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PAR L'OBÉISSANCE C11HÉT1ENNE. 1?7
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faut une obéissance intelligente et libre : cette
obéissance, c'est l'homme ; l'homme pontife,
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médiateur et roi ; l'homme qui par la voix de
sa libre soumission complète les harmonies
du inonde et les accords de la création. Voilà
pourquoi l'enfant, dès la première aube de
sa pensée, révèle l'instinct d'une obéissance
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libre à une autorité reconnue par son intelli-
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gence. Alors sans doute l'autorité morale qui
vient lui demander la soumission d'un sujct,ne
se découvre encore qu'à travers le clair-obscur
de l'aurore ; et déjà cependant sa raison nais-
sante conspire avec l'instinct pour légitimer
l'empire et consacrer l'obéissance. lundis que
déjà son cœur l'incline sons le sceptre d'une au-
torité qui se personnifie dausl'amour, sa raison
reconnaît mieux en elle la légitimité du com-
mandement et la majesté du droit; et l'une
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des premières leçons de sa conscience qui s'é-
veille, est de lui apprendre à obéir à celte au-
torité qui est le premier instinct de son âme
6 He premier besoin de sa vie. L'enfant, eu
e ffet, trouve dans sa faiblesse et son impuis-
s; ""e native la révélation de cette loi qui
atteint au berceau. Vous naissez tous, jfes-
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178 lk progrès dans l'éducation
sieurs, avec la vocation du commandement ; et il n'y a pas d'être plus impuissant à se gouverner que vous-mêmes, à votre première entrée dans ce monde où vous devez régner.
Rois de la création, vous subissez à votre naissance la captivité de vos besoins ; jetés pleurants et faibles au seuil de votre empire, si l'amour ne vous touche de sou sceptre, vous né pouvez pas même vivre; et la première loi qui pour vous se proclame, la voici : ou mourir ou obéir.
Cette nécessité d'obéir, qui est la loi de notre éducation parce qu'elle est la loi de notre vie, elle ne nous quitte pas avec les nécessités qui tiennent notre enfance captive. L'enfant grandit, sa raison se développe, ses horizons s'étendent, son empire peu à peu se découvre à ses yeux; il commence à essayer dans sa main le poids de son sceptre, et sur son front le poids de sa couronne ; il sent venu' l'heure de son investiture : il va devenir un homme. L'instinct de la domination s'éveille S un immense besoin d'indépendance se développe dans son âme; il entend des voix qui crient de tons les abîmes de son cœur : Diriini'
l'Ait l'obéissakge CE8ÉTIENNË.
pamus mnoula.mm de langes, plus de chaînés, plus de barrière, plus de limites à ma liberté : « taisez-vous, iiio» père, taisez-vous, ma mère; que la loi me laisse, que l'Église me laisse, que Dieu me laisse libre et souverain dans mon domaine, qu'on ne me commande plus : je if obéirai plus; voici l'heure de prendre moi-même le gouvernement de moi-même : arrière tout ce qui m'étreint, arrière tout ce qui me captive, arrière tout ce qui prétend me dominer et me donner désordres. »
Voilà la nature humaine dans un enfant de quinze ans : et il ne se peut de proclamation plus éclatante de la loi d'obéissance dans l'éducation de l'homme, que ce cri d'indépendance jeté avant l'heure par l'homme encore enfant. Cet impatient du joug, , ;et ambitieux du commandement, que va-t-il devenir? Cet indépendant, qui le soumettra? ce révolté, qui le contiendra? qui arrêtera cet emporté qui semble vouloir courir à travers le monde, comme l( ! rheval de l'Arabe à travers Je désert?... L'obéissance , mais la libre et volontaire obéissance. Alors, sans doute, le mouvement spontané s'est élargi ; la sphère de l'activité propre
180 LE rROGRÈS DANS L'ÉDUCATION
s'est agrandie ; la vie surabonde et semble crier de toutes parts : Ouvre-moi l'espace, Fac mihi spatium. Mais alors même l'enfant n'échappe pas à la loi d'obéissance. Que dis-je? à cette heure décisive, l'acceptation libre d'une autorité qui le domine lui est devenue plus nécessaire que jamais : il n'a plus toutes les faiblesses de l'enfance; mais il porte en lui tous les orages de l'adolescence; et il garde une impuissance de se gouverner lui-même d'autant plus fatale à son propre développement, qu'il éprouve plus profond le besoin de repousser tout gouvernement qui n'est pas le sien. L'enfant a une faiblesse passive qui le livre sans opposition au gouvernement d'un autre; la crise de l'adolescent est d'aspirer à repousser toute royauté qui le gouverne, alors qu'impuissant encore à se gouverner lui-même, il prend la fougue de ses passions pour le mouvement de la force, et le cri de son indépendance pour la déclaration de ses droits. Oh ! c'est alors surtout qu'il lui faut l'obéissance ; obéissance plus" libre, plus raisonnée, plus intelligente sans doute ; mais il la faut : il la faut nou pour l'enchaîner, mais pour le défendre ;
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non pour ôter le mouvement à sa vie, mais pour poser des limites à ses emportements; non pour le condamner à une impuissance qui l'annule et à une captivité qui le dégrade ; mais pour lui épargner des agitations qui l'affaiblissent et des fatigues qui le tuent. Alors, et surtout alors, il faut qu'à droite et à gauche l'obéissance lui pose des barrières, de peur que les dérèglements d'une force qui ne se possède plus, ne l'emportent de chute en chute, et ne le précipitent au fond des grands abîmes.
