‹ Le promenoirChapitre 13 sur 58 · VOISIN DE TABLE D'HOTE · texte numérisé non relu

VOISIN DE TABLE D'HOTE

JLmpassible comme une souche, Il montre un solennel aplomb ; Chaque mot, tombant de sa bouche, A la légèreté du plomb.

Dans ses propos, il nous dévoile Un bon sens vulgaire et massif ; La fantaisie, à pleine voile, Vient se briser sur ce récif.

Seigneur ! combien cet homme honnête M'impose par sa pesanteur !

C'est vraiment une forte tête Dont on peut faire un sénateur !

.Ils levèrent la dalle (*) et fouillèrent la terre Où depuis trois cents ans il dormait solitaire. Penchés, nous regardions avec d'avides yeux. Le cercueil n'était plus; pourtant le bois fragile Avait, en périssant, modelé dans l'argile Une forme allongée, un trou mystérieux.

Point d'ossements humains dans l'alcôve funèbre. Hormis, jaune et terreuse, une pauvre vertèbre Dernier reste de l'homme en ce gouffre tombé.

(*) La pierre tumulaire de noble Jean Le Verrier, dans le chœur Je l'église en ruine.

La nature, prenant atome par atonie, Refaisant de la terre avec ce qui fut homme, Marâtre insatiable, avait tout absorbé.

Dans la fosse dont l'ombre épouvante et fascine, Prés du triste ossement, gisait une racine Xoiràtre et presque en poudre, autre débris navré ; Tous les deux, sous l'abri de la pierre tombale, Atteignaient, confondus dans leur nuit sépulcrale, L'anéantissement suprême et désiré.

Le temps, les allégeant du poids des molécules,

Faisait évanouir leurs formes ridicules,

Avec le souvenir amer d'avoir vécu,

Et bientôt ils allaient d'un bon sommeil sans trêve

Dormir, ne craignant plus le réveil ni le rêve,

Tant la mort berce bien celui qu'elle a vaincu.

Mais soudain, remués sous les dalles funèbres, Ils ont senti filtrer au fond de leurs ténèbres Un pur rayon du jour qu'ils ne connaissaient plus : Devions-nous rappeler à ces captifs moroses Qu'il est un firmament, un soleil et des roses Et les faire se tordre en regrets superflus ?

O contradiction ! Pour l'homme et pour la plante Vivre est une douleur et la mort est trop lente ; Cependant, accablés du fardeau de leurs fers, Tous ont au cœur l'amour de ce décor magique Dont fut paré le monde, hélas ! scène tragique Qui fait monter au ciel le cri des maux soufferts.

La subite clarté dont l'ossement s'étonne Fait aussi tressaillir en son trou monotone La racine éblouie à ce rayonnement.

O Mort ! voici la vie aux souffles innombrables Qui pénètre, et qui donne à ces deux misérables Je ne sais quel pénible et doux frémissement :

LA RACINE

Je m'en souviens ! j'étais le plus vaste des chênes Ou tous les habitants des bourgades prochaines Au sortir de l'église aimaient à s'abriter.

l'ossement

Je m'en souviens ! j'étais le plus puissant des hommes Qui dans mon temps vivaient au pays où nous sommes Vois-moi ! tu connaîtras ce qu'il ai peut rester.

4 t SOUVENIR DE LA CHAUX

LA RACINE

Le printemps me gonflait de généreuses sèves ;

Ou donc sont les oiseaux qui gazouillaient leurs rêves

Et qu'au soir j'endormais sous mes rameaux berceurs I

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