Le Prometheus de Goethe
Dans une des tant instructives conversations où j'eus le bonheur d'entendre Hector Denis, notre remarquable économiste et philosophe, le Maître, à propos du Faust de Goethe, rapprocha de la grandiose épopée dramatique une autre création où le même problème, — l'effort de l'Humanité vers le Vrai, — la Science, — a préoccupé le poète : Prometheus d'Eschyle. Cette comparaison de deux œuvres séparées par une distance si longue dans le temps de l'histoire, écloses en des civilisations apparemment antithétiques, me suggéra toute une série de rêveries sur la presque ininterrompue caténation de poèmes qui relie, par ses intellectuels chaînons, le monde grec et la chrétienne et mystique pensée du moyenâge, que nous nous représentons, sous la pesante pénombre d'un cloître, avec, seulement, à travers les droites et sévères figures saintes des vitraux, la filtration d'une lumière décomposée; de là, elle s'arcboute à la Renaissance, au puritanisme du Paradis perdu, et s'attache enfin au Faust, pour aboutir aux dramatiques épopées de Henrik Ibsen.
De ces divers chaînons, tantôt l'un tantôt l'autre furent mentalement rapprochés et comparés : c'est comme une évolution lente et large d'un Règne dPdées, où les formes extérieures progressent, s'adaptant au milieu nouveau ; mais l'âme même, sans cesse agrandie, déjà contenue en germe au premier stade, suit les modifications extérieures, et s'élargit, et simultanément devient plus profonde, plus intense. « C'est pourquoi je nomme le poème gœthien notre divina commedia », proclame Kuno Fischer en son admirable livre si brillamment écrit (i); et cette vérité, il nous la démontrait dans la vibrante éloquence de ses leçons.
La Critique, — celle d'expression française surtout, aveuglée par l'éclat des grandes et lumineuses créations achevées, telles que le Faust, — la Critique a souvent négligé, et le public ignoré parfaitement un Fragment qui, par les rares bribes que nous en possédons, fait regretter profondément l'inachèvement où l'abandonna le poète : quelques dialogues admirables, beaux irréprochablement; j'entends le Prometheus de Gœthe lui-
(i) K. Fischer. Gœthe s Faust, 2'^ AuHage. Stuttgard. chez Cotta, 1887.
même. Il en existe dix scènes, quatre cent soixante-quinze vers, répartis sous trois titres dénommés actes. C'est tout.
Au Prometheus de Gœthe sont consacrées ces pages.
1773, date du Prometheus, est déjà, par ses rapports avec les scènes originairement écrites du Faust, importante ; la copie de ces premières scènes a été retrouvée en 1887, à Dresde, dans les posthumes papiers de M^''= von Gœchhausen, — héritage de famille, — par Erich Schmidt, qui aussitôt publia sa riche et précieuse trouvaille (i).
Pendant la même année (1773-1774), Gœthe crée Werther, subjective et douloureuse révolte d'un cœur aimant, poussé par sa passion au besoin du néant ; son aimée, à lui, n'est-elle pas la fiancée, la chose d'un quelconque brave homme? Et que lui reste-t-il, après leur péniblement terrestre réveil qui les expulse hors des transports des rêves d'Ossian?
