‹ Le Progrès par le ChristianismeChapitre 10 sur 33 · VD · texte numérisé non relu

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('aigle vole sur la montagne; connue le fleuve

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LE l'UOiilil'lS DANS L'ÉÛUCAÏION

coule ;iii fond de la vallée; comme la séte circulé ; comme la fontaine jaillit; comme la poitrifie respire : ainsi mon cœnr aimait à soft 'aube première ; chacune doses respira* lions ('lait 1m révélation de cet invincible besoin, qui déjà me disait alors ce qu'il m'a toujours dit depuis avec une voix grandissanl avec ma vie : Je reii.r aimer : l'amour est mon besoin; ['amourestma loi; l'amour esl ma vocation ; l'amour est mon élément; l'amour esl tout mon mouvement : l'amour esl foule ma vie.

Dès lors, comment comprendre que l'éducation de cette vie, dont la première aspiration est une aspiration d'amour, se lasse autrement que par l'amour et dans l'a tir ? Que deviendra ce coeur, si les premiers souilles qu'il sent passer sur lui ne sont pas dès souffles d'amour;

si, jeune encore, il nes'eiueiilsoiis son haleine, connue la jeune Jleur tressaille au passage de la brise ■>. (Jue va-t-il advenir de celle vie d'enfant, mille l'ois plus délicate que la [dus délicate des seusiiives, si elle trouve dans tout ce qui rapproche et la touche une antipathie prol le:' Kl. pour parler sans figure, que devtètt-

l'AK L'AMOUR CHRETIEN. 119

•Ira l'enfant affamé d'amour, s'il n'aime el ne s e sent aimé?

Aussi Dieu y a pourvu : cette Vie qui s'ouvre d'elle-même par sou centre pour aspirer l'amour, elle le rencontre autour de son berceau. Là, dans une douer et chaude atmosphère ôû respirent des- cœurs qui s'aiment, doit se développer cette vie humaine toute faite pour aimer. Le coeur de l'enfant est le point vivant <Jù i'amouP du père ou l'amour de la mère se rencontrenl comme t\cu\ rayons à un môme rayer : sous ces t\fi\\ rayons multipliant l'un par l'autre leur mutuelle chaleur, la vie de l'enfant trouve son premier épanouissement.

•'lus lard, s'il le faut, PédticatiOÏ] pourra se continuer et s'achever ailleurs ; niais, selon i ordre établi par la Providence, c'est entre le

Cœur du père el, le neur de la mère qu'elle

doit avoir son commencement. Un jour peutêtre un homme ou une femme devra se substitltuer à la paternité et à la maternité pour l'éducation de l'enfant; mais toujours à une

condition demi, rien ne peut dispenser, à la condition de représenter à la fois l'une et

l'autre, et d'offrir encore à ['enfant en dehors

LE rïtOGRKS DANS i'ÉDUCATTON

de la famille ce qu'il a connu dans la famille. Or, que connaît d'abord l'enfant dans la famille ? l'amour. Que connaît-il ensuite? l'amour. Que connaît-il encore ? l'amour. Quels sont les premiers regards? des regards d'amour. Quels sont ses premiers sourires ? des sourires d'amour. Quelles sont ses premières paroles? des paroles d'amour. Quels sont ses premiers contacts? Ali ! vous le savez bien, les tendres et suaves contacts d'un amour qui a le secret de le toucher sans le blesser jamais. Qui sait apaiser ses douleurs ? qui sait sécher ses larmes ? qui sait veiller sur son sommeil ? qui sait suivre tous ses mouvements ? qui s'inquiète, qui s'attriste, qui se fatigue pour lui? qui lui fait sentir à toute heure de chaque jour le souffle de sa respiration, les tendresses de son cœur, les caresses de ses mains, les baisers de ses lèvres, les tressaillements de sa vie ? Qui ? Ah ! pourquoi le demander ? Qui n'a vu une mère penchée sur un berceau ? qui n'a vu un enfant dans les bras d'une mère ? qui n'a relu sur ce livre toujours ouvert dans l'humanité l'histoire de sa vie naissante? Et, même au sommet des jours, qu'il fail bon de retrem-

l'AR L'AMOUR CnRKTIEN.

per son cœur dans la fraîcheur de ces souvenirs; et de retrouver là, dans sa vérité naïve,la révélation toujours nouvelle de cette grande loi de notre éducation ! Qu'il est doux, dans la lumière réfléchie par une longue expérience, de comprendre, sans le pouvoir sentir encore, ce que jeunes nous avons senti sans le pouvoir comprendre ; à savoir que l'amour fut au foyer domestique la première initiation, le premier apprentissage, en un mot, la première éducation de notre vie !

Et maintenant, quelle est la première fin de c ette éducation qui a au cœur son premier Point de départ, et au foyer son premier épanouissement? L'éducation a pour résultat immédiat d'initier l'homme à la société ; elle est l'apprentissage de la vie sociale. Elle doit donc avant tout développer dans l'enfant ce que j'appelle ici, à défaut d"un mot mieux fait, la vraie sociabilité; la sociabilité, c'est-à-dire l'aptitude a la vie sociale; le besoin de la communication; la facilité à sortir (le soi pour entrer avec les autres dans des transports fraternels; la sociabilité, ce penchant à faire du bien et à provoquer par la bonté les réactions de la bien-

LE t'HOGKKS DANS L'i;nUCATION

vêiiîaflcê : ce je ne sais quoi d'exquis, de doux et de dêlicatqui sort spontanément d'un homme bien élevé, comme le rayonnement d'un cœur aimant, ei qui empêché qu'en le voyant on tie I misse songer à l'égoïsme. il est manifeste, en effet, que si l'éducation est une œuvre d'amour, son premier résultat est de chasser l'égoïsme qui la tue. L'égoïsme est barbare ; il est la morl de la sociabilité et même de le politesse :- car la vraie politesse esl l'émanation naturelle de la bonté. La bonté peut manquer aux formes et à ce qu'on appelle le convenu de la politesse humaine; elle ne manque jamais à cette polilesse essentielle qui laisse le rœursans froissement, et qui fait qu'après avoir approché d'un homme, on est coulent de soi encore pins que

•le lui. Soyez bons, et VOUS serez sociables: soyez lions, et, vous serez polis : aimez Ionjours, et vous accomplirez toute la loi de la société humaine, comme toute la loi de la société chrétienne : car si la justice est le gouvernement dé la société, l'amour en est le ciment, le charme, le bonheur. Contracter dés l'âge le plus teûdre Oê pe&chânl heureux à sortir (le soi-même pour s'occuper des aulres :

l'Ail l'amour CHRÉTIEN.

porter partout avec In foire, qui est le signe de l'homme, cette émanation de la bonté surent du cœur pour se répandre comme un par* l'uni du vase qui le renferme : tel est l'Idéal de te vraie sociabilité ; tel, par conséquent, l'idéal de l'éducation qui prépare et initie l'homme ;| la vie sociale. Or, pour que l'éducation obtienne ce résultat, el pour que l'enfant soit prêt nu jour à réaliser cet idéal, une condition est nécessaire : grandir dans l'amour. A foire de sentir son rayonnement fécond et doux, l'entehl se tourne comme naturellement à aimer:

'' en prend l'habitude et en contracte le besoin. Cette préparation à la vie sociale parl'éduca- "ori de l'amour varie avec, les phases mêmes 'li' cette vie qu'on élève; plus tendre dans la Première enfancg, plus forte dans la seconde j ftais à aucune de ses phases elle ne doit être absente : car l'enfant a toujours besoin d'affection : el son éducation jusqu'à la fin doit réaliser sous des formes diverses celle loi souveraine de sa vie el de son éducation : apprendre à aimer.

Ainsi, vous le voyez, la vie de l'entaiil considérée à c^ trois phases principales, à son

premier point de départ, dans le premier milieu où elie se développe, et dans le premier terme où elle doit aboutir, vous apparaît partout gouvernée par la loi d'amour, et partout demandant l'amour pour compléter son éducation.

Et en effet, si vous considérez maintenant de plus près cette éducation avec les conditions qu'elle exige, vous allez voir que l'amour seul peut satisfaire à ces conditions ; et que pour en résoudre le difficile problème et la rendre parfaite, il faut y apporter perpétuellement un ministère d'amour.

