‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 36 sur 63 · Decharme, p. 4o · texte numérisé non relu

Decharme, p. 4o

4. Suivant Sittl, p. 199, le prologue est confié à un dieu quand le spectateur, pour bien comprendre ce qui va se passer, doit être informé d'un secret concernant les personnages et visant le passé ou l'avenir. Sittl a raison en partie pour ce qui est du passé ; en ce qui regarde l'avenir, cette explication ne semble pas nécessaire. — Aristote rend justice à cette forme de prologue {Poétique, ch. XV, a).

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Si l'on examine à cet égard la structure d'Alceste et celle des Troyennes, on saisit entre elles des analogies frappantes. Le prologne est prononcé dans les deux cas par une divinité protectrice du parti qui souffre; son rôle étant désormais terminé, elle se retire. Apollon veille sur la maison d'Admète; il a déjà obtenu pour son hôte le privilège d'échapper à la mort, mais il est impuissant à sauver Alceste. De même Poséidon a été dès la fondation de Troie le patron de la ville ; pourtant il n'a pu la préserver de la ruine. Poséidon et Apollon s'avouent désarmés devant l'influence divine qui contrarie la leur; l'un se retire devant Thanatos, l'autre se reconnaît vaincu par l'hostilité d'Héra et d'Athéna. Dans les deux drames, le monologue initial est suivi d'un dialogue entre la divinité protectrice et la divinité hostile: entretien d'Apollon et de Thanatos, entretien de Poséidon et d'Athéna. Dans les deux cas le dialogue a à peu près la même portée: Apollon prédit la défaite de Thanatos; Athéna s'accorde avec Poséidon pour préparer le châtiment des Grecs, c'est-à-dire la revanche de Troie. Apollon et Poséidon tiennent donc un rôle analogue, et si leur influence est sans action directe sur le drame, il faut du moins reconnaître qu'elle intéresse étroitement ce que l'on a appelé le parti opprimé'. Les deux prologues se ramènent d'ailleurs dans l'ensemble aux règles posées pour le premier groupe. Apollon et Poséidon se rangent du côté des victimes; l'exposé qui leur est attribué a pour effet d'attirer les sympathies du public, d'une part sur Admète et Alceste, de l'autre sur les Troyennes. En outre ni l'un ni l'autre n'agissent dans la pièce. Reste à expliquer dans ces deux prologues la nature du TrpcXsvi'wwv. Pourquoi Euripide n'a-t-il pas choisi un mortel, par exemple Admète pour Alceste, Hécube pour les Troyennes^? C'est qu'une action divine se manifeste dans le drame; dans Alceste celle de Thanatos opposé à Apollon, celle d'Héra et d'Athéna en conflit avec Poséidon dans les Troyennes. Un dieu seul

1. Voir les appels du chœur à Apollon, poilr le supplier de sauver Alceste (v. 230-

2, Voir la remarque du scholiaste, vers 36: afieivov r,v inh toiv Ttpaytiâx'âJv TtapeiffâyewOat (Hécube), è3"jpo(xévYiv ta Ttapovxa- 0"jtw; yàp Sv y) tpa-zw^ta xo nâdoc. elx£. ''v^ Sk «{/uxpwç Sta^ÉyETai tw Osâxpw. Cf. W. Elsperger: Reste und Spuren antiker Kritik gegen Euripides {Philologus, Suppl. XI, Heft i, 1908, p. 6).

pouvait l'expliquer aux spectateurs avec l'autorité suffisante'.

