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Le Progrès par le Christianisme

La blessure la plus large et la plus profonde laite par nos erreurs et nos vices à la société vivante, c'est sans contredit la dissolution qui menace la famille au milieu de nous. Le siècle Par ses doctrines, par ses mœurs, par tous les courants qui l'entraînent, ébranle de toutes parts ce nécessaire fondement de la société : et la famille, avec ses divisions, son anarchie.

4 LE PROGRÈS l'AR L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE.

ses dépravations morales, sa stérilité honteuse, est, pour tout observateur attentif aux malheurs qui nous menacent, un des symptômes les plus alarmants des temps modernes. Certes. je ne suis pas pessimiste; mais je ne puis me défendre de voir clairement et de vous dire hardiment, que si la civilisation devait disparaître du milieu de nous, elle s'en irait surtout par les brèches effrayantes faites par nos mœurs à ce rempart sacré des sociétés humaines.

Voilà pourquoi, après avoir montré Jésus- Christ restaurateur de l'ordre moral et de l'ordre social, je vous ai montré Jésus-Christ restaurateur de la famille, point d'appui naturel de l'un et de l'autre. Comme la famille est le principe, le modèle et la force de la société humaine, Jésus-Christ s'est constitué lui-même le principe, le modèle et la force de la famille chrétienne ; il la pénètre de sa vie, il la façonne à son image, et la couvre contre toute cause de dissolution du bouclier de son amour. Il fonde l'unité et la perpétuité de la famille sur le dogme austère de l'indissolubilité du lien conjugal ; et en même temps qu'il constitue

par l'union indissoluble de l'homme et de la femme le centre vivant de la famille, il fait aux deux êtres unis dans son propre cœur une fonction spéciale, qui y maintient à la fois rharmonie et la fécondité : à l'un la fonction delà puissance et de l'autorité; à' l'autre, la fonction de l'amour et du dévouement.

Après avoir montré séparément ces deux ministères de la paternité et de la maternité, il restait à vous montrer le ministère simultané de l'un et de l'autre. Si le père et la mère ont dans la famille une fonction propre, la Providence fait à tous deux une fonction commune, où l'autorité qui caractérise l'un et le dévouement qui caractérise l'autre, se rencontrent et s'unissent pour faire le grand œuvre de la famille, élemv l'enfant; l'enfant, troisième personne de cette trinitë humaine, procédant du père et de la mère, pour compléter la société domestique et atteindre sa destinée.

C'est de ce ministère d'élever, tout à la fois commun et propre à la paternité et à la maternité, que j'entreprends de vous parler. Ce sujet est le complément si naturel de ce qui fut d H sur la famille, i] tonche à des libres si délicates

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LE PROGRÈS PAU i'iïDUCAÏION CHRÉTIENNE.

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,■1 ;, des intérêts si çners, ci, malgré sa vulga-

rité apparente, il garde dans l'humanité une si persévérante popularité, que ce ne sera pas

trop de lui consacrer toutes les conférences de cette année.

La nature de cet enseignement, et, si je puis le dire, la hauteur de cette chaire, nous com-

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mandent d'écarter les questions d'un ordre inférieur où l'opinion partage les intelligences,

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et où tout homme et tout chrétien peut garder ses préférences. Il ne peut être question

de se faire ici le défenseur exclusif de telle

méthode pédagogique ou de telle classe d'in-

stituteurs. En toute méthode et pour tout ins-

tituteur, au-dessus des questions secondaires, il

y a des principes généraux d'éducation dont

personnelle peut S'écarter sans blesser la vie

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de l'enfant et sans fausser la formai ion de

l'homme. C'est dans ces grandes lignes que je veux me renfermer; c-'est à mettre en relief

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ces données essentielles, souvent trop oubliées.

que je bornerai cet apostolat. Dans celte calme

région, tous les bons esprits et tous les nobles

cœurs peuvent se reconnaître, s'aimer et s'unir

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pour cette généreuse mission: agrandir l'hu-

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manité par l'éducation de l'enfance, et glorifier Dieu par le progrès de l'humanité. Je veux m'élever à ces hauteurs sereines et m'étendre à ces largeurs impartiales, où l'intelligence libre de toute passion rencontre, pour le communiquer avec amour, le bénéfice d'une lumière désintéressée.

