‹ Le progrès par le christianisme (volume 2)Chapitre 8 sur 20 · SUITE · texte numérisé non relu

SUITE

Messieurs ,

Après avoir établi la nécessité de l'autorité pour le Progrès social, nous avons montré en Jésus-Christ Homme-Dieu la source de toute autorité dans le christianisme. Jésus-Christ, en se constituant lui-même dans l'Eglise autorité

permanente, a fait en tonte autorité une transformation radicale qui a élevé l'ordre social tout entier : il a guéri l'autorité de trois \ices qui la minaient sourdement et l'empêchaient d'élever avec elle-même l'obéissance des peuples et le progrès des sociétés : le premier était l'absence du divin; le second l'asservissement de la conscience par la domination del'homme ; le troisième l'égoïsme dans l'exercice de la puissance. Jésus-Christ a guéri l'autorité de ces trois vices profonds ; il a mis en elle le divin en se constituant lui-même l'autorité ; il a affranchi la conscience humaine en créant une royauté des âmes qui ne relève que de lui ; et à l'égoïsme de la puissance il a substitué le dévouement dans l'exercice de la puissance ; en trois mots, il a créé une autorité divine dans son principe , spirituelle dans son domaine, dévouée dans son but, et, par là, il a transformé l'autorité et élevé l'ordre social.

Voilà ce qu'a fait pour le Progrès social l'autorité de Jésus-Christ constituée dans l'Église. Qu'a fait, par rapport à cette autorité, la société moderne ? La société moderne a pris visà-vis de cette autorité trois attitudes diverse-

i i PHOGR] - SO( i \i. r M( .1.-1 . \i TOHI1 É. J'»0 nient funestes au Progrès social des nations

chrétiennes : l'attitude «le l'indifférence, L'attitude de la rivalité , l'attitude de la haine. Jésus-Chrisl traité en étranger par les gouvernements, Jésus-Christ traité en rival par les gouvernants, Jésus-Christ traité en ennemi par les ingouvernables : \oilàce que j'appelle trois erreurs, trois calamités sociales qu'a voulu repousser loin de nous notre dernier discours. La conclusion de ce discours n'a pu vous échapper; cette conclusion est que l'autorité de Jésus-Christ constituée dans l'Eglise ne doit pas être considérée par les sociétés modernes comme une étrangère, encore moins comme une rivale, beaucoup moins comme une ennemie ; et que l'ordre social tout entier doit se soutenir, s'élever et grandir en Jésus-Christ et par Jésus-Christ Souveraine Autorité.

Jusqu'ici nous n'avons considéré l'autorité de Jésus-Christ dans l'Église que sous son aspect très-général, en faisant abstraction des hommes qui la représentent. Mais l'autorité n'a toute son action sur la société que quand elle se personnifie et se présente à nous dans des êtres déterminés. Voilà pourquoi je me

propose de compléter ce sujet en vous montrant aujourd'hui les types principaux de l'autorité chrétienne que Jésus-Christ a créés pour agrandir nos respects et élever l'ordre social. Le sujet est vaste ; j'abrégerai tout.

Le premier type d'autorité que Jésus-Christ consacre pour le Progrès social des nations , c'est la paternité, ou l'autorité chrétienne dans la famille. Je comprends sous ce mot paternité le père et la mère , portant sous une forme et dans une mesure diverse l'honneur d'une même autorité.

La paternité, même à ne l'envisager que dans un ordre purement naturel, est une des plus grandes et des plus suaves choses que l'on puisse imaginer. La paternité est sublime dans la pensée, belle à l'imagination, douce au cœur, puissante sur l'âme de tous les hommes. Il n'y a pas de culte qui soit demeuré dans les espaces et les siècles plus

i i PROORÈ8 SO< l \l. PAS .1.-1 . M l OIMTÉ. I I I

pur, plus inaltérable, plus constant, |»lus universel que le culte de la paternité. Les moralistes en uni exalté le ministère ; les poètes en tmt gravé dans la parole les types immortels ; les artistes en ont peint L'idéal les yeux fixés sur Dieu auteur de toute paternité. Tous les hommes bien nés se sont rencontrés sous son regard et son cœur dans une fraternité de respect et d'amour ; et moi, je l'avoue, saisi par ce charme indicible que chacun devant cette image retrouve au fond de ses souvenirs, volontiers j'arrêterais ici plus longtemps ma parole, comme le voyageur s'arrête à une rive charmante dont il a entrevu la beauté et respiré le parfum. Mais comme le vent le pousse mon sujet m'emporte, et j'ai hâte de vous dire ce que Jésus-Christ a fait pour agrandir cette chose déjà si grande dans l'humanité.

Jésus-Christ a créé dans la famille chré^ tienne une paternité telle que le monde n'en avait jamais vue, même dans ces âges primitifs où elle nous apparaît avec une auréole qui la fait de loin à nos yeux grande comme la royauté. Mais comment Jésus- Christ a-t-il transfiguré la paternité., et ajouté à sort antique

majesté une nouvelle majesté? Le voici en trois mots : Jésus-Christ l'a marquée d'une consécration divine; il lui a confié un ministère divin, et il lui a donné pour le remplir ce qu'il y a de plus divin dans l'homme ; et par là il lui a fait une couronne d'autorité qu'elle n'avait jamais portée.

