Le progrès par le christianisme
Nous avons \u dans nos dernières Conférences par quel procédé tout divin Jésus- Christ opère dans l'humanité le Progrès moral qui prépare tous les autres, ou du moins les empêche de mourir au chemin et, de dévier de
leur but. En créant les saints à son image, Jésus-Christ réagit contre les excès de l'orgueil par l'héroïsme de L'humilité, contre les excès de la cupidité par l'héroïsme de la pauvreté, contre les excès du sensualisme par l'héroïsme de l'austérité , par son amour enfin source de toutes les vertus chrétiennes contre la concupiscence source de tous les vices humains. Détruisant par la puissance de cet amour l'égoïsme cause universelle de toute décadence, il ouvre sur les pas des humbles, des pauvres, des mortifiés, les sentiers généreux du progrès moral; et les multitudes, séduites par l'héroïsme de l'exemple, les suivent, quoique de loin , et y montent avec eux vers les sommets de la perfection (1).
Tel est le Progrès que nous prêchons; nous n'en pouvons prêcher un autre; Jésus-Christ ne nous apprit pas autre chose. Cette doctrine ainsi que lui-même trouvera toujours contradiction dans le monde : Erit in signum cui contradicetur; mais cette perpétuelle contradiction sera jusqu'à la fin son perpétuel triomphe.
(I) Voyez les Conférences de 1858.
I i PROGRJ K SOCIAL P \i; l. \ 1 l ORITE.
Quant à nos frères qui «Mit le malheur de personnifier en eux cette contradiction antichrétienne, Jésus-Chrisi nous défend de les maudire, nous ne les maudirons pas-, qu'ils nous pardonnent de les plaindre, et de prier pour eux. Il fallait, Messieurs, insister beaucoup sur ce point capital, le Progrès moral par la sainteté chrétienne ; parce que là est le fondement solide de tout L'édifice du progrès parle christianisme. Mais il ne faut pas croire que L'action de Jésus-Christ dans l'humanité se borne exclusivement au perfectionnement moral des hommes; son influence sur les âmes en produisant directement le progrès moral a sur tous les autres progrès un rejaillissement nécessaire; par la transformation qu'il opère dans l'homme il élève toutes choses, la société, la science, l'art, l'industrie, et l'économie elle-même. Nous montrerons dans ces sphères diverses l'action progressive de Jésus- Christ. Mais Dieu condamne notre faiblesse à ne marcher que pas à pas ; et nous vous demandons tout à la fois, avec un bienveillant accueil pour la vérité qui vous vient, la patience d'attendre la vérité qui doit venir.
>»' PREMIÈRE GOSFÉRESC K.
L'action la plus palpable de Jésus-Christ après eelle qu'il exerce dans l'ordre moral est l'action qu'il déploie dans l'ordre social. Je me propose de montrer cette année comment par la puissance des vérités sociales qu'il a fait accepter, Jésus-Christ donne la solution la plus efficace des problèmes qui touchent à la vie et au progrès des sociétés humaines. C'est donc cette fois au sein même de la société que nous voulons montrer Jésus-Christ principe et moteur du véritable progrès. L'Évangile est le code divin des sociétés humaines ; c'est le devoir imprescriptible de la prédication évangélique de dire avec la vérité religieuse la vérité soci aie.
Mais, Messieurs, ne le craignez pas,letribun ne remplacera pas l'apôtre ; la politique ne voilera pas l'Évangile. Je dirai la vérité sociale enseignée par Jésus-Christ avec la liberté que je tiens de lui, mais aussi avec la mesure que le lieu et le sujet m'imposent à moi-même. J'embrasserai par ma pensée des horizons assez larges, et m'élèverai assez haut, pour ne plus apercevoir les opinions , les systèmes . et les partis qui se partagent la société vivante.
i i PROGRÈS SOI tAL PAR I." M ["OR1 i É . 7
Ne cherchez dans le tissu de nos discours ni la trace ni l'ombre d'une allusion à un événement, à un pouvoir, à un personnage de In politique contemporaine; \<>us ne l'\ trouverez pas ; je désavoue d'avance tout ce qui pourrait y ressembler, laissant à chacun la responsabilité (lèses pensées, et ne gardant pour moi que la responsabilité de mes paroles. J'estime assez la vérité et a ous pour la montrer à tous sans un voile indigne d'elle. Quelques-uns s'étudieront à deviner le nom de mon parti et la couleur de mon drapeau; j'userai de mon droit, et ferai mieux mon devoir en vous le laissant ignorer. Fils de la France, apôtre de l'Evangile, je vous lais ma profession de foi: Je suis du parti de Dieu et de la France ; je porte le drapeau de Jésus-Christ et de la société.
Après ces déclarations nécessaires pour prévenir des préoccupations inopportunes ou des interprétations fausses, nous allons rechercher dans la lumière de Jésus-Christ quels sont les éléments du vrai Progrès social.
