‹ Le Progrès par le ChristianismeChapitre 22 sur 33 · LT) = H · texte numérisé non relu

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vouement sublime, un sacrifice héroïque inonde

leur âme de lumière, leur cœur de sentiments,

leurs yeux de larmes : larmes généreuses qui brillent devant une gloire pure et désintéressée,

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comme brillent les gouttes de rosée sous un

— — CM

rayon de soleil. Au contraire, ce qui est vil,

rampant, servile, dégradé, fût-il applaudi par

l'univers et couronné par la victoire, soulève

en eux de flères indignations et de nobles fré-

missements. On dirait que la dignité leur est

devenue naturelle, tant ils ont de grâce à la

= — en

Porter et de force à la défendre. Leur distinc-

tion n'est pas une forme convenue, composée

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comme un vêtement dans lequel on se drape ;

e He est naturelle et spontanée comme la fleur ' 1

Su r la tige, et comme le parfum dans la fleur;

el 'e n'est pas un artifice, elle est une expres-

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S| °»; elle n'est point un arrangement du corps,

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= — co

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en

elle est un reflet de l'âme ; elle n'est point la grandeur fausse qui se pose pour se faire voir; elle est la vraie grandeur qu'on découvre sans qu'elle se montre. Cette race des bien élevés marche portant au front cette couronne à laquelle elle a rendu elle-même ses premiers hommages, et l'on dit en la voyant passer :

Voici la grandeur. Sans l'avoir cherché, elle arrive à trouver sur son chemin ce qu'elle a su reconnaître et saluer dans les autres, la vénérabilité : à force de vénérer, elle-même est devenue vénérable. Un grand respect est partout dû à l'enfance ; il est dû deux fois à cette sublime enfance qui s'est couverte, en respectant, de considération, de dignité et d'honneur. L'enfant qui a obéi peut lui-même d'avance prophétiser ses victoires, parce que son obéissance l'a vêtu de la force de vaincre et de la puissance de triompher. L'enfant qui a respecté peut lui-même aussi prophétiser la considération qui l'attend au milieu des hommes, parce que le respect l'a vêtu de dignité et a jeté sur tout son être un rayonnement de grandeur. Et si tous, comme lui et avec lui, ont reçu sous des influences pareilles

cette éducation du respect qui élève tout avec elle, vous verrez se multiplier partout les vies augustes et les grandes existences ; la distinction apparaîtra populaire ; pour être réputés une grande nation, il ne sera pas nécessaire d'être soixante millions d'hommes défendus par six cent mille soldats :

la grandeur , sortira des âmes ; et un peuple numériquement petit aura une majesté qui manque à ces sociétés gigantesques qu'on essayerait en vain de nommer de grands peuples. Au contraire, autant l'éducation du respect agrandit les peuples en élevant les âmes, autant l'éducation du mépris avilit les hommes et abaisse les sociétés. Pour faire l'éducation du mépris, il n'est pas nécessaire de dire à l'enfant, en lui montrant la grandeur : « Insulte et méprise. » Pour apprendre à mépriser, il suffit de ne pas apprendre à respecter. L'enfant ne peut demeurer indifférent devant le s supériorités sociales, morales et religieuses lui passent sous ses regards : il faut qu'il ait Par rapport à elles une idée, un jugement, un intiment ; s'il ne les respecte, il faut qu'il

les

méprise ; et, parce que l'instinct de la

LE PROGRÈS DANS L'iiDUCATION

grandeur lui est naturel et demeure en lui indestructible, il se fait dans son âme un renversement, et, si je puis le dire, un retournement de haut en bas qui fausse son éducation et pervertit sa vie. Ses hommages vont à ce qui est abject, vil, méprisable ; et ses mépris tombent sur ce qui est grand, sublime et vénérable : c'est au sens le plus vrai et le plus profond la révolution dans l'homme ; c'est la dégradation morale qui corrompt d'avance l'homme dans l'enfant ; en attendant que l'enfant devenu homme travaille lui-même à corrompre la société.