Remarquez-le bien, Messieurs , au point de départ de toute paternité chrétienne, il y a quelque chose qui l'élève plus haut que l'humanité ; il y a une consécration faite par Jésus-Christ lui-même, et que nous pouvons appeler le sacre de la paternité humaine : sacre divin, qui est tout à la fois le sceau de sa légitimité, la garantie de son efficacité , mais par-dessus tout le signe de sy majesté.

Au commencement, Dieu avait dit à nos premiers parents : Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre. Vous ne pouvez l'ignorer, Messieurs , le caprice de la créature avait joué avec cette parole du Créateur, et les passions l'avaient profanée. La vocation que Dieu fait à l'humanité par cette proclamation de la loi de propagation, Jésus-Christ ne l'abandonnera ni

il PROGRES SOCIAL PAB i.-<. It'TOHITÉ. L13

aux caprices Au désir, ni aux convoitises de

la chair; il s'en réservera à Lui-même la délégation, le gouvernement et la sanctification. Il instituera pour elle un sacrement tout exprès : le mariage chrétien. Quiconque dans le christianisme aspirera à l'honneur d'une paternité légitime, devra en recevoir de Jésus- Cbrist par l'Église la délégation divine. Le père dans le christianisme est un homme que Jésus-Christ a investi de son autorité et marque du signe de sa divinité pour le ministère de la paternité. Jésus-Christ ne reconnaît pas d'autre paternité légitime que celle qu'il a sacrée luimême par la main de son Église pour ce grand ministère. Quiconque avant ce sacre aura l'ambition d'être père, aux yeux de Jésus- Cluist ne sera pas le père ; il sera l'usurpateur de la paternité.

Tel est le premier gage de grandeur que la paternité chrétienne trouve à son point de départ; élevée à la hauteur d'un sacrement, elle r; çoit de Jésus-Christ une consécration et une délégation vraiment divines. Et quel est le terme de cette délégation et de cette consécration ? Un ministère aussi divin que son point

de départ : le ministère de former Jésus-Christ dans les enfants. Tel est ici le sublime mystère de la paternité chrétienne ; Jésus-Christ la consacre et la couvre de son autorité : pourquoi? pour le créer lui-même dans sa postérité. Un père vraiment chrétien est un homme obligé par sa consécration de former ses enfants à l'image de Jésus-Christ, ou ce qui est encore plus grand, de former Jésus-Christ dans l'âme de ses enfants. Au nom de Jésus- Christ, j'adjure tous les pères qui m'entendent de comprendre ici avec le but de leur fonction la grandeur qu'elle leur apporte. Pour un père chrétien, former un homme, ce n'est pas assez ; non, ce ministère, si grand soit-il. ô pères ! ô mères ! n'est pas encore assez divin pour vous ! Votre ministère propre et votre grandeur originale, la voici : Former Jésus-Christ dans l'homme. Produire l'homme, c'est le droit qu'il vous fait ; le former lui-même dans l'homme, c'est l'obligation qu'il vous impose, et c'est la grandeur dont il vous couvre !

Et pour atteindre ce but et remplir ce ministère, que vous demande-t-il? Ah! songez

i i PBOGRKS >"< i IL P IH l.-< . Il rORl I » . 1 I">

a ceci : il vous demande ce qu'il a donné luimême à l'humanité entière; il voua demande comme un devoir ce qu'il \ a «le plus divin dans l'homme, le dévouement; non ce vulgaire dévouemenl que la nature seule sait inspirer à toute paternité qui n'est pas inhumaine , niais un dévouement digne de Celui qui vous sacre pour un ministère dont il est lui-même le principe et le ternie ; un dévouemenl qui, pour arriver à cet honneur à nul autre pareil, créer Jésus-Christ dans une génération de chrétiens, accepte tout, même l'excès de la souffrance, même l'héroïsme du sacrifice. Heureuse paternité. qui, à force de dévouement et de vertu, d'obéissance à la loi de Dieu et de fidélité à sa vocation , mérite le bonheur d'être féconde comme la vigne qui étend ses rameaux autour de la maison^ et se donne à elle-même la joie de contempler ses enfants , rejetons de sa propre vie, rangés autour de sa table pareils aux jeunes rameaux de ï olivier !

De cette consécration, de ce ministère et de ce dévouement, un type de paternelle autorité devait naître lentement, mais infaillible-

116 TROISIÈME CONFÉREN'CE.

ment au milieu des générations chrétiennes, tel que le monde n'en avait jamais connu. Aussi , ce qui devait se faire s'est fait. Ce qui était dans le fond du christianisme s'est révélé dans les clartés de son histoire. Le christianisme a produit dans les peuples profondément chrétiens un type de paternité qui n'a connu ni le despotisme de la paternité orientale, ni la faihlesse de la paternité occidentale : paternité empreinte d'une majesté et d'une suavité, d'une douceur et d'une force dont le mélange exquis fut à la fois la puissance, la dignité et le bonheur de la famille chrétienne : fleur charmante, fruit généreux du plus pur christianisme, dont l'histoire nous rapporte le parfum du fond des siècles écoulés, et dont notre siècle, malgré ses déchéances profondes, nous offre encore quelques rares exemples, d'autant plus doux à contempler qu'ils contrastent davantage avec l'opprobre de tant de paternités dégénérées.