Vous me demandez pent-ètre, Messieurs, pourquoi, à propos de la question du progrès, j'arrive à traiter de l'éducation, et vous êtes curieux de savoir quel est le rapport intime qui rattache ce sujet particulier à mon sujet général, le Progrès par le Christianisme. Je commence par répondre tout d'abord à cette question, en vous montrant comment le progrès tient à l'éducation, et comment l'éducation tient au christianisme.

La relation intime qui existe entre ces deux choses, le progrès et l'éducation, se révèle tout entière dans ce mot, élever. Élever une vie humaine, c'est fai re j e progrès d'un homme:

élever le genre Immain, c'est faire le progrès de l'humanité. Le progrès est l'éducation de l'humanité ; et l'éducation est le progrès de l'homme. Mais pour mieux apercevoir le lien profond qui enchaîne l'une à l'autre deux choses en apparence si séparées, il faut se faire d'abord une idée exacte de l'éducation, et montrer où se cache le ressort général qui élève tonte vie et la pousse à sa perfection.

Des hommes qui s'intitulent penseurs, et qu'on nommerait peut-être mieux rêveurs, ont imaginé, pour expliquer le progrès et l'éducation de l'humanité, un secret fort curieux el surtout fort commode. L'humanité s'élève, parce qu'elle porté dans son sein ce qu'ils nomment ingénieusement la force progressive. C'est aussi simple que cela. En quoi consiste celle force? Quelle est cette mystérieuse puissance? Il ne faut pas trop presser sur ce point. le génie des novateurs. C'est un mystère comme il y en a tant dans la nature. La force d'attraction n'est-elle pas un mystère? L'électricité, le magnétisme, la végétation, la génération, ne sont-ce pas aussi des mystères ? Quoi qu'il en soit, en vertu de cette force supposée, non dé-

LE PROGRÈS PAR L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE. il

montrée, l'humanité, poussée de bas en haut et du dedans au dehors, monte vers sa destinée et s'étend à sa mesure, comme la vie dans une plante monte vers le soleil et envahit toute sa sphère. Cette hypothèse, que l'on n'explique pas parce qu'elle-même est faite pour tout explique)', est le dernier mot de la science de la nature et de la science de l'homme :

c'est le secret légèrement cabalistique du progrès en général et de l'éducation en particulier. D'après cette idée plus naïve encore qu'elle n'est ingénieuse, l'homme n'est que le dernier terme d'une série hiérarchique où tons les êtres, sous l'impulsion de cette force progressive, montent, montent toujours, depuis le dernier degré jusqu'au sommet le plus haut de toute la création. Dans cette universelle ascension, qui est le nécessaire mouvement des êtres, le minéral s'élève au végétal • le végétal monte à l'animal; l'animal lui-même se transforme et se perfectionne jusqu'à devenir l'humanité; et cette humanité, qui termine la série des êtres inférieurs sur celle échelle bien autrement mystérieuse que l'échelle de Jacob ; cette humanité, qui concentre

e{ résume en elle-même toute cette force progressive, s'élève elle-même d'une inévitable ascension vers l'idéal de sa destinée indéfinie. Cette puissance de transformation nécessaire et d'ascension fatale, quelques-uns n'ont pas hésité à la mettre dans toutes les sphères du monde sidéral lui-môme ; ils nous ont prophétisé les perfectionnements du soleil et les progrès de la lune; et je ne sais pas bien si l'on ne nous a pas annoncé, pour un avenir plus m moins lointain, l'éducation dos étoiles.

Laissons ces réformateurs des mondes se promener avec leurs utopies dans la région des soleils. Demeurons sur notre humble planète : car pour le présent il s'agit de l'homme et de la formation de sa vie

Ce roman philosophique et astronomique expliquât-il le progrès des inondes et la formation de tous les êtres, m servirait nullement à expliquer le progrès de l'homme et la formation de sa vie. La loi suprême de toute éducation, c'est qu'elle doit s'accomplir dans les conditions de la nature des êtres et dans l'harmonie de leurs facultés. Or, une ligne profonde sépare ici l'homme du reste de la créa-

T.K PROGRÈS PAR l'kIHJCATION CURÉTIENHE, ! 1

tion, et une loi qui lui esl propre préside m développement de sa vie. L'homme est intelligent et libre, et comme tel sa nature le condamne à ne se développer que par l'intelligence et par la liberté. Soumettre ses développements aux impulsions d'une force aveugle et. fatale, c'est commencer par contredire sa nature pour lui demander le perfectionnement de sa vie. L'homme n'esl pas seulement intelligent et libre, il est sociable aussi ; il naît pour la société parce qu'il est intelligence et liberté. Naturellement sociable et communicatif, il faut qu'il se développe par l'action combinée de sa liberté et de la société. Et déjà par cette simple observation, vous pouvez entendre ce qu'il faut penser d'une hypothèse, qui soumettrait le développement de l'homme à la même force, qu'on suppose présider seule aux développements de tous les êtres qui lui sont inférieurs.