L'action de la divinité est autrement marquée dans Hippolyte et les Bacchantes. Dans le premier de ces drames, c'est Aphrodite qui conduit l'intrigue vers son dénouement; dans le second, c'est Dionysos. On n'a pas à rechercher ici les raisons qui ont déterminé Euripide à cette conception, à se demander par exemple pourquoi l'amour de Phèdre n'est pas expliqué dans Hippolyte par des causes purement humaines. 11 suffît de constater le fait. Or la direction du drame étant confiée à un dieu, ce dieu seul pouvait prononcer le prologue, puisque le prologue expose les causes de l'action '. La vraie cause de l'amour de Phèdre, c'est le dessein de vengeance conçu par Aphrodite. La déesse seule peut le révéler au public, non seulement parce qu'elle le sait, mais parce que c'est sa volonté qu'elle manifeste 3. 11 en est de même pour les Baccfianles. Nul autre que Dionysos n'était en état d'exposer la situation, d'affîrmer l'origine divine du fils de Sémélé, et de montrer le caractère criminel de l'opposition de Penthée''. L'action de Dionysos sur le drame est plus sensible encore que celle d'Aphrodite: il ne disparaît pas après le prologue^; il est le personnage principal de la pièce; d'un bout à l'autre il en mène les événements sous les yeux du public.

L'intrigue d'Ion est subordonnée dans le passé et dans le présent à l'influence d'Apollon. Ici, il n'y a pas précisément d'antagonisme entre le dieu et un personnage de la pièce, comme dans Hippolyte et les Bacchantes. Le conflit existe entre les désirs d'Apollon et les événements. Dans l'ensemble la

I. Arnim, p. 90-91 prétend qu'Hécube dans les Troyennes pouvait dire le prologue. Euripide aurait introduit un dieu parce que le prologue n'est jamais attribué à un personnage violemment ému. On a dit pourquoi cette explication est inadmissible. Arnim voit plus juste quand il ajoute que Poséidon a été choisi de préférence à un Argien pour apitoyer le spectateur sur le sort des Troyennes. Schrader (Zur Wurdigung des deus ex machina der griech. Tragôdie, Rh. Muséum, 1868, p. laa) subtilise un peu en disant qu'Apollon devait prononcer le prologue d'Alceste, parce qu'il est cause, quoique indirectement, de la mort de la jeune femme.

a. Voir Masqueray, Euripide et ses idées, p. 45.

3. C'est surtout cette dernière raison qui explique son choix, car le dénouement montre qu'Artémis est aussi bien informée des causes du drame. Arnim l'a bien compris (p. 89).

It. Signalé par Arnim (p. 88).

5. Hermès dans Ion, et le spectre de Polydore dans Hécube, sont comme Aphrodite des TcpoxaTwà itpôuwTta (Donat, Commenlum Terenli, Edition P. Wessner, igoa, p. 36). Cf. SittI, p. igg.

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pièce se rattache au groupe Hippolyte- Bacchantes. Le prologue n'est pas confié à Apollon, parce que si le dieu aspire à diriger les événements il se trouve en fait débordé par eux, et le dénouement établit sa responsabilité. Le poète n'aurait donc pu, sans le ridiculiser gravement, lui attribuer le prologue. Hermès lui a semblé au contraire réunir les conditions voulues. Le messager des dieux met en relief la part qui revient à Apollon dans la situation présente comme dans le passé; lui seul est capable, par le rôle qu'il a joué jadis auprès du dieu, de faire la lumière sur les antécédents du drame', et d'expliquer les liens mystérieux qui unissent le néocore à Apollon et à Creuse.

En somme, c'est le caractère spécial du prologue chez Euripide qui détermine le choix du TCpcAoYi'Çwv. Le monologue initial étant avant tout un exposé de la situation présente et des causes qui l'ont amenée, celui qui le prononce doit être capable de fournir ces indications au public avec toute la précision désirable. Un tel rôle d'informateur suppose des conditions exceptionnelles, et peu de personnages dans un même drame sont en état de le tenir. Cette limitation fondamentale en entraîne d'autres qui restreignent successivement le choix du poète. Quand l'action a son point de départ dans le jeu des forces humaines, le TrpoXcYi'Cwv est naturellement un mortel =», et comme c'est la situation du parti opprimé ou malheureux que le drame présente d'abord, il est pris parmi les victimes, ou se range à leurs côtés. Aussi est- il toujours un personnage sympathique. Il n'est pas agissant, car le prologue n'est qu'un exposé et non pas un début d'action. 11 est aussi le plus autorisé de son groupe : autant de caractères qui résultent les uns des autres et se rattachent à la même condition essentielle. Les exigences de l'exposé n'ont pas moins d'influence dans le choix du TcpoAovîÇwv, quand le drame est mené par un dieu ou qu'une intervention divine contribue à le déterminer : un dieu seul peut révéler au public