Voyez-vous d'ici à travers les âges chrétiens le père de famille devenu patriarche, embrassant de son regard enivré et de son cœur ému les générations sorties de lui

i.i MtOGBÂB SOCIAL PAfl J.-i. \l T"itlTh. 117

comme un prolongement de sa vie, el étenliant sur ce doux royaume du foyer domestique un sceptre aimé, obéi et respecté? Quelle majesté douce, et forte ! quel empire Buave et puissant ! C'est la royauté des anciens patriarches transportée dans les âges nouveaux., mais transfigurée par l'onction du Christ , ayant avec toute la tendresse de l'homme quelque chose de la grandeur de Dieu !

Ah ! si quelqu'un parmi vous pouvait douter encore de ce que le christianisme a fait pour agrandir la paternité, je lui dirais : Voyez le père chrétien qui va mourir au milieu de ses enfants réunis autour de son dernier soupir; d'une main tenant l'image de ce Christ qui l'a sacré au jour de ses noces dans les clartés nuptiales pour le ministère de la paternité ; et de l'autre, laissant tomher sur ses enfants, au nom de Jésus -Christ, cette suprême bénédiction qui demeurera sur eux comme la tradition de l'obéissance, du respect et de l'amour, et comme la perpétuelle consécration de l'autorité dans la famille chrétienne. Oh ! qui pourra jamais dire dans un

llfe TROISIÈME CONFÉRENCE.

langage assez doux et assez fort, assez sublime et assez simple , assez transparent et assez mystérieux tout ensemble, l'impression que laisse au foyer domestique ce doux règne de la paternité, dont la vie fut pour ceux qui lui obéissaient une félicité pleine de grandeur, et dont la mort fut pour ceux qui l'ont perdue un deuil mêlé de joie, où la tristesse même savait encore sourire ! Son souvenir transmis par l'amour de génération en génération, sera encore une protection pour tous ceux qui ne pourront qu'en entendre parler ; il demeurera sous ce toit béni pareil à une divinité tutélaire; et il continuera de faire croître au cœur de tous ses descendants , comme une autorité toujours vivante , ce respect , cet amour et cette obéissance qui ne lui ont jamais manqué pendant sa vie. Belle et grande image, encore embellie et agrandie dans la mort, et qui emprunte au mystère de l'autre vie pour commander des respects plus saints, quelque cbose de divin!

0 suavité ! ô grandeur ! ô puissance de la paternité chrétienne ! pourquoi faut-il que le temps nous emporte dans la ruine de tant de

LE PBOGRB8 BOCIAI PAJI J.-C. M '1 "itn !•':. 119

choses saintes et vénérables, vers «les mœurs quine devraient pas être les nôtres? mœurs rétrogrades d'une société qui descend, et où l'on oublie, hélas, chaque jour davantage ce culte généreux qui élevait les sociétés en élevant les familles, et les familles en élevant les hommes !

V\ec la paternité chrétienne le christianisme a réalisé un autre type d'autorité plus grand encore et plus vénérable aux yeux des croyants, le sacerdoce chrétien. Lorsque l'enfant, après avoir pratiqué dans la famille le respect de l'autorité paternelle, met le pied sur le seuil de la maison de Dieu, il a la révélation et apprend le culte d'une autre autorité ; là, il rencontre le prêtre catholique ; le prêtre qui est une paternité dans le sanctuaire , comme la paternité un sacerdoce dans la famille.

Le prêtre dans toutes les nations et dans tous les siècles fut toujours regardé comme une grande autorité ; c'est qu'il apparaissait comme une représentation sensible de la Divinité. Organe vivant du commerce entre la Divinité et l'humanité, le prêtre, en demeurant homme, portait partout et toujours sur luimême aux regards des peuples quelque chose de Dieu. Cette représentation de Dieu dans le prêtre n'était souvent qu'un mensonge ; mais ce mensonge s'abritait sous cette vérité qui explique le respect conquis par le sacerdoce, à savoir : que rien n'est plus vénérable que ce qui apparaît plus divin , et que la plus grande autorité appartient à ce qui est plus près de Dieu.

Or, ce qui n'était que fictif dans le paganisme est rigoureusement réel dans le christianisme : le prêtre chrétien à la lettre est le représentant de Jésus-Christ homme-Dieu : il est la personnification humaine de son autorité; il est le substitut officiel de tous ses ministères. Non-seulement Jésus-Christ vit dans le prêtre d'une vie réelle, il y agit sans cesse et y opère par cet organe humain toutes les fonc-

ii pRooBJ s soci n pau .i.-< . ii roan é. 121 tioos divines qui font la sanctification des âmes ri le salut du monde. Le prêtre catholique

11 est donc pas seulement Jésus-Christ \ i\ ant dans l'homme, ce qui est le privilège de tous les chrétiens; il est Jésus-Christ agissant dans l'homme, et faisant par l'homme l'œuvre divine de la réparation ; il est Jésus-Christ qui parle, Jésus-Christ qui pardonne, Jésus-Christ qui sacrifie ; et partout, sur le trône de la parole, au tribunal de la miséricorde et à l'autel du sacrifice, couvert de la même majesté, parce qu'il est investi de la même autorité.

Oui, Messieurs, dans la chaire trône sacré que Jésus-Christ a fait à sa parole, le prêtre est Jésus-Christ qui parle : il est l'écho vivant du Verbe ou de la Vérité faite homme ; il est son organe et sa voix ; il est le Verbe lui-même parlant aux hommes avec l'autorité de Dieu : Sicut potestatem habens (1). Ce que Jésus-Christ fut encore enfant devant la Synagogue étonnée, nous le sommes après lui et par lui devant les nations respectueuses ; nous

(1) Mauli. vu, 29.

sommes une autorité qui parle : « Toute puis- » sance m'a été donnée au ciel et sur la terre : » allez donc, et enseignez les nations. » Quand le prêtre catholique paraît devant vous pour vous apporter un seul mot de l'Évangile, ou seulement un écho de la voix de Jésus-Christ, cette autorité ^ enue de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur monte avec lui dans cette chaire ; elle devient à la fois et le bouclier qui le couvre lui-même et le glaive qui triomphe de vous.