Naguère trois mots célèbres apparaissaient de tous côtés inscrits sur nos murs comme la formule du progrès des sociétés : Liberté.
b CRÉMIÈRE CONFÉRENCE.
Êgaiitéj Fraternité. Nous dirons prochainement le sens évangélique de ces trois mots sortis de l'Évangile; mais auparavant nous avons à combler une grande lacune. J'admire qu'une formule donnée comme le secret du perfectionnement des sociétés, ait omis totalement dans son expression ce qu'il y a de plus radicalement social; quoi donc? ['Autorité; l'autorité sans laquelle il ne peut y avoir ni liberté, ni égalité, ni fraternité véritable ; l'autorité sans laquelle le Progrès social est impossible, parce que la société elle-même ne peut pas être. Il faut réparer tout d'abord cette omission ou cette méprise grave. Je veux donc établir, avant d'aller plus loin, que Jésus-Christ est le vrai moteur du Progrès social, parce que dans la société l'autorité est la condition du progrès, et que Jésus-Christ est la source de l'autorité. Je n'établirai aujourd'hui que le premier de ces deux points : je montrerai que l'autorité est la condition première de tout progrès social; et qu'elle est plus spécialement la nécessité de notre temps.
- SOl'IAI. r \n I \\ ruKi'l I
À chaque pas que nous faisons dans la démonstration du Progrès par le christianisme, mous sommes sûrs de rencontrer sur notre route l'antichristianisme faisant à Jésus-Christ et au bon sens son opposition éternelle. L'antichristianisme contemporain prêche le Progrès de la société par l'abaissement continu de l'autorité. Diminuer l'autorité dans la religion, l'autorité dans la famille, l'autorité dans la tradition, l'autorité dans la société ; tel est le Progrès qu'enseigne l'antichristianisme. La conséquence naturelle de cette philosophie la plus profondément antisociale qu'on ait jamais vue , est que le terme du Progrès réside dans une indépendance absolue en tout ordre de choses : ne dépendre de rien, et ne relever de personne, c'est l'idéal social poursuivi par le génie de Satan. Des hommes osant pousser jusqu'au bout cette logique de l'erreur sont arrivés en effet jusque-là ; ils ont dit en subs-
Jo PREMIERE CONFERENCE.
lance par la contradiction la plus flagrante : le Progrès social c'est l'individualisme absolu; c'est l'homme débarrassé de toute autorité, même de l'autorité de Dieu ; et nous avons pu entendre cette parole d'enfer retentir au milieu de nous comme le dernier mot de l'erreur sociale : Qui nous débarrassera de l'autorité et de l'adoration ? Telle est le dernier mot de l'antichristianisme : Le Progrès de la société par la ruine de l'autorité ; et voici l'affirmation du christianisme : le Progrès dans la société par le perfectionnement de l'autorité.
Mais avant d'aller plus loin je dois dire ce que je veux entendre par ce mot célèbre : l'Autorité. Considérée dans son origine l'autorité vient de la création. Tout ce qui est créateur est auteur; et tout ce qui est auteur a une autorité; il a l'autorité sur ce qu'il a produit. Cette raison de l'autorité est vraiment radicale : elle tient à la racine des choses, et elle est écrite dans la racine des mots. Dieu est dans le sei^ très-rigoureux l'Autorité unique, parce qu'il est dans le sens très-rigoureux le Créateur unique: il est maître de tout, parce qu'il est principe de tout. L'homme associé à sa puissance de
i i PHOUHKs SO( I M. i' \i: i. Il
créerdevienl lui aus^i autorité dans la mesure où il devient créateur. Là où il \ a une création accomplie à l'imitation de Dieu par un être
libre, il \ a une autorité, lai ce sens, il \ a des autorités dans la science, dans l'art, dans les lettres. Celui qui crée l'ordre dans les idées et le l'ait resplendir dans la parole est une autorité; ce n'est jias en \ain que les langues ont dit : La royauté de la parole. Partout où Je> hommes ont rencontré le génie déployant dans ses œuvres une puissance créatrice, ils ont dit: \ oilà l'autorité. On voudrait en vain protester contre cette domination, elle s'impose. Les bommes montent devant leurs semblables à L'honneur de l'autorité dans la mesure où ils manifestent la puissance de créer.
