ANVERS
ÉTABLISSEMENT TYPOGRAPHIQUE J. PLASKY.
fOGG MUSÉUM LIÔI^ÀHy HARVARD UNIVÊRSIIV
DE LA
CATHÉDRALE D'ANVERS en 1798.
Parmi les faits déplorables passés à Anvers, à la fin du siècle dernier, il en est peu qui aient plus vivement émotionnéle public, que le projet de démolition de la cathédrale d'Anvers et de sa tour incomparable, formulé en 4798 par Tadministralion centrale du département des Deux- Nèthes.
Dans un mémoire inséré en 1856, au tome premier du Recueil des Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers, nous avons rendu hommage au courage et au patriotisme de MM. Jean-Étienne Parys, Corneille Peeters , Charles de Roy et Jean-François Bastiaensens , citoyens courageux qui, en ces jours néfastes, sauvèrent de la destruction une des merveilles de Tarchitecture ogivale ; nous livrons aujourd'hui à la publicité la correspondance concernant un projet à la réalité duquel Tavenir aura peine à croire et qui prendra place parmi les actes de vandalisme
les plus extraordinaires conçus par la raison humaine dans ses moments d'égarement.
Le 21 septembre 1797, le service religieux avait été suspendu dans les églises d'Anvers, et le 27 du même mois, vers 5 heures du soir, la cathédrale fut fermée avec une grande mise en scène, à la suite d'une décision de la commission municipale du 4 vendémiaire an VI, affichée dans les principales rues de la ville. Le temple était rempli de monde , toute la population s'y était donné rendez-vous ; les agents de la municipalité eurent de la peine à entrer dans l'édifice et à s'y frayer un passage,
La fermeture de l'église donna lieu à un crime odieux. Le citoyen François Roche, officier de la municipalité % excité par un zèle républicain exagéré, ayant voulu haranguer la foule, fut frappé d'un coup de marteau dont il mourut peu de temps après. « Ge meurtre, » écrivait lecitoyen Dargonne, commissaire du directoire exécutif, « n'est que la suite d'une imprudence et d'un excès de zèle d'une part , et de l'autre , de l'emportement d'un fanatique. Et certes il n'en manque pas dans le canton *. »
Chose inconcevable , l'auteur de ce crime ne fut jamais
1 François Roche, natif de Paris, avait épousé Marguerite Chavagnaz. l\ mourut le 6 vendénniaire an VI, (le 15, d'après son acte de décès,) dans son domicile, rue Everdy. Nous ne voyons pas à quel litre Roche faisait partie de la municipalité d'Anvers. Suivant le rapport de l'administration centrale du département, en date du 7 vendémiaire an VI, ce il était officier municipal à Paris au commencement de 1793, et depuis le 9 thermidor de l'an III, il avait gémi plusieurs mois dans les prisons , victime de son patriotisme. 11 laissa à Paris une femme et trois enfants dans la plu^ grande détresse. Il soutenait leur existence en partageant avec eux le faible produit de ses travaux. » L'administration exprimait l'espoir que le gouvernement « voulût bien secourir cette infortunée famille. » Mertens et ToRFS, Geschiedenia van Antwerpen, T. VI, p. 605.
* Voyez les rapports publiés in extenso dans V H isto ire d* Anvers, ipair^lM. MertelNS et TORFS, T. VI, p. 604-611.
dénoncé à la justice, au point que, d'après MM. Mertenset Torfs, on crut un instant « à l'intervention d'une puis^ sance surnaturelle ^ »
La fermeture de la cathédrale et des autres églises de la ville n'était que le prélude des actes de vandalisme projetés par quelques agents de la république, parmi lesquels on doit citer en premier lieu les membres de l'administration centrale du département. Ces rigides citoyens qui , à chaque instant, faisaient ostentation de leurs vertus civiques, ne visaient à rien moins qu'à faire table rase de tous les monuments qui rappelaient le culte catholique. Ils avaient à la municipalité, siégeant à la Maison commune, jadis rHôtel-de-Ville ^ un digne représentant dans la personne du commissaire du directoire exécutif, Simon-Pierre Dargonne, personnage qui, dit-on, se vengeait des avanies qu'en sa qualité de maître de danse, il avait autrefois essuyées à Anvers. Dargonne cependant valait mieux que ses collègues de l'administration centrale ; s'il partageait leur haine contre la « royauté et la superstition, » il nourrissait un grand amour pour les arts, et aurait volontiers transformé en musées tous les édifices remarquables que les décrets de la république venait de distraire de leur destination primitive *.
Dans leurs entreprises barbares et anti-nationales, nos gouvernants avaient cependant compté sans le patriotisme et le sentiment religieux des Anversois. Parmi ces derniers il y en avait plusieurs parfaitement au courant de la nou-
i.Lococi^, T. VI, p. 474.
2 Le citoyen Simon-Pierre Dargonne qui remplit un si grand rôle lors de la seconde occupation française en 1794-99, était né en 4749, à Dieppe, département de la Seine inférieure; il était lils de Pierre Dargonne et d'Elisabeth Jacques et , dit-on , d'origine noble. l\ avait été page à la cour de Bavière ; sa famille eut beaucoup de revers. Un de ses frères partit pour l'Amérique; sa sœur résida longtemps à Anvers. Quant à lui, il se fit professeur de musique et de danse. En
velle législalîôrï et qui étudiaient les moyens de sauver nos terapleâ dé là dévastation et de la ruine ; nous citerons , entre autres, Corneille Peeters^ médecin licencié, Charles de Roy, tiiembre de la commission des hospices, sans conripter les principaux membres delà municipalité.
Un arrêt du directoire du 26 nivôse an VI autorisait les municipalités à mettre les temples fermés à la disposition des prêtres assermentés. Pour sauver la cathédrale , on engagea le prêtre soumis Jean-Baptiste Mortelmans , à réclamer cette église pour son usage. Il ne réussit pas dans sa supplique , maison lui donna l'église St.-Jacques, qui, de cette manière, échappa a la spoliation.
Nos concitoyens ne se tinrent pas pour battus ; ils s'adressèrent au prêtre assermenté P. J. Mertens qui, le 2G fructidor an Vt(12 septembre 1798), renouvela la demande faite par Mortelmans et fit appuyer sa requête par les citoyens Corneille Peelers et Charles de Roy.
Là demande fut présentée à la municipalité dans la séance du 6 vendémiaire an VII (27 septembre 17.98,) et y reçut iê meilleur accueil; les citoyens Georgerie et Franck l'appuyèrent chaudement. Elle allait obtenir la sanction de rassemblée, lorsque le commissaire Dargonne se leva et â'bpposà à la mise au vote ; le représentant du pouvoir exécutif prétendait qu'on devait lui laisser au moins deux jours pour consulter Tadministration centrale du département.
1774, il vint habiter à Anvers, où , dit-on, il eut peu de Buccès. NTjmrtlé commissaire dii directoire exécutif, il épousa ô l'â^e de 49 ans. le 20 ventôse an VI (10 mars i?3î^), Adriennê-Agnès-Thérèse Cerisier, âgée dé 4*2 ans et hâtive de Mattbeugê^ département d« Noinl. Il n'en eut pas d'enfants. Plus tard il se retira à Vilvordè oii il jouissait d'un revenu de 5.000 francs. A là fm de ses jours sa raison s'ahéra et il mourut le 2â mal 1839 dans une maison de santé à St^Jôsseten-rNoode, âgé de 89 ans^ 7 mois éi 20 moiô* Vèyet ; P. VisscttEtts , Qèsàhieâè' nis van St. Andrieskerk . T. II. p. 331-334.