Puis Clavigo, un pari, une promesse, qui, en huit jours, jaillit sous l'inspiration de M^^ Muench, — Clavigo l'ambitieux, nouant et dénouant une intrigue amoureuse, racontar coupé d'un livre diffamatoire de Beaumarchais, et taché d'un cinquième acte manqué; — cette éblouissante farce : la Kermesse de Plundersiveiler, un déroutant méli-mélo de grossières plaisanteries recherchées, de vers à la Klapphorn heurtant tout exprès de la sonnerie drolatique de leurs rimes des largos soutenus de phrases épiques et puissantes; et là-dessous, l'influence de Shakespeare poussée au sauvage, à l'extravagant, se mariant au scepticisme tolérant du XVII1« siècle français; le tout monté sur les tréteaux de la parade populaire; des pensées qui semblent annoncer Nathan le Sage (1779) de Lessing, puis un atroce patois dégoissant en gros mots les aphorismes d'une morale goguenarde. Une blague de mardi gras, Pater Brejr, — ce religieux vantard, qui, en papelard, fait la cour à Léonora, mais sans succès : elle ne rêve que d'un soudard sien amant, à côté de qui le prêtre n'est qu'un « champignon »... vers la fin, une satire géniale contre les prêcheurs inutiles. Satjrros ou le Sylvain divinisé, quelques scènes fortes de la Révolution, du (( Sturm und Drang », — avec des cris d'acerbe liberté, des sursauts de dégoûts provoqués par cet hémétique intellectuel : l'ordre social ; — de l'amour violent qui passionne l'amoureuse; — après, le spinozisme versifié du quatrième acte, qui enlève le peuple dans un élan d'enthousiasme ; et le satyre devient, par l'amour et la métaphysique, adoré comme un dieu; et voilà que soudain, des cris : ce dieu tient embrassée la femme
(1) Gœthe's Faust in ursprûnglicher Gestalt , a^er Abdruck. Weimar, Hermann Bôhlau, 1888.
d'un de ses fidèles : le dieu n'est qu'une hète fauve... Etonnante fantaisie, rapide, légère et incisive à la fois, avec sa rythmique variée et le multicolore des sentiments. Toujours de la même année, Dieux, Héros et Wieland, incomparable dialogue littéraire, où la finesse moqueuse s'unit à une profonde connaissance artistique des impressions grecques. Simultanément, les scènes primitives du Faust, — celles mêmes qu'il apportera à Weimar, et que nous a conservées, grâce à l'intérêt pour l'art, si rare et si louable chez une femme, Mi^*^ von Gœchhausen. Stella, le drame d'une innocente passionnée, devenue simplement la maîtresse, tout en se croyant, ignorante qu'elle était de la société, l'unie légitimement d'un homme sans énergie, sans possible consolation, dominé par le féroce amour sensuel, un de ces sauvages et problématiques caractères du « Sturm und Drang ». L'année précédente, c'était Gœtz.
Enfin, parmi les poésies, la Ballade du Roi de Thulé, tant dite, tant de fois chantée; — et tous ces petits poèmes où sous l'enveloppe craquante, heurtée et rutilante du vers gronde et s'agite la vie intense et jeune ; V époque prométhéenne de Goethe : dénomination adéquate au vrai, quelque chose d'énorme et de passionné, une àme trop pleine dont déborde la sève du génie, au hasard, par cascades... « A travers haies et palissades, la course, vite, dans la vie... à moi cette coupe écumante, ce regard frais, bondé de banté »... Ainsi clame le poète à son cocher Kronos, le Temps... vite, que tout soit vécu, réalisé, ressenti, avant la descente vers l'Orcus !
Sous la rubrique « Art », toujours des mêmes temps, le lied du matin, où, dur et vaillant, l'hérdisme de l'ancienne légende qui entraîne l'artiste dans le symbolique combat pour le Beau, s'achève en son contraste de douceur, l'amour de la forme féminine, « idéal qui veut dire tout » : madone, nymphe des bois, déesse de la volupté. Et le lied du soir, reUgieux élan vers la nature, qui annonce une célèbre scène du Faust, et aussi la tempétueuse invocation d'un sublime poème musical, la Damnation de Faust, créée par ce « stoïque de l'Art », génial créateur, qui avait sucé le lait pauvre de la nourrice Misère, — l'immortel Hector Berlioz.
Commentant les deux lieder : Critique et artiste. Critique et enthousiaste complètent cette tétralogie d'art. Le connaisseur analyse froidement, décompose, suppute : rien ne subsiste; c'est glacial. L'âme du poète, par contre, vibre et souffre avec cette forme de vibration : la souffrance, car tout est mouvement.