Que doit produire l'éducation dans un enfant? Qu'elle soit faite par une mère ou qu'elle soit faite par un maître, il faut tout d'abord qu'elle l'attache à elle-même, en faisant naître dans son cœur des sympa tl des profondes pour tout ce qu'elle lui communique, pour les traditions, pour les mœurs, pour les vertus, pour les institutions, pour toutes les choses légitimes et saintes qu'elle fait pratiquer; mais par-dessus tout, l'éducation doit attacher l'âme par les liens les plus forts aux vérités et aux doctrines dont renseignement forme le fond de la vie in-

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CAR L'AMOUR CHRÉTIEN. 125

teilectuelle, morale, religieuse et sociale. J'ai montré la nécessité dans l'éducation de donner une base à la vie,par l'enseignement doctrinal. Mais si l'autorité par la parole peut fixer la vie dans la doctrine, il n'y a que l'amour pour l'y attacher. Telle est la vie humaine ; elle ne tieal, fortement aux vérités reçues dans la parole, et les vérités ne s'attachent fortement à elle, que quand le cœur les a saisies par des affections sincères, c'est-à-dire quand il a pu aimer ce que l'autorité a l'ail croire.

Or, pour obtenir ce résultat absolument nécessaire, pour enlacer la vie par ses premières affections autour de ces vérités qu'on donne Pour base à la vie, il n'y a rien de plus suavement fort qu'un maître aimant son élève, et luimême sachant s'en l'aire aimer comme un père et comme une mère. Dans la famille, l'amour uaïf que l'enfant a pour sa mère l'attache par ses affections à tout ce qui lui vient d'elle. Voilà pourquoi il nous est si difficile d'apostasier tout à fait la religion que nous apprit une mère. Ce n'est pas sans de longs et douloureux efforts contre son propre cœur qu'on arrive à renier totalement et pour toujours

LE raOGRES IUNS L ÉDUCATION

la doctrine qui descendit sur nous dfli livres d§ notre mère pour être la première vie de notre àme, tandis ([ne le lait coula de son sein pour être le premier aliment de notre corps. C'egl que nous aimons la vérité et la religion dans ce cœur d'où tout nous est venu avec l'amour. Et même après un long oubli des devoirs que cette religion prescrit ; lorsque cette végétation malfaisante., qui est le fruit des [lassions, semble l'avoir étouffée tout entière; un jour l'homme la retrouve vivanle encore au fond de, sou cœur, comme le plus indestructible .élément de son iilial amour, et comme le plus impérissable souvenir du bonheur de son enfance.

Ainsi en doil-il être, même au pensionnat, même au collège, foyer agrandi OÙ une plus grande famille s'assemble pour recevoir, là aussi, la vérité et la religion dans la parole d'un paternel OU d'un maternel amour. Ud maître que l'on aime persuade tout ce qu'il dit, sans effort de démonstration : la persuasion descend de ses lèvres dans lame des enfants avec l'affirmation, parce que la vérité n'est jamais dans sa parole séparée de l'amour, (irand et dons

f.vii l'amour cjiiuh'ifâ. 127

secret de l'éducation, de savoir donnée avec la connaissance l'amour de ce qu'on enseigne. Le solei] donne la chaleur en versant sa lumière ; il illumine el féconde la nature. Le seul enseignement digne d'illuminer et de féconder l'homme est celui qui donne l'amour avec la vérité. C'est le sériel de Dieu lui-même de se aire aimer en se faisant connaître; et il ne le l'ait jamais mieux que quand il vient à nous dans une parole aimée. Il n'est pas jusqu'aux lettres et aux sciences qui ne reçoivent de l'amour qui les enseigne un charme qu'elles n'auraient pas sans lui. On a vu des élèves puiser dans l'affection d'un maître cordialement aimé une séduction heureuse qui les attachait aux lettres en les attachant à lui ; tant un homme que nous aimons a pour nous faire aimer tout ce qui nous vient de lui une merveilleuse puissance. Que [e 'Mitre, dit un poète, évite par-dessus tout «être haï de son ('lève, de peur que cette haine "e s'attache aux Muses elles-mêmes. Il faut, disait un rhéteur célèbre de l'antiquité, que le disciple aime son maître comme le père de sou ^e; c'est pour l'élude elle-même un immense secours, Enfla cet homme qui a si étrangement

méconnu au dernier siècle la véritable formation de l'homme, n'a pu méconnaître la puissance incomparable d'une éducation où le cœur fat touché; car je crois qu'il a écrit quelque part la pensée que voici : « J'ai le bonheur d'éprouver que, quelque penchant que l'on ait poulie vice, il est difficile qu'une éducation dont le cœur s'est mêlé soit perdue pour toujours. »

Oh ! non, elle n'est pas perdue pour toujours ; car elle enracine l'âme, le cœur et la vie tout entière dans toutes les saintes choses qu'elle a su faire aimer. Alors que les jours, en nous portant vers le déclin de la vie, l'ont éloignée le plus de nous, elle se survit à elle-même dans la perpétuité d'une mémoire qui ne peut périr : le parfum qui nous en revient encore de loin est pour nous comme un arôme qui en conserve dans nos cœurs la suavité toujours jeune ; et alors même que le trésor qu'elle déposa dans notre vie vient à se briser au chemin et à Le joncher de ses débris, l'éducation, quand elle se fit dans l'affection, garde dans ses seuls souvenirs la puissance de se ressusciter elle-même, et de faire revivre jusque dans notre maturité le bienfait dont elle dota notre enfance.

PAR l'amour chrétien. 129

Telle est la première condition de toute éducation : attacher l'homme à tout ce qu'elle enseigne, c'est-à-dire aux fondements mêmes de sa vie. Il y en a une seconde : ouvrir son âme en ouvrant son cœur. Car, faire l'éducation de l'homme, ce n'est pas seulement l'élever, c'est encore l'épanouir. Cette ouverture de l'âme par l'éducation est la condition absolument nécessaire pour la continuer et l'achever elle-même. Un enfant qui ferme son âme devant celui qui aspire à relever, paralyse lui-même le travail de son éducation. Pour former un homme, il ne suffit pas de le loucher par le dehors, il faut •'atteindre par le dedans : comme le jardinier e »tre à son aise dans un parterre pour y arroser les (leurs; ainsi celui qui fait l'éducation 11 un enfant, doit entrer comme chez lui dans s °û âme pour y cultiver toutes les vertus nais- Sail hJs, Heurs immortelles dont la semence est to mbée du ciel dans ce jardin de Dieu. Sans cett e expansion de l'âme, sans cette ouverture «coeur qui laisse un libre passage à toutes les '".yititnos influences, il ne peut plus y avoir ^ éducation. L'instruction peut continuer d'ac-

foitre le trésor de la science: la discipline 1861 \

peut continuer d'imposer la -régularité extérieure et l'exactitude matérielle; mais l'éducation cesse d'être, et avec elle les fruits qu'elle devait faire éclore.

. L'éducation devait former l'enfant à l'expansion, à la simplicité, à la candeur, à la naïveté, à la sincérité ; elle devait lui donner, à force de confiance et de communication, cette qualité précieuse, charme particulier de l'enfance bien élevée, la transparence de l'âme. Or, sans un cœur toujours ouvert l'enfant ne devient ni simple, ni naïf, ni sincère, ni communicalif, ni lumineux. Il se retire en lui-même avec ses secrets, c'est-à-dire presque toujours avec ses vices ; et ces vices, qui eussent disparu sous le regard du dévouement et dans les épanchements de la confiance, se cachent au fond de son âme et la rongent sourdement connue le ver ronge le fruit qui le porte en son cœur. Il devient avant l'âge, et contre le vœu de la nature, solitaire, sombre et observateur. Que dis-je? cette éducation qui ment elle-même à la nature, sans le vouloir le

façonne au mensonge ; il devient hypocrite, dissimulé, menteur, comme on ne l'est pas

l'AK L'AMOUR CHRÉTIEN.

au jeune âge; à dix ans, il est politique,

mystérieux, impénétrable, profond de cette profondeur factice qui n'est que le masque d'un mauvais cœur; annonçant peut-être un grand diplomate, mais présageant un méchant homme. Et pourquoi dans nm enfant ce vice irrémédiable? Pourquoi à son éducation celle irréparable blessure ? Pour une seule raison : paire que tandis que l'instruction a continué d'embellir son intelligence, l'éducation a cessé d'ouvrir son cœur.

