LE PROGRES SOCIAL PAB J.-C. AUTORITÉ
rite qui a derrière elle un passé de dix-neuf cents ;ms, el devanl elle un avenir qui doit sYtendre de siècle en siècle jusqu'à l'éternité ; une
autorité qui courbe sous le même sceptre le sauvage et le civilisé, le front du pâtre et le front des rois, sans que personne, si bas ou si haut placé soit -il, puisse légitimement se dérober à son empire ; une autorité qui atteint l'humanité entière et chaque homme en particulier dans toutes ses puissances : l'intelligence par l'hommage rationnel que rend tout \rai fidèle à son infaillibilité, le cœur par l'amour qu'elle demande à ses enfants pour sa paternité , la volonté par les lois qu'impose à tous ses sujets sa divine royauté, l'âme toute entière par les respects qu'exige de tous son incomparable dignité ; une autorité enfin qui abrège et résume toutes les autres, parce que l'homme qui la porte est, au sens le plus rigoureux, le représentant universel de Celui qui a dit : « Toute puissance m'a été donnée au ciel » et sur la terre. »
Oui, Messieurs, ce vieillard désarmé assis au Vatican, protégé par l'épée et le dévouement de la France , il porte à son front
réunies en une seule les trois couronnes que nous avons vues successivement au front de la paternité, du sacerdoce et de la royauté : Prêtre catholique, il porte la plénitude du sacerdoce, et par lui tout prêtre sur la terre reçoit la mission de parler, de pardonner et de sacrifier; Roi catholique, toute puissance de gouverner les âmes dans l'Église de Jésus- Christ dérive de lui pour remonter jusqu'à lui; Père catholique, il a des enfants partout où sa paternité a fait germer la vie de Jésus-Christ ; et des lieux les plus obscurs de-la terre, comme de ses sommets les plus illustres , deux cents millions d'âmes lui crient : « Mon père ! » Prêtre, et comme tel apôtre et docteur catholique, il parle ; et l'univers chrétien s'incline sous sa parole en lui disant : Je crois. Roi catholique, et comme tel investi du droit de gouverner tous les chrétiens, il fait des lois, il commande ; et tout chrétien baise son sceptre en lui disant : J'obéis. Père catholique enfin, .il bénit ses enfants répandus sur toute la terre ; et toute la catholicité, tombant à ses genoux, lui crie d'une même voix : Je vous aime.
Quelle autorité que cette autorité! Et se peut-
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il concevoir dans an homme quelque chosede
plus divin? Messieurs, je VOUS CD prie, un moment reeueillons-nous pour reposer nos regards sur le plus doux et le plus grand spectacle d'autorité qui puisse être vu sur la terre. \u lieu le plus illustre de la plus illustre des i illes, à Rome, sur la place de Saint-Pierre, seul théâtre qui soit digne d'un pareil spectacle, à certains jours solennels, une multitude immense semble ondoyer comme une mer, mais comme une mer sans orage effleurée par un souffle léger. Là sont des représentants de tontes les nations de la terre; et l'on croit voir les populations absentes se lever de toutes les contrées, pour regarder de loin ce qui va s'accomplir sur cette scène où' semble planer la grandeur même de Dieu. La foule recueillie et respectueuse est dans l'attente ; elle attend dans un silence mystérieux quelque chose qui va descendre sur elle... Tout à coup, au frontispice de la grande basilique un homme paraît : un prêtre , un roi , un père , un vieillard portant accumulées sur son front toutes les majestés que Dieu peut mettre au front des hommes ; son regard s'élève vers le
ciel, comme pour convier Dieu à regarder cette fête ; son cœur s'ouvre de tendresse et d'amour, comme pour embrasser toute cette multitude où chacun est son enfant; sa main s'étend pour bénir avec elle l'humanité entière prosternée devant lui. Et tandis que cinquante mille hommes sont à genoux comme un seul homme ; tandis que le canon fait entendre au château Saint-Ange ses grondements solennels , et que toutes les cloches ébranlées jettent sur la Ville-Éternelle leurs joyeuses volées, la voix du Père catholique chante, et son cœur encore plus que sa voix : « Que le Seigneur Dieu tout-puissant vous bénisse , le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. » Telle est la bénédiction du Père catholique; bénédiction donnée non-seulement à cette multitude qui l'attend, mais à la Cité tout entière, mais à la Catholicité même : Urbi et Orbi !!. . .
