I. (]f. Arnim, p. gti
a. 11 faudrait faire exception pour Œneus, s'il est vrai que Diomède à qui est confié le prologue (fragm. 56î) avait un rôle aussi actif qu'Héraclès dans Héraclès furieux {Voir Schol. d'Aristoph, Acharn., v. 4i8). Mais on ne peut guère se prononcer sur des données aussi sommaires. Par contre Hypsipyle, mieux connue, semble confirmer la règle posée ci-dessus. Suivant M. VVeil, Hypsipyle elle-même prononçait le prologue, que Welcker (Griech. Tragœd. II, p. 55G) attribuait à Dionysos,
3. Sittl, p. 200, ne semble pas l'avoir compris. Euripide, dit-il, ne se soucie pas d'attribuer le prolo.^ue au personnage principal du drame; au contraire, il confie l'importante exposition de Médée à la nourrice, et peut-être est-ce avec intention que dans Electre il fait parler d'abord le laboureur. Arnim (p. gS) ne donne pas non plus la vraie raison en alléguant que Médée serait trop émue pour prononcer le prologue.
72 LE PROLOGUE DANS LA TRAGÉDIE d'eURIPIDE
groupe si l'on peut dire. La chose n'a pas à être démontrée pour les Héraclides. Mais comment expliquer le choix du wpoXoY'ICwv dans les Suppliantes et dans Electre? Les femmes argiennes, formant le chœur, sont hors de cause. Euripide ne pouvait-il s'adresser à Adraste aussi bien qu'à ^Ethra? C'est qu'Adraste ne présenterait pas au même degré que la mère de Thésée les conditions requises. ^Ethra prend librement le parti des victimes : par suite elle a sans réserve les sympathies du public; son âge et sa qualité lui confèrent l'autorité voulue; enfin, elle n'est pas le personnage agissant de la pièce'. On peut se demander, dans Electre, si certaines indications fournies par le laboureur auraient pu être données par une jeune fille ^ ; Electre est dans une certaine mesure un personnage agissant; enfin elle est loin de représenter dans ses côtés sympathiques le parti opprimé de la pièce au même degré que le laboureur; elle remplissait donc moins bien que lui les conditions exigées du xpoXoyîÇwv. Il faut ajouter que les nouveautés introduites dans la légende par Euripide frappent davantage le public étant mises dans la bouche du laboureur. On a réservé dans le premier groupe le prologue des Phéniciennes. C'est que la pièce est un peu exceptionnelle dans le théâtre d'Euripide, en ce sens que sa structure fort complexe ne permet pas au public de voir clair dans ses sympathies, ni de distinguer entre les victimes et les oppresseurs ■'^. A y regarder de plus près, le prologue confirme pourtant les conclusions qu'on vient de formuler : les victimes, en réalité, ce sont les innocents, impuissants à prévenir la catastrophe, et frappés par elle : Jocaste, vEdipe, Antigone. Si le prologue est dit par Jocaste, c'est qu'elle réunit les caractères voulus pour ce rôle : elle ne peut être que sympathique au public; nul ne connaît mieux qu'elle les antécédents du drame. ^Edipe serait moins qualifié : il ne sort pas du palais et n'apparaîtra qu'à la fin de la pièce ; un confident n'aurait pas l'autorité de Jocaste.
1. Arnim, p. 92: Euripide a voulu montrer Thésée ému par les prières d'^thra et se décidant sur ses instances à secourir Adraste.
2. Arnim, p. 98, pense que non, au moins pour ce qui concerne la nature du mariage qui unit le laboureur à Electre.
3. Arnim, p. 9a, remarque : Le poète et les spectateurs ne se prononcent ni pour Etéocle ni pour Polynice. — Ce n'est pas tout à fait exact : Euripide fait valoir que Polynice a le droit pour lui.
Si l'on met à part sa qualité de spectre' et les dons prophétiques qu'elle lui confère, Polydore n'a rien qui le distingue d'un mortel. Aussi peut-il être rangé parmi les T:poXoyil^î'i-:tq du premier groupe. Son rôle est celui d'une victime et il excite la pitié d'un auditoire grec par sa misère. Il n'est pas agissant; seul enfin il peut raconter ce qui s'est passé: le meurtre commis sur lui par Polymestor et encore ignorée
Restent les tragédies où le prologue est prononcé par un dieu. Les règles formulées plus haut ne sont pas toutes applicables ici. On pourrait soutenir à la rigueur que la situation posée dans le prologue d' Hippolyte rappelle la disposition habituelle: Aphrodite, humiliée par le fils de Thésée, se vengera de ses mépris. Mais on ne saurait dire que la déesse soit sympathique aux spectateurs^, et qu'elle ne soit pas agissante. Les mêmes remarques peuvent servir pour les Bacchantes : Dionysos lui aussi a des humiliations à venger, et il fait nettement ressortir l'antagonisme qui va le mettre aux prises avec Penthée. Pourtant il n'excite pas les sympathies du public au même titre qu'une victime ordinaire; la partie malgré tout n'est pas égale, et le dieu a sur son oppresseur des avantages manifestes qui ne laissent aucun doute sur le dénouement. Enfin, de même que pour Aphrodite, plus encore, son rôle est loin d'être passif.
Cependant ces drames tombent comme les autres sous la condition générale que l'on a indiquée: le TrpoXoyîCwv doit être en état de fournir un exposé exact des antécédents. Or dans les pièces de ce groupe une influence divine s'exerce toujours sur la conduite du drame. C'est là une constatation capitale. Cette action divine a en effet de tout autres caractères que celle d'un mortel, celui-ci fût-il le personnage principal. Seule la divinité peut expliquer les causes du drame qu'elle a provoqué, puisqu'elle est seule à les connaître^.
1. M. Decharme, page 4io, observe que cette apparition d'une ombre au début de la pièce était une nouveauté hardie, sans exemple sur le théâtre d'Athènes.