RÉSUMÉ ET CONCLUSION
Si l'on veut faire courir à l'Eglise réformée les risques les plus redoutables ; si l'on veut l'exposer à voir diminuer encore le nombre de ses pasteurs déjà si insuffisant; si l'on veut favoriser la diflfusion du libéralisme théologique; si l'on veut exposer le régime synodal à devenir un instrument entre les mains du parti libéral, qu'on transfère à Paris la Faculté de Montauban. — Ces pertes ne seraient pas, il est vrai, sans compensation. L'Eglise verrait s'accroître le nombre de ses docteurs, celui de ses pasteurs distingués; en même temps, elle pourrait montrer avec une juste fierté le grand foyer de sa science religieuse ; à Toccasioa elle ferait majestueuse figure dans les, solennités aca*-
êêiûiqpm. De tels atantages ont leur prix^ elle ne les dédaignerait pas; mais nous croyons qu'elle ne saurait s'en contenter^ et qu'avant de désirer un luxe d'ailleurs fort légitime^ elle réclame le nécessaire. Elle a besoin du pain qui fait vivre; qu'on ne lui ottve pas k la place de ce pain un bloc de métal précieux qui serait son honneur, mais la laisserait affamée. Qu'on ne sacrifie pas sa vieille Faculté sans avoir la certitude^ en quelque sorte matérielle, qu'elle n'est pas l'un des éléments essentiels de son existence.
Quant à nous, notre conviction est faite depuis longtemps, la Faculté de Montauban doit rester en province. Mais, comme nous l'avons indiqué plus haut, il nous paratt indispensable de la transporter dans un milieu plus central, plus animé, plus favorable au développement intellectuel des étudiants. Montpellier est naturellement indiqué. Ceux qui connaissent cette ville charmante où l'élément protestant est dignement représenté, où le zèle religieux est très-réel, où la culture intellec*tuelle est fort répandue, où les sources d'instruction abondent, reconnaîtront avec nous que la Faculté de Montauban ne trouverait nulle part ailleurs un asile plus approprié et plus fécond en ressources variées. On redira sous mille formes, que, même à Montpellier, cette Faculté ne soutiendra pas la concurrence avec la Faculté parisienne ; que la capitale exercera sur nos jeunes gens une fascination irrésistible, que les élèves de la province, réduits à un petit nombre, seront prompts à se décourager, que les professeurs eux-mêmes subiront le contrecoup de ces circonstances défkvorables ; et l'on ajoutera qu'il vaudrait mieux n'avoir qu'une seule école florissante qu'en d'en avoir deux dont l'une représenterait d'une manière insufQ» sante l'Eglise réformée, et dont l'autre manquerait de prestige et de vie. Nous croyons avoir répondu d'avance à cette objection ; les intérêts qui sont ici en cause et que nous avons mis en lumière, ne sont pas de ceux que l'on immole à de simples prévisions. Ces prévisions, d'ailleurs, ne se réaliseront pâs dans la mesure où on les redoute, et devraient-^l]^es se réaliser, que nous ne verrions pas là un motif suffisant pour prendre, dès maintenant, une décision radicale. Pour tout 4ûre, nous ai-
merions mieux voir disparaître de lui-môme, sous nos yeux, le vieux foyer de notre instruction théologique que de faire la moindre démarche pour éteindre ce qui n'est point encore, grâce à Dieu, un simple lumignon fumant. Est-<^ qu^on ne voit pas les regrets douloureux que nous réserverait l'avenir, si l'avenir venait à nous démontrer la nécessité absolue d'une Faculté que nous aurions supprimée?
Nous la possédons, gardons-la.
Nous avons une Faculté nouvelle à Paris, qu'elle vive et prospère. Entourons-la, efforçons-nous d'y maintenir, nous ne disons pas l'influence réformée — cette influence est acquise, et ce n'est pas au milieu de la grande Eglise de la capitale qu'elle pourra diminuer, — mais l'influence évangélique. Demandons la nomination de deux professeurs, désignés par les Consistoires, l'un de critique et d'exégèse du Nouveau Testament, l'autre d'histoire ecclésiastique; travaillons avec nos frères de la confession d'Augsbourg à faire de cet établissement une source de prospérité pour les deux Eglises, et si nous aimons nos deux Facultés, si elles se sentent également soutenues par nos sympathies, loin de se nuire l'une à l'autre, elles seront l'une pour l'autre un encouragement, un fécond exemple. Pour nous, nous croyons fermement que l'existence de deux Facultés assurerait à l'Eglise réformée des vocationspastorales plus nombreuses et de nouveaux éléments de vie et de progrès.
Saint-Denis, — • Imprimerie J. Brochin, rue de Paris, U4.
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