Les autres êtres, en effet, placés dans les conditions normales de leur vie, arrivent d'euxmêmes à leur développement par une évolution que l'on peut appeler fatale. Le minéral suit son attraction, le végétal sa sève, l'ani-

12 LE PROCHES PAR l' ÉDUCATION CHRÉTIENNE.

mal son instinct ; et ils trouvent leur équilibre, leur croissance, leur beauté. Le cristal, sous l'action combinée des éléments qui le composent et des forces qui le gouvernent, arrive à la perfection de sa forme. Le palmier, sorti du désert par une naturelle venue, trouvé dans un air libre une facile croissance et déploie au soleil l'exubérance de sa vie. Laissez le jeune coursier bondir dans la prairie sans qu'aucune main le touebe, ses forces se développent dans toute leur harmonie, sa beauté se produit dans tout son naturel éclat. S'il faut le former, et comme on dit improprement l'élever, ce n'est pas pour lui donner le perfectionnement de son être, c'est pour le mieux soumettre à l'empire de l'homme. Ainsi, sans le secours d'aucune éducation, sous la seule impulsion de la loi qui les gouverne, le minéral est un minéral, le végétal un végétal, l'animal un animal, achevé dans son espèce et, parfait dans son genre.

L'homme, au contraire, pour arriver à sou complet développement, c'est-à-dire pour être un homme parfait, a besoin d'être élevé : il lui faut une action qui l'achève, une action du de-

LE PROGRÈS l'AR L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE. 13

dans et mie action du dehors. Librement exercée et librement acceptée, cette action est la condition nécessaire du développement régulier de sa vie. Né intelligent et libre, intelligent pour découvrir l'idéal de sa perfection, libre pour le conquérir, mais en même temps communicatif et social, il doit recevoir son développement de la société et de lui-même ; il faut qu'un être intelligent et libre conspire avec son intelligence et sa liberté pour lui faire poursuivie son idéal et atteindre sa perfection. Le père et la mère, ou à leur place l'instituteur, développât dans l'enfant le libre jeu de ses puissances, et concourront avec lui pour leur imprimer un mouvement qui plus lard doit en

aire u„ homme, et non un homme isolé, mais oual; non nn homme immobile, captif eut.* ^taes fatales de sa vie, mais un homme llbre ; am Wfieu X d'une grandeur qui ne connaît Pas délimites; un homme parfait, un homme complet.

Est-ce tout, Messieurs? avons-nous dit le dernier mot de l'éducation de l'homme et du

Ingres de toute sa vie? Non. L'homme nonseulement naît pour la libert . et Ja

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1 ') LIO PROGRES l'Aïï L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE.

société, et comme tel soumis à la loi d'un

développement libre cl social : l'homme naît

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dépravé, et comme tel soumis à la loi d'un

développement douloureux et d'une éducation militante. Un homme célèbre, dans un

livre spécialement consacré à révéler le secret de l'éducation de l'homme, à écrit ces paroles :

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Tout est bien sortant des mains du Créateur;

tout dégénère entre les mains de l'homme.

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Cette formule, en tant qu'elle consacre notre rectitude native cl nie la chute originelle, ren-

ferme la perversion de l'éducation humaine, elle porte en germe la barbarie. En effet, Mes-

sieurs, si l'homme naît bon dans toute l'éten-

due de ce mol ; si toul son être esl une bar-

monie qui n'a besoin que de se développer

pour mieux retentir, l'éducation de l'homme

esl bien simple : elle n'a qu'une chose à l'aire :

laisser aller sa vie au souille de ses instincts

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et livrer tout son développement à la sponta-

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néité de la nature. A quoi bon une répres-

sion? un châtiment ? une correction ? une dis-

cipline 1 L'homme esl bon, laissez faire la nature. Or, faire l'éducation de l'homme d'après

celle donnée fondamentale, savez*vous ce que

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LU PROGRÈS l'AR t/ÉDUCÀTION CHRÉTIENNE. 15

cela veut dire? Cela veut dire ne pas l'élever. C'est la négation même de l'éducation humaine. El si la nature en vous plus forte que l'erreur ne vous pousse à l'inconséquence, la vérité vous défie de l'aire de Feulant formé dans de telles conditions autre chose qu'un barbare.