La lettre de Dargonnedu 6 vendémiaire an VI, (27 septembre 1798) est un cheWœuvre dé perfidie. Mettant en doute la bonne foi de ses collègues de la municipalilé et surtout des citoyens Georgerie et Franck, magistrats qu'il ne craint pas de désigner par leiirs noms, le commissaire s'élève contre la prise en considération de la propogition faite , et insinue que la réouverture de la cathédrale au culte pourrait donner lieu à de graves inconvénients. Un officier municipal n'avail-il pas été asseissiné dans ce temple ?
En outre les paroisses de St.-Jacques et de St,-André étaient plus que suffisantes pour le peu de prêtres ^ assermentés résidant à Anvers, i^'ouverture de nouveaux locaux était parfaitement inutile, « Certes » disait notre commissaire, « le nombre des assistants, qui n'augmente pas dans les églises de ces prêtres, ne nécessite nullement cette mesure ; d'une autre part je suis instruit qu'une infinité de personnes sont disposées à souscrire et faire telle soumission que Ion voudra eociger ; non qu'elles se propo^ sent de fréquenter les temples des ministres du culte qui se sont soumis à la loi ^ mais par la crainte de la destruction de ces monumens de la dévotion de leurs pères. » Sous ce dernier rapport Dargonue n'avait pas mal jugé les Anversois !
Dargonne avait demandé à l'administration centrale une réponse pour la séance de la municipalité fixée au lendemain. L'épitre ne se fit pas attendre. Elle est grosse de menaces. Au lieu d'indiquer au commissaire a les moyejïs de fixer la marche de Tadministration municipale, » « c'est nous, » disent les membres de l'administration centrale, e: c'est nous, citoyen commissaire, qui nous chargeons de la
< D'«ipré« une ligte dressée, le 4 nivôse an VH, il fi^y en avait q^e treize <da»ftia commune d'Anvers.
régulariser dans le cas où, contre notre attente, elle serait contraire aux lois et arrêtés existans , et vous pouvez toujours compter sur la fermeté avec laquelle nous provoquerons la punition des malveillans de toute espèce, »
Nous verrons plus loin si nos administrateurs centraux s'en tiendront toujours aux lois et arrêtés existants , et si eux-mêmes n'auront pas besoin d'être rappelés à Tordre « comme malveillants et désobéissants aux lois du pays. »
Mais passons. Le 13 vendémiaire an Vil suivant, (4 octobre 1798,) l'administration centrale écrivit au citoyen Jacques Ramel deNogaret, alors Ministre des finances, Tinconcevable lettre qui restera comme un monument de haine aveugle et de stupidité. Cette pièce qui fut éditée pour la première fois par M. Charles-Louis Torfs dans sa Nouvelle Histoire cV Anvers, provoqua, lois de sa publication, un étonnement général, ne pouvait croire à lant d'aberration d'esprit, à tant d'ignorance et d'injustes préventions contre les grandes productions artistiques des siècles passés; aujourd'hui que grâce à la générosité de M. le colonel Henrard, ce document est déposé aux Archives communales d'Anvers , nous devons bien certifier son existence dont d'ailleurs la parfaite authenticité est prouvée par les Archives de la province.
« Nous croyons » disent nos administrateurs centraux au Ministre des finances de la république , qu'ils mesuraient probablement , mais disons le haut , bien à tort , à leur taille , « nous croyons devoir vous donner connaissance des motifs qui nous déterminent à mettre en vente la ci-devant église cathédrale de cette commune , dont nous venons d'ordonner l'estimation. Ce temple est immense et ne peut être considéré comme un monument précieux qu'à cause des matériaux qui le composent. Il contient une quantité consi-
dérable de plomb , de fer , de cuivre et de fort belles charpentes.
» La tour qui en dépend ne se soutient que par la quantité de fer et de plomb qu'elle renferme ; encore menace-t-elle d'une ruine très-prochaine , si Ton ne continue de dépenser 12 h 15,000 l. par an pour son entretien; il faudrait même une somme plus considérable, vu que les réparations à y faire seraient incalculables , parce que l'on a cessé de l'entretenir depuis Tan 1790. »
D'ailleurs , cette église « occupait un local (sic) qui serait infiniment mieux consacré à agrandir et régulariser une place que la municipalité d'Anvers et nous avons sollicité de former au corps législatif et pour la formation de laquelle nous avons demandé à être autorisés à faire quelques démolitions, »
Au milieu de cette place on aurait « élevé un monument ^ à la mémoire de Roche , tué , comme nous l'avons dit , lors de la fermeture de Téglise.
Cette dernière considération était une de celles qui <l déterminaient le plus Tadministralion centrale revendre cet édifice, pour l'aliénation duquel elle aurait pris toutes les mesures préliminaires nécessaires, afin que celle-ci pût tourner au plus grand profit de la république. i> L'administration centrale invitait le Ministre, dans le cas où sa lettre ferait naître quelques observations!!), à les lui transmettre. L'épitre portait les signatures de trois membres de l'administration centrale, dont nous ne citerons pas les noms , ces graves citoyens étant dignes d'être traités sur le même pied que le destructeur du temple de Diane ^
1 Voyez la lettre dans le T. H, p. 457 , de l'ouvrage : Nieuwe geschiedenis van .4 )»^ifef>p<;n,c?oor Loue wijkTorfs, publié en 1866. Ce document appartenait à celle époque à M. George, capitaine d'artillerie, et une copie en avait été faite par M. le chevalier Léon de Burbure.
Il va sans dire que la iïu$sive de nos administrateurs centraux fut accueillie avec étonnement par le Ministre des finances qui, en homme d'esprit, ne partageait probablement pas la haine de nos gouvernants contre les mouuments célèbres rappelant des anciens souvenirs.
Sa réponse se fit longtemps attendre; lui et ses successeurs étant bien déterminés à ne donner suite aux propositions malsaines de Tadrainistration centrale , qu'après une étude approfondie de la question d^ns l'examen de laquelle on voulait lui faire prendre un sot rôle.
Cependant le3 habitants d'Anvers continuaient à solliciter la réouverture de l'église N.-D. Pour éviter tout motif de refus de la part de la municipalité, ils avaient même proposé de recevoir cet édifice dans l'état où il se trouvait et de se charger de son entretien.
Dans sa séance du 15 vendémiaire an VII (6 octobre 1798), la question fut de nouveau introduite au conseil municipal et l'assemblée se prévalant d'un arrêté postérieur à celui du directoire exécutif du 5 brumaire an VI , était sur le point d'accéder aux propositions qui lui étaient faites, lorsque Dargonne vint de nouveau s'opposer à la prise d'une décision. « Je n'ai trouvé , » écrivit notre commissaire dans sa lettre du 16 vendémiaire an VII, à Tadminislration centrale, je n'ai trouvé de moyens de parer l'effet de cette nouvelle tentative, qu'en faisant remarquer aux administrateurs qu'il existait dans cette église une grande quantité d'objets d'art à enlever, d'autres dont la vente devait incessamment avoir lieu, et qu'avant celte double opération, il y aurait la plus grande imprudence à consentir à la demande faite à l'administration. »
Dargonne, qui n'en veut qu'au culte et qui, fait digne de remarque dans un conamissaire de sa trempe , professe
une grande admiratiop pour les œuvres d'airt, çrsiint cepen dant que sa lettre n^ soit mal interprêtée par les fortes têtes de l'administration centrale, et qu elle n'engage ces vaadaieg à décréter soit la vent^, soit la démolition de la cathédrale. Il émet donc l'idée de convertir cet édifice en mu^ée national.
