‹ Le promenoirChapitre 4 sur 58 · POUR UN LAVOIR PUBLIC · texte numérisé non relu

POUR UN LAVOIR PUBLIC

iavandières, en ce lavoir Votre activité se dévoile :

Coups de langue, coups de battoir Mais ceux-ci blanchissent la toile Et ceux-là font le prochain noir.

JlIameau, tu m'apparus bien triste et bien maussade Par un soir de septembre, au bord du chemin creux. J'avais vingt ans et, seul en cette promenade, Le hasard y poussa mes pas aventureux.

Imaginez un plant de pommiers rachitiques Tordant leurs maigres fûts que la mousse a verdis ; Le vieux pressoir, rongé de lichens fantastiques, Implore le tribut de ces arbres maudits.

l6 LE HAMEAU DE LA EOURBIÈRE

Au centre, est une mare à l'eau boueuse ; l'oie Y vient crotter sa plume en prenant ses ébats Et fouille incessamment avec des cris de joie La fange où son bec trouve un sordide repas.

Des maisons en torchis au hasard dispersées, Des étables, des toits où grogne le gorin ; Des tonneaux défoncés, des charrettes cassées Et des tas de fumier d'où coule un noir purin.

Ecœuré, j'allais fuir et regagner la ville D'autant plus empressé qu'accourus menaçants Deux mauvais chiens galeux à la mine incivile Menaçaient de leurs crocs mes mollets innocents,

Lorsque mon pied plongea plus haut que la cheville Dans le fond d'une ornière où l'eau sale croupit. Un rire, nu même instant, rire de jeune fille, De son bruit argentin irrita mon dépit.

Le pied mouillé, honteux de ma mésaventure, Je voulus m'assurer d'où ce rire venait Et j'aperçus alors une fraîche figure Qu'un rayon de gaieté naïve illuminait.

En vérité, c'était une fille robuste, Dix-huit ans tout au plus, des yeux noirs chatoyants Et les grossiers tissus dont se drapait son buste Dessinaient, non sans art, des contours attrayants.

Les bras nus, appuyés sur une lourde bêche, Elle fixa sur moi son regard résolu :

« Un bien triste accident, dit-elle, il vous empêche « De nous fuir aussitôt que vous l'eussiez voulu.

« A la ville, on n'a pas, comme nous, la coutume o De fouler d'un pied ferme un si mauvais terrain ; « Si vous ne voulez point attraper un gros rhume « Entrez à la maison vous réchauffer un brin. »

Elle jeta sa bêche et d'une allure ingambe Gagna son pauvre toit sous ce plant abrité Et je raccompagnai, traînant un peu la jambe Mais bénissant les dieux ce l'hospitalité.

Les mâtins, que d'abord j'avais cru sanguinaires, Par leur jeune maitresse apaisés d'un coup d'oeil, Suivaient d'un air contrit et leurs yeux débonnaires Demandaient le pardon d'un trop farouche accueil.

(( Entrez chez nous, monsieur, fit-eile, ouvrant la porte,

« Vous n'allez point trouver un riche mobilier,

(i Mais une bonne fouie et, de suite, j'apporte

« Le fagot qui pour vous va flamber au foyer. »

Quelques instants après, la crépitante flamme Inondait de chaleur mes membres engourdis Et je sentais aussi se réchauffer mon âme Au feu de deux grands yeux ingénument hardis.

Vaugelas eût blâmé son gentil babillage,

Mais il me ravissait comme un frais gazouillis

De fauvette, au printemps, chantant dans le feuillage,

Ou de ruisseau jaseur qui court sous les taillis.

Sa lèvre, par un sang généreux empourprée, Dans un rire charmant parfois me dévoilait Des dents d'une blancheur éclatante et nacrée, Quelle sève de vie en elle ruisselait I

Soeur des Amaryllis et digne de Virgile, Dès que l'aurore aux champs annonce le réveil. Elle y mène ses bœufs pensifs, d'un pas agile, Et gaiement tend sa joue aux baisers du soleil.

L'air tiède des boudoirs donne à de frêles membres La mondaine élégance et la gracilité ; Dans le feu des juillets, dans le froid des décembres, Les siens ont, dès l'enfance, aguerri leur beauté.

Sa taille semble souple ainsi qu'un jeune saule ; Pourtant, avec aisance et d'un geste hardi, Elle met des faix lourds sur sa vaillante épaule Et les maintient d'un bras avec grâce arrondi.

Car, chez elle, la grâce est unie à la force,

Greuze et Rubens, pour elle, alternent leurs couleurs

A Rubens la vigueur juvénile du torse,

A Greuze l'œil limpide et le visage en fleurs.

Deux heures j'écoutai son babil de fauvette, Nous causions tous les deux assis au coin du feu Et tous deux gentiment nous faisions la beuvette, Car j'avais accepté de beuvetier un peu.

Il me fallait pourtant quitter cette chaumière ; Au moment des adieux (durable souvenir !) Tu me parus, vilain hameau de la Bourbière, Un éden radieux d'où je m'allais bannir.

Quelle métamorphose au triste paysage !

Comme il resplendissait dans le beau soir vermeil ! Les arbres mollement enlaçaient leur branchage, Pendant qu'à l'horizon rougeàtre le soleil

Descendait, étalant sa splendeur coutumière ; Ses flammes dans la mare, à cette heure, plongeaient, Et le bourbier, criblé de flèches de lumière, Semblait un bassin d'or où des cygnes nageaient.

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