ENVOI
O Public, prince aimable et très spirituel, Un plat manque ; faut-il faire comme Vatel ? Je m'y refuse ! Mais personne ne réclame ? Adieu donc, et pour moi ne soyez pas cruel : Hélas ! sans le savoir, j'étais sur le programme.
Bagxoles- Parade
Représenta' à la Kermesse de Bagnoles le 12 août 1S94
DEVANT LEURS EXCEL! ENCES
M. le Baron et Mm(: la Baronne de Mohrenheim
PERSONNAGES
Tabarin M. Kerny.
La Marquise Mm<: Larmet.
SCÈXE PREMIERE
JZ/Ntrez, entrez chez nous I Pour narguer le chagrin, Je suis le petit-fils du fameux Tabarin, Mesdames et Messieurs, et, ne vous en déplaise, Hier exprès pour vous j'arrivai de Falaise. Les écus à foison pleuvaient sur mes tréteaux Et, pour m'entendre, au loin se vidaient les châteaux. Mais la gloire m'émeut bien plus que les pistoles, Je suis parti, Guibray ne valant pas Bagnoles.
Les cahots du chemin m'avaient brisé les os ;
Ailleurs il m'eût fallu trois bons jours de repos
Avant que d'affronter le public. — Qu'est-ce à dire ?
Me fit ici notre hôte avec un bon sourire ;
Avez-vous oublié par quels soins obligeants
Chez nous, en un clin d'œil, se délassent les gens?
Sans tarder, il me mène à cette source pure
Où l'on voit... qu'y voit-on ? Merveilleuse aventure!
Une jeune naïade (O ravissant tableau !)
Qui puise à la fontaine et qui nous tend de l'eau. —
Eau ? Non pas, mais plutôt breuvage de déesse,
Incroyable élixir de force et de jeunesse,
Car je bus et soudain me voilà tout gaillard,
Miracle ! à l'arrivée aussi frais qu'au départ.
Je le proclame avec tambours, avec trompettes,
Gens du pays, heureux, oui, trop heureux vous êtes
Que pour vous ait jailli dans ce coin écarté
Ce trésor précieux de joie et de santé,
Ce baume invraisemblable, à qui tout autre cède,
En un mot, panacée, universel remède.
Les innombrables maux qui s'abattaient sur nous,
Cette eau les a vaincus, nous défions leurs coups.
Le temps me fait défaut pour conter ses merveilles,
Mais j'en emporterai chez moi trente bouteilles ;
J'en ferai des cadeaux à mon petit chou-chou,
Zéphyrine, ma femme, une perle, un bijou,
Qui me remerciera par des agaceries ;
Elle boira l'eau, moi du vin des Canaries ;
Je sais me dévouer pour qui m'ensorcela,
Cir qu'est-ce que le vin auprès de cette eau-là !
Si vous ne m'en croyez, regardez cette enseigne,
(Il montre le cabaret de la Kermesse, ayant pour enseigne : Au Cncial rajeuni.)
Mieux que les vains discours, son cheval nous renseigne.
Le voyez-vous là-bas, luisant de gras fondu,
Sur ses jarrets d'acier, son corps frais et dodu î
Est-ce le quadrupède et vieux et pulmonique,
Rajeuni par notre eau, raconte la chronique ?
Erreur ; cet animal vigoureux et charnu
Est un contemporain que j'ai très fort connu.
Je le rencontre un jour, vieilli, méconnaissable.
Lui qui des quatre pieds faisait voler le sable,
Il boitait, tête basse, œil terne, flancs maigris ;
Et le froid de la mort hérissait son poil gris.
Je restai stupéfait de la métamorphose ;
Ecoute, me fit-il, je t'en dirai la cause.
Et d'une voix éteinte où perçait son chagrin
Il se mit aussitôt à chanter ce refrain :
Air de La Cordé sensible
Dès l'aube, il faut pour la forêt a" Andaine Partir ; le groom doit au pas me mener ;
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Mais il s'arrête à l'auberge prochaine,
Et l'éperon soudain d'èperonner.
Puis, à l'Etoile, on attend dans la bruine
Eu faisant cercle, oh ! le maudit endroit !
Arrive enfin le maître qui rit, junte,
Gentils propos aux dames vont tout droit ;
Quand le piqueur : « Un' quatrième télé ! »
Foin de la sienne, au diable son limier !
Si nous n'avions pu chasser, quelle fête !
Voilà les chiens de Monsieur du Rosier.
Il faut les suivre, ou me sangle, ou s'élance ;
Hommes et chiens, c'est un tapage affreux ;
Le cerf se tait, je garde le silence,
En enrageant, mais mon maître est heureux.
La Fiejfe-aux-Bœufs et le Mont-en-Jéreaume,
Berge boueuse et sentiers raboteux,
Croient-ils vraiment qu'on soit à l'hippodrome !
Mon sabot s'use aux ravins caillouteux.
fe n'en puis plus, toujours le cor résonne,
Le cerf revient du Mont-Mien au lancé.
Mais qui s'approche? une leste amazone;
Mon maître alors rit d'un mot prononcé.
Puisse l'amour ralentir leur allure !
Espérons-le, sous les bois jaunissants
Les rênes vont flotter sur l'encolure,
Je saisirai des propos caressants.
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Mais en forêt les amoureux vont vite, Nous galopons, nous galopons toujours.
Le maître presse, il implore, il s'irrite, De mon grand chic invoquant le secours. Enfin la bête à la Forge dévale :
C'est l'hallali ! Sur le terrain herbu, Le cerf, dague par une main brutale, Tombe sanglant et moi je suis fourbu.
Pour guérir ce cheval fourbu par tant de courses, Mesdames et Messieurs, il n'était pas deux sources, Une seule, la nôtre ! on le fit s'y plonger. Comme dans la légende, il en sortit léger, Rajeuni, de gaité faisant des cabrioles... 11 sera bon premier aux courses de Bagnoles.