IMAGES
qui orit terlainement de la grandeur. J'ai déjà eu Toc"casion d'en citer une qui est d'autant plus frappante ([u'elle se retrouve en partie dans la Bible, oti elle revient sous des formes différentes. Dans un hymne à Soma le poète lui dit : « C'est toi qui développes les mondes et qui étends le ciel. » Je me rappelle que la première fois que je lus le Rig-véda , je venais de lire la Bible. J'étais encore sous l'impression de ces grandes images, et je m'étonnais de les retrouver dans la poésie aryenne, évidemment antérieure. Fallait-il donc admettre que les Psaumes fussent des imitations des hymnes védiques? Cette difficulté m'embarrassait fort, quand, à force de chercher, je m'aperçus : i"* Que celte conformité se borne aux rapports les plus généraux de l'homme avec le monde matériel; 2"* qu'au lieu de chercher partout des métaphores , comme on fait d'habitude , il faut souvent prendre au pied de la lettre ces vieilles poésies parfaitement étrangères aux artifices de nos langues modernes. Dès lors toute difficulté disparaissait. Ces expressions , qui se rapportent toutes à des phénomènes naturels , sont tout simplement la peinture directe de ces phénomènes. Le soma est la liqueur où Indra puise le courage et la force de combattre les ténèbres. Le soma , en se personnifiant, devient donc la divinité qui, par l'intermédiaire d'Indra , chasse la nuit vers l'occident. A mesure que l'ombre se retire et que la lumière s'avance, les mondes se développent et le ciel s'étend aux regards de l'Arya. 11 n'y a donc là ni figure de rhétorique ni effort de génie
de la part du poète. C'e^t l'expression du fait luimême , et la reproduction du spectacle dont il voit les différentes parties se' dérouler successivement sous sonœil, à mesure que la lumière les envahit et les. fait sortir de l'ombre, qui, pour l'Arya, est le néant (^). Aussi pourra-t-il dire ailleurs : « Tu parais et tu crées les mondes. » Us naissent pour lui au moment où ils deviennent visibles.
La fameuse expression de la Bible : Dieu inclina les cieux et descendit, n'a rien de plus extraordinaire que l'expression analogue du Rig-véda. Elle se retrouve dans un vers d'Horace où l'on n'a jamais songé à rien voir de sublime :
Horrida lempestas cœlum contraxit, et imbres Nivesque deducunl Jovem.
L'horrible hiver a rétréci le ciel ; les pluies et les neiges font descendre Jupiter.
Une œuvre n'est poétique qu'à la condition que l'auteur y ait laissé quelque chose de lui-même, et que ce quelque chose soit poétique. L'expression directe et simple de la réalité ne constitue pas plus une œuvre de poésie qu'un calque ne constitue une œuvre d'art.
(i) Par ce passage et par plusieurs autres , il est facile de voir que TArya, comme l'Hébreu des preniiars temps, considère la nuit comme une grande loile sombre étendue sur la terre et qui se roule sur ellemême à rapproche du jour. Par la même raison, le ciel est une loile azurée qui se déroule à ses yeux, à mesure qu<' la retraite des ténèbres lui permet àe prendre leur place et de se développer dans les airs. C'est de la poésie comme on en peut voir à l'opéra.