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qu'ils ne songeaient pas même à demander, et déliant de leurs fraternelles mains ces chaînes que l'égoïsme avait rivées par la force. Et quand cet affranchi de l'amour devenait un prêtre de Jésus-Christ ou un prince de l'Église, on pouvait contempler un spectacle encore plus émouvant : le maître d'hier s'inclinant avecbonheur devant l'esclave devenu pontife, pour recevoir la bénédiction de cette main à laquelle il avait rendu la liberté au nom de Jésus-Christ libérateur ! 0 religion de Jésus-Christ, religion de l'affranchissement et de la liberté, salut au nom de tous mes frères ; vous êtes la religion de la fraternité !
Que manquait-il, Messieurs, pour compléter ce miracle de fraternité accompli par le christianisme ? Une seule chose : pousser la communication fraternellejusqu'au don total et jusqu'à l'immolation complète de soi-même. Donner la mort, tuer pour mieux vivre soi-même, c'était le paganisme ; donner sa vie, mourir volontairement pour le salut et le rachat de ses frères, c'est le christianisme, c'est-à-dire Jésus- Christ encore, non plus seulement esclave, mais victime pour le salut du monde, et avec
lui apprenant aux chrétiens à consommer dans leur sang ce miracle de la fraternité : Mourir pour donner la rie ! Quoi ! des hommes ont eu cette étrange passion ! Oui, Messieurs, et c'est là un miracle qui pourrait à lui seul nous tenir lieu de tous les miracles. Combien d'hommes et de femmes ont rendu par la voie de leur sang versé pour faire germer la vie, cet héroïque témoignage de fraternité? combien, je n'entreprendrai pas de le dire; mais ce que je sais bien,, c'est que ces véritables frères, qui ont fait sur la terre le triomphe de la fraternité, se comptent par légions ; légions fraternelles qui ont marché dans le monde à partir du Calvaire, perpétuant la tradition de la fraternité, tandis que Caïn, .toujours vivant, y perpétuait la tradition du fratricide. Comme il y a un fleuve de sang qui coule depuis le berceau du monde jusqu'à nous, en élevant une voix qui crie toujours : fratricide, fratricide! il y a un autre fleuve de sang qui coule des sommets du Calvaire jusqu'à nous, en élevant la voix qui crie sans cesse : fraternité, fraternité! Le premier est le fleuve du sang versé par l'égoïsme pour donner lamort;lesecond, le fleuvedusang versé
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par l'amour pour donner la \i<\ Ali ! Messieurs. ne nie/ pas ce prodige indéfectible qui l'ait
monter au ciel et retentir dans l'univers le témoignage de la fraternité chrétienne : non, ne le niez pas; la \oix du sang s'élèverait contre unis ; car ce sang versé dans tous les siècles, il coule encore au soleil du dix-neuvième siècle ; et peut-être qu'à l'heure où je vous parle, dans l'Inde, dans la Corée, dans la Chine, ou dans la Cochinchine, il y a un de nos frères, un prêtre catholique qui partit naguère du milieu de vous pour aller mourir à quatre mille lieues d'ici, et qui en ce moment debout sur l'échafaud, prend dans sa main le sang qui jaillit de lui, et s'écrie en le jetant au ciel : Je jure par ce sang que je meurs pour donner à mes frères Jésus-Christ et la vérité ! Et moi qui ne suis ni un héros, ni un martyr ; moi qui ne me sens devant vous qu'un homme faible et un humble apôtre, ah ! moi aussi je crois sentir au fond de mon cœur le témoignage invincible que l'amour y rend à la fraternité : car je sens que je suis prêt à mourir pour vous , et à rendre à la fraternité qui m'unit à vous en Jésus-Christ notre
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Sauveur, avec le témoignage de la parole le témoignage du sang. 0 religion de Jésus- Christ, religion du sacrifice, j'en jure par le sang du jeune missionnaire et par l'élan de mon amour prêt à mourir comme lui, vous faites accepter la mort pour donner la vie : salut; vous êtes la religion de la fraternité!!!...
