n'est pas seulement le contour suivant lequel un objet se dessine sur l'horizon. Ce contour n'est que le trait, et ne pourrait jamais suflBre à constituer la peinture. Le modelé qui n'est que la ligne en saillie, par laquelle certaines parties des objets se projettent devant l'œil , rentre nécessairement dans la ligne, et ne peut s'accuser que par une intensité plus ou moins grande de la lumière, c'est-à-dire de la couleur. La limite elle-même du contour , à laquelle on applique plus spécialement le nom de ligne, ne peut également s'accuser que par une différence de couleur, qui permette de distinguer l'objet du fond sur lequel il se détache. Donc, à tout prendre, il n'y a en peinture que de la couleur, et à ce point de vue tous les peintres sont coloristes. Ce n'est donc pas là qu'il fiaut chercher ta différence des deux écoles.