‹ Le Progrès par le ChristianismeChapitre 21 sur 33 · E— LO · texte numérisé non relu

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qu'il y ait sur la terre, parce qu'il est la plus grande religion, et que, comme tel, il rend Dieu plus présent et plus sensible à l'âme humaine. Aussi, le plus triste symptôme que l'on puisse voir dans une société, le signe évident de la disparition du respect parmi les hommes, c'est la diminution du respect de la religion, et spécialement du catholicisme, la plus haute et la plus vénérable de toutes les religions. Lorsque le mépris monte jusqu'à cette religion qui touche Dieu par son sommet, il atteint le respect dans sa source première : il va le tuer, pour ainsi dire, au sein de Dieu d'où il descend sur toute grandeur qui porte une image de Lui; et il s'en va, avec une force multipliée par la hauteur même où il s'est élevé, abaissant tout ce qui est grand, avilissant tout ce qui est noble, profanant tout ce qui est saint, dégradant tout ce qui est sublime. Alors, plus rien : ni la royauté, ni la paternité, ni les lois, ni les institutions, ni les hommes, ni les choses, n'obtiennent de légitimes respects ; et ce mépris de toutes les grandeurs, parti du mépris même de Dieu, abaisse de plus en plus les âmes et les sociétés. Car,

de même que les âmes n'apprennent à respecter qu'à l'école de la religion, elles n'apprennent à s'élever qu'à l'école du respect.

Autant le catholicisme a d'efficacité pour produire le respect dans l'enfance, autant le respect a d'efficacité pour la bien élever. C'est ici le lieu de vous faire remarquer la philosophie de ce mot élever, qui exprime l'effet le plus général et le côté le plus saillant de l'éducation. Faire l'éducation humaine, c'est faire monter l'enfant à la hauteur do l'homme. Tandis que son corps, sous la seule impulsion de la nature, comme une plante, arrive à sa naturelle stature ; ainsi sous les influences de l'éducation l'enfant doit monter ; il doit monter par l'intelligence, monter par le cœur, monter par la volonté, monter par l'âme tout entière : car c'est par son âme que l'homme cherche ce qui est en haut, regarde le ciel et aspire ''infini; c'est par là que l'homme se sent fait pour s'étendre et se dilater dans un progrès dont la limite est en lui, mais dont l'idéal

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est en Dieu. L'éducation, dans son hieilleur et

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son plus généreux sens, est un mouvement de bas en haut ; c'est une ascension progres-

sive de notre être moral : c'est, comme le mot

lui-même Fexprime mieux qu'un discours, l'élévation de la vie.

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Or, il est bien remarquable que cette direction ascensionnelle de la vie humaine est sur-

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tout le fruit des habitudes respectueuses. Le respect descendu de Dieu dans l'âme d'un

enfant par les moyens que j'ai montrés tout à l'heure, est comme la sève divine de cette

croissance morale poussant en haut toutes les

puissances de l'âme comme des rameaux su-

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blimes, et l'âme elle-même tout entière, pour

l'élever à toute sa hauteur. C'est ce qu'il s'a-

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git en ce moment de bien entendre, en de-

mandant, ici encore, à l'enfant lui-même le

secret de le bien élever. La Providence a écrit

de son doigt au sein même de notre nature

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1, humaine la loi de son vrai progrès, et nous

n'avons qu'à la lire.

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La meilleure éducatioii est dans le dévelop-

pement de la vie la correspondance la plus

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parfaite à ses plus légitimes besoins : l'obéis-

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sance est uneloide l'éducation, parce que nous avons besoin d'obéir ; l'amour est une loi de l'éducation, parce que nous avons besoin d'aimer; la foi est une loi de l'éducation, parce que nous avons besoin de croire : ainsi le respect est une loi de l'éducation, parce que nous avons besoin de respecter. C'est le plus généreux besoin de l'homme; et l'éducation ne l'élève jamais mieux que quand elle lui donne une satisfaction vraiment digne de lui.

Ce besoin de respecter n'attend pas pour se produire dans l'homme tout le développement de sa vie ; déjà il se fait sentir à l'âme de l'enfant, alors que la raison par ses premières lueurs lui découvre les sommets du monde moral : à peu près comme le soleil avant de paraître tout à fait illumine les cimes du monde physique. A la première apparition de ces grandeurs immatérielles qui se posent devant lui, il éprouve le naïf et généreux besoin d'attester l'émotion qu'il en reçoit, par le respect que son âme leur envoie comme un naturel hommage.

Or, Messieurs, veuillez le remarquer, ce besoin de rendre hommage à tout ce qu'il sent

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■ être dans les autres plus haut que lui-même,

n'est ni une aspiration sans but, ni un mou-

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vement sans raison ; c'est dans l'enfant qui l'éprouve un signe de la destinée et une voix de

la Providence qui l'invite à s'élever. Tandis qu'il découvre dans un autre être que lui une

apparition de cette grandeur dont il a l'instinct il se fait dans sa jeune âme un tressaillement

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intime qui lui dit en faisant appel à ses plus nobles penchants : voilà la grandeur, et voilà

ce que tu dois être. Ce sens spontané de la grandeur qui l'émeut lui révèle une vocation :

la vocation de se faire grand lui-même. S'il

n'avait cette destinée, ce sentiment de noble

race lui serait étranger; il passerait devant

la grandeur morale sans en être touché, sans

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même s'en apercevoir ; il n'aurait ni le regard

assez haut pour la voir, ni le cœur assez noble

pour l'aimer, ni l'âme assez sensible pour

en tressaillir. Dieu cependant lui a donné ce regard, cet amour et ce tressaillement.