On s'étonne quelquefois de l'intrépidité et de la puissance que Dieu fait aux plus timides et aux plus faibles dans le ministère de sa parole. Ah! l'on oublie qui nous sommes , et l'on ne nous regarde pas dans le jour qui nous laisse voir. Savez-vous bien, Messieurs , que c'est quelque chose pour agrandir le courage et la force d'un homme de se savoir ambassadeur? Être ambassadeur d'un roi de la terre, c'est grand ; c'est porter sur soi l'autorité du souverain qui porte lui-même l'autorité de la nation ; qu'est-ce donc de se savoir ambassadeur de Dieu, député vers les hommes pour réclamer ses droits divins ? Et

>..... i.i - soci u, p \n . .-• . ii roaiTE. ]-•< voilà cependant ce que noua sommes <»l>liu<' de nous croire el de nous proclamer nous-même : ambassadeur de Jésus-Christ, el portant l'autorité de Dieu qui vous parie en n<»s discours : /'rc Christo legatione fwigimurj tanquam Dca exhortante per nos(l). Tout à l'heure, descendu • le cette tribune, je ne serai plus qu'un homme faible, assez timide pour trembler même devant un enfant : ici, je me crois ambassadeur de Jésus-Christ ; et je sens que rien ne me pourrait empêcher de proclamer même devant les plus tiers tous les droits de mon Souverain. Voilà le prêtre catholique sur le trône de la parole, tel qu'il vous apparaît dans la lumière de la foi ; et vous ne comprendrez jamais tout ce que cette croyance universelle dans le christianisme a mis d'autorité dans sa personne et d'efficacité dans sa parole. Lorsque le génie s'unit dans le prêtre à cette fonction sublime de faire parler Jésus-Christ par ses lèvres, alors Dieu et l'homme conspirent à commander vos respects et à triompher de vos résistances. Lorsque le génie lui fait défaut, il parle

{i) II Cor. v, 20.

et triomphe encore, parce qu'il porte en lui quelque chose de plus persuasif et de plus fort que le génie d'un homme, l'autorité d'un Dieu; et malgré les dédains que l'orgueil des hommes peut laisser tomber sur ce qui est infirme, le monde nous écoute, et souvent d'autant plus , que l'homme disparaissant davantage laisse mieux voir derrière lui la majesté de Dieu. Un homme de génie que son humilité et sa foi amenaient souvent devant la chaire chrétienne pour y entendre une parole humainement bien moins grande que la sienne, me disait un jour : « Lorsque le prêtre parle, je vois Dieu derrière lui. » Eh bien, Messieurs, ce que voyait Donoso Cortès, tous les vrais chrétiens l'ont vu, le voient encore, et vous le voyez vous-mêmes : vous voyez Dieu derrière nous. Je me trompe, vous le voyez en nous, faisant parler par cette voix qui retentit dans le temps son Verbe coéternel à lui-même. Et alors même que vous ne le croyez pas, vous ne trouvez pas mauvais que, le croyant nousmême, nous parlions avec l'autorité qui nous vient de cette foi, et que notre infirmité humaine aujourd'hui comme il y a dix -huit

M PROGRÈS ^«'<i\i PAR J.-C. kUTORITÉ. I 26

Biècles, se pose avec une autorité qui commande même à la puissance, e1 avec une intrépidité qui ne craint rien moine de votre génie. Mais la chaire d'où Jéaus-Chrisl nous parle n'est pas le seul théâtre <>ù se déploie L'autorité sacerdotale pour commander le respect des chrétiens. Quand le prêtre descend du trône d'où la royauté de la parole touche les âmes de son sceptre, il va s'asseoir sur un autre, où il se révèle avec une autorité diverse dans sa forme, mais identique dans sa substance, je \ eux dire l'autorité de Jésus-Christ qui \ous pardonne. Lorsque vous venez là, au tribunal de la miséricorde, portant devant vous le flambeau allumé d'une foi qui vous laisse voir à travers son ombre les clartés du mystère, ah ! vous vous agenouillez, vous vous prosternez ; et le prêtre, fiers Gaulois que vous êtes, n'a pas même besoin de vous dire cette parole que je rapportais l'autre jour : Baisse-toi, fier Sicambre ; vous vous abaissez sans qu'il soit besoin de vous le commander ; parce que, sous la forme d'une paternité humaine, vous avez découvert l'autorité de Dieu. Vous croyez que Celui qui a dit au sacerdoce : Allez, enseignez,

12ti TROISIÈME CONFÉRENCE.