L'enfant qui, à l'heure de son éducation, ne sut que mépriser, s'est déjà par le fait même démontré méprisable. Une grande vertu, un rare mérite, une personnalité auguste, une institution vénérable, ne rencontrent le mépris que dans une âme déjà vile : c'est le propre de la bassesse d'insulter la majesté. Mais ce défaut de respect, qui suppose déjà dans un enfant une dégradation commencée, réagit sur lui d'une manière effrayante pour le dégrader de plus en plus. Le voyez-vous d'ici?

le disciple formé à l'école du mépris ? Tandis

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que l'enfant bien élevé, regardant en haut,

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respecte, respicit, et s'élève vers la gran-

deur qu'il contemple ; lui, regarde en bas,

despicit, il méprise ; en méprisant, il s'a-

baisse de toute la hauteur des choses qu'il

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a méprisées, et il porte dans ce mépris le

signe prophétique de l'opprobre qu'il recueil-

= IX

lera un jour par son propre avilissement. A

force de dédaigner ce qui est saint, auguste

et vénérable ; à force de méconnaître la dignité

et de dédaigner la grandeur, il en a perdu le

généreux instinct; et de jour en jour il s'abaisse

de teus ses dédains, il se dégrade de toutes

= CM

ses insultes. Le mépris qu'il a jeté à tout re-

tombe sur lui comme un stigmate et comme

un anathème ; il s'empreint sur son visage ;

il respire dans ses traits heurtés, dans ses re-

gards insolents et dans toute sa physionomie

honteusement ravalée. Le voilà : il se croit

grand parce qu'il dédaigne ; supérieur parce

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qu'il insulte ; sublime parce qu'il méprise :

mais en voulant tout abaisser, il n'est parvenu

qu'à s'abaisser lui-même ; le mépris des gran-

deurs a précipité en lui la dégradation morale,

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et il touche à la barbarie : il sera un opprobre

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tl :

pour la civilisation et une menace pour la société.

Aussi, lorsque pendant quelques générations seulement les enfants ont perdu dans cette éducation dégradante le culte du respect ; lorsque le mépris des grandes choses, des institutions saintes et des vérités augustes est devenu populaire ; lorsque surtout, dénaturant les choses, faussant les idées et pervertissant le langage, il s'est fait accepter par les multitudes comme le drapeau du progrès : oh I alors , ce n'est plus seulement un homme, c'est l'humanité qui s'abaisse. Alors les caractères tombent, les âmes descendent, les hommes diminuent, les grandes figures apparaissent rares sur la scène du monde, et le niveau de la grandeur nationale baisse avec le niveau de la dignité humaine. La vie sociale est atteinte et la stabilité des gouvernements ébranlée par ce coup du mépris qui blesse les peuples et les hommes. Bientôt tous les vils instincts qui sommeillent au fond des âmes et des sociétés se réveillent, et se prennent à triompher au grand jour des insultes qui atteignent par leur audace les plus hautes cimes du monde ;

et la puissance morale de l'autorité tombe avec le prestige dont le respect l'environnait. C'est alors que la force matérielle est impuissante à couvrir longtemps le néant de la force morale ; des bataillons protègent en vain les autorités que le respect ne défend plus ; leurs victoires ne sont que des ajournements de leurs défaites ; si elles ne tombent aujourd'hui , elles tomberont demain : car si avec des bras puissants et des glaives bien trempés on peut briser en un jour la conspiration de la force , il n'y a pas de puissance au monde qui résiste longtemps à l'universelle conspiration du mépris.

Donc , Messieurs , là est le secret de la dignité humaine et de la grandeur sociale : apprendre à respecter ; faire de l'éducation l'école du respect. Mais sur quoi doit porter le respect dans les enfants qu'on élève ? Je pourrais vous répondre d'un seul mot : sur tout c e qui est vénérable , c'est-à-dire sur tout ce qui porte plus ou moins radieuse une image de Dieu. J'ai montré tout à l'heure comment I e respect qui a sa source en Dieu, descend Par Jésus-Christ et par l'Église de degré en

degré sur le père, la mère et l'instituteur.

Mais ce n'est pas assez que celui qui fait une éducation apparaisse vénérable à celui qui la reçoit ; il faut encore qu'il exerce l'enfant au culte de toutes les grandeurs solidaires des mêmes respects ou des mêmes mépris ; il faut que l'enfant, même sans s'en rendre compte, multiplie dans son âme le respect de toutes par le respect de chacune, et le respect de chacune par le respect de toutes.