Or, le suprême secret de l'ouverture de l'âme, Je n'ai pas besoin de vous l'apprendre, votre cœur vous l'a depuis longtemps révélé. Pour ouvrir facilement son âme, il faut aimer et se Savoir aimé. Selon les nuances de caractère ef de tempérament, il y a sous ce rapport les diversités; mais il régne dans celte diversité une I( »i d'une remarquable universalité; et cette loi eg t celle-ci : comme il faut le feu pour dilater 'es corps, il faut l'amour pour ouvrir les âmes, Avec quelle facilité une mère ouvre pour y entrer l'âme de son enfant 1 Pourquoi s'en étonûer ? Qui peut ouvrir le cœur ouvre loul avec lui ,' et l;i mère mi\iv gans effort le cœur de

son enfant, parce qu'elle est l'amour ; amour créé tout exprès pour rayonner sur lui, et par son rayonnement l'épanouir. L'amour maternel est au cœur de l'enfant ce que le soleil est à une rose : pour l'ouvrir il n'a qu'à le regarder.

Heureux l'enfant qui, même au pensionnat, peut encore sans trop d'efforts révéler son cœur à peu près comme il faisait au foyer devant le doux regard de sa mère 1 heureux s'il trouve loin d'elle un maître capable par sa tendresse et digne par ses vertus d'ouvrir son à nie et d'y entrer! Dans ces fdiales et paternelles relations où il donne la confiance en retour de la bonté, l'enfant continuera ses habitudes d'expansion qui sont le signe des biens élevés ; et sa vie achèvera de se faire de plus en plus à l'image de Dieu en devenant communicative.

Il est une troisième condition absolument nécessaire pour la formation de l'enfant au point de vue où nous sommes, c'est de le rendre heureux. 11 y a pour tout être vivant des conditions de bien-être nécessaires au développement de la vie. Et pour l'homme, intelligence et amour, il y a un contentement de

l'Ame et un certain bien-être moral, en dehors duquel sa vie ne peut trouver toute sa croissance et toute sa floraison. Comment croître avec aisance et fleurir avec éclat, si l'on est dans un milieu antipathique à sa vie ? Je n'entends pas, remarquez-le bien, que l'éducation doive exclure toute souffrance. Au contraire, r ds de la douleur, enfanté une première fois dans les souffrances maternelles, il est bon et salutaire que l'homme concoure par ses propres souffrances à son second enfantement. Je ne désapprouve pas que sous la pression du travail, et sous l'effort des victoires remportées sur lui-même, l'enfant souffre, et quelquefois répande quelques larmes. Il trouve dans ses larmes comme un baptême, et dans ses souffrances comme une confirmation de sa virilité baissante. Mais ce que je ne veux pas pour la saison de -sa croissance, c'est la tristesse pertinente; c'est ce mal-être moral d'une âme lui ne se sent pas bien, parce qu'elle n'est pas dans un élément sympathique à sa vie.

Pères et mères, j'entends dire que vous

vous préoccupez beaucoup, et même jusqu'à

e xcès, du bien-être matériel que le pensionnat

garantit à vos enfants : vous voulez savoir si l'enfant loin de vous ne sera ni moins bien nourri, ni moins bien logé ; s'il n'aura ni plus froid ni plus chaud qu'au loyer domestique Ah • ne craignez pas tant pour ces chers petits êtres une certaine austérité qui fortifie les corps et trempe les âmes pour les épreuves de la vie: mais craignez une atmosphère où les Ames étouffent plus qu'elles ne respirent : redoutez pour eux une éducation sans joie et une vie sans sourire ; surtout, éloignez ce froid du cœur qui le ferme en son printemps ; cherchez enfin pour eux, avant tout, non le bien-être du corps, mais le bien-être de l'âme. Sans le contentement intime et sans le sentiment du bonheur, ces enfants n'auront qu'une croissance infirme; et leur vie, comme une plante sans soleil, se flétrira avant d'avoir donné son fruit, et peut-être même avant d'avoir poussé toute sa fleur : tant il est vrai que pour bien élever un enfant, il faut savoir le rendre heureux .

Or, pour tout enfant pur encore, être heureux, c'est aimer et sentir qu'on l'aime. Son bien-être moral est le sens délicieux des af-

l'Ait l'amouk chbétien. 135

fëctions qui l'entourent et le pénètreni de

leur souille. Quand il a trouvé cet amour qu'il connut au foyer, il a retrouvé son élément ; il est content ; c'est une partie de son bonheur 'le ne pouvoir même en rêver un autre : et tandis qu'il garde dans son âme la joie tranquille qui naît de tout vrai contentement, il en montre sur son visage un rejaillissement naïf qui lui donne avec ta grâce le complément de sa beauté.

Tels sont dans l'éducation les bienfaits de cet amour qui est sa première et sa dernière nécessité: il attache la vie à (ouïes les saintes choses de l'éducation en l'attachant à ceux qui la donnent; il épanouit la vie en ouvrant le cœur i\cs enfants; il féconde la vie en lui donnant ce qu'il a de pins sympathique à sa nature et de plus favorable à sa croissance : le bien-être moral et le sens du bonheur. Au contraire, si l'enfant, dans la saison où sa vie, Prend sa forme et son cours, n'a pu rien trouai' de cet amour qui l'a tenu dans ses bras.

'I'"' va-t-il arriver? Hélas ! Messieurs, j'ose à Peine vous le dire : impuissant à rendre à ceux c l u ' l'approchent une affection qu'ils ne lui

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LE l'HOliRÊS DANS L'ÉDUCATION"

donnent pas, il retire en lui-même ce trésor d'affections qui ne trouvent plus à se répandre; et l'égoïsme, l'âpre égoïsme, le gagne à l'âge où le cœur donne ses plus pures tendresses.

Que dis-je ? Quelque chose de plus mortel à son éducation et à sa vie entre au fond de son coeur. Avec l'égoïsme, l'enfant qui ne peut plus aimer sent monter à ce cœur déshérité de l'amour la tentation de la haine ; au lieu de se tourner à aimer, il se prend à haïr. Il hait d'une haine sincère les hommes chargés de remplir sur lui un ministère d'amour, parce que, lui laissant ignorer le charme de l'affection, ils ne lui laissent sentir que le poids de leur autorité. C'est le penchant de l'enfance de prendre en exécration ceux qui lui demandent la dépendance sans lui donner l'affection. Le maître doit se faire obéir; le maître doit se faire respecter ; au besoin, le maître doit punir: et si sous la parole qui commande el sous la main qui châtie, l'enfant se sent un cœur qui l'aime; il se fait de ee maîtreune sorte d'affreux tyran que son imagination lui peint sous les plus noires couleurs, et que son cœur repousse avec une horreur égale à la

haine qu'il lui a vouée. Le châtiment éveille en son cœur le sentiment de la vengeance ; les respects qu'on exige suscitent en lui les réactions du mépris; et il se donne la joie de haïr comme une compensation de la nécessité d'obéir.

Alors, adieu l'éducation du cœur avec ses influences fécondes. Tout ce qu'il devait aimer venant du père de son âme, l'enfant le rejette parce qu'il vient de lui. Au lieu d'ouvrir son cœur à l'action de son dévouement, il arme ce cœur de haine pour le mieux repousser; au lieu des pures joies d'un cœur qui aime en se sentant aimé, il connaît le malheur de haïr, et le malheur encore plus grand de croire qu'on le hait. L'avez-vous vu % l'enfant qui a reçu, au détriment de toute sa vie, l'éducation de la haine? Pauvre petit ! à force de haïr, il a désappris l'affection. Regardez à son visaçe :

'amour n'en rayonne plus; ses lèvres ne 1 ''^priment plus; ses yeux ne le savent plus Peindre. C'est qu'en effet son cœur ne le renferme plus. Le flot des saintes affections qui Réchappait de son âme comme d'une source Jaillissante, s'est tari goutte à goutte; l'habitude do haïr, si mortelle à sa vie, a durci ce

LE PR06HKS TiANS l'kIHTCATION

cœur naguère encore si tendre et si affectueux.