D'après ces principes qui s'appuient sur le fond même des choses, il est facile de comprendre où réside la raison souveraine et la vraie notion de l'autorité sociale. L'autorité sociale est aussi la puissance de créer; c'est la puissance de créer la société ; c'est la force efficace de coordonner les hommes par rapport au but de leur association. L'autorité crée avec Dieu la société, et, comme Dieu fait 3)0111-
le monde, elle continue de la créer en la gouvernant. Un homme paraît dans une nation; ii trouve les hommes en lutte , les choses en ruine, le peuple en servitude, la société en poussière : par une puissance que Dieu lui a communiquée, il unit tous les hommes, il restaure toutes choses, il fait un peuple libre, une société prospère : cet homme est l'autorité. Que Dieu lui ait donné cette puissance immédiatement et par lui-même, comme il fit pour Moïse ; ou bien qu'il la lui ait conférée par l'intervention des agents secondaires coopérant avec lui à l'action de sa providence; cet homme crée avec Dieu la société, et il la conserve après l'avoir créée ; il est maître et seigneur dans la société créée ou refaite par lui. Cette autorité, des partis la contesteront, des rivalités la nieront, des ennemis l'attaqueront, mais elle sera; la société ne s'y trompera pas; dans son créateur, elle reconnaîtra son maître ; elle dira : « Vous avez la puissance de créer au milieu de nous l'ordre, la liberté, la fécondité, en un mot, la société; vous êtes le maître; commandez, nous vous obéirons. » Cette doctrine de l'autorité n'a rien de com-
LE PRi IGRE8 SOI [AL PAB LAI 1 1 1] I 3
niiiii avec la glorification du despotisme, ni avec la consécration de la force, kinsi conçue l'autorité est de sa nature une puissance morale. Que cette puissance vienne à un homme par le suffrage de la nation; qu'elle lui arrive par droit de naissance, ou qu'elle sorte d'ellemême d'une situation providentielle où le signe de Dieu se révèle avec éclat; cette puissance qui investit un homme pour créer ou restaurer une société, est essentiellement une puissance morale. 11 répugne à l'essence des choses que des êtres libres et naturellement moraux soient dirigés à leur fin par une force purement matérielle. La force matérielle peut être au besoin l'instrument de l'autorité pour briser l'obstacle qui s'oppose à la destinée sociale ; elle ne peut pas être l'autorité sociale elle-même. Armée ou non de la force matérielle l'autorité sociale demeure dans son fond ce qu'elle est en essence : la puissance efficace de créer la société, c'està-dire la puissance de créer l'ordre, la liberté et la fécondité sociale.
Telle est , en effet , la fonction de l'autorité dans la société ; elle crée l'ordre en lui donnant la stabilité, elle crée le mouvement en lui don-
14 PREMIERE < OXFÉRKXI E.
nant la liberté , elle crée par l'une et l'autre la fécondité ; elle est ainsi pour la société la raison d'être, de croître et de produire, c'està-dire la souveraine raison de son progrès.
Le premier élément de toute vie et de tout progrès social, c'est l'ordre entre les hommes associés. En dehors de l'ordre le Progrès ne peut être. Tout mouvement hors de l'ordre est une déviation ; c'est un pas hors du chemin. Le Progrès au contraire est une marche vers le but, donc une marche dans l'ordre. Telle est dans toute société la première raison d'être, ['ordre. Et quand je dis l'ordre, j'entends un ordre permanent, qui trouve dans sa raison d'être sa raison de durer. La société étant un corps moral appelé à vivre dans le temps en demeurant lui-même, il lui faut manifestement avec la puissance de se constituer la puissance de se perpétuer; il lui faut un ordre stable, en d'autres termes, la stabilité et la permanence dans l'ordre. Or, c'est le propre de l'autorité sociale de produire tout d'abord ces deux choses qui n'en font qu'une, l'ordre et la stabilité. Elle crée l'ordre, parce que de sa nature centre de la mo sociale, elle est la force uni-
R( iCHÎ - SOCIAL P \i; i." LUTOD I •">
taire par excellence ; fil»' crée L'unité du corps social dans la multiplicité de ses membres ; ci cet ordre créé parla puissance de L'unité, elle le maintient en se perpétuanl elle-même avec sa propre unité, el fonde la permanence de L'ordre Bur le principe de la stabilité. Ainsi, par la fonction première de l'autorité, l'ordre ■s il, demeure el rayonne dans la société, et lui donne par sa splendeur le caractère de la vraie beauté : la beauté sociale c'est la splendeur de L'ordre.
Vvee Tordre par la stabilité, l'autorité crée un autre élément nécessaire au Progrès social : le mouvement par la liberté. La société n'est pas un être créé pour l'immobilité, mais pour la croissance; elle n'est pas un corps inerte, elle est un corps agissant, donc un corps qui veut le mouvement ; et, parce que ce corps est composé d'êtres et d'activités libres , il lui faut pour se développer des mouvements libres; en d'autres termes, le mouvement par la liberté. L'ordre social même le plus splendide sans la liberté ne serait qu'une statue; on pourrait y admirer l'éclat de la beauté ; on n'y pourrait sentir le mouvement de la vie. Mais il s'agit
de savoir qui a la puissance de créer la liberté dans l'ordre et de faire la société aussi libre qu'harmonieuse. Qu'est-ce qui produit la liberté sociale ? Est-ce le génie des hommes d'État? Le système des gouvernements? Le triomphe des révolutions? Non, Messieurs; ce qui crée le mouvement par la liberté, c'est la même puissance qui crée l'ordre par la stabilité; c'est le fonctionnement régulier de la véritable autorité.
