UNI: VIEILLE TOUR
Des prêtres, des pasteurs, qu'un divin zèle enflamme, Et nobles et manants, pour l'éternité mûrs, T'ont confié leur cendre, ô sombre tour, et l'âme De la vieille Ferté palpite dans tes murs !
Ou a clos ton arcade où vint plus d'une race Que cachent dans leur nuit les ans multipliés. Si tu luttas ainsi contre le temps vorace, C'est pour parler encor des aïeux oubliés.
Tu parles du donjon de notre forteresse. Sous le feu, tel qu'un roi de pourpre revêtu, Il tomba. Sœur pieuse, aidas-tu sa détresse, Ht guerrière, pour lui, n'as-tu pas combattu?
Oui ! tu reconnaîtrais, sous l'acier de son heaume, Ce Mathieu qui donna son nom au bourg naissant. Salut à lui ! Salut à l'ancêtre Guillaume ! Les trouvères jadis chantaient son bras puissant.
Ces fiers seigneurs, épris de longues chevauchées, Par des chemins ardus, aux périlleux détours, Epée ou lance au poing, aux rencontres cherchées, Volaient, aigles souvent et quelquefois vautours.
Io6 UNE VIEILLE TOUR
Lorsque, victorieux, ils rentraient dans leur aire, Et que le pont-levis s'abaissait devant eux, Notre tour, jeune alors, arborant leur bannière, Carillonnait leur gloire avec des sons joyeux 1
Pour nous, depuis ce temps, sa voix grave et sonore, Aux moments solennels, chante vers l'infini ; Elle chante toujours, mais peu d'instants encore Et la voix se taira dans son sein de granit.
Dans de plus hauts clochers, les cloches balancées Verseront de la nue au pays d'alentour, Pour la joie ou le deuil leurs hymnes élancées, Des tombes aux berceaux voltigeant tour à tour.
Et dans les jours de fête, une foule pieuse, Docile à cet appel à qui l'âme répond, Sous le cintre élevé de la nef spacieuse Entrera comme l'eau sous les arches d'un pont.
Car, qui remplacerait pour l'humaine souffrance L'église et ses clochers au chant aérien ? Le Christ peut seul remplir la coupe d'espérance A qui souffre la vie et n'en attend plus rien.
UNE VIEILLE TOCR
L'œuvre est finie, 6 tour navrée, On t'a ravi les grandes voix Vibrant, sous la voûte azurée, Au cœur des races d'autrefois.
On perça tes larges murailies Pour arracher à tes entrailles Ces cloches qui, dans leur chagrin, En te quittant firent entendre Combien est triste et combien tendre Le gémissement de l'airain.
Maintenant, écoute, attentive, Le bruit des chants religieux, Bruit puissant qui d'en haut t'arrive Comme du séjour des aïeux.
Dans sa filiale tendresse, La jeune église, qui se dresse Près de l'aïeule au front baissé.
Avec des douceurs infinies Lui murmure des harmonies, Lointains échos de son passé.
Jeune église et tour de nos pères, Oserait-on vous désunir ?
Xon, non, côte à côte et prospères, Ensemble affrontez l'avenir.