Aussi, ce mot qui remue si profondément le cœur de lout enfant grandi dans l'affection : Ma mère; ce mot qui en faisait -vibrer toutes les fibres délicates, n'y porte plus le même frémissement, et n'y ('veille plus les mêmes échos. Lorsqu'il revient dans la famille, on ne sent pi us en lui les tressaillements d'autrefois; ses lèvres ont moins de sourires; son cœur a moins d'émotions ; et ses yeux qui pleuraient en revoyant sa mère, laissent tomber cbaque fois quelques larmes de moins. Un jour arrive où l'aridité de ses regards et la froideur de ses embrassements révèlent tout entier à cette .mère désolée le malheur que son cu'iir avait tant redouté; et elle dit en gémissaut celte parole où une mère renferme tant de tristesse : « Malheur à moi, mon fils n'aime plus sa mère! » Et cette parole sortie d'un cœur maternel, doué pour pénétrer ces mystères d'un tact infaillible, nous dit mieux qu'un oracle ce qui a manqué à l'éducation de l'enfant au collège ou au pensionnat : à savoir, l'amour qui ne lui manqua jamais au foyer domestique.

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car l'amour chrétien. 139

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Et maintenant, Messieurs, vous me deman-

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dez avec une légitime inquiétude où l'enfant

pourra retrouver, pour compléter l'œuvre de

son éducation, cet amour qui reproduit,

même loin de la famille, l'amour de son père

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et L'amour de sa mère? Qui a la puissance

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de créer cet amour et de le faire sortir du

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••leur humain tel que l'invoquent ici l;i pater-

nité et la maternité? C'est ce qu'il nous reste

à rechercher.

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Il y ;i dans la vie des pères, et surtout dans

la vie des mères, une heure pleine d'une solen-

niié douloureuse : c'est l'heure où l'enfant, qui

n'a connu que leurs caresses et leurs sourires,

doit les quitter, pour aller chercher au loin un

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trésor de science ou un complément d'éduca-

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tion, qu'il ne trouverait peut-être pas au sanc-

tuaire de la faini Ile. Alors, qui pourra dire ce

qu'éprouve la mère en pressentant les appro-

ches de cette heure plein»! d'angoisses, et peut-

être de déchirements 1 Quelle sollicitude dans

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LE TROGRÈS DANS l'kOUCATION

son âme; quels effrois dans son cœur; et dans son imagination quelles images ! Combien de fois peut-être, serrant cet enfant sur son cœur et regardant l'avenir, elle lui fait ce discours qui n'a pas besoin de paroles pour se faire entendre :

« Cher enfant, jusqu'ici tu as grandi sons mes regards, et tu as vécu de mes caresses ; ton cœur n'a senti que le contact de mon cœur, et pour toi mon amour suffisait à tout. Tu étais la faiblesse, mais j'étais la sollicitude; tu étais l'impuissance, mais j'étais la bonté ; tu étais la souffrance, mais j'étais le dévouement ; tu étais l'innocence, et pour la conserver mon amour jour et nuit faisait bonne garde autour de ton cœur. Mais tu vas partir, enfant; et loin de la mère, qui s'inquiétera de toi? Qui sera bon pour toi? Qui veillera sur toi? Qui sera surtout, comme ta mère, tendre et dévoué pour toi? Et pourtant, si tu ne rencontres loin de moi une maternité pour remplacer la mienne, que vas-tu devenir? Oh ! si je savais qu'il y eût quelque part, au loin, dans les régions où il faut aller chercher la science, un cœur comme mon cœur, un cœur fin moins capable il''

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l'Ail l'amour chrétien.

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prendre dans le mien quelque chose de nies tendresses et de mes dévouements : fùt-il au bout du monde, pour toi j'irais le chercher ; car, cher enfant, je le vois au charme de ton sourire, je le devine aux battements de ton cœur, je le sens aux tressaillements de ma vie et de la tienne, je le comprends à la beauté qui déjà rayonne de ton âme et se réfléchit sur ton visage mon, il n'y a qu'une mère pour me remplacer; loin du foyer comme au foyer, il n'y a que l'amour pour te bien élever. »

Oui, la mère a raison; pour achever son ouvrage, il faut un autre amour de mère ; du moins un amour fait le pins possible à la ressemblance de cet amour. Mais où sont les sources vives d'où jailliront ces flots d'affection pure et féconde comme l'amour des mères ? Ce qu'invoque ici toute mère pour achever le chef-d'œuvre commencé sur ses genoux, est sans contredit ce qu'il y a de" Plus beau, mais c'est aussi ce qu'il y a de plus r;| i'ii, et de plus difficile a trouver sur la terre. fit même, dans un sens véritable, ce rêve de ] 'os mères n'arrive jamais à se réaliser tout à tait. Quand elles ont trouvé ce que la Provi-

denee a créé de mieux dans l'humanité pour répondre au vœu de leur cœur, elles n'ont pas encore rencontré tout ce qu'elles avaient rêvé. Gomment suppléer tout à l'ait le cœur d'une mère absente? Les mères facilement trouvent clans le naturel penchant de leur vie ce qu'il tant pour suffire à ce long et souvent douloureux ministère : élever des enfants. Il n'en est pas de même pour celui qui assume avec, ses responsabilités la fonction délicate d'élever des enfants qui ne sont pas les siens; des enfants* vers lesquels ne l'inclinent pas le penchant qui vientde la nature et la sympathie qui vieid d'un même sang. 11 ne faut donc pas ici se faire de charmantes illusions; il ne s'agit pas de réaliser avec tous ses naturels attraits et tous ses inimitables bonheurs, le foyer hors du foyer , la famille loin de la famille; il suffit de trouver ce qui en reproduit le mieux dans l'éducation la séduisante image et l'efficacité féconde.

En dehors des dévouements qui s'inspirent directement de Jésus-Glirist et de son amour, je cherche ce qui peut reproduire, le plus possible, dans l'éducation des enfants qui ne sont

l'Ait L'AMOUR CilRlh'JliN.

pas les nôtres, l'idéal de la paternité et de la maternité; et je ne trouve rien qui ne soit pour les pères et lesVères une déception douloureuse. Je ne -suppose pas, remarquez-le bien, ce qu'il y a de plus désolant au point de vue de l'éducation : des enfants tombant tout à coup pour leur malheur des bras de l'amour aux mains de l'égoïsme, et d'un foyer d'innocence et de vertus dans un foyer de corruption et de vices. Je suppose les hommes aussi honnêtes et aussi dévoués qu'il est possible de l'être alors que, ne s'inspirant que de la raison et de la nature, ils ne vont pas chercber dans l'amour du Christ lesecrel divin de reproduire dans l'éducation des enfants la paternité et la maternité humaines.

Qui pourra dans l'éducation de l'enfant remplacer l'amour d'une mère ? Sera-ce la Puissance du devoir ? C'est là du moins ce que Peut invoquer d'abord de. plus légitime l'honnête homme qui accepte le ministère d'élever v °trr' enfant, c'est la raison du devoir. Cet homme, qui accepte une obligation qu'il veut remplir et des engagements auxquels il veut répondre, peut se dire : « J'ai fait un

LE l'ROGUÈS DANS L'ÉDUCATION

contrat : j'ai promis de me dévouer au bonheur de cet enfant ; j'ai promis de le bien élever : j'ai promis d'en faire un homme. El parce que ma raison me dit qu'aimer est la première condition pour bien élever, j'aimerai cet enfant; je le veux, j'en prends la résolution sincère ; je veux l'aimer comme un père, et même comme une mère. Ce qui dans le père et la mère est un penchant de la nature et une inspiration du cœur, sera pour moi une prescription de la justice et une inspiration du devoir.

Ainsi peut parler l'instituteur honnête homme. Mais qui parmi vous, Messieurs, connaissant un peu les hommes et s'interrogeànt lui-même, se persuadera jamais que cette conviction d'honnête homme pourra suffire à tout, suffire partout, suffire toujours, pour l'accomplissement de cette tâche à nulle autre pareille? Gomment croire que cette seule idée du devoir, lumineuse mais froide comme la lumière des étoiles, pourra toute seule remplacer les inspirations du cœur et les influences de l'amour? Pour qu'une âme produise ou dilate la vie, il faut qu'il y fasse chaud :

par l'amour chrétien. 145

c'est la loi universelle de la création; la chaleur seule est féconde ; seule elle fait germer, fleurir, fructifier : et cette loi qui gouverne la nature matérielle, ne gouverne pas moins la nature morale ; le cœur et l'âme, le sentiment et la réflexion s'unissent en nous pour attester que l'idée abstraite du devoir est ici impuissante à remplacer la chaleur féconde de l'amour. Non, en vérité, je vous le dis, quiconque ne veut aller plus loin que le droit et ne s'inspirer que de la justice, n'a pas tout ce qu'il faut pour remplacer une mère ; il peut être un excellent homme, il ne sera pas un excellent instituteur.