Je n'établis pas le dogme du péché originel, dogme illuminateur qui seul éclaire ici tout le mystère de la vie ; mais je dis que, quelle qu'en soit la raison dernière, c'est un fait absolument irrécusable : l'homme apporte en naissant des instincts antipathiques à la perfection de son propre développement, Quiconque ayant touché à l'enfance et suivi la marche de l'homme grandissant nie ce fait décisif, a perdu le sens de la vie humaine. Niez un million de fois le péché originel ; effacez de tous les livres et de tous les symboles ce mol par lequel l'Église catholique explique ou plutôt dogmatise la cause première de toute perversion humaine : il y a une chose que vous n'effacerez pas, c'est cette perversion elle-même; il y a un fait que vous nierez ''» vain, c'est la blessure dont l'humanité

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montre partout dans son cœur, dans son âme,

' et jusque dans sa chair les ineffaçables cica-

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trices. Aussi, parmi ceux-là mêmes qui ont

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rejeté cette cause primitive de notre perversion affirmée par le dogme chrétien, la plu-

part n'ont osé nier ce phénomène de la vie qui brille dans le monde moral comme le so-

leil dans la nature. Un homme de ce temps, personnification la plus hardie de la négation

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contemporaine de la chute originelle, a tracé de notre perversion native un tableau doui je

ne saurais rendre ni la couleur ni l'énergie. Il raille d'une âpre ironie ces flatteurs attitrés de

notre humaine nature, qui ne la supposent si

bonne que pour s'épargner la peine de la cor-

riger dans les autres et de la dompter en eux-

mêmes ; adulateurs malavisés qui à force de

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proclamer dans l'homme le bien, rien que le

bien, arrivent exactement à y développer le

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mal, rien que le mal; et font de l'éducation

sous leurs formules humanitaires un appren-

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tissage de barbarie.

Loin de vous, Messieurs, ces folles théories de l'homme et de F éducation imaginées, il y a

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un siècle, par l'auteur de {'Emile, etperpétuées

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au milieu de nous par la postérité malsaine fille de M génie maladif. Non, l'homme ne naît pas bon, dans le sens où le dit cette science menteuse. Non, l'homme, à l'heure de sa croissance, ne peut être abandonné au développement spontané de tous les instincts qu'il apporte en naissant. Pour élever l'homme il faut le châtier, ou plutôt il faut qu'il se châtie luimême d'un volontaire et libre châtiment : il faut qu'il réagisse, et l'instituteur avec lui, contre ces instincts hostiles à son développement et rebelles à la loi deson éducation. Oui, combattre en soi et contre soi cette force rétrograde que nous avons nommée avec L'Église la concurrence, obstacle universel au progrès de l'l m manité et obstacle individuel au progrès de homme: voilà la loi souveraine de l'éducation. A cette condition seulement l'enfant peut s'élever et devenir un homme. Dans cette réaction intelligente et libre, généreuse et virile, il puise sa force, sa grandeur et sa dignité; il devient homme dans le meilleur sens de ce mot 1 homme du progrès et de la civilisation, parce" qu il trouve sa valeur humaine.

Ainsi se découvre à la racin,. ,u. i

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lien intime qui unit l'éducation de l'homme au progrès de l'humanité, et rattache au sujet général que j'ai entrepris de développer, le sujet spécial que nous traitons cette année.

Il vous en souvient peut-être, Messieurs, j'ai établi comme point de départ nécessaire au début de cette prédication du Progrès par le Christianisme, que, même dans un ordre purement naturel, le véritable progrès de l'humanité doit toujours se résoudre dans la valeur réelle de l'homme lui-même. Le progrès c'est l'homme qui se perfectionne ; c'est l'homme qui s'agrandit, non-seulement de ce qu'il s'ajoute au dehors par tous les perfectionnements de la matière, mais surtout de ce qu'il s'ajoute au dedans par tous les perfectionnements de son être. Le progrès humain, en un mol, est un accroissement de la valeur humaine. Et si le Christianisme est le progrès de l'humanité, c'est que par une action intime dont je vous découvre lentement le mystère, la religion de Jésus-Christ élève la valeur de l'homme. Celle idée est bien simple et bien élémentaire. Lorsque je la posai hardiment devant vous trop Sers encore de vus progrès