Par de$ argument^ qui lui font honneur , il fait ressortir , « quç cçtte commune , après avoir perdu la plupart de^ chefs-d'œuvre qui y attiraient les étrangers , peut avoir l'espoir de conserver quelques bons tableaux qui lui restent encore. » Nous avons, ajoute notre commissaire avec une cer-^ taine énergie , » « nous avons au moins autant de droit de prétendre à cette faveur, que la ville de Gand qui viant d'obtenir pour cette fin la çi-devant église de St.-Pierre. » Évidemment tous les An versois se seraient rangés de l'opinion de Dargonne ! Mais l'administration centrale ne comprenait pas la chose dç la mênie manière que notre commissaire et daps sa réponse du 19 vendémiaire, elle lui répondit brutalement ce qui suit ; a Nous avons reçu, citoyen, voti-e lettre du 16 du çourapt, dans laiijuelle vous nous instruisez de nouveau des intentions que continue de manifester la municipalité d' Anvers, de faire ouvrir l'église cathédrale de cette commune ; ces intentions de la municipalité n'auront bien-^ tôt plus d'objet et la vente de cette église y mettra un terme.^
Et ces menaces , l'administration centrale allait bientôt les mettre en e^kécution. Déjà le 13 août Î798 on avait enlevé de la cathédrale tous les signes extérieurs du culte , tels que les croix qui surmontaient les tours et les toits, ainsi que la statue dy Sauveur placée au-dessus de la coupole. Le 24 octobre on fit remeltre par le carillonneur, Thor^ loger et les veilleurs, les clefs qui donnaient accès à la tour , de peur que le peuple ne s'en servît pour sonner le
tocsin. Un mois plus tard, le 15 novembre et les jours suivants, tous les meubles et objets d'art qui ornaient l'église N.-D.furentmis publiquement en vente. Ainsi que nousTavons dit ailleurs, * une somme de fr. 17,270.81 fut le produit total d'un temple auquel nos ancêtres avaient consacré des millions. L'intérieur ne présentait qu'un amas de décombres. Les agents de la convention avaient poussé leur rage dévastatrice jusqu'à enlever les pierres tumulaires qui composaient le pavé de l'antique église. A tort ou à raison , l'opinion publique désignait les membres de l'administration centrale comme les auteurs de ce désastre.
Des paroles d'exécration sortaient de toutes les bouches ; aussi le 30 novembre fit-on enlever les battants , les bascules et les cordes des cloches , tellement on appréhendait un soulèvement général. Ces objets furent transférés à VEeckhof on magasin de la ville , situé dans la rue du Couvent.
Ces actes de violence , commis à froid , produisirent un etfet diamétralement opposé à celui qu'en espérait l'administration centrale. Au Heu d'abattre l'opposition , ils l'organisèrent. Il se forma à Anvers un groupe d'hommes énergiques qui s'imposèrent la tâche de sauver la cathédrale, à n'importe quelles conditions, fût-ce même au prix de leur liberté.
Nous avons déjà cité les sieurs Peeters et de Roy. Nous devons joindre à ces courageux .citoyens l'imprimeur du département Jean-Étienne Parys ,1e boutiquier Jean-François Bastiaensens, l'architecte Jean Blom, les entrepreneurs J.-F. Cornet et Jean Roelants et les officiers municipaux Jacques PhiUps et Pierre-Joseph van Grimbergen. Dans la lutte qu'ils allaient entreprendre contre un corps aussi puissant que l'ad-
' Voyez notre notice précitée , p. XXXVUI.
ministration centrale , ils ne faillirent pas un instant au mandat qu'ils s'étaient imposé et ils ne se retirèrent du champ de bataille qu'après avoir remporté sur leurs adversaires une victoire complète auprès du gouvernement du pays.
Faisons plus ample connaissance avec ces dignes concitoyens ; nous leur devons un hommage d'autant plus ^rand , que tous n'étaient pas enfants d'Anvers et que, par conséquent, dans leur lutte contre l'arbitraire et l'ignorance , ils n'étaient guidés que par le seul désir de faire le bien et d'épargner à leur patrie la honte d'un acte de vandalisme équivalant à un forfait.
Corneille Peelers , fils de Pierre et de Jeanne Feyens , était né en 1749, à Borsbeeck, village situé aux environs d'Anvers ; il avait fait des études scientifiques sérieuses et avait obtenu le diplôme de docteur en médecine. De son mariage avec Françoise-Carohne-Benoite de Winter , il avait eu trois enfants dont l'aîné, en 1800, avait atteint Tàge de 19 ans. A cette époque , il habitait une maison de la rue des Sœurs noires, portant le n^ 1793 de la 1^*^ section *.
Jean-Étienne Parys avait vu le jour en 1753 ; il avait contracté mariage avec Guillemine Smits et avait établi une typographie d'une certaine importance dans une maison de la longue rue Porle-aux-vaches, marquée section 1, n*^ 1799. Il était par conséquent un des proches voisins de Peeters ; son alliance avec ce dernier est d'autant plus remarquable qu'il était l'imprimeur en titre de l'administration centrale du département, et que, son opposition aux actes de ce corps, pouvait lui causer un préjudice notable ^.
* CeUe maison porte aujounl'hui le N^ 14. Corneille Peeters mourut le 18 novembre 1828 dans une maison sise près de la Boucherie et marquée section !»■• N<» 278. Il avait 78 ans 10 mois et 28 jours.
- Jean-Élienne Parys mourut le 23 février 1806 ; sa veuve alla habiter la ville de Lierre le 28 octobre 1809.
Aqnç-Cbarles de Roy, natif da Paris, était fils de Charles- Antoine et d'Anne-Françoise des Rochers. Il était inscrit aux registres de Tétat-civil confime rentier et fnl noniraé par )a municipalité aux fonctions de membre de la Commision des Hospices, conjointement avec les citoyens Keersmakeps, Georgerie, de Moor et Franck. Il avait épousé AnnerCatherine van Polfliet et habitait une maison du Vi^ux Marché aux Cordes, ou plutôt du Vieux Marché aux Blé, marquée n" 534 de la 3® section * .
Jean-François Bastiaensens était né à Breda , le 33 juin 1760. Il habitait Anvers depuis 1788 , et y exerçait la profession de boutiquier, dans une maison sise à la Place Verte et portant le n»436 de la 3« section *• H était veuf da Jeanne -Elisabeth Ritter et était lié d'amitié avec de Roy, dont il était le voisin et dont il signa en 1804 Tacte mortuaire.