Qui pourra remplacer l'amour d'une mère ?

Sera-ce la raison de l'intérêt bien entendu ? Ah ! beaucoup moins encore. Un homme, je le suppose, veut faire sa carrière et même sa fortune de l'éducation des enfants ; et voici le raisonnement qu'il fait avec lui-même : «Bien remplir ma fonction est pour moi, de toute manière, le meilleur des partis. Mon intérêt ici c °nspire avec l'amour des parents pour le bonheur des enfants : les bien élever est le moyen rJ e m'enrichir ; mon intérêt bien compris me

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commande le plus parfait accomplissement de ma fonction d'élever. » Mais, je le demande à votre bon sens le plus vulgaire, qui pourra se laisser séduire par cette magie si peu séduisante de l'intérêt bien entendu ? Comment de l'égoïsme le dévouement sortira-t-il ? Que pourra, pour remplacer l'amour d'une mère, l'intérêt le mieux entendu du mercenaire le mieux intentionné ? Qu'attendre, pour la formation de l'âme et du cœur de cet enfant, d'une éducation donnée à cinq francs par jour? Vous direz : C'est l'intérêt et le profit de l'instituteur de bien élever l'enfant confié à ses mains ; et qu'y a-t-il au monde que l'homme entende mieux et soigne davantage que son intérêt et son profit ? Vous oubliez qu'il y a dans la formation d'un homme mille choses délicates, tendres, intimes, profondes, indéfinissables, que l'amour comprend d'instinct, et que l'intérêt, même le mieux avisé, non-seulement ne peut atteindre par son action, mais qu'il ne peut pas même deviner par sa pensée. D'ailleurs, nous l'avons reconnu, il faut que l'enfant puisse se persuader qu'on l'aime; à cette condition seulement il peut

PAB L'AMOUR CnHÉTIEN.

aimer lui-même. Et jamais, quoi que l'on fasse, la raison de l'intérêt ne vaudra pour l'enfant la réalité de l'affection. Que lui fait à lui la fortune de l'homme qui l'élève ? Que lui importe, à cet être si tendre, si délicat, si sympathique, l'accomplissement même le plus exact d'un ministère salarié ? Ce qu'il lui faut pour féconder sa vie, c'est l'amour sincère, l'amour qui se donne spontanément lui-même et qu'il reconnaît à ses inimitables dévouements. Non, jamais les contrefaçons de l'intérêt personnel ne pourront suppléer pour l'enfant l'absence de l'amour; jamais la grimace de Pégoïsme n'imitera devant lui l'ingénuité du dévouement.

Qui remplacera l'amour d'une mère ? Peutêtre la bienveillance naturelle ? J'accorde sous ce rapport tout ce qu'on peut raisonnablement supposer. Un homme rare se rencontre dont le cœur doux, aimant et bon se penche de luimême vers les petits enfants. L'enfance est naturellement aimable; cet homme est naturellement bienveillant ; que lui en coûtera-t-il de se dévouer à l'enfance ? Beaucoup, sans doute, et Plus qu'on imagine. Cet homme, si bienveil-

lant soit— il, n'a pas un cœur de mère. La bonté native fît-elle en lui ce miracle, cet homme ne serait encore qu'une exception. L'homme, d'ordinaire, n'est pas tel ; il ne trouve pas na-, turellement dans son cœur ces trésors d'inépuisable bonté que réclame l'éducation. L'éducation demande une bonté que rien n'irrite, que rien ne lasse, que rien ne décourage.

Quelles épreuves des enfants indociles font subir trop souvent même au meilleur des maîtres ! Que dis-je? Un enfant quelquefois, un seul suffit à déconcerter le cœur le plus riche en amour et en bienveillance. Qu'est-ce donc d'avoir à subir la pétulance de tout un peuple d'enfants, où souvent la malice conspire avec la malice pour lasser la bienveillance et décourager l'amour? J'ai dit que les mères doivent souffrir, beaucoup souffrir pour élever leurs enfants; or l'instituteur, qui prend en lui avec les fonctions les tendresses de la maternité, doit souffrir aussi ; et souvent son dévouement à l'enfance lui arrache des larmes qui ne trouvent pas même la consolation de la piété. Je le demande : où sont les natures assez heureuses pour suffire à un tel ministère ? Où sont

les hommes qui ont naturellement dans leur cœur tant de bonté, de tendresse, de dévouement et de larmes à donner à l'éducation des enfants qui ne sont pas leurs enfants ?

Messieurs, allez à l'orient et à l'occident, au midi et au septentrion; allez à tous les degrés de la hiérarchie sociale et à tous les points extrêmes de l'humanité : sauf de rares prodiges dont il ne faut pas tenir compte, ces cœurs capables de se substituer au cœur d'un père et au cœur d'une mère, vous ne les rencontrerez que dans le christianisme, et dans le plus pur christianisme ; là, mais là seulement, vous les trouverez transformés par l'amour de Jésus-Christ, et puisant à son cœur divin par cette transformation des dévouements qui seuls suffisent, à l'éducation de vos enfants, parce que seuls ils sont capables d'imiter et de reproduire quelque chose des vôtres. Et veuillez le remarquer encore, le spécial honneur que j'attribue sous ce rapport à l'instituteur profondément chrétien, n'est pour qui que ce soit un honneur réservé : ce privilège appartient à qui veut l'obtenir. Le christianisme n'est la propriété de personne, et le plus capable

ici n'est que le plus chrétien. Je n'exige pas également de tous ce que Dieu ne demande pas également à tous. Mais poursuivant avec vous, en tout ordre de choses, le meilleur et le plus parfait, vous ne pouvez trouver étonnant que je vous montre ce que la Providence crée de plus grand pour l'éducation de vos enfants ; libre à vous de poursuivre un idéal plus élevé, si l'humanité vous le présente quelque part réalisé sur la terre.

Le catholicisme a, pour remplacer la paternité et la maternité dans l'éducation, une efficacité vraiment incomparable. Il met dans les cœurs de ceux qu'il prépare à ce ministère de tels trésors de tendresse humaine et d'affection divine ; il mêle dans ces cœurs avec une harmonie si parfaite, l'humain et le divin, que de ces deux éléments il compose l'amour le plus digne de succéder à l'amour paternel et maternel : amour fort comme celui d'un père, tendre comme celui d'une mère.

Gomme Dieu verse dans les plantes de la terre une certaine quantité de sève, il met au cœur de tout homme une certaine mesure

PAR L AMOUR CHRÉTIKN.

d'affection. Une partie de ses affections s'en vont, par les voies que la Providence leur ouvre, à leur fin naturelle. Notre père et notre mère, nos frères et nos sœurs emportent leur part de ce riche trésor. Mais en même temps Dieu nous laisse libres d'ouvrir nousmêmes à tout ce qui nous en reste d'autres routes pour s'épancher. Cette surabondance du cœur, nous la pouvons verser en plaisirs ; et nous la pouvons verser en dévouements; mais nous ne la versons pas deux fois : et c'est le désespoir de ceux qui ont jeté leur amour à tous les courants du plaisir, de sentir bientôt leur cœur comme une source tarie d'où l'affection ne sait plus jaillir. Ceuxlà ne sont pas dignes de toucher de leur cœur au cœur de vos enfants. Ils n'ont pour l'épancher sur eux rien de cette tendresse virginale et maternelle qui doit être leur plus féconde et leur plus douce rosée. Mais supposez un moment un homme qui n'a rien perdu dans les lois de la terre de ce trésor des cieux : sans partage au banquet des terrestres plaisirs, cet homme a épuré tout son amour par de célestes aspirations; et son cœur aussi

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plein d'affection que de vertus, il l'a tenu toujours tourné du côté du ciel et de Dieu, comme un vase de parfums placé sur un autel. Heureux alors les petits enfants que Dieu a conduits près de ce cœur, et qui ont besoin pour croître d'une affection qui se donne sans autre ambition que de leur faire du bien.

Ces enfants trouveront dans ce cœur des tendresses qui leur révéleront que, môme loin de leur mère, il est encore pour eux une maternité.