est le même qui a dit : Les pêches seront remis à ceux à qui vous les remettrez. "Nous avez reconnu sur le trône de la parole l'autorité de Dieu qui tous parle ; vous reconnaissez au tribunal de la miséricorde l'autorité de Dieu qui vous pardonne. C'est là, Messieurs, c'est dans cet abaissement volontaire du pécheur et sous la main étendue du prêtre, que s'accomplit un mystère de transformation où le chrétien retrouve avec l'innocence et la joie le sens perdu de l'obéissance et du respect. Vous avez frappé votre poitrine et vous avez pleuré ; cet homme étend sa main et il dit : « Que Jésus-Christ » Notre-Seigneur vous délivre de vos péchés ; » et moi, par l'autorité qu'il m'a donnée, je » vous absous, au nom du Père, du Fils, » et du Saint-Esprit. Vous étiez coupable; » afin que vous sachiez que j'ai la puissance » de remettre les péchés, au nom de Jésus- » Christ, levez-vous, \ous êtes innocent. » Quel est cet homme qui a la puissance de remettremêmeles péchés? Quis est hic, quietiam peccata dimittit (1)? Ah! la foi crie en vous :

(1) Luc. vu. il»

Il PROURK* SOCIAL l'A* J.-C, UTORITÉ. 1-7

C'est le représentant de Jésus-Chrisl devadl

le> liiiiiiiiics ; e'est .lésus-dliriM lui-même qui

m'absout . comme il le lii pour Madeleine, et qui pour m'encouragei a venii chercher m pardon que je n'osais plus attendre, a voilé

simis la faillisse d'un homme l'autorité de Dieu. Mais, si voilée suit-elle, ma foi sait la découvrir; et quand je me relève de cet abaissement où mon âme au lieu de s*a\ilir a retrouvé sa vraie grandeur, j'emporte pour cette autorité qui me réhabilite une impression de respecl que le temps ni l'éternité ne pourront effacer. Grand sur le trône de la parole et au tribunal de la miséricorde , le sacerdoce est plus grand à l'autel du sacrifice ; l'autorité du prêtre prédicateur et du prêtre confesseur s'élève ei se rehausse encore dans le prêtre sacrificateur. Ah ! Messieurs, c'est que là, à l'autel du sacrifice, une puissance l'investit devant laquelle notre foi se prosterne et notre raison s'arrête saisie d'un saint effroi : la puissance d'incarner Dieu, la puissance d'immoler Dieu, et, comme source de l'un et de l'autre, la puissance de commander à Dieu ! Là s'accomplil dans l'ombre de la foi cet incomparable mys-

tère où riiomme qui en est l'organe se sent comme anéanti sous l'autorité qu'il porte. Oui, là l'homme commande à Dieu, et Dieu obéit à l'homme. Là, le prêtre ordonne à Jésus-Christ de descendre pour s'incarner et s'immoler encore ; et Jésus-Christ descend pour accomplir lui même la parole qui a fait à son prêtre cette puissance à nulle autre comparable. Partout investi du divin comme d'un vêtement d'autorité qui commande le respect, ah! c'est là surtout que le prêtre touche à Dieu ; là, son humanité disparaissant en partie pour ne pas dire tout à fait, il apparaît à la foi qui le regarde comme un associé de la divinité ; le peuple assistant au sacrifice croit découvrir à travers ces rayonnements sacrés qui sont la beauté du sanctuaire, comme une céleste apparition ; et il apporte à la fois au pied du même autel, avec l'adoration de Jésus-Christ Dieu, le respect de cet homme élevé jusqu'à la gloire de sacrifier Dieu. Ah! Messieurs, ressuscitez par la pensée toutes les magnificences du temple de Salomon ; rappelez-vous ce que devait laisser de respect dans l'âme du peuple de Dieu la splendeur des cérémonies qui semblaient faire

PROGU 8 vl" ! IL PAfl J.-( . M rORITK. I -!)

île ce lieu le vestibule «lu ciel; rien ne peut vous donner une idée <1<' la vénérabilité que le peuple catholique découvre dans son prêtre , alors que dans la pompe du sacrifice et dans l'éclat de ses vêtements, du fond du sanctuaire inondé de lumière, de parfums et d'encens, il élève sur L'assemblée prosternée dans l'adoration, la Victime immolée pour le salut du monde ; tandis que l'orgue, par des concerts empruntés aux harmonies du ciel, chante au fond des âmes encore mieux que sous les voûtes du temple : 0 sedutaris Hostia !

Tel est le prêtre catholique, portant à sou front la couronne de trois autorités qui n'en font qu'une. Si grande est cette autorité eutrevue dans le prêtre par la foi des chrétiens, que, même en dehors du temple où elle est en son lieu, il en porte autour de lui comme une émanation sacrée. Alors même qu'il paraît confondu dans la foule , la foi des chrétiens le distingue et l'en sépare, pour lui faire dans les âmes comme un cortège d'invisibles respects. Ah ! Messieurs, je le sais, aujourd'hui, dans nos grandes cités où les doctrines se mêlent et. où les extrémités du monde moral viennent

se toucher sans se reconnaître, l'autorité du prêtre passe souvent sans rencontrer ces respects qu'elle obtient de la religion des croyants ; mais si vous voulez comprendre ce que ce type d'autorité chrétienne réalisé dans le prêtre peut faire encore aujourd'hui pour développer le culte de l'autorité sur la terre , allez voir dans nos contrées demeurées chrétiennes le pasteur traversant la paroisse , l'Évêque visitant le diocèse. Vous avez vu le Père bénissant ses enfants, voyez le Prêtre bénissant les fidèles au nom de Jésus-Christ. Regardez cet homme qui paraît au milieu de la foule attendrie, le sourire sur ses lèvres, la majesté sur son front, l'amour dans son cœur : est-ce un père dans sa famille ? est-ce un monarque dans son royaume? Vous diriez l'un et l'autre ; tant il porte sur son visage de douceur et de majesté ; tant il recueille sur son passage de respect et d'amour! Les hommes et. les femmes, les vieillards et les enfants, surtout les enfants, saisis du sentiment d'une même vénération, accourent à la rencontre de cet homme, qui est le père de tous, et pour tous l'image vivante de Jésus-Christ. Voyez ce père