Des philosophies de l'histoire écloses de la fermentation des passions et du chaos des idées qui signala la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième, se plaisaient à montrera une jeunesse avide d'indépendance les sociétés grandissant dans la liberté à mesure qu'elles s'affranchissent de l'autorité. On disait alors : Le Progrès social, c'est la perpétuelle victoire de la liberté sur le fatalisme. Mais dans ces discours et ces livres où la confusion des langues naissait de la confusion des choses, fatalisme voulait dire autorité, et liberté voulait dire indépendance. Opposant à l'autorité la liberté qui vient d'elle, des hommes réputés grands historiens et profonds penseurs
i i PR( lUKKti mu m !• m. i ' \i i OHITÉ. i '
avaient gravemenl entrepris de nous persuader que les sociétés humaines ajoutenl à la liberté tout ce qu'elles enlèvent à l'autorité. Le Progrès se composail de tous les triomphes de la première et de toutes les défaites de la seconde : il > en allait détruisant sous chacun de ses pas ce qu'on nommait alors avec une éloquence quelque peu superbe les autocraties : autocraties religieuses, autocraties politiques, autocraties scientifiques, toutes les autocraties. Chaque étape du Progrès social, ainsi le voulaient les systèmes, devait être marquée par une \ ictoire de la liberté sur l'autorité ; et l'histoire du genre humain était évoquée pour signer de sa main ce roman de l'humanité.
Mais l'histoire protestait contre ces philosophies qui la condamnaient au mensonge : elle montrait partout et toujours la vraie liberté des peuples grandissant dans les siècles à mesure que se perfectionne au milieu d'eux la fonction de l'autorité. S'il y a à cette loi du Progrès social des dérogations apparentes , j 'affirme la main sur l'histoire qu'il n'y en a pas de réelles. On peut montrer dans la vie des peuples la ruine de la liberté par les abus de l'autorité, on n'y
irouvera jamais la liberté que sous la sauvegarde de l'autorité. Et ce témoignage de l'impartiale histoire est aussi celui de l'austère raison. Là où il n'y a pas d'autorité il n'y a plus que l'anarchie ; et là où est l'anarchie la liberté ne peut pas être. Au sein de l'anarchie tous sont maîtres ; et quand tous sont maîtres personne n'est libre. Pour que la liberté puisse être dans une société où le mal est permanent et toujours prompt à l'asservissement, il faut une sauvegarde qui défende la liberté de tous contre les envahissements de chacun , et la liberté de chacun contre les envahissements de tous. Cette sauvegarde c'est l'autorité ; l'autorité. c'est-à-dire le bien armé pour défendre toute liberté contre tout despotisme ; l'autorité qui a un œil pour surveiller le mal, un bras pour l'arrêter, et au besoin un glaive pour le frapper. Donc l'autorité vraie n'est pas le danger de la liberté, elle en est la garantie : elle n'en est pas la ruine, elle en est la source; elle n'en est pas la rivale, elle en est la mère. La liberté est à l'autorité ce que la filiation est à la paternité. 11 y a des hommes fils et frères, parce qu'il y a dans la famille un homme père; il y a dans
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l'Etat des hommes citoyens et libres, parce qu'il \ a dans la société ud homme <>u de» hommes-autorité. L'arbre de L'autorité e! l'arbre «le la liberté croissent dans Le même sol, plantés par La même main pour s'épanouir au même soleil : ou plutôt L'autorité et la liberté sorties d'une même racine ne sont pas deux arbres mais un seul; l'autorité en est le tronc. et la liberté en sort comme les rameaux du tronc, pour en étendre et faire fleurir la vie.
L'ordre étant donné par la stabilité, et le mouvement par la liberté, la fécondité, c'està-dire la force créatrice suit d'elle-même. La fécondité ou la puissance de produire n'est nulle part qu'à cette condition : le mouvement dans la stabilité. Le mouvement tout seul n'est pas fécond ; en dehors des lois stables il aboutit à la stérilité. Prenez dans la nature tout ce qui vit pour se développer et se développe pour produire, vous rencontrez partout ces deux choses à la fois : mouvement et stabilité. La création entière se soutient et produit par la permanence de ce principe d'harmonie et de fécondité, le mouvement selon des lois stables. Le monde astronomique est le mouvement des
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corps dans la stabilité de la loi de gravitation ; le monde animal est le mouvement de la vie dans la stabilité de la loi de génération. Je montrerai plus tard que le progrès scientifique lui-même est le mouvement des intelligences dans la stabilité des lois de la pensée. Je n'insiste pas ; je parle à des hommes qui savent. Mais il fallait révéler ce secret intime de la force créatrice que l'autorité donne aux sociétés en leur donnant ces deux choses : la liberté dans l'ordre , et le mouvement dans la stabilité.