Je ne voulais faire qu'une supposition, et la réalité s'est peinte dans ma parole. Ces hommes et ces femmes qui gardent pour vos enfants dans leur cœur des trésors de maternelle tendresse, ils existent ; et c'est le privilège de l'Église de les produire partout et toujours avec une fécondité que rien n'épuise : cœurs élus que Dieu tient en réserve pour vos enfants; générations choisies, sacrées tout exprès pour cette maternité de l'àme, ayant reçu du Christ, pour en remplir la fonction, un amour qui n'a d'autre ambition que de se donner tout entier au bonheur de l'enfance, et puisant à la source même d'où il jaillit

je ne sais quoi de divin qui les défend contre toute faiblesse humaine.

Il le fallait ainsi; car tout ce qui n'est qu'humain porte partout le vice et l'infirmité de l'homme, et comme lui peut faillir. Il y a un amour qui ravage, il faut un amour qui féconde. Il y a un amour qui perd, il faut un amour qui sauve ; et pour donner à l'éducation des enfants la garantie sacrée qu'invoque un cœur de mère, le divin doit ici conspirer avec l'humain. 11 faut que dans cet amour de l'homme descende pour le transformer la sainteté de Dieu. C'est le miracle qu'accomplit le christianisme au cœur de l'homme qui l'accepte tout entier : il transfigure si bien le maître aux regards de l'enfant et l'enfant aux regards du maître : il sacre si divinement l'amour du premier dans le cœur du second, et l'amour du second dans le cœur du premier, que l'un et l'autre arrivent à s'aimer tout à la fois avec une tendresse humaine et une pureté divine.

Vous demandez comment et où s'accomplit cette transformation qui fait saint ce qui n'était que bon, et divin ce qui n'était qu'humain? Ai-.je besoin de vous le dire ? Elle se fait au

centre vivant du christianisme, lieu divin où s'accomplit toute grande transformation du cœur de l'homme : dans le sacré cœur de Jésus- Christ, foyer divin où tout amour humain s'épure, s'élève et se divinise lui-même. Quiconque a jeté là son cœur, y a puisé un amour qui absorbe en lui tout autre amour; et cet amour, en le transformant lui-même tout entier, transfigure à ses propres yeux l'enfant que sa foi lui découvre dans le rayon tombé sur lui du visage de Jésus-Christ.

Telle est la transformation divine que l'amour de Jésus-Christ accomplit au cœur de l'homme pour y reproduire la tendresse et le dévouement des mères. Aussi l'instituteur que le christianisme a façonné tout entier, peut dire en toute vérité en attestant son droit et son aptitude à la formation de l'enfance : « Moi sacré « dans le cœur de Jésus-Christ pour ce sacer- « doce maternel, j'aime dans ce cœur divin « tous les enfants qu'il aimait. mère, cet en- « fanl que vous avez porté dans vos bras, je « crois qu'il porte en lui Jésus même. Quand « je le vois venir, tout ce que j'ai d'amour « en mon cœur pour mon Maître divin me

« porte et m'incline vers lui. Cet enfant, je ne « l'avais jamais vu, et déjà je l'aimais ; mais « en le voyant venir, je l'aime davantage ; je « l'aime comme une apparition de Jésus- « Christ lui-même ; car je crois voir mon Dieu « me souriant avec le visage d'un enfant. Et « tandis que cette grâce d'innocence qui re- « luit à son front, suscite pour lui du fond « de mon cœur l'attrait d'une sympathie hu- « maine, cette transfiguration me le fait aimer « d'un amour supérieur et tout divin. Si bien « que le visible et l'invisible, l'humain et le « divin, m'attirent vers cet enfant par deux « attractions qui n'en font qu'une, et à la- « quelle je cède d'autant plus volontiers, « qu'elle m'entraîne vers Dieu en m'entraî- « nant vers lui. »

Et ce qui achève d'un dernier trait cet idéal de maternité, c'est que ce Dieu aimé dans un enfant, c'est le Dieu du sacrifice, le sacrifice même ; Celui qui en touchant à nos cœurs par son cœur y allume la plus maternelle de toutes 'es passions, la passion des perpétuels dévouements et des sacrifices quotidiens. Admirable Passion, qui nous rapproche le plus de l'idéal

j 56 LE PROGRÈS DANS L'FDUCATION

de cette maternité que j'ai peinte l'année dernière, en nous faisant comme à nos mères une vie de nos épuisements, une félicité de nos douleurs et une fécondité de tous nos sacrifices f

Cette maternité de l'âme et du cœur, divine et humaine tout ensemble, comme elle a bien tout ce qu'il faut pour remplacer auprès des enfants la maternité du sang ! Comme la maternité du sang, elle est bonne; et comme la bonté, elle sourit et elle s'afflige, elle console et elle pardonne. Comme la maternité du sang, elle est inquiète, elle est la sollicitude même ; et comme la sollicitude, elle veille, elle regarde, elle écoute, elle craint qu'on ne vienne dans ce cœur d'enfant profaner Jésus-Christ.

Comme la maternité du sang, elle est dévouée ; et comme le dévouement, elle veut souffrir; elle sait que pour produire seule la souffrance est féconde : et elle n'espère jamais mieux pour l'enfant qu'elle élève, que lorsque pour lui, comme une mère, elle a versé quelques larmes sur les pieds de Jésus-Christ. Comme la maternité du sang, elle est chaste et sainte dans ses affections, ayant la force de plus et la fai-

par l'amour chrétien. 157

blesse de moins; suave comme l'amour et austère comme le devoir; ayant toute la pureté du ciel et toutes les tendresses de la terre. Voilà l'amour que Dieu crée au cœur de l'homme pour l'éducation de vos enfants ; le voilà avec sa vraie physionomie et son incomparable puissance ; le voilà tel que je l'ai rencontré dans le christianisme, sorti transfiguré du cœur de Jésus-Christ. Pères et mères, ah ! j'en suis certain, votre amour ici comprend sans aucune peine le mystère de l'amour. Quelles que puissent être les préventions de l'esprit, votre cœur ne s'y méprend pas. Et lorsque la Providence a mis sur votre chemin cette maternité née de Jésus-Christ, la seule qui soit digne de succéder à la vôtre, tout crie en vous : La voilà ; et votre cœur lui fait un accueil sympathique; vous sentez qu'il y a là des tendresses qui conspirent avec vos tendresses, des dévouements complices de vos dévouements. Et, comme vous, mieux que vous enc °re, votre enfant la distingue. Dieu lui donna Pour la discerner l'infaillibilité du cœur ; à ''école comme au foyer, il a un signe pour ^connaître l'amour que Dieu créa pour le

rendre heureux en le rendant parfait ; comme l'enfant sa mère, il le reconnaît à son sourire. Et quand il l'a reconnu, quand il est bien sûr que c'est lui l'amour pur et dévoué qui se donne à son bonheur et à sa perfection : il vient à lui, sans même qu'il soit besoin de le lui commander; il cède sans résistance à sa douce attraction ; il se laisse aller à un empire qui le charme encore plus qu'il ne le domine ; et reçoit, sans essayer même de les discuter, ces influences délicates et profondes qui sont le chef-d'œuvre de l'éducation accomplie par l'amour. Cet amour qui lui parle, il l'écoute; et chacune de ses paroles porte la doctrine au plus intime de son être, et serre de plus en plus son âme dans les embrassements de la vérité.

Cet amour qui a un cœur rayonne dans le sien ; et sous ce pur et doux rayonnement il sent, à mesure qu'il s'élève, toute sa vie s'épanouir comme la fleur qui s'ouvre au soleil en montant sur sa tige. Cet amour qui a une main pour le façonner à l'image du Christ, il l'approche et s'en laisse toucher ; car ses contacts sont pour lui la félicité même ; cette main est si douce et si forte tout ensemble, qu'elle sait

PAR l "amour chrétien. 159

le plier toujours sans l'irriter jamais ; et se faisant chaque jour à l'image de cette maternité qui le forme, l'enfant devient lui-même suave comme cette parole, ce cœur et cette main qui le touchent. En. lui apprenant à croire, l'éducation a planté sa vie dans le vrai, et lui a donné avec sa base sa solidité; en lui apprenant à aimer, l'éducation l'a épanouie dans l'amour, et lui a donné, avec son épanouissement, son charme et sa beauté.

beauté sans égale ! ô charme sans pareil d'une éducation reçue sous ce doux et puissant empire de l'amour ! quand on vous a connu, comment faire pour vous oublier? O vous qui l'avez reçu ce don de l'éducation humaine faite Par un amour tout divin, rendez ici à la vérité !e témoignage du cœur : n'est-il pas vrai que quand on a retrouvé à l'école, au pensionnat, a U collège, cet amour si pareil à celui qui nous l jnt sur ses genoux et nous éleva dans ses bras, âme et le cœur en ont été à jamais séduits, et ine l'image nous en demeure toujours belle et attrayante comme ces deux figures que nos Premiers regards ont rencontrées près de °tre berceau? Ah! nous avons beau vieillir;

elle ne vieillit pas : au milieu de tant de choses qui meurent en nous pour ne plus refleurir, elle semble renouveler chaque année au fond de nos souvenirs ce printemps de la vie qui nous charme encore par des parfums venus de si loin. Et à mesure que nos jours emportant une à une toutes nos illusions, notre vie se fait austère, nous aimons à rappeler sur notre présent un reflet de ces jours les plus charmants de tous nos jours. Que dis-je? cette image n'est pas seulement un charme, elle est une sauvegarde aussi; et l'éducation, même après de longues années, trouve encore, dans la magie de ses souvenirs, la puissance de se perpétuer et de se survivre à elle-même à travers tous les écueils et tous les orages de la vie.