1. Arnim, p. 86-89, ^st d'un avis un peu différent : Euripide, dit-ii, se fait une loi de fournir une exposition complète; cette exposition ne peut être donnée que par un dieu. — Mais cela n'explique pas le choix d'Hermès.

2. Dans Héraclès, la seconde partie du drame est conduite par Héra; mais c'est en réalité une deuxième aclion qui vient s'ajuster à la première.

cette action surnaturelle ou l'expliquer avec l'autorité nécessaire. Lorsque Euripide conçoit la tragédie comme étant d'un bout à l'autre l'effet d'une volonté divine, il confie le prologue à cette divinité directrice'. Si cette action ne s'exerce qu'au début du drame sous la forme d'une oppression momentanée, la pièce se trouve rentrer dans le cadre général des tragédies dont les acteurs sont des hommes, et tombe par suite, la nature divine du -poAovîCwv mise à part, sous l'application des règles indiquées plus haut. Une même préoccupation dans tout le théâtre d'Euripide dicte donc au poète le choix du TupoXsYÇwv, et ici la chronologie n'a rien à apprendre.

Prédictions de l'avenir. — Le choix du TzpsXoyt'Cwv introduit parfois dans le prologue un élément nouveau : l'annonce de l'avenir, qui complète et prolonge l'exposé.

De prédictions proprement dites, on n'en trouve que dans trois prologues 3 : Ilippolyte, Ilécube, Ion. Le premier est le seul qui prédise avec précision le triple dénouement de la pièce : la s-ituation sera révélée à Thésée et exposée au grand jour (v. 52); Hippolyte mourra des malédictions lancées par son père, qu'exaucera Poséidon (v. 43-46); Phèdre périra elle aussi (v. 47-48). — Hécube et Ion annoncent de façon précise une partie du dénouement : Polydore prédit l'immolation de Polyxène pour le jour même (v. 43-44) et la découverte de son propre cadavre par une servante d'Hécube (v. 47-48), mais il laisse dans l'ombre le dénouement de la seconde partie du drame : le châtiment de Polymestor et le jugement d'Agamemnon. — Les prédictions d'Hermès sont d'une nature particulière : elles découvrent les intentions d'Apollon qui se propose de donner à Xouthos, comme son fils, l'enfant qu'il a eu luimême de Creuse (v. 69-73). Cet enfant recevra de lui le nom d'Ion et sera un jour le fondateur des colonies asiatiques (v. 74-75), Les deux dernières prédictions s'accompliront, et leur réalisation formera une partie du dénouement (voir dans la tirade prononcée par Athéna les vers i58i-i588, et notamment les vers 1687-1 588). Quant à la première, elle n'aura qu'une réalisation momentanée : au début du second épisode,

t. Ion (voir plus haut) est un peu à part.

a. Klinkenberg les supprime toutes (voir plus haut, p. ii. Cf. Arnim, p. a4).

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Xouthos dupé par l'oracle serrera Ion dans ses bras, croyant retrouver en lui un fils (voir surtout les vers 53o et suiv.), mais la vérité se fera jour plus tard en dépit au dieu, et pour dissimuler la supercherie d'Apollon, Creuse (v. i534 et suiv.) et A.théna (v. i56o-i562) devront recourir à une interprétation fantaisiste.

On peut joindre les Bacchantes à ce groupe. Il est vrai que le prologue ne contient pas de prédiction précise. Mais le ton impérieux de Dionysos, le récit de son voyage triomphal ne permettent pas de mettre en doute le succès final du dieu. La menace du vers ^7 : «jtw 6îo; y^ï*'*? 2vo£(^o[j-a'., toute vague qu'elle est, annonce le châtiment de Penthée dont l'imprudence impie vient d'être rappelée, et la défaite du successeur de Cadmos dans cette lutte inégale apparaît déjà comme inévitable, bien qu'on ignore les conditions dans lesquelles elle s'accomplira.