En effet, si l'autorité sociale est la source des grandes choses et des créations fécondes, c'est que sa fonction propre est de développer toutes les libertés dans les lignes éternelles de la justice, comme une seule liberté dont le mouvement a tout son essor sans pouvoir franchir sa sphère. L'autorité sociale a ce privilège singulier; elle fait de plusieurs millions d'hommes un seul homme ; homme géant dont la force se multiplie par le nombre des individus qui composent le faisceau de l'unité sociale; homme puissant et fécond, parce que enchaîné et libre tout à la fois, enchaîné au devoir et
il PROGR] 8 SOCIAL PAS L*A1 I ORI I l 2 I
libre dans Bes mouvements , il déploie toutes ses Forces sans ni perdre aucune pour détruire le mal et produire le bien. Voyez-voua «lin sur la surface d'un grand empire \ inut millions d'hommes, c'est-à-dire vingt millions d'intelligences et tic libertés armées de toutes les énergies de la matière et de l'esprit ? Au milieu de ces vingt millions d'hommes un homme paraît: d'un mot de ses lèvres et d'un signe de sa main, il l'ait de toutes ces forces unies comme une seule force humaine; il dit : Allez, et ils vont : créez cette merveille, et ils la créent : arrêtez cette barbarie 3 et ils l'arrêtent : enchaînez cet océan, et ils l'enchaînent : produisez la richesse, et ils la produisent : faites fleurir les arts , la littérature, la science; et l'art et la littérature et la science fleurissent comme sous un souffle de Dieu. Si un homme est. si puissant alors que maître de lui-même il concentre la multiplicité de ses forces dans une unité persévérante, que ne peuvent des millions d'hommes réunissant sous une seule main tant de forces alliées et conspirant pour un même but?
Aussi l'histoire rend- elle à cette puissance créatrice de l'autorité le plus éclatant témoi-
gnage : elle atteste que toutes les grandes choses dans les sociétés humaines ont été créées par des autorités fortes, faisant marcher un peuple libre dans les sentiers du droit, du devoir et de la justice. L'autorité n'est pas elle-même l"acti\ ité qui produit, mais elle est le ressort qui fait agir, et c'est sous son impulsion que les peuples réalisent les merveilles de leur histoire.
Au contraire, les nations où l'autorité manque, comme les nations où l'on abuse de l'autorité , ne produisent que des œuvres mesquines et des monstruosités gigantesques : œuvres difformes et faibles qui attestent l'absence d'une puissance harmonieuse et forte. Les forces humaines y tournent à la stérilité , si ce n'est à la ruine. Les sociétés sans autorité peuvent détruire, elles ne peuvent fonder; elles savent tout diminuer, rien agrandir; elles ont 4e l'audace , elles n'ont pas de puissance ; elles ont l'agitation de la faiblesse, elles n'ont pas le mouvement de la force ; elles font des tentatives, elles ne font pas de créations. Si elles peuvent encore concevoir, elles ne peuvent enfanter: et leurs essais d'enfantement sont
i i PROGRES 80< [AL PAR i m I ORITK.
condamnés d'avance à l'ignominie de leurs avortements.
Telle est, Messieurs, la l'onction souveraine <!i L'autorité dans la société : elle crée l'ordre par la stabilité, le mouvement par la liberté ; e! par leur mutuel concours, elle crée la puissance efficace ou la fécondité; en un mot, elle cive la société même avec ces trois attributs qui attestent son Progrès, la beauté, la grandeur et la force, aussi, ôtez l'autorité de la société, et, au lieu de la beauté qui vient de l'harmonie, nous avei la laideur qui vient de l'anarchie; au lieu de la grandeur qui vient de la liberté, vous avez l'abaissement qui vient de la servitude; au lieu de la fécondité qui vient de la force, vous a\ez l'impuissance qui vient de la faiblesse : en un mot, au lieu du Progrès social, vous avez la décadence, que dis-je? vous avez la ruine sociale. Car nonseulement sans l'autorité le Progrès social ne peut pas exister, la société elle-même ne peut pas être.
Ah! Messieurs, n'avez-vous pas vu ce qui advient au milieu des nations où l'autorité fut arrachée un jour à ses antiques fondements?