LÉ PROGRÈS PAR L'ÉDUCATION CHRÉTIENKë'. I!)

matériels, elle parut un moment vous étonner ; mais aujourd'hui, il me semble que dans celle immense forêt de têtes que je vois <frei se dresser devant mes regards, il n'y en a Pas une qui ne consente à s'incliner sons l'empire de cette parole et à dire avec moi:

Oui, le vrai progrès, c'est l'agrandissement de l'homme; c'est l'accroissement de la valeur humaine.

Eh bien ! Messieurs, ce qui fait par-dessus tout la valeur deEhomme, c'est l'éducation de 1 enfant. L'homme ne vaut pas, comme nomme, par le seul fait de- ses facultés et<ïe ses puissances natives; il vaùtparle degré et par l'harmonie de leur développement; ci sauf'de rares exceptions, c'est l'éducation qui donne la m* sure de la grandeur humaine. Bullon a dit - Le etyh, c'est l'àotmm. Le style pourtant ne institue pas rhomme, il ne fait que le révéler; il estime expression, une manifestation de 1 nomme. L'éducation est plus qu'une expression de l'homme, elle est l'homme même • l'homme avec sa valeur; l'homme avec sa physionomie, expression de sa valeur; l'homme avec son signe, rayonnement de sa physiono-

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20 tE PROGRÈS l'AR L'ÉDUCATION CHRÉTIENNE.

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mie. Quoi qu'il fasse, il porte la marque au-

thentique de l'éducation qu'il a reçue; elle

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se trahit dans la physionomie qu'elle-même lui a faite ; on dit en le voyant : Voilà un homme

bien élevé ; voilà un homme mal élevé ; et il n'est personne qui ne sente l'honneur ou l'op-

probre de ce mot. Et si l'éducation laisse au front de l'homme son reflet visible, c'est

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qu'elle imprime dans son âme un caractère

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permanent. L'homme bien élevé s'en va dans le chemin de sa vie voyageuse, emportant

dans une éducation qui se survit à elle-même, avec la valeur qui le constitue, le signe qui

doit le distinguer parmi les hommes, et lui assigner son rang dans la hiérarchie du pro-

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grès et delà civilisation.

En effet, Messieurs l'éducation ne distingue

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pas seulement l'homme des autres êtres de la

création, parce qu'il est, à le bien prendre, le

seul être élevé ; elle distingue par dessus tout

l'homme de l'homme; et considérée dans l'en-

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semble de l'humanité, elle y marque les divers

degrés de la civilisation.

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' La civilisation 1 mot célèbre et sonore. Je le

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prends ici, non dans le sens abject que lui don-

nent ceux qui ne regardent l'homme qu'à la surface; mais dans le sens éleyé que lui donne le christianisme. Il faut vous le rappeler toujours , Messieurs, la civilisation est plus grande q ue les chemins de fer, plus grande que les télégraphes électriques, plus grande que les canons rayés, plus grande que les navires à vapeur, plus grande que les miracles plus ou moins babyloniens de l'industrie moderne. On peut avoir tout cela et demeurer barbares; parce que tout cela touche immédiatement au corps, et que la vraie civilisalion touche immédiatement aux âmes. La civilisation ! mais qu'y a-t-il de plus élémentaire pour toute société qui a gardé le sens de Jésus-Christ, c'est-à-dire la plénitude du bon sens humain transfiguré dans la lumière de Dieu? La civilisation ! qu'aurais-je besoin de la définir aujourd'hui, si le mensonge et le sophisme n'étaient semés dans les intelligences, comme la poussière est semée dans l'atmosphère que nous respirons ? La civilisation ! mais c'est la culture des cœurs et l'élévation des âmes ; c'est la formation de la vie par ces faces supérieures qui regardent

22 LE PROCHES PAU t'ÉDUCATlOH GflHÉTHtîmE.

le ciel et cherchent l'infini; c'est l'action

les

intelligences sur. les intelligences, des cœurs sur les cœurs et des âmes sur les âmes, s'éclairant, s'épurant et s'agrandissant par leurs contacts. C'est en un mot, comme résultat général et immédiat, l'élévation du sens moral. Là est le vrai critérium de la perfection sociale; c'est le thermomètre îles civilisations. J'insiste sur ce point.