L'architecte Jean Blora, né le 13 novembre 1748, à Weiler , dans le diocèse de Cologne , vint habiter Anvers en 1768. Élève de notre Académie royale de peinture , il y remporta, en 1775, le premier prix d'architecture et, deux ans plus tard, le premier prix de perspective; d'après les archives de St. Luc, il cultivait aussi la peinture et déjà en 1780, il rem,plissait les fonctions de sous- professeur d'Architecture, de géométrie et de perspective auprès de noire premier institut artistique.
ï^e 9 janvier 1780, il fut promu au grade de professeur, titre qu'il conserva, même sous le gouvernement de la république française. Pendant plusieurs années il remplit aussi les fonctions d'architecte dé lu ville, de la municipalité et de Tadministration centrale du département. De son mariage
1 Cette maison porte aujourd'hui le n* 15; Anne-Cbarle^ de Roy y nounU le 13 germinal an XH (3 avril 1804) à râge4e 78di<s* f Alijoui^d'i))ii l« uo 1$ 4e la Pkce V«fte.
— il ^
avec Anne-Thérèse Antoine étaient nés plusieurs enfants dont quelr^iles-uns moururent en bas-âge. En 1800 il habitait une maison de la Plaine de Malines, section 4, n« 15 *, Lié d'amitié avec les premiers artistes de Tépoque, sa compétence en matières d'architecture était reconnue par tous ^. Le peintre Matthieu-Ignace van Brée Taffectionnait particulièrement.
Jacques Philips, homme de loi, naquit à Caen en 1752; républicain sincère , il entra dans la municipalité d'Anvers, qu'il présida en 1799. En 4800, il habitait la maison S. 2, n^ 677 ^ dans laquelle il mourut le 16 vendémiaire an XI (8 octobre 1802). Il avait épousé Susanne Watson, appartenant probablement à une famille anglaise. Il en eut un fils portant les noms de François-Hardi Philips.
Enfin Pierre-Joseph van Grimbergen, né à Anvers le 25 septembre 4752, fils de Jean-Charles van Grimbergen et de Christine Wirckx. Officier de la municipalité, depuis 1797, il demeurait à cette époque dans la longue rue Neuve, et eut de grand revers de fortune. A la fin de sa vie , il fut sujet à des attaques d'apoplexie. En 4824 il occupait avec sa femme Jeanne-Catherine Ferrier, un quartier d'une maison de la rue de l'Élan (Reynders).
L'architecte Blôm eut l'honneur d'entrer le premier en lice. Déjà le 7 vendémiaire an V (28 septembre 1796), l'administration municipale , sur les faux bruits qu'on répandait à dessein sur l'état de solidité de la cathédrale, lui avait demandé si en vérité la tour de cet édifice « menaçait en manière quelconque un péril prochain d'écroulement et si son état présageait quelque malheur aux personnes qui passeraient dans les avenues de la dite tour ? :&
» Aujourd'hui le A» 14 de là rue de la Porte St*6eorge. ' L'architecte Jean Biom mourut à Anvers, le 12 juin 1825. ' Cette maison porte aujourd'hui le n^ 13 de la rue du Navet.
Notre artiste, après inspection des lieux , avait complètement rassuré nos édiles et leur avait péremptoirement prouvé qu'il se passerait encore des siècles, avant que, par le travail des temps, notre église principale, chef-d'œuvre de construction, eût à inspirer des craintes de chute. A son tour, par dépêche du 5 frimaire an VIT (23 novembre 1798), le Ministre de Vintérieur François de Neufchateau, à qui probablement on avait transmis les étranges propositions de Tadministration centrale , requit cette dernière à lui transmettre « divers renseignements sur la consistance et l'état tant de l'église cathédrale d'Anvers que de la tour qui en dépend. »
En présence de cette injonction, l'administration centrale crut ne pouvoir mieux faire que de prier l'architecte Blom de dresser un plan de cet édifice, avec sa coupe et son élévation ; on invitait en même temps l'artiste à déterminer « les sommes nécessaires à la réparation et à l'entretien de l'église » et a reconnaître « si elle présentait ou non, dans ses parties ou dans son ensemble, des objets dont la conservation pût intéresser les arts. » C'était aller à confesse chez le diable ; le fait prouve cependant que le gouvernement ne procédait pas à la légère dans une question de cette importance et qu'à Paris on était loin de se laisser prendre dans les filets mal tendus de notre administration centrale.
Le travail demandé à l'architecte Blom était considérable et quoique cet artiste eût consacré une partie de sa vie à l'étude de notre cathédrale , il lui fallait assurément plusieurs mois pour exécuter les plans demandés par le gouvernement. Il y songea sérieusement, mais le temps lui manqua pour mettre immédiatement la main à l'œuvre.
Le 17 pluviôse suivant (5 février 1799) , l'administration
centrale rappela sa demande en invitant Blom à se hâter de terminer le travail que le Ministre de l'intérieur désirait recevoir depuis longtemps. Dans sa lettre du 27 du même mois , notre architecte fit connaître les motifs qui ne lui avaient pas permis de donner immédiatement suite au désir de ses commettants, ce II avait » disait-il , î eu le malheur de se démettre le pouce de la main droite. » A cet accident se joignait la rigueur d'une saison « peu propre pour un travail de cette nature , travail auquel il ne pourrait se livrer en cet instant sans compromettre sa santé, vu l'état d'humidité continuelle de Tair qu'on respire dans le vaste et antique vaisseau delà cathédrale ! » D'ailleurs Tadministration n'ignorait pas que « son existence était maintenant la seule ressource de sa famille, à qui il devait sa conservation » ; il semble résulter de cette déclaration que l'artiste venait de perdre ses fonctions d'architecte de l'administration centrale.
Notre architecte promettait cependant de commencer le travail dès qu'un changement se serait produit dans l'atmosphère. Il est possible que les raisons invoquées par Blom soient vraies , mais nous savons de bonne part qu'il retardait l'exécution des dessins pour d'autres motifs. On s'attendait à un changement de gouvernement et on espérait voir promulguer des lois qui auraient sauvé les monuments anciennement consacrés au culte. Temporiser était donc une tactique qui pouvait être utile à la cathédrale.
Grâce à la générosité de ses filles les dames Jeanne- Catherine et Marie-Joséphine Blom *^ nous possédons aujourd'hui, au Musée d'antiqnités d'Anvers, les plans dressés à cette occasion par l'éminent architecte. En voyant les
» Marie-Joséphine Blom, née le 22 juin 1793, contracta mariage avec Jean- Baptiste Smets et mourut à Anvers, le 30 juin 1878.
soins que Tartiste a mis à Texécution de ces dessina , on peut dire qu'il a travaillé cou amore ; s'il est vrai que ses levées laissent parfois à désirer sous le rapport de la pureté du style, on n'en peut accuser que le goût de répoque qui n'entendait rien aux constructions ogivales.
Blom travaillait encore à ces plans lorsque le général Bonaparte fit son coup-d'état du 48 brumaire (9 novembre 4799); le 7 nivôse an VIII, (28 décembre suivant), parut le fameux décret des consuls stipulant que « les citoyens des communes qui étaient en possession au premier jour de Tan II, d'édifices originairement destinés à l'exercice d'un culte continueraient à en user librement sous la surveillance des autorités constituées et aux termes des lois des 11 prairial an HT et 7 vendémiaire an IV , pourvu et non autrement que les dits édifices n'eussent point été aliénés jusqu'alors. i>
Un décret du môme jour réglait la question si importante de la formule du serment du clergé ; toutes les dissidences entre les catholiques et les républicains cessaient comme par enchantement.
