‹ Le promenoirChapitre 14 sur 58 · L OSSEMENT · texte numérisé non relu

L OSSEMENT

Alors qu'un sang vermeil circulait dans mes veines, Le plaisir m'abreuva de ses délices vaines; Mais que de fiel encor soui ses feintes douceurs !

LA RACINE

Mou branchage noueux luttait dans la tempête Et plus de cent hivers a résisté ma tête ; Dans la terre profonde ou vient s'abimer tout, Les hommes se couchaient, seul je restais debout! Je suis tombé pourtant.

l'ossement

Pendant bien des années J'ai vécu, rarement des heures fortunées Car soucis et revers sont notre lot commun, Puis la mort est venue.

LA RACINE

Est- il encor quelqu'un Ayant ouï conter aux anciens du village Quels furent ma hauteur, ma force et mon ombrage !

l'ossement

Mon manoir du Coudras sait-il encor mon nom ? Si rivant je heurtais la porte, ouvrirait-on ?

LA RACINE

Que ne puis-je, agitant les houles de ma cime, O soleil, la baigner de lumière sublime !

l'ossement

Oh ! je voudrais marcher dans les sentiers connus,

Et que tous mes amis, de si loin revenus,

Me tendissent la main au bord des vertes haies ;

Je voudrais vous revoir, 6 mes vastes futaies,

Dont les arbres semblaient, dans les champs ondulés,

Des flottes qui voguaient sur l'océan des blés.

LA RACINE

Un désir inconstant nous trouble et nous enivre : Vivant, on veut mourir, et mort on veut revivre !

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