Non, Messieurs, non, jamais il n'y a eu sous le ciel de spectacle d'autorité comme celui qui se donne là , à Rome , au milieu des ruines de tant de puissances pulvérisées et de majestés évanouies. Quiconque a pu le voir de près et n'en fut pas ému , quiconque
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i pu entendre tomber sur lui cette bénédiction du Père catholique, el n'a pas emporté dans sou âme la plus grande image de l'autorité , et dans sou cœur la plus religieuse impression de respect! ah ! j'en jure sur l'âme et le cœur de tous ceux qui ont vu ee spectacle sans pareil, celui-là a perdu un sens, le sens qui fait ou suppose les grandes âmes ; il a perdu le sens de la grandeur. Et si un homme à qui Dieu a montré un tel prodige était assez malheureux pour ne pas comprendre ce qu'une autorité obtenant depuis bientôt deux mille ans de pareils respects a dû faire pour élever les sociétés humaines, il n'y aurait plus qu'à lui dire : Allez ; vous ne méritez pas d'avoir des yeux pour regarder le soleil; et vous n'êtes pas même digne qu'on entreprenne de vous démontrer quelque chose !
Ah ! Messieurs, ce que la Papauté a fait par l'ascendant universel et perpétuel de sa puissance morale pour la vraie grandeur des sociétés, personne ne le dira jamais. Ce sujet tout seul exigerait plus d'un discours; je n'ai pu faire briller sur vous qu'un rayon détaché de ce grand faisceau de lumière ; et à ses clartés
cependant vous avez pu entrevoir quelle impulsion la Papauté catholique a dû donner, d'âge en âge, au Progrès social des peuples chrétiens, par l'influence prodigieuse de son autorité. La Papauté, ce n'est pas seulement la clef de voûte du monde social; ce n'est pas seulement le plus fort boulevard qui protège l'ordre contre l'anarchie et la société contre la Révolution; la Papauté, soutenue à travers les siècles par l'obéissance, le respect et l'amour des peuples chrétiens, c'est plus qu'un rempart qui nous défend, c'est plus qu'un bouclier qui nous couvre, c'est un char qui nous porte; char triomphal qui ouvre depuis dix-neuf siècles à travers les nations la marche de la civilisation et du Progrès.
Aussi, je n'hésite pas à le dire très-haut , quiconque conspire contre la Papauté conspire contre l'humanité même ; quiconque l'attaque vous attaque, vous qui voulez la société, l'ordre, la civilisation, le Progrès; et toute puissance sur la terre qui essaye de l'avilir ou de la déraciner, ne fait que se déraciner et s'avilir elle-même. Tout potentat, quel qu'il soit, consul, roi ou empereur, qui osera abaisser
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pour se grandir lui-même cette liante majesté,
sent ira par des retours vengeurs les représailles des colères divines et îles mépris humains retomber sur sou {Vont. Au contraire, toute puissance qui donnera à cette autorité , avec le bouclier de sa force et le dévouement de son cœur, l'hommage de ses respects et de son obéissance, verra descendre sur elle avec le prestige delà plus grande autorité, les bénédictions unies de la terre et du ciel. Fille dévouée et respectueuse de cette mère des nations chrétiennes, elle mettra sa main filiale dans cette main maternelle, et elle marchera avec elle à l'agrandissement des âmes et au progrès des sociétés.
Messieurs, si vous voulez savoir comment les plus grands hommes de notre histoire et les plus illustres chefs de nos dynasties ont traité dans les siècles chrétiens cette majesté désarmée, et ce qu'elle-même a fait dans sa faiblesse pour la grandeur de leur nom et pour la gloire de leur postérité, laissez-moi finir en vous citant un exemple à jamais fameux, qui à mille ans de distance est toujours de saison, et aujourd'hui même nous instruit encore.
152 TKOISIÈME CONFÉRENCE.
Un jour le pape Léon III, chassé de Rome par quelque sédition telle qu'il s'en est fait souvent autour de cette royauté pacifique, venait implorer le secours de Charlemagne alors à Paderborn. Le grand roi envoya à sa rencontre d'abord un archevêque, ensuite un grand de sa cour, puis son fils Pépin, alors vainqueur des Huns et roi de l'Italie. Pépin marchait à la tête de cent mille hommes. Lorsque cette armée aperçut le Pontife entouré seulement de quelques serviteurs, elle se prosterna trois fois ; lui la bénit trois fois, et Pépin vint se placer à ses côtés. Bientôt Charlemagne averti sort de Paderborn accompagné du clergé portant la bannière et la croix ; il vient se placer au milieu d'une autre armée composée de différents peuples, qu'il range en un cercle immense représentant une cité vivante, au milieu de laquelle il se tient lui-même debout, surpassant de la tête tous ceux qui l'entourent. Le Pape paraît dans l'enceinte escorté de Pépin. En ce moment, armée, peuple, clergé, toute l'innombrable multitude tombe à genoux ; et Charlemagne le père de l'Europe reste incliné devant Léon le pasteur du monde, qui bénit à trois