Je ne puis énumérer les diverses grandeurs qui ont droit au respect des enfants. Je me contente d'indiquer trois catégories qui les renferment toutes : respect des hommes, respect des institutions, respect des principes, et comme conséquence, respect de soi-même.

A mesure que l'enfant ouvre ses regards par delà le royaume domestique vers les horizons grandissants de la société publique, l'éducation doit lui montrer, en les rehaussant dans son âme, toutes les supériorités sociales qui viennent comme d'elles-mêmes solliciter ses hommages et recueillir ses respects. Ce sont les sacerdoces, les pontificats, les magistratures, les fonctions, les législatures, les gouvernements

et les royautés : toutes les grandeurs publiques portant sur elles une part de la double majesté de la religion et de la patrie. Et puis ce sont toutes les supériorités individuelles qui couvrent l'une et l'autre de l'éclat de leur propre gloire : les grands capitaines, les grands héros, les grands saints, les grands bienfaiteurs de l'humanité, toutes les illustrations légitimes, tous les génies fidèles à Dieu et dévoués aux hommes : tout ce qui dans l'humanité porte avec une dignité sainte ou une royauté sans tache la pure et sainte auréole de la grandeur morale; l'homme lui-même enfin, l'homme qui est une majesté parce qu'il est une intelligence, une liberté, une âme, l'homme, la plus grande image de Dieu dans la création.

Avec le respect des hommes, l'éducation doit enseigner à l'enfant le respect des institutions. J'entends par là surtout ces saintes et vénérables institutions qui tiennent de la Providence, du temps et de leurs bienfaits une grandeur qui nous domine et s'impose à nos aspects : créations séculaires marquées du double cachet de l'amour et de la majesté , qui Montrent aux regards des contemporains, avec

le génie du passé s'attestant dans ses œuvres, la sueur des ancêtres, le vestige du travail, les cicatrices de la lutte , le sceau du dévouement, la consécration de l'expérience , le suffrage des siècles , la reconnaissance des peuples , les bénédictions lointaines et proches des générations qui ont grandi sous leur ombre; et pardessus tout la belle et vénérable gloire de leur antiquité. L'antiquité dans les choses pures et saintes est la grandeur des siècles se posant devant nous avec l'institution qui les a vus passer devant elle. L'orgueil et l'impiété renient cette vénérabilité de l'antique; mais la religion, qui aime tout ce qui dans l'humanité représente Dieu, en provoque le respect. L'antiquité est comme une imitation de l'éternité de Dieu dans le temps ; et cette grandeur clans la durée en suppose beaucoup d'autres : elle présente avec la majesté du temps la majesté de la force, car elle a traversé beaucoup d'orages et vaincu beaucoup de puissances ; son présent se couvre des grandeurs de son passé et des clartés de son histoire, et la vénérabilité est sa légitime couronne.

Enfin il est un respect que l'éducation doit

surtout inculquer à l'enfance, et d'où doit sortir le plus la dignité humaine et la grandeur sociale : je veux dire le respect des principes et du droit, la racine et la consécration de tous les autres. Le droit est avec Dieu et en Dieu la première supériorité que nos respects doivent attester : car la justice est la réverbération de Dieu dans la conscience, c'est la signature divine gravée au fond de l'âme humaine, c'est la souveraineté même nous soumettant à l'éternel et à l'immuable. Le droit et les principes constituent tout un ordre de vérités qui ne dépendent pas de nous, et dont, bon gré mal gré, il faut, si l'on veut vivre et surtout s'élever, accepter tout entière la royauté souveraine : les reconnaître et leur obéir est la plus haute dignité de l'homme et le plus grand honneur des sociétés. Le coup le plus mortel porté à la dignité humaine et à la grandeur sociale, c'est le mépris de ce droit souverain ; c'est la persuasion superbe et folle, dans un homme ou dans un peuple, que rien n'est au-dessus de l'humaine volonté ; que l'on peut tout gouverner, même le droit ; et que l'on peut tout changer, même l'immuable: pré-

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tention grossière autant qu'elle est absurde.

Cn — — 1

Sur ce point la vraie religion n'a jamais failli

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