QUATRIÈME CONFÉRENCE

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QUATRIÈME CONFÉRENCE

l'Ait l'obéissance chrétienne.

Éminence,

Après avoir considéré réduètiioa par sa basa et montré les conditions de la formation de l'intelligence, nous l'avons considérée par son cen< 're et nous arons montré les conditions de la formation du cœur. La vie de l'enfant, à toutes 8 ^8 phases, se rérèie partout comme une ne c amour; d'où résulte pour son éducation cette

lo

1 souveraine : apprendre à aimer. L'éduca-

tion doit produire, au point de vue du cœur, ces trois résultats : elle doit attacher par des affections profondes à tout ce qu'elle communique elle-même à. l'enfant ; elle doit ouvrir avec le cœur l'âme tout entière, et par cette libre ouverture lui donner des habitudes d'expansion, de sincérité et de transparence ; elle doit enfin rendre la vie heureuse, et lui donner avec le sens de la félicité, ce bien-être de l'âme nécessaire à sa croissance morale. Or, pour produire ces trois résultats, il n'y a qu'un secret: faire de l'éducation un ministère d'amour ; être aimé d'un enfant et lui montrer qu'on l'aime. Ce ministère d'amour qu'invoquent la paternité et la maternité pour continuer en dehors du foyer leur œuvre inachevée, il n'y a que le plus pur christianisme qui soit capable de le créer dans toute sa perfection. Seul, il sait susciter dans nos cœurs pour les enfants qui ne sont pas nos enfants, un amour qui a toute la force paternelle et toute la douceur maternelle, toutes les tendresses de la terre et toute la pureté du ciel : admirable création où l'humain et le divin s'unissent pour composer l'amour le plus digne et le plus ca-

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PAU l'obéissance chrétienne. 165

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pable de remplacer près des enfants des cœurs

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de père et des cœurs de mère.

Ce que j'ai dit, Messieurs, sur le rôle et l'ef-

ficacité de cet amour dans l'éducation de vos

enfants, je l'ai lu dans des souvenirs pour moi

toujours vivants ; et, si j'ose le dire, je l'ai lu

dans mon cœur. Dieu, à mon insu, m'avait de

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loin préparé à cet apostolat. Il a consacré à

l'éducation de l'enfance les belles années de

ma vie. Là, j'ai connu l'enfance et je l'ai aimée.

Là, dans ce commerce intime où, de toute part

et à toute heure, la. vie touche à la vie, mon

âme a pénétré son âme, et mon cœur a senti

son cœur. Ministère obscur mais fécond, ou

l'amour sert plus que la science, et où le dé-

vouement reçoit sur la formation de l'homme

des illuminations (pic le génie attendrait en

vain des hauteurs de sa métaphysique.

■EE — en

Je voudrais plus longtemps m'arrêter à ce

sujet dont le charme est sans pareil. Mais

comme l'éducation doit loucher à tout ce qui

est de l'homme, ma parole doit toucher à tout

ce qui tient à son éducation. L'homme a sa base

dans l'intelligence, l'homme a son centre dans

son cœur; mais .qu'y a-l-il aux plus hautes

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lk rnonnios dans i. kducation

rimes de la vie humaine pour l'a dominer et la gouverner tout entière ? Là, à ce sommel de l'homme, il y a sa volonté : la volonté, faculté royale qui commande à tout dans l'homme, comme l'homme commande à tout dans la création. C'est par là surtout que l'on devient un homme ; c'est l'exercice de celle noble puissance qui prépare l'homme dans l'enfance à porter un jour le sceptre de sa royauté, et à se montrer dans toute sa majesté tel que Dieu l'a fait, tel que Dieu l'a voulu: roi de la création, capable décommandera tout, après avoir appris à se commander à lui-même.

Nous l'avons fait remarquer dans notre première conférence, l'éducation décide le progrès dos peuples, parce qu'elle détermine la valeur des hommes : et ce qui dans l'œuvre même de l'éducation donne le plus à l'homme sa vraie valeur, c'est la formation de sa volonté. G'esl par la puissance de la volonté' que les hommes se distinguent *\i's hommes; r'esl par là qu'ils se font un caractère, une physionomie, un empire dans l'humanité. C'est par là surtout que nous les jugeons. Et de même que c'est par la volonté qu'ils pèsent dans la balance de nos

PAK l'obéissance chrétienne^ 167

jugements et donnent Ja mesure de leur valeur, c'est par là aussi qu'ils pèsent dans la balance des événements et donnent la mesure do leur puissance. Ce (jui gagne les grandes batailles, c'est un homme qui veut ; ce qui sauve les empires, c'est un homme qui veut; ce qui change en un jour pour des peuples entiers la face du présent et les perspectives de l'avenir, c'est un homme qui veut : ce gui produit les ehefs- (l'œuvre immortels et les créations illustres, c'est un homme qui veut. Et, il faut bien en convenir aussi, ce qui d'ordinaire fait les grands désastres et consomme les grandes ruines, c'est encore un homme qui veut: et nul ne peut dire tout ce qui advient parfois à l'humanité de prospérités ou de malheurs, de grandeurs ou de chutes, parce qu'un -homme a voulu. Rien donc n'importe plus dans l'éducation de l'homme que la formation de la volonté, la Valeur et la puissance de J'homme ayant pour Mesure la valeur et la puissance de son vouloir.

Or la formation de la volonté humaine peut Se résumer dans un mot dont l'énoncé étonnera C0 ux qui parmi vous n'y ont jamais réfléchi :

l'obéissance. L'éducatiou forme l'intelligence en apprenant à croire : elle forme le cœur en apprenant à aimer, et elle forme la volonté en apprenant à obéir. Obéir est la loi souveraine de toute humaine volonté ; et l'éducation, en développant l'homme selon cette loi, fait la perfection de sa volonté et le progrès de toute sa vie. C'est le sujet de cette conférence.

Pour éviter ici de trop faciles méprises, il faut dire tout d'abord ce que. nous voulons entendre par ce mot : obéissance. De même que l'autorité dans son essence n'est pas une chose purement matérielle, l'obéissance, (U' son côté, est une chose de sa nature essentiellement morale. Obéir, dans le sens libéral de ce mot, n'est pas se soumettre nécessairement à une puissance qui nous subjugue ; c'est s'incliner librement sous le sceptre d'une autorité que nous reconnaissons. L'obéissance n'est pas une petite force qui cède à une grande force

la faiblesse qui ploie sous la puissance : c'est une volonté inférieure s'unissant librement à une volonté supérieure ; c'est un aveu volontaire de la supériorité qui commande ; c'est un hommage libre rendu à l'autorité légitime, on du moins supposée telle par celui qui le rend. Et parce que toute autorité légitime est une participation de l'autorité de Dieu, on peut dire que tout acte d'obéissance est un acte harmonieux par lequel la volonté humaine se tourne vers Dieu, centre de toute autorité. L'autorité, c'est le droit de ce qui est auteur; obéir, c'es faire l'ordre en soi en s'unissant librement à son auteur.

Au point de vue de l'obéissance telle que je viens de la définir, il y a deux systèmes d'éducation dans la famille, comme il y a deux systèmes de gouvernement dans la société : il y a l'éducation de la révolte, et il y a l'éducation (Je l'obéissance; l'éducation antichrétienne, ( 'l l'éducation clirétienne.