J'ai fini, Messieurs^ de vous montrer au point de vue social le Progrès par le christianisme. Permettez-moi, avant de descendre, de résumer en quelques mots les vérités développées dans ces dernières Conférences. Le christianisme crée tous les éléments essentiels du Progrès social ; il crée par Jésus-Christ et en Jésus-Christ la véritable autorité ; et seul il donne le vrai sens de ces mots naguère retentissant au milieu de nous comme la formule du Progrès des nations : liberté, égalité, fraternité. J'entends dire que ces trois choses sont des fruits d'une révolution qui fut par-dessus tout féconde en ruines; et j'admire dans des chrétiens ce miracle d'ingratitude qui dénie à Jésus- Christ les dons de son amour, et à l'Église la tradition doctrinale et pratique de cet ensei-
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gnemenl Bocial apporté au inonde par le divin auteur des sociétés chrétiennes.
Je K> sais, les révolutionnaires s'adjugent ré8olûmen1 l'invention des idées exprimées par
ces trois mots : Liberté, égalité, Fraternité. (Vest l'éternelle stratégie de Satan de revendiquer pour les siens le prestige des mots, alors qu'il travaille le pins à anéantir la réalité des choses. Les révolutionnaires parlent beaucoup de liberté, et ils l'ont de la servitude; d'égalité, et ils aspirent à la domination; de fraternité, et ils -\eulent assassiner des frères; ils parlent de liberté, comme un malhonnête homme parle de probité; d'égalité, comme un homme d'hier parle de sa noblesse; de fraternité, comme un homme méchant parle de sa bonté.
L'Église catholique à travers ses longs siècles parle peu de ces grandes choses , mais elle les pratique: elle ne les démontre pas, elle les suppose. Si elle ne fait pas autour de ces mots le même bruit que les sociétés modernes, c'est que les réalités qu'ils expriment ne manquaient pas aux siècles vraiment chrétiens, comme elles manquent aux sociétés
modernes. El si aujourd'hui nous venons en parler au nom de l'Église, ce n'est que pour revendiquer au nom de Jésus-Christ des mots que nous a légués Jésus-Christ, et surtout pour rendre aux notions qu'ils renferment un éclat obscurci par les nuages des systèmes et la poussière des philosophies.
Vous parlez de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, et vous en faites au génie des politiques nouveaux comme une triple auréole : au nom de la justice, laissez-moi réclamer ce qui est à nous ; laissez-moi vous dire : A nous la liberté, à nous l'égalité, à nous la fraternité. Oui, Messieurs, nous réclamons ces trois choses, parce qu'elles nous appartiennent ; et elles nous appartiennent , parce qu'elles sont dans l'Église de Dieu la tradition vivante de Jésus-Christ. Donc, si a ous \oulez que le monde marche par elles et avec elles au Progrès social, ah! revenez tous à Jésus-Christ. Jésus- Christ est ces trois choses à la fois : en lui seul nous sommes libres; en lui seul nous sommes égaux; en lui seul nous sommes frères dans le sens légitime et progressif de ces trois mots qui nous viennent de lui.
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En lui seul aussi nous trouvons ce qui «'si la garantie de ces trois choses saintes, ci la condition <le toute \ie sociale, l 'autorité vraie: l'autorité avec sou vrai principe, sou vrai <lo-
uiaine et sa vraie destinée; L'autorité qui, but le iront du père, du prêtre, du roi ou du pontife, est toujours l'autorité de Dieu commandant à l'homme; l'autorité le plus puissant ressort du progrès social, parce qu'elle élève les sociétés en créant sous toutes les formes le respect, l'obéissance et l'amour.
Voilà le Progrès social tel que je l'ai compris dans la lumière descendue dans mon âme du visage de Jésus-Christ. Si, en vous le montrant, je n'ai pu ménager les erreurs, condescendre à toute opinion, ni respecter tout préjugé, mon cœur me dit que j'ai voulu le bonheur de mes frères, la gloire de ma patrie et le progrès du monde. Ah! qu'ilj marche, ce progrès que l'humanité appelle. Que la société s'avance pour le conquérir portée sur la liberté, l'égalité et la fraternité comme sur trois colonnes triomphales, et appuyée sur l'autorité de Jésus-Christ, de qui relève toute société chrétienne; et qu'ainsi dans l'ordre
social comme dans Tordre moral, Jésus-Christ se révèle et soit glorifié par tous comme l'auteur et le consommateur de tout progrès !