Mais le temps a marché ; l'ardeur de l'adolescence a l'ait place à la maturité de la vie ; l'enfant déjà est un homme : va-t-il cette fois échapper à la loi de l'obéissance? Hélas! non. Même à l'âge où il se sent le plus fait pour le &ommandement s homme de quarante ans, impatient de gouverner et de donner des ordres, la loi de l'obéissance plus que jamais le domine et le soumet à son inévitable empire.
Ce qu'il rencontre alors dans cette société on il vient prendre sa place et remplir sa fonction, ce n'est pas nn désert où l'homme de la nature promène au gré de ses caprices sa liberté sans frein; ce qu'il sent autour de lui,
c'est un vaste réseau de dépendance, où il ne pourra se mouvoir dans l'ordre et agir dans l'harmonie qu'à la condition d'obéir. Homme de la nature, tu ne veux entendre parler ni de commandement, ni d'obéissance : sors, sors de la société; va-t'en au désert, va dans ses libres solitudes poursuivre le rêve fou de ton indépendance. Mais si tu veux vivre dans là société et y conquérir avec les pareils la grandeur et la gloire de l'homme, prépare ton cœur à aimer et la volonté à obéir. Choisis, si tu le veux, ta place et ion rang dans la hiérarchie sociale : mais à quelque degré que tu fixes la vie, en bas, au milieu, en haut; sujet, ministre, roi; n'importe, il faut obéir.
J'ai regardé à tous les degrés de l'échelle sociale; j'ai cherché un homme qui n'obéît pas : je n'en ai pas trouvé. En bas, j'ai vu la multitude qui obéit et qui, quoi que l'on fasse, ne pourra jamais qu'obéir; la multitude qui, alors qu'elle u'obéit plus, ressemble à une mer en furie menaçant de dévorer la terre.
Plus haut que les musses populaires, j'ai vu le capitaine qui obéit, le magistrat qui obéit, le fonctionnaire qui obéit ; j J ai vu tous ceux que
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PAR L'OKKISSANCE CHRÉTIENNE. 183
dans la société on appelle des ehefs, des supé-
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rieurs, des commandants, obéir encore plus
qu'ils ne commandent. Oui, tous ces hommes
placés sur [es hauteurs d'où ils dominent les
autres, et qui semblent ne respirer dans ces
régions sublimes que l'air libre de l'indépen-
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dance, Ions je les ai vus soumis eux-mêmes à
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des ordres qui les enchaînenl et à des servi-
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tudes qui les tiennent captifs; plus enchaînés
et plus captifs que ce peuple qui leur obéit et
fait leur volonté. Que dis-je? Celui-là même
qui est debout au plus haut sommet social,
Celui qui tient dans sa main la destinée des
hommes et le gouvernail des choses, il fau
qu'il obéisse. S'il veut que sous son com-
mandement tout marche dans une inaltérable
harmonie, il faut que son commandement lui-
même, relevant d'une autorité plus haute,
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obéisse sans y manquer jamais, à l'inaltérable
justice; sa puissance pour se faire obéir des
hommes, n'a sa garantie efficace que dans sa
fidélité à obéir lui-même à Dieu. S'il manque
Par l'injustice à cette loi de la destinée, il ne-
tombe fatalement par un autre côté sous la
nécessité de son empire : il rencontre dans les
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