À la lettre , ce sont des nations déracinées ; elles vacillent et se balancent an souffle de toutes les tempêtes, toujours menacées d'une mort qui n'aura plus de résurrection. A chaque instant leur existence est remise en question; vous diriez qu'elles ne savent plus être, tant elles sentent leur échapper avec l'autorité leur raison de subsister. Ces sociétés ne s'arrêtent sur le penchant où elles se précipitent, que quand elles se sont refait une autorité telle quelle ; car mieux leur vaut encore pour vivre , une autorité infirme et même une autorité despotique, que l'absence de toute autorité. L'autorité faible et l'autorité abusant d'elle-même, c'est la société qui est malade: mais l'autorité anéantie et l'autorité s'abdiquant elle-même , c'est la société qui meurt. Ce besoin invincible de l'autorité les peuples le sentent d'instinct, comme on sent le besoin d'être et de se conserver; mais il y a dans la vie des nations des jours où ce besoin se révèle à tous plus impérieux et plus profond ; jours des soudaines catastrophes et des sinistres événements, alors que les trônes ou les dvnasties tombant avec fracas menacent
LE PROGRES SO< I U. PAS L Al i ( BITI "-•>
d'emporter dans leur chute la ruine de l'autorité elle-même. Dans ces heures d'une solennité lugubre où l'autorité elle aussi semble brisée par la foudre qui vient de frapper le corps social, la nation 8 'éveille connue en sursaut; sans appui sous ses pieds . sans abri sur sa lête, comme suspendue sur le vide, elle se demande avec effroi : Où est l'autorité? et elle se prend à trembler, pareille au voyageur se rencontrant, dans la nuit l'ace à face avec des assassins qui viennent l'assaillir. Comme lui la société entière ne voyant plus sur elle le bouclier de l'autorité, se sent à découvert et. sous le coup des brigands. Mors tout ce qui est méchant tressaille d'espérance, et tout ce qui est bon tressaille d'épouvante : les scélérats voient leurs crimes sans frein , les justes leurs vertus sans défense ; et tous , alors que retentit encore la chute de l'autorité, appellent la restauration d'une autorité. Ceux-là même qui triomphent dans le désastre, éprouvent encore plus que tous les autres le besoin d'être et de se défendre; ils élèvent sur les ruines de l'autorité tombée le simulacre de l'autorité nouvelle; et, se dressant eux-mêmes sur les débris
des institutions , des trônes et des dynasties , ils crient à la nation pâle encore de sa frayeur: « Rassurez-vous, il y a une autorité ; et cette autorité, c'est nous. » Si bien que la nécessité de l'autorité n'apparaît jamais mieux que dans ces tempêtes sociales où les révolutions travaillent à renverser toutes les autorités.
Telle est, Messieurs, l'autorité : elle est partout la première condition de tout progrès, el même de toute vie sociale. Il nous reste à établir qu'elle est le besoin suprême de ee temps.
A la lumière de cette vérité qui éclaire tant de choses , nécessité souveraine de l'autorité pour Je Progrès social 3 il est temps de nous regarder nous-mêmes et de nous demander ce qui est advenu de l'autorité dans la société moderne. Je prends ici ce mot dans son sens très-général, celui où il peut s'appliquer à toute autorité. Toutes les autorités, quelque nom qu'elles portent et sous quelque forme qu'elles se produisent, sont solidaires :
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qui frappe une autorité les frappe toutes à la fois. Et voilà ce qui donne aul sociétés moi dernes un caractère spécial el les menace d'un danger suprême : toutes les autorités y ont été frappées, et toutes ont subi les contrecoups de leurs mutuelles secousses. La guerre faite à l'autorité n'est pas assurément, un fait réservé à notre temps; c'est un fait universel; «•'est un fait séculaire. 11 est é\ ident qu'au fond de la nature humaine, de quelque manière qu'on l'explique, il y a contre tout ce qui s'appelle autorité et demande la dépendance, une protestation et une guerre toujours prête ; mais la vérité nous force de dire que la protestation et la guerre contre l'autorité a pris dans nos temps modernes des proportions qu'on ne lui a jamais connues, et qu'elle nous menace d'une chute dont il n'y a pas eu «l'exemple dans l'histoire de l'humanité.
Le coup le plus audacieux qui fut porté à l'autorité dans les temps modernes est sans contredit la révolte de Luther. Au milieu des révolutions des empires et desdéplacements de l'autorité qui avaient rempli quinze siècles de notre histoire, une autorité était demeurée
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inébranlable, défendue par sa propre majesté et par une obéissance qui ne lui avait jamais failli; c'était l'autorité de l'Église personnifiée spécialement dans un homme , le Souverain Pontife, en qui quinze siècles de christianisme avaient salué le représentant de l'Homme- Dieu et le père de la catholicité. L'hérésie n'avait pas cessé un jour d'opposer au gouvernement et aux jugements de cette autorité le génie de la chicane et la versatilité du sophisme ; jamais elle ne lui avait opposé l'audace dune révolte absolue : elle avait osé nier tous les dogmes protégés par l'autorité pontificale, elle n'avait pas osé nier l'autorité elle-même. Luther eut cette audace ; il osa protester contre une autorité sanctionnée par de longs siècles d'obéissance : ce fut son crime , et humainement son succès ; il souleva avec une violence inouïe contre l'autorité romaine les instincts de révolte qui sommeillaient au cœur des Générations soumises : là est l'essence même du protestantisme ; dégagé de ses accessoires et de ses prétextes le protestantisme n'est pas autre chose; c'est une protestation et une révolte contre l'autorité : c'est la révo-
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lion dans l'Église. Luther est un moine révolté : c'est un révolutionnaire religieux.