C'est qu'il lui fait la vocation de poursuivre la grandeur, dont il a le pressentiment dans le

besoin qu'il en éprouve ; c'csl-à-dire la voca-

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tion de grandir et de s'élever lui-même, comme

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tout homme grandit et s'élève par ses propres respects.

Lorsqu'une âme naturellement douée de la faculté de comprendre et de sentir ce qui est supérieur, a reçu d'une majesté qui la regarde et l'émeut, ce coup mystérieux qui fait tressaillir en elle toutes les fibres les plus généreuses elle éprouvô je ne sais quelle irrésistible attraction qui la sollicite à monter vers cette grandeur dont la vue l'a ravie et passionnée tout ensemble ; elle se dit : « Allons, montons vers elle, et nous aussi devenons grande. » Cet effet du respect sur une jeune âme émue au spectacle de la grandeur et au contact de la dignité, est plus infaillible que ne l'est sur une fleur l'influence du soleil qui la tourne vers sa lumière et l'attire par sa chaleur. Le soleil n'a pas seulement sur les plantes la puissance de les épanouir, en les échauffant, il a encore la puissance de les élever en les attirant; et telle est exactement sur l'âme humaine Faction de la grandeur, alors que cette grandeur est une grandeur sentie, aimée, sympathique; nonseulement elle se fait regarder: elle se fait désirer, aspirer, chercher ; non-seulement elle

plaît et elle délecte": elle charme et elle attire ; non-seulement elle réjouit l'âme qui a subi la fascination de son regard : elle fait plus ; elle la transporte, elle la ravit ; ravissement sublime, transport généreux, qui ne met une âme hors d'elle-même que pour la faire monter plus haut qu'elle-même, en l'unissant, par la contemplation, par l'amour et par l'imitation, à la grandeur qu'elle vénère. Chaque grandeur qu'elle découvre devient ainsi pour elle comme une apparition partielle de l'infini, dont elle porte au fond d'elle-même l'image imprimée par la main de Dieu : et comme un artiste en comparant son œuvre à l'idéal qu'il regarde, trouve son œuvre imparfaite et tend à faire mieux; ainsi l'enfant respectueux, en présence des supériorités qu'il découvre, éprouve comme un invincible besoin de s'élever pour les atteindre, et de se faire en les atteignant supérieur à lui-même. Dites-moi, Messieurs, si après avoir rencontré sur la terre la plus grande et la plus noble figure de la création, il vous était donné d'en faire passer toute la noblesse et toute la grandeur sur le visage de votre enfant, à la con-

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dition seulement de la lui faire regarder ; qui

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parmi vous ne souhaiterait pour son enfant

cette transfiguration, qui en ferait la plus belle

physionomie humaine que l'on eût jamais vue ?

Et s'il dépendait de vous d'accomplir une

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transfiguration pareille non-seulement sur son

visage, mais dans son âme, en y transportant

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par la puissance de la contemplation la plus

belle et la plus grande âme qui soit au monde ;

qui parmi vous n'aurait cette ambition la

plus naturelle en toute paternité, de retrou-

ver dans son enfant, c'est-à-dire dans un autre

soi-même, tout ce qu'il y a de plus beau, de

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plus élevé et de plus distingué dans l'humanité

entière? 1

Or, ce que je vous dis en ce moment n'a

pas seulement la valeur d'une image et d'une

comparaison plus ou moins ingénieuse; c'est

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la réalité sublime de toute éducation qui se

fait sous les nobles influences du respect. Si

vous savez partout et toujours montrer à votre

enfant ce qui est grand, tout ce qui est grand, ' 1

rien que ce qui est grand ; et si vous obtenez

de lui le respect sincère de tout ce que vous

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lui avez montré; voici ce qui arrivera : la

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grandeur le fera à son image ; et vous aurez dans votre enfant un type de vraie distinction, c'est-à-dire un homme élevé; il sera grand, parce qu'il aura vu et respecté la grandeur.

S'il n'a le grand air et cette distinction des manières qui vient des longues traditions de la noblesse dans la famille, il aura ce qui vaut mieux, la grandeur de l'âme et l'élévation des sentiments ; et presque toujours il aura l'un et l'autre : grand par le dedans, distingué par le dehors. Si la vraie distinction diminue dans les générations nouvelles, si les âmes s'y abaissent, il n'en faut pas chercher d'autre cause : c'est que l'éducation ne leur a pas donné, avec le sentiment des grandes choses, cette incomparable noblesse que donne l'habitude de respecter, et qui prépare infailliblement des hommes distingués, parce qu'elle fait les cœurs hauts et les âmes élevées.

Qu'il est beau de les voir passer dans la vie, ces sublimes enfants sortis de l'école du respect! Ceux-là n'ont pas besoin d'apprendre au monde qui les regarde qu'ils sont des hommes d'honneur et des gens bien élevés : ils montrent sur leur front le sceau visible de la gran-

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PAR LE ItESPECT CHRÉTIEN. 251

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deur, qui les a frappés à sa propre effigie.

Gomme ils portent haut la pensée, le cœur, le

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' sentiment, la volonté, l'âme, eux-mêmes tout

entiers ! et avec quelle grâce dans la dignité,

et avec quelle modestie dans la grandeur ! Tout

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ce qui est élevé les ravit, et tout ce qui est noble

les fait tressaillir. Une grande vertu, un dé-

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