Lorsque dans les sociétés les grandes iniquités se consomment et les grands crimes s'étalent sans consterner les âmes d'un»! consternation profonde; et lorsque le spectacle des plus hautes 'vertus et des dévouements les plus sublimes n'a plus même la puissance de tenir les esprits attentifs et tes cœurs émus : aines, croyez-le bien, quelle que soit leur splendeur matérielle, le niveau de la civilisation a baissé dans ces nations; elles portent dans la diminution du sens moral le signe de leur décadence. Vu contraire, lorsque les âmes ressentent comme leurs propres blessures les coups portés au droit et à la sainteté, et que les oppressions du bien y soulèvent contre les triomphes du mal de généreuses colères et des

T.f: PROGRÈS PAR l/ÉD»C*THffl CÔRÉTIENHE. 23

frémissements sacrés; lorsque les cœurs, émus à l'apparition de toutes les grandeurs morales, répondent par de sympathiques échos à tout ce qui est pur, à tout ce qui est saint, à tout ce qui est beau d'une beauté sans tache ; lorsqu'on entend le concert des âmes vibrant à l'unisson de la justice et de la vérité, couvrir par d'unanimes applaudissements et par des acclamations spontanées de grandes causes héroïquement défendues, et d'illustres infortunes noblement supportées ; lorsque, enfin, à tous les degrés de la hiérarchie sociale, une voix plus puissante que la voix de tous les égoïstes intérêts et de tous les triomphes de La force, retentit au fond des âmes : en an mot, lorsque le sens moral des peuples est tout à la fois le plus profond, le plus délicat et le plus élevé : oh ! alors, n'en doutez pas, la civilisation es) grande, parce que les âmes sont hautes; et sa puissance éclate à élever encore plus haut «on niveau déjà sublime.

Voilà la civilisation ! Et dès lors, vous comprenez, Messieurs, pourquoi cette civilisation, qui n'est autre que le progrès lui-même, est si intimement liée à l'éducation; c'est qu'elle m

sort comme une plante de sa racine, comme une fleur de sa tige; elle en est le produit naturel et l'effet immédiat, réagissant sans cesse sur la cause qui la produit ; elle se confond, pour ainsi dire, avec l'éducation elle-même.

L'éducation, elle aussi, est la culture des âmes et la formation de l'homme par ses côtés les plus élevés, c'est l'agrandissement du sens moral dans les générations naissantes. Cette ressemblance, ou plutôt cette identité qui se révèle du fond des choses à la lumière du bon sens, vous montre ce qu'il importait le plus de bien établir ici, à savoir que l'éducation détermine le vrai progrès des peuples, parce qu'elle y marque le degré de la valeur humaine et le niveau des civilisations ; elle vous explique comment l'éducation distingue le sauvage du barbare, le barbare du civilisé et les civilisés entre eux. Un civilisé est un homme bien élevé, et le plus civilisé est le mieux élevé. Un barbare est un homme mal élevé ; et celui qui ne fut élevé en aucune manière demeure toujours l'homme-enfant, avec la candeur de moins et la grossièreté de plus. Aussi, même en pleine civilisation, l'homme

dont les bons instincts au jour de son enfance sont demeurés sans expansion et les mauvais sans répression, l'homme mal élevé enfin, fût-il le plus distingué par le génie, le Plus grand par la richesse et le plus illustre par le sang, participe du sauvage et du barbare, s'il n'est sauvage et barbare tout à fait. Regardez-le au sein de nos cités si polies, si lettrées, si savantes, cet homme qui par ses idées, par ses mœurs, par ses œuvres, apparaît comme une vivante insulte à la civilisation. Ces instincts pervers qui naissent avec nous et se développent contre nous, n'ont subi dans son âme le coup d'aucune répression ; ils n'ont senti la verge d'aucune discipline ; aucune main ne l'a dompté, et il ne s'est pas dompté lui-même ; il n'a connu ni le châtiment généreux de l'amour, ni le châtiment plus généreux encore de sa liberté : rien enfin n'a vaincu en lui l'énergie du mal- pour y assurer la libre expansion du bien ; il n'est pas élevé ; son éducation ne fut qu'une application faite à lui-même de la formule sauvage : laissez faire la nature Cet homme n'est pas civilisé. Il est vrai, la civilisation matérielle reluit sur son vêtement, elle

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