Encore, un fragment de l'épopée commencée, le Juif errant : ici plus que dans les poèmes précédemment cités, c'est une bigarrure de grotesque et de sublime, un heurt continuel de choses qui planent et de choses qui rampent; des figures faunesques et ricanantes campées à côté de la germanique et sombre beauté : l'outrance du contraste shakespearien. Et dans la scène qui fait descendre Christ sur la terre, trois mille ans après sa première venue, on sent fortement passer le même souliie qui anime les contem-
poraines ébauches du Faust. C'est prophétique, , — et tantôt plaisant, ironique : mais derrière le décor burlesque, on aperçoit des échappées de ciel orageux et noir.
Enfin, deux fantaisies : un rapide drame en quelques vers : F Artiste en ce Monde, dont le premier monologue présente avec la fierté créatrice de Prometheus ou les aspirations de Faust vers la vie, de curieuses analogies. Le drame même? La condamnation d'une âme d'artiste, forcé, pour gagner la vie des siens, de faire le portrait d'une horrible bourgeoise qui paie. Et les Noces de Polichinelle, drame microcosmique, fort court fragment, où la note dominante est le grossier plat et vulgaire, un mélange désordonné de Plaute, d'Aristophane et de farces de bouffons.
En même temps, sous l'influence de Jacobi, et par ses personnelles études, Gœthe avait, dans la pure Ethique de Spinoza, trouvé le calme et la satisfaction morale qui semblait nécessaire à son esprit. Lui, le génie artistique, s'était assimilé le sens de ces préceptes ennoblissants, malgré sa répugnance pour la formé mathématique et la géométrique froideur extérieure des œuvres du penseur hollandais. Souvent, dans les créations gœthiennes, - dans le Faust, naturellement, et à plusieurs reprises, — se répercuteront les échos de ces idées philosophiques. Dans Prometheus, on pourrait en retrouver; et c'est certes une étude sublime, celle des rapports entre le grand métaphysicien et le grand artiste.
Mais ces considérations qu'un superficiel aperçu, — le superficiel nous répugne absolument, — ne ferait pas comprendre, exigeraient une spéciale étude, que nous ne pourrions joindre à celle-ci sans en briser le cadre et déranger les proportions.
Voilà donc l'œuvre d'un an, de la vie de Gœthe l'époque la plus riche en créations poétiques. Comme caractéristique de cette période, comme chef-d'œuvre de premier plan, — outre quelques scènes importantes de Faust, — le Prometheus. « Epoque prométhéenne » l'a-t-on à juste titre dénommée; car en ces années ardentes, Gœthe crée, à l'égal d'un divin, tout un monde qui vit et s'agite.
Je cède la parole au poète, et traduis de ses notes biographiques les pages suivantes (i) :
« L'ordinaire destinée humaine, tous nous devons en supporter notre part, mais elle pèse le plus lourdement à ceux-là, dont les facultés intellectuelles se développent précoces et larges. Sans doute nous pouvons grandir sous la protection des parents et de la famille, trouver aide et appui chez des frères, des sœurs, des amis, — relations chez certains que
(i) Aus meinem Leben, 4*^ partie, 15*= livre.
