L'EMPEREUR LOUIS-NAPOLEON
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Sire,
La philosophie est cette puissance régulatrice nécessaire , qui retient autour d'elle , dans leur essor, toutes les sciences, sur la route du vrai , et qui , réprimant leurs perpétuels efforts de déviation , leur distribue heureusement la chaleur , la clarté et la vie. L'esprit humain trouve en elle la solidité de ses jugements , la fécondité prospère de ses vues , et les
moyens sûrs d'accomplir ses destinées importantes et sublimes ; privé de cet appui , il reste sans boussole , condamné à se tourner sans cesse sur lui-même pour trouver un point d'arrêt impossible , et à s'agiter stérilement , sans fin , dans le désordre profond et les ténèbres de ses propres pensées ; telle est la situation d'un grand nombre d'intelligences qui dominent ce siècle de progrès ; voici un éloquent échantillon de leur sagesse.
« Notre esprit est une machine construite aussi mathématiquement qu'une montre; si tel ressort l'emporte, il accélère ou fausse le mouvement des autres, et l'impression qu'il leur communique échappe au gouvernement de notre volonté (1).- »
« Quand l'homme se détermine, c'est d'après un mode d'activité de son cerveau qui l'emporte sur les autres; c'est une nécessité qui prévaut ou qui est vaincue par un autre (2).»
« L'âme est l'ensemble des fonctions du cerveau ; la pensée est inhérente au cerveau, comme la contractilité Test aux muscles (3). »
(1) Taine. Essais de critique , page 339.
(2) Littré. Article Arbitre.
(5) Littré. Dictionnaire de Nystin.
— vu —
« L'idée d'un être théologique quelconque, c'est, comme disait Laplace , une hypothèse désormais inutile (1). »
« L'idée de Dieu n'explique point l'univers , qui tire son origine des propriétés immanentes de la matière ; bien plus , l'idée de Dieu est antipathique à toute science (2). »
« Rien ne prouve qu'il existe au-dessus de l'homme aucun être intelligent et libre, qui intervienne dans l'administration du monde, soit physique, soit moral (3). »
« Prétendre discuter avec les adhérents du christianisme, c'est vouloir argumenter avec des sauvages sur leurs fétiches (4). »
«Supprimer le Clergé, supprimer l'Université et la Royauté , donner au peuple de Paris seul le droit d'élire le Gouvernement, et remettre ce Gouvernement aux mains des prolétaires, qui croissent comme un flot qui monte, tel est le but constant de nos efforts (5). »
« La révolution, comme un cheval de manège, ne fera que piétiner vainement, tant qu'on n'aura pas supprimé
(1) Liltré. Dictionnaire de Kystin, page 298.
(2) Lillré. (Ibid.)
(3) Une chaire d'hébreu , etc.
(I) Ibidem.
(5) Littré. Conservation , page 102.
le budget univei\ilaire, le budget théologique et la royauté (1). »
« Notre rôle, à nous, socialistes, est de continuer noire propagande infatigable en France et hors de France , par la parole , par la presse , et par l'exemple (2). »
Trop heureux quand, par vos leçons perfides , vous n'aiguisez pas le poignard !
Le programme est clair, sans arrière-pensée; nous sommes enchanté de l'occasion de reprendre ces hauts sujets , d'affermir par des démonstrations nouvelles , irréfragables à jamais , les vérités sacrées qu'ils osent indignement bafouer dans leur aveugle frénésie , et de donner, avec éclat, exemplairement et sans pitié, le coup de grâce aux visions extravagantes de ces insensés ; nous adjurons les lecteurs , lorsque nous déduirons ces belles preuves , de se montrer sévères à notre égard ; ils s'assureront , sans que le doute soit désormais possible , que les vérités éternelles , essentiellement conservatrices de l'ordre , si fanatiquement outragées, reposent sur des bases que rien ne saurait plus ébranler.
(\) Littré. Conservation } pge 10:2.
(2, Littré. [Ibid.)
La Nouvelle Doctrine philosophique, Sire , parait pour le fond , naturelle à Votre Majesté , puisqu'Elle en a fait l'application à sa conduite politique ; c'est à la lumière d'une expérience profondément raisonnée, Sire, que vous avez conçu l'idée éminemment réorganisatrice, de réhabiliter l'autorité, dans toutes les branches de la politie intérieure, et d'enchaîner par les plus puissants liens , aux destinées du Gouvernement , ceux qui en représentent les nobles et indispensables auxiliaires. Cette mesure n'a été surpassée par aucun acte de souverain dans l'histoire.
Votre Majesté, Sire, ne verra pas sans une vive émotion de surprise , une science , qui a traversé les siècles avec le cortège brillant et la pompe solennelle du triomphe, une science renommée, dont les enseignements ont passé par l'intelligence et la bouche de tant de généralions successives de maîtres et de disciples , rester fière de trophées dérisoires , et grevée de défauts remarquables ; il était temps de mettre fin à ces prétentions exorbitantes d'une suprématie usurpée , et d'une indépendance imaginaire des prescriptions sévères de la législation de nos facultés intellectuelles.
Toutes les sciences, ralliées sous un même drapeau , placées sous l'empire des mêmes lois , marcheront de front désormais , avec gloire , vers leur perfection-
nement , et concourront , en s'unissant , à la félicité du monde, réalisable dans l'arène d'une si courte vie.
Votre Majesté , Sire , répandra un immense bienfait , si Elle oppose au torrent des fausses doctrines débordées sur les jeunes générations , l'inauguration de la saine philosophie , qui , zélée comme le vrai , prenant sa force dans les cieux , saura détourner le flot impur qui menace de tout entraîner. La saine philosophie est aujourd'hui , dans les imminents périls qu'ils courent , la première gardienne des empires ; Votre Majesté fera pour elle, immanquablement, ce qu'Elle a déjà fait pour les autres organes de sa puissance.
Daignez, Sire, agréer les hommages les plus profonds , avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
de Votre Majesté, le très-humble et très-obéissant serviteur.
ALLIOT.
La Camardierc(Colombev-les-Belles'., le