‹ Le promenoirChapitre 55 sur 58 · SCÈNE IV Le Chevalier, Faxchon · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Le Chevalier, Faxchon

LE CHEVALIER

Il pousse la grille et I-'anchon parait, portant sa vielle |A parti

La gracieuse enfant et comme elle est gentille !

iHant Ne crains pas d'approcher. C'est Jonc toi, jeune fille, Qui chantes si gaiement?

FANCHON

Est-ce qu'elle vous plaît, Monsieur, cette chanson ?

LE CHEVALIER

Un si gaillard couplet Ne sied guère, mignonne, à ta lèvre candide.

iA parti Et pourtant, entendu dans cette nuit splendide, Cet air a fait passer sous mes yeux éblouis La chère vision des jours évanouis !

iHaut) Dis-moi, que viens-tu faire en ce pays, ma belle?

FANCHON

Vous le voyez, je chante et je tourne ma vielle

Et parfois, faisant trêve au travail du gosier, Je tresse, en mon chemin, des corbeilles d'osier.

LE CHEVALIER

Heureuse insouciance ! Et tu vas au village ?

ill Temmène, en causant, jusqu'à la terrasse.)

FANCHON

Oui, pour en repartir à l'aurore

LE CHEVALIER

Quel âge As-tu r

FANCHON

Seize ans.

LE CHEVALIER, à mi-voix

Seize ans ? L'âge qu'avait Manon !

FANCHON, étonnée Manon ? Je ne connais personne de ce nom !

LE CHEVALIER

Avec ce frais minois, ta vertu sur la route Doit courir le danger de plus d'une déroute.

FANCHON

Bah ! je suis courageuse et sais bien riposter Au gars qui me déplaît et m'en voud.ait conter.

LE CHEVALIER

Mais, s'il te plaît, peut-il t'en conter à son aise?

FAKCHON, naïvement

S'il me plaît, je ne puis faire qu'il me déplaise.

LE CHEVALIER

Cette franchise vaut qu'on t'octroie un pardon.

FANCHON

Eh ! Monsieur, sans parents, errant à l'abandon, Me prenez-vous ici pour une demoiselle Qui fait de sa sucrée et baisse la prunelle? . Demoiselle ! moi, née au bord d'un chemin creux ! Promenant sous le ciel mes pas aventureux, Sœur des oiseaux errants qui cherchent leur pâture. Chantant comme eux, de peu je fais ma nourriture Et trouve pour la nuit, dans les granges, un coin Où je m'endors, blottie en la paille ou le foin.

LE CHEVALIER

Pauvre fille, et partout où le destin t'envoie Tu laisses, en partant, comme un rayon de joie.

(A parti Pour moi, vieillard pensif que le chagrin meurtrit, C'est ma jeunesse, hélas! qui passe et me sourit!

(Il entraîne F.inchon vers la table servie sur la terrasse, la bourre de friandises et lui remet plusieurs pièces d'argent. |

[Haut]

Voilà pour ta musique et pour ta voix charmante.

FANCHON, joyeuse Oh ! Merci !

LE CHEVALIER

Que la vie, enfant, te soit clémente !

(Fanchon fait mine de s'éloigner, le chevalier l'arrête par le bras)

Reste encore, Fanchon, ton charme ensorceleur, Le sourire emperlé de tes lèvres en fleur, Ton printemps qui m'enivre et qui me la rappelle... Oui, j'ai cru que c'était elle !

FANCHON

Mais qui donc, elle ?

LE CHEVALIER, se parlant à lui-même

Je m'égare, elle avait de plus divins attraits ; Le feu de son esprit animait tous ses traits Et quand la passion brillait sur sou visage C'était l'éclair sublime en un frais paysage !

Vous m'avez bien payée et, pour vous contenter, Je sais d'autres chansons que je puis vous chanter.

2l6 LA VIEILLESSE DE DESGRIEUX

LE CHEVALIER, avec tristesse Merci ! Reprends ta vielle, adieu, chère inconnue.

FANCHON

Je m'en vais donc, chantant comme je suis venue ;

Pourtant, si vous aviez encor daigné m'ouïr,

J'aurais trouvé moyen de vous bien réjouir.

(Elle chante, en s'en allant, les couplets suivants, dont le dernier s'entend sur la route.)

Ne connais-tu pas quelqu'une

Blonde ou brune, Dont le regard noir ou bleu Fit éclore sous sa flamme,

Dans ton âme La fleur du premier aveu t

Laisse, colombes lassées,

Tes pensées Pour un instant revenir Vers ce nid tiède et fidèle

Qui s'appelle Le doux nid du souvenir.

On s'y réchauffe à l'aurore

Qui nous dore Les sentiers jadis frayés.

Sentiers que la brise embaume De l'arôme

Des baisers inoublies.

Console-nous à tout âge,

Frais mirage De ce radieux printemps Ou nous suivant par le monde

Brune ou blonde Souriait à nos vingt ans.

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