nous connaissons, — bonheur chez les aimées; malgré tout, la conclusion est et reste ceci : L'homme ne peut compter que sur lui-même, et, comme il semble, la divinité a pris position vis-à-vis de nous de manière à ne pas toujours encourager ni répondre à notre respect, amour et confiance, cela surtout quand nous en avons besoin. Je l'avais éprouvé, jeune encore; dans les moments les plus critiques, on nous dit : « Mon cher, aide-toi toi-même », — et combien de fois ma douleur ne s'est-elle pas écriée : « Allons, j'affronte seul le combat ! » En cherchant autour de moi la confirmation de mon individualité libre, j'en trouvai les fondements les plus solides dans mon talent créateur. Depuis quelques années, il ne me quittait pas un instant ; ce qu'éveillé, je voyais le jour, souvent se groupait la nuit en rêves coordonnés; j'ouvrais les yeux : cela m'apparaissait un tout nouveau et merveilleux, ou quelque partie d'une œuvre commencée. D'ordinaire, j'écrivais pendant les premières heures de la journée. Mais le soir aussi, bien avant même dans la nuit, quand le vin et la société activaient la vie, on pouvait me demander ce qu'on voulait ; se présentait-il une circonstance caractéristique, j'étais prêt à poétiser. En réfléchissant à ce don naturel, je découvris qu'il était bien ma chose, à moi, et que rien d'étranger n'était capable de le renforcer ni de l'arrêter ; et je voulus approfondir en pensées l'état de moi-même. Cette représentation se fixa en une image : l'ancienne mythologique figure de Prometheus m'apparut, — lui, séparé des dieux, et de son atelier peuplant un monde. Je sentis bien alors que pour produire une œuvre de signification, il faut s'isoler. Celles qui, de mes œuvres, avaient rencontré tant de succès, étaient nées dans la solitude; et maintenant que je vivais plus en rapport avec le monde, je ne manquais ni de force ni de goût à inventer, mais l'exécution était arrêtée; car ni en prose ni en vers je n'avais un style, et à chaque nouveau travail il me fallait, suivant le sujet, recommencer essais et tâtonnements. En ceci je n'avais qu'à repousser, à exclure l'aide des hommes ; et comme Prometheus, je m'isolai, même des dieux : cela d'autant plus aisément que, chez moi, en tous temps, avec mon caractère et ma manière de penser, tout sentiment déterminé dévorait et supprimait les autres.
« La légende de Prometheus, je la vivais maintenant. La vieille défroque titanesque, je l'appropriai à ma taille et, sans ultérieure réflexion, je me mis à écrire un poème, avec, comme sujet, la position de révolte qu'occupe Prometheus vis-à-vis de Zeus et des nouveaux dieux : il crée, lui, librement, à son gré, des hommes, par la protection acquise de Minerve il les anime, et fonde une troisième dynastie. Et réellement, les dieux régnants, désormais avaient de se plaindre de sérieux motifs, car on les pouvait considérer comme des personnages sans raison d'être, insérés entre les titans et les hommes. A cette singulière création appartient, comme monologue, cette poésie devenue célèbre dans la littérature allemande :
car c'est sous cette impulsion que Lessing se déclara contre Jacobi, au sujet de problèmes importants du penser et du sentir » (i).
Et quelques lignes plus loin :
« Bien que, — et cela arriva, — il est possible à cette occasion, de se plonger en des considérations philosophiques et même religieuses, cette création appartient parfaitement à la poésie. Les titans sont la folie du polythéisme, comme le diable la folie du monothéisme; cependant il n'est pas figure poétique, comme le seul Dieu dont il est le contradictoire. Le Satan de Milton, courageusement brossé, garde toujours le désavantage d'un être subalterne, car il cherche à détruire l'éblouissante création d'un être supérieur; mais tout autre Prometheus, qui s'attache cet avantage : en révolte contre des êtres supérieurs, il crée et il forme. Et n'est-ce pas une pensée belle et bien faite pour la poésie, cette création des hommes non par le Maître d'en haut, mais par un être intermédiaire qui, cependant, est suffisamment digne et important; du reste, la mythologie grecque nous offre une richesse inépuisable de divins et d'humains symboles. »
Mais le titanique, le gigantesque, ce qui escalade le ciel, ne devait, ne pouvait non plus, Gœthe le reconnaît, plus longtemps inspirer ses créations.
Le Prometheus également fut suivi d'une satire, farce indirectement faisant suite à Dieux, Héros et Wieland, précédemment signalé ; cela s'intitulait : Prometheus, Deukalion et ses critiques, — et c'était un ami de Gœthe qui l'avait lancée. On n'en parle plus aujourd'hui.
Dans l'analyse du fragment Prometheus, d'abord je dégagerai la dernière scène existante (acte III, Prometheus dans son atelier), — ce monologue qui a provoqué le débat que rappelle Gœthe, — scène que je considère comme achevée, parfaite. La dernière strophe apparaît déjà, légèrement modifiée, au deuxième acte (vallée au pied de l'Olympe) ; les vers sixième et septième de la cinquième strophe, et, non encore fixé, le neuvième de la même strophe, — au premier acte (28-3o).
