‹ Le progrès intellectual dans l'humanitéChapitre 44 sur 159 · CONSÉQUENCES FUNESTES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES FUNESTES

pirées ou prononcées par Dieu, sont devenues des règles de conduite et des ordres pour un grand nombre de consciences. L'homme s'est fait un devoir religieux de maudire , comme son Dieu lui-même , et la haine est devenue un litre à la faveur céleste : « N'ai-je pas haï ceux qui te haïssaient, ô mon Dieu? N*ai-je pas poursuivi de ma colère tes ennemis? Ma haine contre eux a été implacable , et je les ai considérés comme mes propres ennemis. » (cxxxvm, 21 , 22.) Voilà ce que disait THébreu à son Dieu ; en transformant les terreurs nocturnes et les ennemis fantastiques dont la peur peuplait les ténèbres en des ennemis très réels , de chair et d'os, de nation et de culte différents, Tes Hébreux et après eux les peuples chrétiens , qui adoptèrent leur livre , préparèrent des armes sacrées à tous les persécuteurs.

Les hommes, déjà suffisamment disposés par nature à haïr tout ce qui leur fait obstacle ou qui ne leur ressemble pas, y trouvèrent de quoi légitimer toutes leurs fureurs. La persécution parut commandée par Dieu même; la cruauté fut considérée comme une vertu, et ces textes mal compris ont maintes fois précipité l'humanité dans des luttes fratricides. C'est à la Bible qu'il faut reporter en grande partie la responsabilité des crimes religieux qui ont ensanglanté le monde. L'esprit d'intolérance et de persécution est devenu, par elle, le trait dominant de toutes les races qui y ont cherché leur direction morale, et qui en ont fait la base de leur religion. Le christianisme a eu beau ensuite prêcher la

liO DES P8AinfI»«

charité. La ndîgioa nouvelle» enchaînée par la tradition et par une sdidarité funesle avec le vieux livre des Hébreux, n'a pu échapper à la contagion de son esprit. Cet esprit a suffi pour corrompre et empoisonner la Sûuree des religions modernes ; au nom du Dieu de paix et de miséricorde, les adorateurs de Jésu&-Cfarist se sont faits les exécuteurs des vengeances sauvages de l'antique Jéhovah (i).

il ne nous reste plus à faire sur les Psaumes qu'une dernière observation. Nous avons vu que les chants du Rig^véda, les plus anciens du moins, ne se composent guère que de descriptions et de récits. Les Psaumes ont un caractère différent. Sans élre des chants lyriques, dans le sens complet du mol, la description et le récit y tiennent beaucoup moins de place* Le Dieu n'y est pas absolument seul ; l'homme s'y méte souvent, et l'expression de ses sentiments y prend une forme plus

{\) Cdi inconvénient tient ^n grande partie à Terreur qui fait du christianisme un développement du jud/isme. Jé^us est juif de naissance , mais il n'a rien du caractère hébraïque , et sa doctrine y dst eompièienienl étrangère , telietoeni même que les races sémiiiqiies soot pré.ci$émeAt celles qui y sont le plus réfractaires. La doctrine évangélique, dans tout ce qu'elle a d'essentiel, est purement grecque. Nous nous laissons duper par la géographie. L^Evangile loinnéme aienti<H)Qe la séjour de Jésus en Egypte , le véritable cenire à eetla épo(|ue de Tesprit grec. Nous ne savons combien de temps il y est resté. L'histoire de Jésus , argumentant avec les docteurs dans le tenople , confirme l'hypothèse d'une éducation très soignée et très phi^iMophique , qu'il aurait reçue hors de la Judée. Il suftk de com-^ parer le formalisme de la Bible et de l'esprit sémitique en général avec la liberté tout inte)lectu«'lle de ta doctrine évangéliqne, pour voir l'opposition profonde des deui esprits. Le catholkisme est roTenti,

DIFFÉRENCES DE« PSAUMES ^ DES VÉDAS. Ht

pereojonejle. C'est comw^ uoe eepèee de dialogua, L'boropie invoque, supplie, exprime ce» craintes, et le Dieu répoûd. JVon pas que le dialogue y soit formelleraent accusé, mais tout enveloppé qu'il est, il y est souvent sensible,

L'Arya se contente de raconter le& exploite d'Indra et de l'appeler à prendre sa part du sacrifice, sans que rien, la plupart du temps, nous indique si son dieu se rend à sa prièie- Le chant de l'Hébreu, plu6 dramatique et plus ému, commence par l'expressioo de sa douleur ou de son espoir, et se continue ou se termine presque toujours par des cris de joie et de triomphe quand le Dieu enfin levé vient mettre en fuile les enne* mis de son peuple. Aussi chaque psaume, pris à part, est-il animé d'un mouvement qui manque presque complètement à la poésie aryenne.

Cependant il faut bien recpnnaître que rien n'est monotone comme la lecture des Psaumes, quand on ne

par I^induence de la Bible , au foroialisme dont la négation coostitdd le fond de la pensée de Jésus. Il serait curieux et intéressant d^étudief àfi»s le détail toutes les contfAdicUom dans Iesqu9ll«>â la doeiride évangôlique a été jetée par celte fapsse idée qu'elle a ses racines duQS la Bible. C'est Terreur la plus bizarre qu'on puisse imaginer, et rien ne iQOiiIre mieux combien il faut peu de chose pour tromper les bombes, habitués à tout accepter &ur des apparences tHAlérielles, M. Renan n'aura pas peu contribué à enfoncer dans les esprits ce vieux préjugé, auquel il prêle l'autorité de son nom^ et que la foule adopte d'autant plus facilement qu'elle y est toute préparée par soa éducation. C'est cettie caéme erreur qui donne à la plupart dJes doctrines protestaotes l'esprit de dureté, d'élroitesse ,^e minulie et de formalisme qui fait leur propre caractère , et contre lequel les sectes dissideirtes et libérales ont tant de luUes à souteoir.

142 DKS PSAUMES.

met pas entre chacun un intervalle suffisant* C'est toujours la même forme, toujours le même sentiment, toujours les mêmes expressions et les mêmes images. Chacun est le oalque de l'autre. L'esprit de l'Hébreu, plus développé par un côté spécial que celui de l'Arya, et parvenu à une conception plus énergique et plus personnelle d'un ou deux sentiments, est infiniment moins riche et moins varié. II a plus de profondeur, mojns d'étendue. Cela s'explique par la nature même du milieu où il est confiné. Le désert n'a qu'une grandeur monotone et des aspects qui ne peuvent se renouveler. L'Hébreu, ramené chaque jour à la comtemplation du même spectacle, ne peut y puiser cette flexibilité d'impressions, dont la mobilité rachète dans le Rigvéda le peu de profondeur de l'expression. Dans cette multiplicité toujours croissante de ses créations religieuses, on sent chez l'Arya quelque chose de la richesse infinie et du luxuriant épanouissement de la nature qnT l'enveloppe. C'est bien de là que devait sortir toute armée cette multitude de légendes, de fictions, de divinités qui peuplèrent après eux toutes les imaginations des peuples de l'Asie. L'attention de l'Arya, distraite par mille spectacles divers, y prendra plus tard le goût de la multiplicité , le respect de la vie dans tout ce qui manifeste les puissantes énergies de la nature, et par suite l'amour de l'humanité et cette douceur de mœurs qui est restée le caractère de l'Hindou. L'Hébreu, campé *aux confins de l'Asie et de l'Afrique, est resté fils du désert. La longue habitude de vivre au

Page 1