Cette révolution en appelait une autre ; l'indépendance dans L'ordre religieux préludait à l'indépendance dans l'ordre intellectuel ; le protestantisme préparait le philosophisme. Luther a nié l'autorité de Jésus-Christ dans le pontife chef de l'Église ; Voltaire vient qui nie l'autorité de Dieu dans Jésus-Christ fondateur du christianisme. \.\m nie que Jésus- Christ parle aux chrétiens par la bouche du successeur de Pierre; l'autre nie que Dieu parle aux hommes par la bouche de Jésus-Christ. Le premier repousse dans le Pontife romain l'organe de la révélation, et par là se débarrasse de toute dépendance dans l'ordre religieux : le second repousse avec Jésus-Christ révélateur le fait de la révélation, et par là se débarrasse de toute dépendance dans l'ordre philosophique. Le premier par la négation de l'autorité de Jésus-Christ dans l'Église proclame l'indépendance absolue dans l'interprétation de l'Écriture ; le second par la négation de l'autorité de Dieu dans Jésus- Christ proclame l'indépendance absolue de la raison humaine. En
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deux mots : plus d'autorité en religion, dit Luther; voilà le protestantisme on la révolution
religieuse : plus d'autorité pour la raison , dit Voltaire ; voilà le rationalisme ou la révolution philosophique.
En vain les hommes se fussent ligués pour arrêter le courant qui emportait le monde moderne. Encouragé par ces deux victoires le démon révolutionnaire devait pousser à d'autres ruines en marchant à d'autres triomphes. Indépendant déjà et dans l'ordre religieux et dans l'ordre philosophique, il rêve l'indépendance dans l'ordre politique. INlais comme la société ne peut être sans un gouvernement quelconque , il imagine un système politique où l'homme est tout ensemble et le sujet qui obéit et le maître qui commande ; gouvernement à rebours où il y a des souverains partout et des sujets nulle part. Cette fiction fut le voile qui déguisait une troisième révolte contre l'autorité. Les instincts révolutionnaires se remuèrent d'un bout de la société à l'autre, comme les vagues de l'Océan sous un vent de tempête, et la révolution politique éclata. Je n'examine pas si des idées vraies et des pensées généreuses
i.i phogrès soi i \i i' m; i." \i roi il
m- bc firent pas jour dans ce grand bouleversement. (|iii s 'est nommé lui-même, comme l'ait, la Révolution. Mais ce que je puis dire i«-i Bans craindre d'autre contradiction que celle du mensonge, c'est que tout ce qui se révéla wai, légitime et généreux dans ce drame historique demeuré célèbre, ce n'était pas la Révolution elle-même. La Révolution dans l'ordre politique était ee qu'elle avait été dans l'ordre philosophique et dans l'ordre religieux : elle était l'opposition à l'autorité.
Fier mais non encore satisfait de ces trois destructions, le génie des révolutions regarda autour de lui pourvoir s'il restait encore quelque chose à détruire ; et il vit que parmi tant de ruines de l'autorité une autorité était encore debout soutenue par le suffrage de tous les siècles, la législation de tous les peuples et le bon sens du genre humain. Cette autorité, c'était la propriété. L'homme qui possède en vertu d'une légitime investiture est vraiment une autorité. Quiconque ayant mis ses deux pieds sur deux points de la terre, peut dire : « Ceci est à moi, parce que je l'ai fait mien, » est une autorité. Tout propriétaire est un seigneur
dans son domaine : il n'y reconnaît d'autre souverain que le Seigneur des seigneurs. En voyant cette autorité encore intacte, la Révolution se dit : Tant que ce dernier rempart de l'ordre social demeurera inébranlable , jamais mon règne ne s'établira tout à fait. Donc, que tous mes disciples entendent ce cri et le redisent à la terre : Guerre à la propriété! Là est sans contredit le principal mouvement révolutionnaire de ce temps : là souffle le vent de cette révolution nouvelle qui s'est nommée d'un nom digne de ses ambitions en s'intitulant sociale. La propriété, sachez-le bien, Messieurs, c'est le point où frappe à coups redoublés depuis plus d'un demi-siècle le bélier de la Révolution : elle l'attaque comme le dernier boulevard de la société. Si ce boulevard tombait , la société ne serait plus , il n'y aurait plus que le socialisme. Dieu a permis cette suprême agression , pour ouvrir les yeux à tant d'égoïsmes volontairement aveuglés sur la guerre satanique faite depuis trois siècles à toute autorité. Tant que cette guerre ne s'attaquait qu'à l'autorité de l'Église, à l'autorité de Jésus - Christ . à l'autorité des rois, les
i PROGRES SOCIAL PAH L* AUTORITÉ. •>.'{
IieiireuX propriétaires disaient dans leur seen-
lit*'- béate : Que l'Église se défende, que Jésus- Christ se défende, que les mis se défendent Mais quand lé monstre révolutionnaire eu! mis
le pied sur le seuil de leur domaine ; quand il eût menacé avec leur maison et leur champ, leur souveraineté : alors les propriétaires se sont le\és prêts à défendre leur autorité : el plusieurs jusque-là révolutionnaires euxmêmes se prirent à crier à la Révolution : « Arrêtez; on ne nous arrachera ni notre lover, ni notre champ ; plutôt mourir que de laisser tomber avec la propriété le dernier rempart de l'ordre : respect à la propriété! »
Ainsi a marché depuis trois siècles, de guerre en guerre et de destruction en destruction, le uénie révolutionnaire : il a nié l'autorité de Jésus-Christ dans les pontifes; l'autorité de Dieu dans Jésus-Christ ; l'autorité de la nation dans les rois; l'autorité de l'homme dans la propriété. lia fait entendre successivement par la bouche de ses représentants les plus fameux ces quatre cris révolutionnaires, pareils à des voix de Satan se répondant de
-i\ PREMIÈRE CONFÉRENCE.