Ces diverses prédictions résultent de la qualité du TcpsÀoyiCw^. La divinité (ou l'ombre) qui est chargée du prologue n'occupe pas en présence des événements la même position qu'un mortel. Elle ne voit pas seulement le présent et le passé; elle domine les faits d'assez haut pour découvrir l'avenir et elle embrasse du même regard ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. L'annonce de l'avenir fait donc tout naturellement partie de son exposé, d'autant plus qu'elle se confond souvent avec les desseins du r.pokoyi'^M^ : il en est ainsi dans Hippolyle et les Bacchantes K Le cas d'/b/i est un peu exceptionnel, car Hermès ne prédit pas, il expose seulement tes intentions de son frère, et les désirs d'Apollon sont contrariés par les événements : on a vu que le dénouement ne les réalise qu'en partie. Quoi qu'il en soit, le xpoXovi'i^wv, lorsqu'il est un dieu ou une ombre, ouvre toujours une perspective sur l'avenir. Dans Hippolyte, Hécube, Ion, les Bacchantes, cette vue prophétique est donnée par le monologue initial; dans Alceste et les Troyennes, par la scène qui y fait suite. Tantôt il s'agit du dénouement: c'est le cas pour Hippolyte, Hécube (avec les réserves qui ont été indiquées), Ion, les Bacchantes, Alceste; tantôt d'un avenir ultérieur : ainsi

I. Arnim pense avec raison que dans les pièces perdues où le TtpoXoyt'swv était un dieu, l'avenir était prédit dans une certaine mesure (p. 87).

dans les Troyennes. A priori, le choix d'un zpoAOYi'î^wv divin peut sembler dicté au poète par le désir de faire connaître l'avenir au public : on croit avoir établi (voir plus haut) qu'il tient en réalité à d'autres causes. Ce nest pas pour annoncer l'avenir qu' Euripide confie le prologue à un dieu; c'est parce qu'il le confie à un dieu qu'il est conduit à annoncer l'avenir.

Il y a cependant trois autres drames oii le prologue, bien qu'attribué à un mortel, laisse soupçonner de façon plus ou moins vague les événements qui vont suivre :

I . Les craintes exprimées par la nourrice dans le prologue de Médée font redouter et pressentir une catastrophe dont l'artisan sera Médée elle-même». Tout contribue à celte impression: l'exposé même des faits, qui met en lumière l'odieuse conduite de Jason, l'injure infligée à Médée, la situation critique où elle est mise; puis l'analyse des sentiments de l'héroïne, dont la nourrice décrit le désespoir farouche, l'âme violente. Deux vers formulent expressément ces appréhensions: vers 37, Uoo'xx o'xj-rr,^/ ;j,y; v. ?tZ'S/.fJrr, v£cv. ~ Vers Sg : kyMox tr^vSs, Bîipiaîvo) zi v.v. D'autre part, le contexte suggère la nature de la catastrophe redoutée. Au vers 36 la nourrice dit que Médée prend ses enfants en haine et ne se réjouit plus en les voyant. Aussitôt après, elle exprime ses craintes. Les vers ^^-^b, qui contiennent une menace voilée à l'adresse de Jason et de sa nouvelle épouse, sont immédiatement suivis de la mention des enfants que la nourrice voit arriver. Ces rapprochements laissent entrevoir d'une façon confuse la double vengeance qu'exercera Médée sur ses enfants et ses oppresseurs ^

Hélène (v. 56-69) tient d'Hermès qu'un jour elle habitera de nouveau Sparte avec son époux, quand Ménélas saura qu'elle n'est pas allée à Troie et lui est restée fidèle : c'est là tout le dénouement. La mention de cet oracle au début du drame, dans un moment où le public ignore le sort de Ménélas,

I. A propos du vers io le scholiaste remarque: ëOo; S'èffTtv aOrw (-zù» notïjT^) TtpoXÉYEiv xà {jLÉXXovra (Cf. sur le vers 971 : xai vOv ■jzpo'kiyzi ta [xéXXovra w; eïwôe).