Ces observations préliminaires faites, je traduis, tout en maintenant la disposition gœthienne, vers par vers, à l'analogie de l'excellent procédé mis en pratique par Gabriel Mourey dans sa traduction française des poèmes d'Edgar Allan Poe (G. Dalou, éditeur, Paris, 1889).
(1) A la suite d'entretiens du 6 et 7 juillet 1780 avec Lessing, Jacobi écrivit une étude sur la doctrine de Spinoza (voir ses lettres à Moses Mendeissohn). C'est à cet écrit que Gœthe fait allusion ici.
3e acte. — PROMETHEUS, dans son atelier.
Recouvre ton ciel, Zeus,
de la buée des nuages,
amuse-toi comme le gamin
qui décapite des chardons,
avec les glands des chênes et les sommets des monts!
Mais ma Terre, tu dois
malgré toi, me la laisser debout,
et ma hutte, que tu n'as pas construite,
et mon foyer
dont Tardence
te brûle d'envie.
Je ne connais rien de plus misérable
sous le soleil que vous, dieux !
■Vous nourrissez petitement
de l'impôt du sacrifice
et du souffle des prières
votre majesté,
et vous végétez, comme si n'étaient
enfants et mendiants
des sots gonflés d'espérance.
Quand j'étais encore un enfant, et ne savais vers où me tourner, je dirigeais mon œil perdu d'errance vers le soleil, comme si là-bas était une oreille, pour entendre ma plainte, un cœur, comme le mien, pour s'appitoyer de l'opprimé.
Qui m'aida
contre l'insolence des titans?
Qui me sauva de la mort,
de l'esclavage?
N'as-lu pas toi-même tout accompli,
cœur ardant d'un feu sacré?
et ardais-tu peut-être, jeune et fort,
trompé, devant ton salut
au Dormeur là-haut?
Moi, te respecter? Pourquoi?
As-tu jamais adouci les douleurs du chargé de maux?
As-tu jamais séché les larmes de l'angoissé?
— lO —
Ne m'a pas forgé homme le tout-puissant Temps et l'éternel Destin, mes maîtres et les tiens?
T'imaginais-tu peut-être que je devais haïr la vie, fuir dans les déserts, parce que ne fructifiaient pas tous mes rêves en fleurs?
Nj Ici, je trône, je forme des hommes 1 à mon image, "t une race qui me ressemble, pour souffrir, pour pleurer, pour jouir et pour sentir la joie, et pour te mépriser, comme je te méprise, moi!
[Minerva se présente, essayant encore une fois une entente.)
Sur cet admirable monologue, cette sublimation de force consciente, cette concentration d'orgueilleuse et créatrice fierté, ce légitime dédain de celui qui agit pour celui qui dort, se termine, avec, comme gigantesque point d'orgue final, le vers ultime : « Comme Je te méprise, moi! », l'une des plus géniales inspirations, fragment malheureusement inachevé, de l'œuvre du jeune Gœthe. Ai-je besoin de commenter tout cela? A quoi bon? Ceux qui ne sentent pas cette révolte et cette confiance en la personnelle énergie ne comprendront pas, et nous ne songerons pas à leur faire comprendre. Lisez, après cela, le colossal Brand du Norwégien Ibsen, commentez et comparez, « Grand est celui qui se crée lui-même »... N'est-ce pas aussi la même idée qui se retouve dans le Ring du Nibelung de ce prodigieux Wagner?
Je disais plus haut que la pensée :
« Ne m'a pas forgé homme le tout-puissant Temps et l'éternel Destin, mes maîtres et 'es tiens »
se rencontre déjà dans le premier acte, en un dialogue entre Prometheus et Mercure, sous cette forme (v. 28-3o) :
« Ne m'a pas forgé homme
le tout-puissant Temps,
Mon maître comme il est le vôtre. »
C'est à Mercure rappelant, pour forcer la soumission, à Prometheus la
protection des dieux entourant son enfance, que le vaillant rejette cette profonde et vraie réplique.