A peine ces décrets qui devaient apaiser les troubles reUgieux et sauver la cathédrale, étaient-ils connus à Anvers, que les sieurs Peeters, Bastiaensens, de Roy et Parys s'adressèrent à la municipalité pour l'inviter à vouloir leur accorder l'ouverture et l'usage de cet édifice non aliéné, « Us se soumettaient à ce que les lois ordonnaient et statuaient sur cet objet. »
Dans sa séance du 23 pluviôse suivant (12 février), la municipalité présidée par le citoyen Georgerie et en présence des citoyens Moreaux, Philips, van Hal, van Grimbergen, Melerio, Desruelles et Raeymaeckers , admiuistrateurâ municipaux , de Dargonne , commissaire du gouvernement, et de P. -G. de Moor, secrétaire en chef, accoixia la
demande des pétitionnaire$ et décida de leur' envbyer une copie de l'arrêté ainsi qu'au commissaire de police de la 3^ section. Le 13 février les clefs de Téglise furent remises au docteur Peeters, qui les fit parvenir immédiatement au citoyen Jean-Pierre . van Dyck, ancien concierge de lu cathédrale.
Dargonne, qui avait assisté aux délibérations de la municipalité , agissait-il de bonne foi envers ses collègues ou bien dénonça-t-il perfidement leurs actes aux autorités supérieures? Nous Tignorons, mais, il est constant qu'il reçut le 27 pluviôse, (16 février) une lettre par laquelle il était invité à communiquer sur le champ à l'administration centrale, une expédition de l'arrêté ordonnant la réouverture de la ci-devant église calhédrale.
L'administration centrale ne put contenir sa colère en lisant les termes formels de l'arrêté de la municipalité. Comme elle vit que sa superbe proie allait lui échapper sur le terrain de la légalité , elle chercha d'autres moyens pour arriver à la démolition de la cathédrale, «Informée, » disait-elle » «que cet édifice est tellement endo^ïimagé que plusieurs de ses parties intérieures menacent rqine ; considérant que l'arrêté des consuls devait néi^essairement excepter et jusqu'à réparation , les édifices dont le mauvais état pouvait faire craindre quelque danger, et que la loi du 24 août 4790 chargeait les administrations locales de prévenir les accidents qui pourraient résulter de la chute des bâtiments en péril, elle suspendait provisoirement l'arrêté de la municipaUté et ordonnait de remettre les clefs au commissaire du gouvernement près Tadministralion centrale, qui était chargé de prendre des mesures de concert avec elle pour que le bâtiment fut remis dans un état convenable à recevoir des citoyens. » En effet, il paraît que nos administrateurs centraux, épouvantés eux-mêmes des actes de vandalisme qu'ils
avaient laissé commettre dans l'église de Notre-Dame , ne craignaient rien pius que de les voir exposés aux yeux sévères de leurs concitoyens !
Dès qu'on eut connaissance de cette décision, le sieur Parys s'empressa d'aller reprendre chez le concierge vanDyck les clefs de l'église el ce ne fut que le lendemain que Dargonne vint les requérir auprès du citoyen Peeters. (le dernier répondit le même jour au commissaire du directoire qu'il « n'était pas le dépositaire des clefs , mais que, pour prouver combien il désirait toujours se soumettre aux lois et aux fonctionnaires qui en sont les organes , il allait sur-lechamp communiquer la lettre qu'il venait de recevoir aux citoyens qui avaient^ conjointement avec lui, demandé Touverture de la cathédrale , conformément à l'arrêté des consuls. » Lui et ses co-signataires se seraient adressés en même temps à l'administration municipale et dès qu'ils en auraient obtenu une réponse, ils se seraient empressés de faire part des résolutions prises au commissaire du gouvernement.
Et en effet, le 4 ventôse suivant (20 février 1800) nos énergiques concitoyens exposèrent éT la municipalité les faits qui venaient de se passer. Avec une logique irrésistible, ils informèrent nos édiles qu'ils avaient différé de remettre les clefs de l'église au citoyen Dargonne, jusqu'à ce qu'ils eussent prévenu de sa réclamation l'autorité dont ils avaient reçu ces instruments et que cette dernière leur eût notifié sa décision.
La municipalité se trouva justementfroissée de l'immixtion de l'administration centrale dans les affaires dont la connaissance n'appartenait qu'en deuxième Heu à cette dernière. « C'était à la municipalité qu'incombait la surveillance des bâtiments en péril , ainsi que celle des lieux publics ! »
Il allait donc surgir un conflit d'attributions dont il était impossible de prévoir l'issue. Cependant la municipalité, qui voyait fort bien que, dans la questionna traiter, le droit et la raison étaient de son côté, ne voulut pas compromettre le beau rôle qu'elle avait à remplir par des décisions violentes ou intempestives. Elle décida de combattre ses adversaires jusque dans leurs derniers retranchements sans sortir cependant un moment du vaste cercle où la loi et la modération lui permettaient de se mouvoir. Voyant que l'administration centrale continuait à prétendre que la cathédrale menaçait ruine, elle nomma une commission composée des citoyens Blom, architecte, et Roelants et Cornet, entrepreneurs de bâtiments, pour constater l'état réel de l'édifice et pour en faire un rapport qui serait communiqué à Tadministration centrale. Les officiers municipaux van Grimbergen et Mellerio devaient accompagner ces gens de l'art et prendre soin que le public ne fût pas admis dans l'église pendant Texpertise.
11 est à remarquer que Dargonne trouva convenable de ne pas assister à la séance et que la municipaUté, se conformant à la loi, nomma un des siens, le citoyen van Nereaux, pour remplir les fonctions de commissaire du gouvernement.
