UNE VIEILLE TOUR
Sur de pesants arceaux pauvre aïeule affaissée, L'ancienne tour abrite, en son timide essor, Contre l'église neuve et qui l'a surpassée, Un front découronné, mais vénérable encor.
Ils ont dit : « Jetons bas ces débris d'un autre âge, Dont les murs tout noircis attristent la cité ; N'offusquons pas les yeux du choquant voisinage De la jeunesse en fleur et de la vétusté. »
Dans mon âme rêveuse et tendre aux vieilles choses, Ces mots lugubrement, comme un glas, ont tinté ; O souvenirs enclos sous ces voûtes moroses, Debout ! Défendez-les contre l'arrêt porté.
Huit siècles ont passé sur cette tour antique ; Les robustes piliers, qui supportent son poids, Ont maintenu l'aplomb de leur fût granitique Droit, comme au temps lointain des prieurs d'autrefois.
Lassés de leurs exploits, prouesses féodales, Nos tout puissants barons, abaissant leur orgueil, Vivants, venaient fléchir le genou sur ces dalles Et, morts, se couchaient là, dans leur large cercueil.