siècle en siècle au milieu des nations modernes :
Le premier a dit : Home c'est Babylone; le Pontife romain c'est l'Antéchrist ■ au nom de l'Évangile pins de papauté.
Le second a dit : le Christ c'est l'infâme ; li' christianisme c'est l'absurde; au nom de la raison pins de christianisme.
Le troisième a dit : le roi est le fléau dn ] euple : la royauté c'est la tyrannie : au nom de la nation plus de royauté.
Le quatrième a dit : la propriété c'est le \ ol ; le propriétaire est un usurpateur ; au nom de l'humanité plus de propriété.
Le premier c'est la révolution religieuse ; le second c'est la révolution rationaliste ; le troisième c'est la révolution démagogique ; le quatrième c'est la révolution socialiste : la ré- \ olution socialiste , c'est-à-dire la révolution universelle ; la révolution qui renferme toutes les révolutions ; et qui dit à la fois : à Las la papauté; à bas le Christ: à bas la royauté; à lias la propriété !
Ah ! je le sais , tous les réformateurs ne conviennent pas de cette brutale agression
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contre toutes les autorités; ils la déguisenl ainsi ont-ils l'ait dans tous les sir. -les. Les révolutionnaires religieux disent : nous DO Nouions pas renverser l'Église, nous voulons la réformer. Les révolutionnaires rationalistes disent : nous ne voulons pas détruire le christianisme, nous Nouions le réformer. Les révolutionnaires politiques disent : nous ne voulons pas détruire les gouvernements, nous voulons les réformer. Les révolutionnaires socialistes disent à leur tour : nous ne voulons pas détruire la propriété, nous voulons la réformer !
0 grands Réformateurs ! quand donc aurez-vous le courage de vos mensonges et la sincérité de vos ambitions ? Au fond de ces protestations hypocrites et de ces réserves calculées, voulez-vous savoir, Messieurs, ce qu'il y a de vrai ? Le voici sans détour : ils mentent tous. Le protestantisme veut la destruction de l'Eglise; le rationalisme veut la destruction du christianisme ; la démagogie veut la destruction du gouvernement ; et le socialisme . quoi qu'il en dise, j'entends le vrai socialisme, veut la destruction de la propriété. Qui dira
36 PREMIÈRE GOM •KRKNCE.
le contraire mentira ; il voilera un mensonge sous une hypocrisie.
Or, tel est le retour inévitable et la légitime a engeance des choses : quand les hommes se sont unis pour mentir ouvertement à la vérité, la vérité tôt ou tard les force à se mentir ouvertement à eux-mêmes; c'est ce qui est arrivé à tous les agresseurs de l'autorité. Les révolutionnaires religieux attaquent l'autorité pontificale, et ils se posent en pontifes. Les révolutionnaires rationalistes attaquent la révélation, et ils se posent en révélateurs. Les révolutionnaires politiques attaquent l'autorité des rois, et ils se posent en souverains. Les révolutionnaires socialistes attaquent la propriété, et ils se posent en propriétaires. Ainsi s'est accomplie une fois de plus avec un éclat et une solennité proportionnés à la grandeur et à l'importance des choses, cette loi éternelle qui eondamne à la contradiction tous les ennemis de la vérité. Chacun aboutissant à la contradiction de son propre mensonge, on a vu chaque iniquité se mentir à elle-même : Ventila est iniqUitas sibi. Mais voici la contradiction commune où ils se sont rencontrés tous.