PLAQUE DE CHEMINÉE
Figés l'un devant l'autre en leur pose héraldique Leur queue, aux muscles forts, à leur dos s'arrondit Et rejoint d'une courbe inverse et symétrique La tête qui, d'orgueil, se dresse et se raidit.
On voit saillir les nerfs tendus par la cambrure Des reins que vient baigner, de son flot apprêté, L'onduleuse crinière à la noble frisure Perruque in-folio pleine de majesté.
Leur gueule en vain grimr.ee un rictus sanguinaire Et leur langue s'allonge ainsi qu'un dard vibrant, Ils gardent je ne sais quel aspect débonnaire Qui tempère leur air farouche et conquérant.
Lorsque la cheminée ardente me convie A son feu clair qui fait les choses vaciller, Il me semble parfois qu'une lueur de vie S'allume dans leurs yeux et qu'ils vont se parler.
Ils pourraient, en effet, parler de tant de choses ; Tant de gens devant eux sont venus tour à tour, S'asseoir, gais par moment, le plus souvent moroses Et sitôt remplacés, pauvres hommes d'un jour !