DE LA MÉTAPHORE
C'est là Terreur de Técole réaliste. Il est possible, si le ïmi ou l'objet sont exactement représentés , que le spectateur, en face de cette copie , éprouve l'impression qu'il ressentirait à la vue du fait et de l'objet , et qae celle impression soit poétique. Mais c'est l'émotion du spectateur qui sera poétique et qui ajoutera à l'œuvre le caractère qui lui manque. Pour qu'une œuvre soit poétique , il ne suffît pas qu'elle émeuve le lecteur , car cette émotion peut tenir à des habitudes d'esprit, à des souvenirs personnels, à des dispositions du moment. C'est ainsi que nous voyons des œuvres devenir émouvantes à certains moments , par leur rapport accidentel à certaines circonstances que l'auteur ne pouvait prévoir, et retomber ensuite dans un oubli mérité. 11 faut qu'une œuvre soit personnelle, qu'elle retienne quelque chose de l'àme de celui qui Ta faite , et que ce soit précisément cette empreinte personnelle qui produise Témotion. Tout ce qui , dans rémotion du lecteur, est étranger à celle de Tauteur, appartient exclusivement au premier, et Tautre n'a rien à en réclamer. C'est la sensibilité du poète , non celle du lecteur, qui fait le vrai mérite dans la poésie. Ce principe est un de ceux que la critique oublie le plus volontiers, parce qu'il est plus facile de s'abandonner à ses impressions que d'analyser celles de l'écrivain , et de déterminer exactement ce qui lui appartient véritablement. C'est surtout quand il s'agit de juger des poèmes, comme ceux qui nous occupent, qu'il importe
de faire cette distinction , parce que , grâce à Tobjec-
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tivité de la pensée et à ia vague complexité de l'expression, ik se prêtent à Unîtes les transformations que BOUS *foulons leur faire subir. Le spectacle , suffisamment indiqué pour que nous en distinguions les traits fn-incipaux, n'est jamais assez précis pour imposer une limite nécessaire à Tessorde notre propre imagination, fiîen ne nous empêche de le reconstituer de toutes pièces , à notre fantaisie , et de rattacher à Tobjet ainsi complété toute la série des émotions que nous sommes Jiabîtaés à trouver en nous-mêmes en face des grands phénomènes naturels dont il nous a rappelé le soutenir. Nous ne songeons pas alors à considérer que c'est notre œuvre propre que nous admirons , non celle du poète , et que l'émotion qoe nous lui prétons si généreusement est en nous , non en lui.
C'est précisément cette absence de personnalité dans les poèmes de <îette époque qui les marque de cette lewipreinle uniforme dont ia critiqua ne tient pas »sez de compte. Hs ne font qoe reproduire les impressions élémrentaires qui sont communes à tous les hommes. Sans doute ils répondent à des sentiments réellement •éprouvés par ceux qui les ont faits, mais ces sentiments iraiformes de crainte ou d'espoir ne s'accusent que par le choix des sujets ; jamais ou presque jamais ils ne s'expriment directement. Il faut les deviner au milieu des descriptions ou des récits qu'ils ont inspirés. La plupart 'du temps même , il est impossible de déterininer d^'une -manière certaine si, quand il célèbre la puissance d'Indra ou de quelque autre dieu, le poète