il. PROGRES BOCIAL PAB J.-C. AUTORITÉ. 18]

ouvrant sou cœur pour aimer, et étendant sa main pour bénir toute eette foule si religieusement attendrie et si affectueusement prosternée ; et m)us comprendrez sans peine ce que l'ait dans le christianisme le sacerdoce chrétien pour développer dans les peuples le culte de l'autorité, et élever les aines avec leurs respects. Qui de nous se souvient dans l'âge mûr, sans une impression indéfinissable de respect, d'avoir été béni enfant par la main de son pasteur? Et que penser de celui qui, s'attachant pour maudire à quelques prévarications qui font scandale parce qu'elles font exception, en arrive à ne plus même entendre ce qu'a pu pendant de longs siècles pour élever les générations chrétiennes le règne populaire de cette autorité sacrée?

Mais, Messieurs, nousn'avons pas fini devous montrerles grands types d'autorité que le christianisme a créés pour le progrès du monde. Plus

132 TROISIÈME CO.NFÉEEXCE.

loin que le foyer où les enfants apprennent à vénérer l'autorité de Jésus-Christ dans le père ; plus loin que le temple où les fidèles apprennent à vénérer l'autorité de Jésus-Christ dans le prêtre, il y a la patrie, où les citoyens apprennent à vénérer l'autorité de Jésus-Christ dans le roi. La royauté chrétienne, tel est le troisième type d'autorité que le christianisme a réalisé dans son histoire pour le Progrès social des nations; la royauté chrétienne, qui porte en elle avec la suavité paternelle et la vénérabilité sacerdotale, toute la majesté de la patrie. Sacrée par la main de l'Église pour le bonheur des peuples, la royauté chrétienne reeoit de Jésus- Christ, aAec une onction qui la rend vénérable comme le sacerdoce et un amour qui la rend dévouée comme la paternité, une puissance morale qui la rend capable de créer l'ordre et d'étendre sur la société le bouclier d'une force qui lui vient de sa propre source.

Je n'examine pas ici les opinions des publicistes sur les causes et les événements qui ont concouru immédiatement à la formation de la royauté dans les peuples chrétiens ; Dieu me garde d'entrer dans la région des systèmes,

il PBOOR1 - SOC1 M. PAH i.-< . M TOB1 l É. [39

alors que nous pouvons contempler dans les pures clartés de notre propre histoire une des plus belles el «les plus grandes choses que Dieu m montrées à la terre pour élever les peuples avec leur obéissance, le type de L'autorité morale personnifié dans nos rois chrétiens.

Ce ne sciait pas trop d'un discours pour épanouir dans tout son éclat ce sujet splendide de la royauté chrétienne ; mais dans cette renie rapide des éléments du Progrès social que nous avons entreprise ensemble, il nous sufïit de montrer les grandes lignes et de mettre en relief les traits saillants. Or, ce qui a fait surtout de la royauté chrétienne le plus grand élément de Progrès social que les pouvoirs humains aient jamais apporté aux peuples, c'est qu'elle s'est marquée, dans le milieu où elle s'est développée , de ces trois caractères que j'ai montrés dans l'autorité de l'Église elle-même. La royauté chrétienne a reconnu à côté d'elle une vraie royauté des âmes ; elle a porté au front comme l'autorité de l'Église le signe de Dieu, et elle a appris de cette Mère divine, dont elle était la fille aînée, à se dévouer avec elle au bonheur de l'humanité. Connaissant

134 TROISIÈME CONFÉREJVCE.

son vrai domaine, connaissant son vrai principe, connaissant sa vraie destinée, la royauté chrétienne fut grande d'autorité et féconde en respects ; parce que, comme l'Église, elle s'est empreinte dans son fond de la vie de Jésus- Christ, et qu'elle a porté au dehors le reflet de ses grandeurs.

Ce qui agrandissait d'abord l'autorité morale de la royauté chrétienne, c'était, ce qui aux yeux des observateurs superficiels semble devoir l'amoindrir, c'était de reconnaître, d'aimer et de respecter sur la terre quelque chose de plus haut qu'elle-même , je veux dire la royauté spirituelle créée par Jésus-Christ pour le gouvernement des âmes. Devant les gouvernements sceptiques ou athées, quoi qu'il en soit de la pensée personnelle de ceux qui gouvernent, la royauté spirituelle de l'Église ne vaut que comme hypothèse ; c'est une puissance morale avec laquelle on ne consent à compter que parce qu'on la sait encore appuyée sur la foi des peuples. Pour la royauté chrétienne au contraire ce gouvernement des âmes est une institution divine. Les rois chrétiens ont pu avoir avec ce gouvernement des conflits

il PROGBÈS SOCIAL PAi I.-C AUTORITÉ. l-'J-r»

(jin scandalisent l'ignorance ; mais malgré 068 conflits, la royauté spirituelle était admise et certaine comme ut dogme. La royauté temporelle elle-même ne la contestait pas : nos rois chrétiens, sans en excepter un seul, croyaient que iils aînés de l'Église, leur premier devoir était d'obéir à leur mère ; et sauf des cas particuliers, que je ne discuterai pas, ils lui obéissaient.

