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LE TZAR

V^>e fut joie et délire en France

Quand on sut qu'il allait venir ;

Toute une aurore d'espérance

Se levait sur notre avenir.

Ivresse qui se communique,

Chacun, femme, homme, enfant, vieillard,

Se grisait de ce rêve unique :

Si je pouvais donc voir le tzar !

Confiné dans ma satitud .

J'espérais, de silence épris, Me garer de !a multitude Qui poussait son flot sur Paris.

Radieux du prochain départ,

aient : a Soyez du voyage !

Quoi ? vous n'allez pas v

. ...... - rites

Que Paris joyeux apprêtait

Etait fait pour tourner les tètes

Et la mienne enfin s'exaltait.

L'enthousiasme patriotique

Chez nous gagnait de toute part ;

Déracinés de leur boutique

Les marchands volaient vers le tzar.

En vain, ma raison, qui s'insurge,

h hésiter un moment, Mouton du troupeau de Panurge Je cède au fol entraînement.

Au premier train, pour trouver place, Je me bouscule à tout hasard ; Il part, nous dévorons l'e En criant tous : Vive k

Arrivé dans la capitale,

Je cherche quelque hôtel connu,

Mais, chez tous, réponse fatale :

« Désolé! tout est retenu. »

Quoi ! me faudra-t-il loger rue

Des Jeûneurs, ou bien Pierre-au-Lard ?

Qu'importe une chambre incongrue

Lorsqu'il s'agit de voir le tzar.

Le lendemain, quel grand spectacle!

Pour accueillir l'hôte puissant, Paris avait fait le miracle De son décor éblouissant.

Mâts, feuillages, fleurs éclatantes Et, réconfort pour le regard, Partout nos trois couleurs flottantes Où se mêlaient celles du tzar.

La foule, torrent qui déborde, Me prend et m'entraîne éperdu Vers la place de la Concorde Où le cortège est attendu.

On s'écrase, on pousse, on repousse, Remous de l'allégresse, car On répond à chaque secousse Par les cris de : Vive le tzar !

Le peuple en ce transport lyrique, Que rien ne peut plus arrêter, Sent comme un courant électrique, Tonnerre de cris d'éclater.

Ecartant une grosse femme Au dos large comme un rempart :

Que se passe-t-il ? fis-je. — Dame !

C'est lui qui passe ! C'est le tzar ! !

Passait-il ? Etait-ce un vain leurre ?

« Oui ! c'est lui ! » clamai-je. A cette heure.

Ma foi, je n'affirme plus rien.

Lorsqu'au pays quelqu'un m'en cause,

J'ai vu ! mais, à parler sans fard,

(Enfin la vérité s'impose)

Je suis parti sans voir le tzar.

NOSTALGIE

Lu à la séance de l'Union Ornaise, tenue au Cercle du Luxembourg à Paris, le 2 juin 1901

luprês de pelouses fleuries, Un dimanche, le soir tombant, Deux Normandes, aux Tuileries, Causaient assises sur un banc, Et, sous les grands arbres, dont s'orne Le jardin si bien ratissé, Disaient : je suis de Flers-de-l'Orne.

— Et moi de La Ferté-Macé.

NOSTALGIE

Pauvres servantes attirées A Paris, pr.r l'appât du gain, Et qui pourtant, dans nos contrées, Jadis gaiment gagnaient leur pain.

L'entretien languissant et morne Reflétait leur espoir lassé ; L'une songeait à Flers-de-l'Orne, Et l'autre a La Fertè-Macé.

La fatigue sur ces visages Avait imprimé la pâleur :

Toujours grimper des six étages, Soupirait l'une, quel malheur !

— Pour moi, l'on me traite de borne Quand je m'assieds le dos cassé.

— C'est moins drôle qu'à Flers-de-l'Orne.

— Plus dur qu'à La Ferté-Macé !

Avec quarante francs, en somme, Est-on plus riche au bout du mois Que dans le pays de la pomme Avec nos vingt-cinq d'autrefois ?

A moins que d'être maritorne, En nippes tout est dépensé.

— J'étais moins gueuse à Flers-de-l'Orne.

— Quelle dèche, o Ferté-Macé !

184 NOSTALGIE

Quand, là-bas, je refusai Pierre Pour mari, vraiment j'eus grand tort.

— Jean me clignait de la paupière Et voulait unir notre sort.

— Ici, pins d'un gas nous flagorne, Mais l'épouseur n'est pas pressé.

— Ils épousent à Flers-de-1'Orne !

— De même, à La Ferté-Macé.

Le hasard m'avait fait surprendre Ce duo triste et langoureux :

Je viens, dis-je, de vous entendre Malgré moi, mais j'en suis heureux ; Car, si parfois l'on vous suborne, Le ciel m'a vers vous adressé, Je suis un peu de Flers-de-FOrne, Beaucoup de La Ferté-Macé !

Puisque Paris, dans sa fournaise.

Dessèche la fleur de vos ans, Allez à I'Union Ornaise Union de coeurs bienfaisants.

Leur charité, que rien ne borne, Vous rendra le bonheur passé, Le beau soleil de Flers-de-1'Orne, Le ciel de La Ferté-Macé!

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