Le lendemain l'administration centrale se réunit à son tour. Elle ne se composait que de trois membres, du commissaire du'gouvernement et du secrétaire-adjoint. Informée par son commissaire, disait-elle, que l'administration municipale né se mettait pas en devoir d'exécuter l'arrêté de l'administration centrale qui la chargeait de déposer entre les mains dudit commissaire les clefs (de la ci-devant cathédrale, elle arrêtait que * si cette remise n'avait pas eu lieu ce jour même avant six heures du soir , elle aurait considéré cette non-éxécution de ses décisions comme un refus et s6
réservait de prendre 9 l'égard de la municipalité telles njesures que de droit. De plus, .^Ue rendait personnellement ret^ponsable chaque membre de radministration municipale de l'exécution de son arrôtié et des désordres qui pourraient résulter de sa désobéissance. i>
Plus le langage de radministration centrale devenait violent, plus celui de la municipalité restait calme et digne. Sans céder le moindre de leurs droits, nos édiles répondirent le 3 ventôse par une lettre qui, sous la forme la plus convenable, équivalait à une fin de uon-recevoir. « Lorsque,^ écrivaient-ils à TadministraUen centrale, « votre arrêté du 27 pluviôse qgi suspend l'exécution du nôtre du 23 du même mois, nous esi parvenu, nous avions déjà optempérô a la demande qui nous avait été faite par des citoyens de cette commune, de leur laisser la jouissance de la cidevant cathédrale , conformément à l'arrêté des consuls en date du 7 nivôse dernier. En conséquence, ï> poursuivaientils avec énergie, a il nous est impossible de satisfaire à votre arrêté de ce jour concernant la remise à faire des clefs de la cathédrale, mais, ^ ajoutaient-ils en dernier lieu, «pour vous iTîettre à portée de prendre les mesures que vous jqgez'ez convfeinables ppiir les retirer des mains des détenteurs actuels, noui^ vous informons que les signataires de la pétition sur laquelle nous avons accordé l'ouverture de cet édifice, sont les citoyens Bastiaensens , Peeters, Parys et de Roy, et qvie d'après le^ informations que nous avons prises, ce sont e\iix qyii sont maintenîjnt (lépo§il,a^.res de ces clefs. » J^a lettre était signée par le président Georgerie et le sepré.t?iire d^e Mpor,
IJne dejiifième leUrp çnvoyée le niême jour aux mêrftps %5 par le .ç.onimi^çaire près (Je radministratipii centrale Jfiit ^uiviç d'une répPAse identique. « Nous avons, » disaient
riôS liiùnicipauÀ , i donné à' ràdrtiinîsfràfibn , près raqùelle voaâ exercez v'éS* fondions , l'es rioms dés dépositaires des crêfs ; veuillez vous' concerter avec elle pour . atteindre le fcùt (^u^ vous vous pWposéz l**un et I àuïrb. »
Ces lettres firent éclater Torage qui couvait depuis longtemps.
Ij'administration centrale, qui voulait déverser sur là municipalité une partie de rimpopuTarité qui l^écrasàît et qui n'osait plus agir pu'bliquemént' dé' peur dé provoquer uil soulèvement geiiéral, né trouva rien de mieu^i que dé i^xev de rébeltion la conduite nîodérée de nos édiTes. a Vous avez fait, »^ écrivait-elle lé même jour, a la remise des clefô aux citoyens que vous désignez dans votre lettre dé cô joùrd'huî. C'est donc à vous à les faire rendre et les transmettre au comriiissàire du gouvernement près de nous. Touf retard montrera de votre part une rébellion aux ordres supérieurs. ï> Après avoir iteratîverhenl ordonné à' lios municipaux de se faire rendre ces clefs auxquelles personne n'osait' tbùcïiér, et de les faire déposer' entre lés mains du commissaire du département, elle les avertissait de la rupture de la cbrrespondiâhce : « célW lettré » disaient nos administrateurs (ieiUraux, « est là dernière que vous recevriez de nous à ce sujet. » On* voit qu'à fadministration ceiilïàlè l'insolence égalaiV là méchanceté et la barbarie.
Coni'me toujours , la réponse de la municipalité fut dïgné et pleine de convenance. « Loin de vouloir nous' mettre en état de rébellion aux ordres supérieurs, i> écrivait- elle sous la date dû 5 veriïôse , (24 février)' a radmînislràtîon centrale, <^ nous désirons, au contraire, sincèrement faire tout ce qui est eh noùii poUr en assurer rexéculidn iors^we nous pouvons le faire sans nous compromellre. »
En éffef, saris ^e dédiï^é, nos édiles né • pouvaient' sati's-
faire aux injonctions de l'administration centrale qui étaient contraires,non seulement à l'arrêté des consuls, mais encîore, comme nous le verrons plus loin , à la vérité , du moins pour ce qui concernait Tétat de conservation de la cathédrale.
Après avoir annoncé qu'elle venait de communiquer la lettre de l'administration centrale aux citoyens auxquels les clefs de l'église N.-D. avaient été remises , la municipalité finissait sa dépêche par le paragraphe suivant : « Eu conséquence , citoyens administrateurs , nous croyons avoir fait tout ce que notre devoir nous dictait, et nous vous invitons à croire que nous n'avons jamais eu la plus légère intention de nous mettre en opposition à vos résolutions. La preuve s'en trouve dans la mesure ci-dessus énoncée , dans laquelle nous avons persisté, malgré V opposition qu'a faite "le commissaire du gouvernement près de nous y à Venvoy de la susdite copie. » La connaissance de ce dernier fait est d'une importance capitale : il semble donc prouvé que le rôle de Dargonne manquait de franchise ; notre commissaire y dut en partie sa chute.
Presque en même temps que la lettre de l'administration centrale, la municipalité reçut le rapport de l'architecte Blom et des entrepreneurs Roelants et Cornet sur l'état de conservation de la cathédrale. Si jamais gouvernants reçurent un brevet de mauvaise foi, ce furent bien les membres de Tadministration centrale. Des hommes de réputation dont à cette époque, personne n'osait mettre en doute les connaissances et la grande compétence, y déclarèrent qu'après « l'examen le plus scrupuleux et le plus strict de toutes les parties de l'édifice, depuis les fondements jusqu'au toit, ils avaient trouvé et reconnu et affirmaient d'après les connaissances de leur art, que ce bâtiment était de la plus grande-
solidité, qu'il n'y avait pas même l'ombre du danger et qu'il n'exigeait aucune réparation quant à sa solidité , mais qu'il en avait seulement besoin quant à l'embellissement et à la propreté dont l'un et l'autre n'existaient plus par le démolissement des autels et autres ornements. »
Ils avaient trouvé sur les toits quelque dommage fait par a l'abatage des croix, » mais, ajoutaient-ils, ce dommage très léger ne mettait pas le bâtiment en danger et pouvait être aisément réparé avec quelques planches et quelques ardoises. Ils déclaraient enfin que l'église N.-D. « pouvait exister sans réparation, plus d'un siècle, sans que, dans cet espace de temps, elle pût être considérée comme un bâtiment en péril et qu'il pût y avoir le moindre danger pour les personnes qui s'assembleraient dans son intérieur. »
En présence de ces pièces, l'administration centrale écumait de rage. Ne pouvant se venger ni sur les consuls pour la publication de leur arrêté du 7 nivôse , ni sur la municipalité qui en avait assuré Tcxécution, ni sur les architectes qui avaient constaté la solidité du monument, ils s'en prirent à deux membres isolés du magistrat, les citoyens Philips et van Grimbergen et aux citoyens Peeters et Parys , dépositaires des clefs de l'église.
Par un arrêté pris en séance du 13 ventôse an VIII (4 mars 18()0) l'administration centrale suspendit les deux premiers de leurs fonctions se réservant de lancer un mandat d'arrêt contre les deux derniers. « Informée , d disaitelle , « qu'il s'est élevé au sein de la municipalité un parti d'opposition dont la force (sic) d inertie entrave toutes les opérations d'administration publique ; que l'influence de ce parti d'opposition s'est plusieurs fois manifestée lorsqu'il s'est agi d'exécuter les dispositions prises par l'admhiistration centrale, dans diverses circonstances et que c'est principalement à cette influence qu'elle doit attribuer Tinexé-
cuiiott de son arrêté du 27 phiviôse dernier relatif à la remise des; clefs delà ci-devant église cathédrale, et la lettre indécente élevée (sic) contre elle à celte occasion, au nom de Tadministration municipale d'Anvers ; informée que les citoyens Philips et van Grimbergen avaient, en quelque sorte, créé ce parti et n'avaient pas cessé d'en être l'àme, elle les suspendit de leurs fonctions ! Expédition de l'arrêté devait être envoyée au ministre de Tintérieur, avec invitation d'en solliciter la confirmation auprès des consuls, ainsi qu'au citoyen Dargonne,. qui était chargé de son exécution et de sa notification aux individus (sic) qu'il concernait.