Par cette acceptation de l'autorité spirituelle , la royauté chrétienne s'élevait ellemême et élevait les peuples avec elle , en développant dans les générations soumises à son empire le secret d'une sublime obéissance et d'une sublime égalité. En s'inclinant aux regards des peuples devant une royauté supérieure à elle-même, elle leur apprenait, par un exemple illustre, que l'obéissance est assez grande pour honorer même les rois. Et tandis que les peuples apprenaient à obéir aux princes en voyant les princes obéir à Jésus- Christ, ils sentaient grandir en eux le sentiment de l'égalité chrétienne : heureux et fiers, avec quelque raison, de se rencontrer avec les rois aux pieds de Jésus-Christ dans une obéis-

sauce et une soumission, mais aussi dans une dignité et une grandeur pareilles. Cet exemple d? obéissance descendant de l'autorité pour édifier les sujets, et cette fraternité de dépendance qui semblait élever le peuple à l'égal des rois, ont eu sur le Progrès social des nations chrétiennes une influence que la médiocrité ne comprendra jamais bien, mais qui ne peut échapper au génie que la passion n'a pas aveuglé. La royauté chrétienne, au point de vue où nous sommes, c'est Théodose empereur arrêté au seuil du temple par un prêtre catholique qui se nommait Ambroise : Théodose qui prouve, en abdiquant sa colère et en humiliant son orgueil, qu'il y a pour lui un honneur plus grand que de commander à des nations, l'honneur de se soumettre à la royauté des âmes, qui lui commande au nom de Jésus- Christ Roi des nations et des empereurs.

Mais ce qui rendait la royauté chrétienne encore plus grande par l'autorité, et encore plus féconde en respect, c'est qu'elle avait le sens de son principe divin, et qu'elle en portait partout le signe irrécusable. De quelque manière que la royauté trouvât dans les nations chré-

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tiennes sa constitution native e1 sa naturelle croissance : qu'elle sortit du prestige d'Un grand nom. ou crime tradition séculaire; qu'elle fût élevée sur le pavois, ou qu'elle \ înt porter sur le Ilot de l'événement et saluée par L'acclamation populaire : mie ibis acceptée, une fois enracinée, quelque chose de divin descendait en elle : une sève tombait du ciel dans l'arbre dynastique qui avait eu d'abord ses racines dans la terre, et dont, les rameaux qui étaient des rois suivaient leur cours et montaient en liant. De quelque manière que Jésus-Christ vînt dans cette royauté, il y venait; et il y mettait avec le sceau de sa divinité le signe authentique de son autorité.

On dit que les navigateurs qui parcourent la \aste étendue des mers se rencontrent quelquefois aux mêmes rivages , et se donnent en continuant leurs courses diverses le salut de la fraternité : ainsi ceux qui naviguent sur l'océan de la vérité se rencontrent parfois aux mêmes horizons ; c'est ce qui m'arrive en ce moment; et je vous demande de donner avec moi le salut fraternel à un génie qui , touchant le même sujet, disait, ici même, il y a douze ans :

« La grande affaire n'est pas la naissance du » pouvoir, c'est son sacre; quand donc du » sein d'une nation le pouvoir sera sorti par » une floraison naturelle, comme un palmier o sort du Liban, moi Jésus-Christ je descen- » drai sous son ombre ; j'entrerai sous son » écorce ; je serai son sang, sa vie, sa force, » sa durée ; vous l'aurez fait, je le sacre- » rai. »

Messieurs, saluons tous ensemble des paroles qui ont retenti dans cette chaire , et dont l'écho garde un charme qui grandit avec le temps. Il était impossible de mieux dire que Henri-Dominique Lacordaire le mystère caché de cette autorité qu'a conquise dans les siècles la royauté chrétienne. De quelque manière que cela se fît, Jésus-Christ mettait en en elle un écoulement de son autorité divine : l'Église, le roi et le peuple, se rencontraient pour le reconnaître dans une conviction unanime.

Ce que les peuples, mieux que les systèmes, avaient nommé le droit divin, était le résultat de cette persuasion enracinée par des siècles de foi, que le roi dans son domaine représentait

il PB0GBÈ8 >"<i\i. i'\u .i.-<- m i"i;iïl. 119 l'autorité de Dieu : Jésus-C.luist sciait inisdans

la royauté; elle relevail de lui, elle vivait de lui, elle commandait par lui ; et les peuples ii a\au'ut pas de peine à garder le culte d'une autorité qui puisait eo Jésus-Christ même des droits infinis à leurs respects, à leur obéissance et à leur amour. Les publicistes pouvaient se demander entre eux : Qu'est-ce que le droit divin ? Le peuple qui en ignorait la définition en avait la révélation, et il en connaissait le signe ; car l'Église, pour rendre plus palpable et plus efficace le sceau de ce droit divin, se plaisait à en marquer elle-même le front des rois et des empereurs dans des splendeurs sacrées ; et ces pompes, où la royauté empruntait à la religion comme un prestige divin , laissaient d'elles-mêmes aux peuples une image que rien ne pouvait plus effacer, et qui agrandissait le respect dans leurs âmes en agrandissant l'autorité à leurs yeux. La royauté chrétienne, à ce second point de vue , c'est Chariemagne demandant à Rome la consécration de l'empire, et rapportant dans la Gaule sa majesté d'empereur rehaussée par la bénédiction d'un pontife.