Exposons d'abord ces deux systèmes, qui se repoussent radicalement.

Le christianisme est la divine école de l'obéissance; il est en essence l'autorité de Jésus-

LE TTlOGIiKS DANS L KDUGATION

Christ constituée dans l'humanité chrétienne, et il est pratiquement la soumission de l'humanité chrétienne à l'autorité de Jésus-Christ. La hiérarchie est celle autorité organisée dans l'Église; la vie chrétienne est la reconnaissance pratique de cette autorité, c'est-à-dire la perpétuelle obéissance à Dieu en Jésus-Christ Noire-Seigneur. Le chrétien est donc essentiellement un être obéissant. Libre serviteur du Christ souverain, il sait. diro, quand l'heure est vomie : Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes ; mais il ne peul jamais dire : Je n'obéirai pas. S'il le disait, il abdiquerait le signe du Christ pour prendre le signe de Satan. Le travail décisif de l'éducation chrétienne est de soumettre la volonté de l'enfant à l'autorité du Christ. Elle sait que la formation morale de l'homme dépend par-dessus tout de la formation de son vouloir, parce que c'est par son vouloir que l'homme décide sa destinée, et penche vers le pôle du bien ou \t'\^ le pôle du mal : et pour la volonté d'un chrétien, le bien c'est tout ce que Jésus-Christ commande, le mal c'est tout ce qu'il détend.

Voilà pourquoi l'éducation chrétienne met

IMH l'obèissabqe CHRÉTIENNE,

su suprême sollicitude à incliner la volonté de l'enfant devant la divine, autorité de Jésus- Christ. Elle dit, en lui montrant Je père et la mère : Ils sont, avec Dion créateur, les auteurs de ta vie: ils sont pour toi l'autorité consacrer par Jésus-Christ : il faut leur obéir. Elle dit, eu lui montrant le prêtre et le pontife : ils sont les représentants de Jésus-Christ révélateur et de Jésus-Christ sauveur; leur parole te dit sa pensée, leur Commandement sa volonté: il faut leur obéir. Elle dit en lui montrant le magislr;ll > l(1 fonctionnaire et le roi : Us portent le glaive pour le bien et la justice: ils ont l'autorité du Christ pour défendre tes droits et protéger ta patrie : comme à ton père, comme à ton prêtre, dans la sphère où ils commandent, il faut leur obéir.

Ainsi l'éducation chrétienne développe dans 'enfant l'instinct de l'autorité et le penchant de l'obéissance. Et ce travail généreux, elle n'attend pas pour le commencer que la raison soit arrivée à son plein développement; elle le ''"oinience même avant l'aurore de sa vie morale. Alors même qtie l'enfant n'a pu encore saluer el adorer son maître, elle l'exerce par

anticipation à faire ce qu'il ordonne ; et le premier usage rationnel qu'il fera de sa volonté, sera de s'incliner avec connaissance devant l'autorité à laquelle il s'est habitué .à obéir, même avant de savoir qu'il lui devait obéissance.

Qui croirait, Messieurs, qu'une méthode si simple, si naturelle, si sociale, put rencontrer contradiction ! Mais devant la raison de certains hommes, tout ce que fait le christianisme, tout ce que commande l'Église, doit avoir tort. La passion qu'ils éprouvent de faire mentir le christianisme et de contredire l'Église, les pousse invariablement à mentir à la nature et à se contredire eux-mêmes. Ici encore nous rencontrons sur notre roule l'inévitable contradicteur du christianisme et du bon sens, Rousseau, fondant sur l'indépendance absolue l'éducation de la volonté. L'obéissance volontaire à une autorité, posée par le christianisme comme un principe d'éducation et comme telle pratiquée par tous les peuples, il ose la rejeter comme un principe de décadence. Il veut que dans son éducation l'enfant évite avec un même soin l'obéissance et la domination. Ni ronunan-

TAK L OBEISSANCE CHRÉTIENNE

der ni obéir, tel est l'idéal d'éducation que propose le sophiste pour élever ce qu'il appelle pompeusement Y homme de la nature. Ici encore il faut citer; on pourrait croire que nous combattons des fantômes, ou que nous calomnions devant sa postérité le patriarche du moderne rationalisme.

« Il y a, dit-il, deux sortes de dépendance, celle des hommes et celle des choses. La première est de la société, la seconde est de la nature. La dépendance des clioses n'ayant aucune moralité, ne nuit pas à la liberté de reniant, et dès lors, elle n'engendre pas de vices; la dépendance des hommes étant désordonnée les engendre tous.

« Maintenez l'enfant dans la seule dépendance des choses, et vous aurez suivi l'ordre de la nature dans le progrès de son éducation. N'offrez jamais à ses volontés indiscrètes que des obstacles physiques., ou des punitions qui naissent de ses actes eux-mêmes : qu'il sente également sa liberté dans ses actions et dans les vôtres; qu^il ne sache pas ce que c'est qu'obéissance quand il agit, ni ce que c'est que commandement quand on agit pour lui.

LE PROGRÈS DANS L'ÉDUCATlOIS

Les mois commander et obéir 6eront proscrits de son dictionnaire, encore plus que ceux de devoir et d'obligation ; mais ceux de force el de nécessité y tiendront une grande place.

« Ne lui commandez jamais rien, quoi que ce soit, absolument rien. Ne lui laissez pas même imaginer que vous prétendez avoir aucune autorité sur lui. Qu'il sache seulement qu'il est faible el que vous êtes l'or!. Jeune instituteur, je vous proche un art difficile, celui de gouverner sans précepte et de toul faire en ne faisant rien. »

Tel est le système d'éducation individuelle et sociale proclamé par un apôtre du progrès : paradoxe insolent qui osa se poser devant la raison de vos pères, el qui vêtu de rhétorique passa un moment pour du génie. Ah ! Aiessieurs, quand je pense qu'une pareille théorie a pu recueillir, il y a cent ans, les applaudissements de tout un peuple de lettrés et de philosophes; je trouve dans la stupeur qu'elle vous cause en ce moment la démonstration du progrès que, malgré nos malheurs, nous avons l'ait depuis. Ce n'est pas devant vous que celle doctrine oserait si' présenter a visage

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découvert dans sa grossièreté sauvage ; niais prenez garde, l'esprit qui en est sorti passe et se sent encore dans l'air que son souille infecta; môme dans l'éducation, l'indépendance a retrouvé des apôtres, et l'obéissance des détracteurs. Or voulez-vous savoir ee qui condamne à jamais celte philosophie de l'homme et de l'éducation? Je le dis d'un seul mots elle meut à la vie. elle est par son fond radicalement fausse, parce que l'obéissance est la loi souveraine de la vie humaine et que l'homme ne peut s'élever qu'à la condition d'obéir.

Je pourrais tous rappeler que, même en dehors de l'homme, il y a dans toute la création une obéissance passive des êtres matériels à une volonté créatrice, et que cette obéissance relative à leur nature est la condition de leur harmonie, de leur croissance et de leur progrès. Des abîmes du firmament aux abimes de k terre tous entendent la voix qui les appelle, e| - ils disent : Nous voici. Du fond le plus "'exploré des espaces, les soleils suivent leur °rbite avec une exactitude dont les mathémal, ques ne parviennent pas à exprimer tout le

prodige ; ils viennent au point et à l'heure que leur a marqués le doigt divin, se montrer à nos regards et saluer le Créateur. Le monde sidéral tout entier est un concert de soleils chantant la gloire de Dieu en exécutant sa volonté. Sur la terre, la vie circule par mille canaux profonds où le génie de l'homme ne parvient pas à la suivre pour surprendre tous ses mystères ; mais dans ces mouvements si multipliés, si cachés, si impénétrables, il y a une chose qui se révèle partout avec une splendeur divine au génie qui contemple, c'est la fidélité de la vie au rendez-vous de la Providence. Si obscurs, si lointains soient-ils, la sève devine et suit, sans dévier, les sentiers que la nature lui ouvre; elle vient, à son heure, donner à la terre sa robe de verdure, aux arbres leur parure de fleurs ou leur couronne de fruits, avec une simplicité qui n'a jamais résisté à Dieu, et avec une docilité qui ne sait ni tromper ses vœux ni mentira sa parole.

Mais les arbres, les plantes, les astres, les mondes matériels qui l'ont la volonté de Dieu, ne le savent pas. Pour donner un sens à ce concert d'obéissances aveugles et passives, il

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