3. Les vers 4o-43 sont généralement écartés par les éditeurs. Les craintes précises qu'ils formulent n'ajoutent rien, d'ailleurs, au caractère dramatique du prologue, ni aux appréhensions qu'il éveille ; elles n'ont d'autre effet que d'égarer le public sur l'issue redoutée.

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introduit une simple possibilité, mais l'arrivée de Teucros, suivie de celle de Ménélas, lui donne corps peu à peu et prépare le public à l'heureuse issue de la pièce.

Le songe d'iphigénie a la valeur d'une prédiction obscure. L'interprétation qu'en donne la prêtresse (v. 55 et suiv.) est inexacte, comme le montre la scène suivante où l'on voit arriver ce frère qu'lphigénie croyait mort. Mais le public n'est pas tenu de l'admettre, et il peut déjà soupçonner le vrai sens du songe, à savoir qu'Oreste sera mis en présence de sa sœur et courra le risque d'être immolé par elle, conformément au ministère qu'elle exerce. On est même en droit d'avancer que le spectateur est mis sur la bonne voie par l'interprétation ^erronée d'Iphigénie: si elle était fondée, quel serait l'intérêt du songe .^ Or ce n'est pas sans intention qu'Euripide Ta imaginé. Ce que le songe annonce, c'est le rapprochement d'Oreste et d'Iphigénie, par suite l'arrivée d'Oreste. Ainsi le prologue permet de pressentir, non pas le dénouement, mais l'avenir immédiat, c'est-à-dire l'apparition d'Oreste et les conséquences périlleuses qu'elle entraînera pour lui.

Dans le prologue de Médée les sombres pressentiments que fait concevoir la nourrice résultent naturellement de l'exposé. Pourquoi, dans Hélène et Jphigénie en Tauride, le poète a-t-il cru devoir amorcer l'avenir au moyen de procédés spéciaux, ici un songe, là un oracle? La raison en est évidente, si Ton considère la structure de ces deux drames et les données qui y servent de point de départ à l'intrigue. La situation posée dans le prologue ne contient pas encore les germes de l'action ; un drame n'en peut résulter qu'à la faveur d'événements nouveaux et fortuits impossibles à prévoir. On entrevoit bien dans le prologue d'Hélène une possibilité d'action, puisque l'épouse de Ménélas veut se soustraire à la poursuite de Théoclymène: il y a là l'ébauche d'un conflit, donc dun drame. Mais aucune possibilité de ce genre ne se découvre dans la situation diphigénie: il n'en apparaît une que dans la scène suivante, à l'arrivée d'Oreste. D'autre part le conflit d'Hélène et de Théoclymène n'a dans la pièce qu'un rôle accessoire; il passe au second plan du drame, et le poète aurait engagé sur une fausse piste l'imagination du public s'il n'avait pris soin

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de lui suggérer d'avance rorientation de l'intrigue. L'oracle d'Hermès et le songe d'Iphigénie répondent donc à un besoin manifeste: ils rassemblent devant les yeux du spectateur, sous une forme encore indécise et par là même dramatique, les éléments de l'action qui va s'engager. Le poète s'est vu contraint dans les deux cas, par la nature de la pièce, de jeter un pont assez artificiel entre le monologue initial et le drame proprement dit'.

I. La situation exposée dans le prologue d'Electre n'est pas sans analogie avec celle d'Iphigénie en Tauride. Mais le poète n'était pas tenu de faire entrevoir l'arrivée prochaine d'Oreste, car le retour du frère d'Electre à Argos n'est pas de ces événements auxquels on ne puisse s'attendre. Le laboureur lui-même en envisage l'hypothèse

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