Enfin, la royauté chrétienne, elle aussi, a trouvé dans sa fonction et son but un troisième caractère qui lui a conquis avec le respect et l'obéissance l'amour et l'affection des peuples; elle a été reconnue, et s'est donnée elle-même comme un service public et un dévouement à l'humanité. Les rois, dans la solennité qui donnait à leur autorité le signe du droit de Dieu, faisaient l'inviolable serment de vouer cette royauté venue de Dieu au service des hommes. Je ne recherche pas si tous les représentants de cette royauté en ont compris pratiquement le ministère désintéressé. Dans les plus augustes vocations l'humanité se trahit par de faciles défaillances, alors surtout que ces vocations appellent à ce qu'il y a de plus sublime, c'est-à-dire au dévouement. Mais, quoi qu'il en soit des prévarications partielles, je dis qu'instruite et inspirée par l'Église, la royauté chrétienne devait se croire et se croyait en effet cette vocation généreuse : exercer le pouvoir de Dieu pour le bonheur des hommes. C'est là ce qui a fait tomber peu à peu du front de la royauté française cette âpreté qui tenait de la barbarie où fut son berceau.

LE PROGRHE 801 l IL PAR J.H . \i I < »i; I l I . I J I

C'est là surtoul ce qui a doùné ;ï sa majesté, agrandie par I»- droit de Dieu visible en elle, une empreinte «le paternelle douceur qui faisait de nos monarques des pères encore pins que des rois.

Je disais lout à l'heure: La royauté chrétienne, c'est Théodose s'humiliant sous la parole d'Ambroise à la porte du temple; la royauté chrétienne, c'est Charlemagne recevant de la main d'un pontife le signe dn droit de Dieu ; je vous dis maintenant : La royauté çhré tienne, e'est saint Louis, roi de France, sortant de son palais dans les pompes de sa royauté , pour aller à l'Hôtel-Dieu abaisser aux pieds des pauvres de sa bonne ville de Paris son cœur de père et sa majesté de roi.

Telle fut la royauté chrétienne : comme l'Église portant le signe du droit de Dieu, dévouée à l'humanité, et reconnaissant au-dessus d'elle comme sa propre sauvegarde la royauté des âmes , elle provoquait le culte de l'autorité par le respect, l'obéissance et l'amour qu'elle accordait à l'Église, et par le respect, l'obéissance et l'amour. qu'elle obtenait ellemême des peuples : telle elle apparaissait ,

traversant les générations au milieu des enthousiasmes populaires bénissant les sujets dans la patrie, comme le prêtre les fidèles, comme le père ses enfants : ovations naïves dont la religion faisait le charme le plus pur, et où l'on pouvait voir les sujets, saisis d'une émotion toute pleine d'un religieux attendrissement, pleurer de joie au passage du roi , comme ils eussent fait pour le passage de Dieu : telle la royauté chrétienne se révélait surtout au jour splendide de son sacre, qu'elle se nommât Philippe-Auguste , Charles VII , Louis XII ou Henri IV ; et telle on la revoyait encore à la fin du dernier siècle , alors que, déjà touchée par les premiers souffles de la Révolution qui montait comme l'orage à l'horizon de la France , elle passait de Reims à Paris, à travers les respects et les larmes du peuple dans la personne du meilleur des rois, et se nommait Louis XVI.

Ainsi les trois types augustes de l'autorité paternelle, de l'autorité sacerdotale et de l'autorité royale, exerçant sur les générations chrétiennes le doux et profond empire de la puissance morale, ont conspiré à produire dans les

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âmes des trésors de respect, d'obéissance et d'amour.

El maintenant, Messieurs, "vous me demandez si j'ai liui de nous montrer ce prodige d'autorité et de puissance morale que Jésus-Christ a réalisé dans les types divers pour le Progrès social. J'aurais beau vouloir vous dire : oui, j'ai liui ; vous ne le pourriez croire; et il ne se peut qu'avant de terminer ce discours, je ne vous montre dans l'édifice d'autorité construit par Jésus-Christ son couronnement sublime.

11 restait, pour achever le miracle, de montrer ces trois autorités réunies et complétées dans une seule ; et c'est ce que Jésus-Christ a fait en créant dans le monde cette autorité i nulle autre comparable : la Papauté. La Papauté, en effet, c'est tout ensemble la plus haute paternité, le plus haut sacerdoce, la plus haute royauté. Imaginez tout ce qu'il y a de plus doux dans la paternité, de plus véné-

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rable dans le sacerdoce, de plus auguste dans la royauté; et puis mettez tout cela sur le front d'un seul homme, toute cette suavité, toute cette vénérabilité, toute cette majesté, unies et fondues dans une harmonieuse unité pour composer par leur ensemble la grande figure de la Papauté ; et peut-être vous pourrez vous représenter quelque chose de ce type de l'autorité que Jésus-Christ a montrée sous le ciel comme le reflet le plus complet de son autorité. Il y a une autorité qui demeure sous des formes changeantes avec une majesté qui ne change pas , comme la plus complète personnification de l'autorité de Dieu sur la terre ; une autorité qui d'un côté atteint toutes les profondeurs de l'humanité, et de l'autre touche Dieu par son sommet ; une autorité qui a pour théâtre le monde entier, et dont le commandement a droit de s'étendre d'une extrémité à l'autre de l'univers, parce que l'univers lui fut donné comme son domaine ; une autorité qui a les siècles pour durée, et qui passe appuyée sur une parole éternelle à travers les écroulements des dynasties et les révolutions du temps ; une auto-

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