Sans attendre la confirmation requise des consuls, Dargonne eut le triste courage de mettre cet arrêté à exécution et la séance de la municipalité du 15 ventôse an VIII (6 mars dSOO) fut consacrée à un acte d'ostracisme unique dans notre histoire locale.
La municipalité courbait momentanément la tête : il fut décidé que les clefs de l'église seraient remises aux commissaires du gouvernement, conformément à l'arrêté du 27 pluviôse; de plus on enregistra, sans commentaires, la notification de l'arrêté suspendant de leurs fonctions les citoyens Philips et van Grimbergen, olfi'ciers municipaux.
On sent à la lecture de ce document que les décisions de l'Administration centrale avaient provoqué une grande irritation et que, pour ne pas envenimer les débats, on s'en tenait, à une simple constatation des faits. Mais si la municipalité fléchissait devant l'administration centrale , il n'en était pas de même des courageux concitoyens à qui nos. édiles avaient fait la remise des clefs de l'égUse.
Lorsque le commissaire de police de la 3® section se présenta le 15 ventôse (6 mars) devant les citoyens Peeters
ef Parys, ceur-ei lai répondirent par procès-verbal que l'usage de la cathédrale leur ayant été accordé en vertu d^un arrêté de h municipalité, basé sur celui des consuls du 7 nivôse, ils ne pouvaient se dessaisir des clefs ; cependant pour ne pas avoir Tair de s'opposer directement ou indirectement à la décision de l'administration centrale du 27 pluviôse dont une copie leur avait été transmise par la municipalité, et qui ne pouvait entraver l'exécution des décrets des constiis, ils consentaient et promettaient de ne pas ouvrir la cathédrale au public avant que les consuls n'eussent prononcé sur' l'opposition faite par l'àditiinistration centrale à Tarrété du 7 nivôse.
Cette réponse augmenta encore, si possible , l'irritation de l'administration centrale. Le juge de paix A.-J. Begoden, officier de police judiciaire, fut chargé de lancer un mandat d'amener contre les citoyens Par^'s et Peeters. Ce fonctionnaire s'acquitta de sa mission le 19 ventôse (l'O mars 1800) , parle miriistère de l'huissier Antoiiie Willebors. Ce dernier ayant requis nos deux concitoyens de le suivre, ceux-ci obéirent immédiatementaux ordres donnés au nom de la loi. Mate deux jours après, le 21 ventôse, de concert avec leurs confrères de Roy et Bastiaensens, ils adressèrent au ministre de Tiiitérieur une protestation, véritable monument de courage et de fierté civique. « Citoyen ministre, ï> disent nos concitoyens, «l'exécution des lois est suspendue dans le département des Deux-Nèthes ; l'abus de pouvoir le plus inouï y succède. L'arbitraire le plus révoltant y est à l'ordre du jour et — c'est l'administration centrale qui commet tous ces désordres !
« C'est elle que nous dénonçons par la présente pour s'être opposée arbitrairement et sans motifs, à l'arrêté des
consuls du 7 nivôse dernier , rais à exécution par Tadministration municipale de la commune d'Anvers. »
Après avoir fait connaître les rétroacles du conflit et signalé la suspension de leurs fonctions des citoyens Philips et van Grimbergen, Peeters, Parys, Bastiaensens et de Roy rendent un hommage mérité à la fermeté de ces magistrats en disant que l'administration municipale , par son arrêté du 15 ventôse , avîiit prouvé « qu'elle avait réellement perdu son âme. » Citant ensuite l'arrestation des sieurs Peeters et Parys , nos concitoyens ajoutent : « A-t-on jamais vu, citoyen ministre, une pareille prévarication ? A-t-on jamais vu un pareil abus de pouvoir? A-t-on jamais vu enfin une pareille fureur de dominer ? Quoi ! Tadministration centrale ne se contente pas de maltraiter la municipalité, qui lui est subordonnée , et de lui commander rinfraction des lois, elle veut encore se mettre au-dessus des consuls et des lois mêmes ! d
L'acte d'accusation finissait par le passage suivant à l'adresse de l'administration centrale. «Elle vous dira peutêtre (citoyen ministre ,) comme elle a voulu insinuer à l'administration municipale , qu'elle craignait que le peuple ne se soulevât à la vue des dilapidations commises dans la cathédrale, mais qui, » disaient Peeters et ses co-signataires, « qui les a souffertes, ces dilapidations ? Qui les a autorisées ? Qui a vendu ou souffert qu'on enlevât, sans être vendues, jusqu'aux pierres qui couvraient l'entrée des tombeaux et formaient une partie du pavement de Téglise ? — C'est l'administration centrale ! »
y> Elle pouvait donc avec raison craindre un soulèvement contre elle-même , mais cette crainte ne l'autorisait pas à s'opposer à l'exécution de l'arrêté des consuls. D'ailleurs , citoyen ministre, cette crainte était chimérique et nous
vous assurons qu'il ne pouvait y avoir aucun danger, puisque notre intention n'a jamais été d'ouvrir cette église au public avant de l'avoir fait réparer et fait disparaître toute trace de dilapidation.
« Et puis , y> ajoutaient- ils avec sarcasme , « et puis l'administration municipale chargée de la police, qui avait su en vendémiaire et brumaire an VII, résister avec quarante hommes de garnison, aux brigands de Textérieur et à ceux de l'intérieur, aurait bien su comprimer les séditieux, qui auraient voulu venger sur V administration centrale les dilapidations commises par ses ordres ou sa connivence dans Véglise cathédrale ! »
De crainte que cette protestation ne parvint à son adresse, Parys la mit sous presse et en tira un grand nombre d'exemplaires. Nous en avons un devant nous, doré sur tranche ; il nous a été d'une grande utilité dans la rédaction de cette notice. »
Le coup porté à Tadministralion centrale avait frappé juste ; disons plus, il l'anéantit. Le gouvernement de l'état vit dans la pétition de Peeters et de ses co-signataires une nouvelle preuve qu'il fallait mettre immédiatement un terme à l'anarchie qui régnait à Anvers. Il y pourvut en hâtant l'arrivée du préfet qui devait prendre en mains la direction du département. Le digne d'Herbouville, dont le souvenir est encore si vivace chez nous , s'empressa de redresser les torts d'une administration haineuse et barbare. Dirigé par de grandes idées, il s'empressa de sauver ce temple, témoignage immortel de l'art de nos pères. A la demande souscrite par Peeters , Parys, de Roy et Bastiaenssens, il s'empressa de répondre le 25 floréal an VIII (15 mai 1800) par un arrêté qui en restituant à nos concitoyens les clefs, objets de tant de disputes, leur permit enfin de déblayer à
leurs frais et (te rétablir dans un état convénâ*fele a ré)^ei*cîce du culfe, la ci-devant cathédrale d'Anvers. 1*outés les décades, ils devaient fendre compte du progrès de leurs opérations. L'architecte Blom qui avait fait le devis des réparations à faire et qui les avait évaluées à 10,690 francs, fut charge, par dépêche du 5 pfairial suivant (25 mailSCK))', de sui*veillef et de d'iriger le travail. Évidernméht on ne pouvait faire choix d'un artiste plus compétent.
ti'bûvriage fut poussé avec vigueur ; Peetefs , Parys de Roy et Bastiaensens eurent le bonheur de le voir couronné de succès.
« Le 19 du mois d'avril 1800 » dit le concierge van Dyck dans l'es notes manuscrites qu il a laissées dé cette orageuse époque, « on m'a restitué les clefs de Téglise, et le 21 du même lïiois on a corfimencé à réparer la coupole ; ensuite on a restauré le toit de toute Téglise avec les gouttières , puis les fenêtres et les façades. » On voit que Peeters et ses compagnons n'y allaient pas dé main morte.
Une nouvelle administration dbnt le maire Jean-Étiônne Werbrouck était le chef, avait pris place à l'hôtel-de-ville , et comme Suite au concordat du 15 juillet 1801 , un* conseil' de fabrique avait été* iniifallé' dans la cathédVale qui désormais prenait lé' simple titre d'église dé Notrë-Ôatnte. Lé 23 floréal an X (13 mai 1802), les' marguilUei^s Ed'mond- Jean-Baptiste Gambier, Jéari vàn Hal, Jean-Baptisté-Joseph Beeckmans et Joseph-Antoine-Charles van Praet demandèrent au mtiire Tautorisation de rouvrir ce temple « pour y exei*cer publiquement le culte de la religion catholique, apostolique et romaine. » Le' stylé enthousiaste dé la l'equête prouvé surabondamment la joie qui itiondait le cœur de tous les Anversois.
IfB maire accéda immédiatement à là demande des màr^
guill.iefsî et da^s sa réponse du 24 floréaj m X (14 mai 1802), il retraça noblement la mission que l'administration de Tégllse aurait à remplir. « Cet édifipe majestueux ï> disait^! « réparé et embelli par vos soins, sera un monument durable qui attestera à la postérité la piété qui vous anime et le bon goût q.uivous distingue, d
» Je bénis avec vous le gouvernement sage qui nous a rendu la paix et la religion. Il a promis des récompenses aux artistes qui travailleraient à embellir nos temples et déjà le peintre reprend la palette , le statuaire son ciseau ; dans peu les ravages et les dévastations du vandalisme seront réparés, ^ Quelle différence de langage avec celui de l'administration centrale du département des Deux-Nèthes ! Il n'y avait cependant qu'un an que ce corps qui ne semblait vouloir régner que sur des ruines, était rentré dans le néant.
Le samedi 16 mai 1802, fixé pour la réouverture de l'église N.^D. fut pour les Anversois un grand jour de fête dans lequel Peeters, Parys, de Roy^, Rastiaensens , Blom, Philips et van Grimbergen recueillirent les fruits de leur coui'age ; ils triomphaient enfin d'une administi'alion tyrannique et détestée et se virent bénis d'une population reconnaissante qui se pUiisait à rendre publiquement hommage à leurs vertus civiques. Déjà le 30 mai 1800, le bureau des marguillers, nouvellement constitué, les avait remerçiéîs officiellement dans la maison de M. Beeckmans.
En outre le pouvoir municipal était vengé des injures de l'administration centrale ; les abus de pouvoir avaient çQS,sé dans les différentes régions de la hiérarchie administrative., La çomjnune d'Anvers, outragée dans la personne de §^.p mandataires, relevait dignement le front.
* D'après les noies du concierge van Dyck , ce fut de Roy qui, à »cs frais, fit déblayor rint^neur de l'église.
Mais comme l'avait fait remarquer Tarchitecte Blom, le temple, tout en ne menaçant aucunement ruine, réclamait cependant de grandes restaurations , surtout en présence des dévastations commises par ordre supérieur.
Le 29 messidor an XI (18 juillet 1803), le premier consul visita Anvers ; connaissant l'attachement des Anversois à leur antique cathédrale , dont il appréciait d'ailleurs le caractère grandiose, Bonaparte accorda généreusement une somme de fr. 15,000, « pour servir aux réparations de l'église d'Anvers.» Plus tard, en 1827, sous le gouvernement de S. M. le roi Guillaume I des Pays-Bas, le conseil de régence ordonna la restauration de la grande tour. On sait qu'en 1815 , ce souverain avait daigné rendre à l'église deux des tableaux de P. P. Rubens qui avaient embelli ce temple jusqu'aux temps de la conquête française ; en échange d'autres peintures, placées au Musée de la ville , il l'avait enrichi en outre d'un troisième chef-d'œuvre qui, jusqu'à la même époque , avait été l'ornement de l'église Ste. Walburge.
Les travaux de restauration de la grande tour continués sous le gouvernement de LL. MM. Léopold I et Léopold II, furent dirigés successivement par les architectes communaux Pierre-Bruno Bourla , François-Jacques Stoop et Pierre Dens ; elles se poursuivent en ce moment sous la conduite de M. Gustave Royers, ingénieur de la ville. D'après les comptes de la commune, elles ont déjà coûté la somme ronde d'environ fr. 900,000 *.
La restauration des bâtiments de l'église et celle de la petite tour entreprises par la fabrique furent commencées en 1844 sous la direction de M. François Durlet, architecte à qui l'on doit le dessin des splendides stalles qui ornent
* A la fin de Vannée 185i , les dépenses s'élevaient à fr. 567,977.58 ; et à la fin de rexercice 1857 , à fr. 647,219.81.
— Sole chœur de Téglise; à sa mort arrivée le 2 mars 1867, il eut pour successeur M. Eugène Gife, architecte de la province et qui, à peine entré en fonctions, accomplit avec talent la restauration de l'ancien chœur de Jérusalem aujourd'hui la chapelle de St- Antoine de Padoue.
M. Durlet avait évalué les travaux de restauration de l'église Notre-Dame à la somme de fr. 1,078,258.15; la fabrique, le conseil communal, la province et l'état s'entendirent pour l'allocation de subsides afin de faire face à des dépenses aussi considérables.
Dans une brochure récente *, nous avons exprimé le désir de voir, à l'imitation de ce qui s'est fait à Cologne, terminer l'édifice de la cathédrale d'Anvers. Si jamais ce vœu s'accompht , et notre amour-propre national nous le fait espérer, l'œuvre de conservation opérée par Peeters, Parys, de Roy et Adriaensens aura une inappréciable valeur.
Tl y a près d'un siècle que l'administration centrale du département des Deux-Nèthes fit la sotte proposition de démolir la cathédrale d'Anvers. L'histoire a rélégué dans l'oubli ces nouveaux vandales qui auraient privé l'art d'une de ses merveilles ; mais elle a réservé ses pages d'or à la mémoire des généreux citoyens qui, au prix des plus grands sacrifices, sauvèrent l'église N. D. de la ruine. Si un jour la ville d'Anvers élève un monument à Pierre AppelmanSj l'architecte à qui elle doit l'incomparable tour de son immense dôme , elle n'oubUera pas d'inscrire sur le piédestal de la statue les noms de Peeters et de ses collègues , désormais inséparables de celui du célèbre artiste.
* L'église Notre-Dame d* Anvers et le projet d'agrandissement de ce temple en i52i.