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CHAPITRE V

CINQ OBSERVATIONS DE TYPHO-BACILLOSE

OBSERVATION XXVII. — (Recueillie à l'Hôpital de la Pitié, service de M. Claisse. — Typhobacillose.). —B.… Gabrielle, âgée de vingt-trois ans. Entrée le 15 mars 1910 à la Pitié, salle Lorain, n° 43.

Antécédents. —Congestion pulmonaire gauche en 1902. Depuis lors, elle s’enrhume facilement. En juin 1909, elle a fait un séjour au bastion 27 pour une crise d’anémie. La maladie a débuté vers le 11 mars par des coliques, des maux de tête extrêmement violents, avec allons douloureuses à la nuque et aucou, par des frissons et une sudation intense.

Nous trouvons la malade couchée sur le côté droit, ne pouvant se tourner vers le gauche, à cause d’une vive douleur du cou qui apparaît au moindre mouvement. Elle est très abattue, mais parfaitement consciente. Nous ne constatons ni strabisme, ni troubles pupillaires. Le signe de Kernig est douteux.

La malade a de l’anorexie ; elle est constipée ; il existe

du gargouillement dans la fosse iliaque droite. Quelques

200: — petites taches érythémateuses que l'on voit sur le tronc ne peuvent pas être considérées comme dés taches rosées lenticulaires. À part quelques râles dans les deux poumons, on ne constate aucune lésion des divers paren chymes. | Le pouls est à 120, la température à 39 degrés. On pense à la possibilité d’une fièvre typhoiïde. La situation reste la même les jours suivants avec une fièvre continue de 39 degrés et le diagnostic s'oriente de plus en plus vers {a dothiénentérie. Mais le séro-diagnostic, pratiqué le 20 mars, neuf jours après le début, reste négatif. Il en sera de même de l’'hémoculture qui sera faite le 3 avril. La ponction lombaire fournit aussi un résultat négatif. | En présence de tous ces résultats négatifs, on écarte le diagnostic de fièvre typhoïde. D'ailleurs l’évolution clinique ne tarde pas à fournir aussi des arguments contre le diagnostic initial. La céphalée du début a disparu, et malgré la persistance de la fièvre, la malade n’est plus déprimée ; elle dort bien, a son entière lucidité et ne présente aucun trouble du système nerveux. L'état digestif, troublé au début, s’est aussi amélioré. On a renoncé au régime spécial de typhique prescrit les! premiers jours, pour donner à la malade une alimentation variée qui est parfaitement tolérée, sans aucun incident. !

L'intégrité paradoxale de l'appareil digestif, du système nerveux, la persistance de la fièvre, le caractère négatif des épreuves bactériologiques, sont autant d'arguments en faveur du diagnostic de typho-bacillose.

La fièvre diminue lentement, sans s’éteindre compiète-

ment. Maïs l'amélioration de l'état général est telle que la

AS malade, malgré nos conseils, tient à reprendre ses occupa-

tions et sort de l’hôpital.

OBSERVATION XXVIIL (Personnelle et inédite). — (Typhobacillose de Landouzy. Tuberculose pulmonaire consécutive. — Evolution en un seul temps Service de M. le professeur Landouzy à la Clinique Laënnec). — V..., âgé de quarante-sept ans, déménageur, entre le 7 avril 1910, salle Grisolle, lit n° 92, pour faiblesse générale et abattement.

Dans son enfance on ne relève pas de maladie grave. A vingt et un ans, il part en Algérie, accomplir ses cinq années de service militaire. Pendant son séjour il a eu quelques aitaques de dysenterie ; pas de paludisme. Ethylisme avéré.

Revenu en France, il s'est toujours bien porté jusqu’en 1905, où, à la suite d'un refroidissement, il fut pris

d'un malaise général avec frissons, fièvre ; toux et expec-

toration muco-purulente. Il s’est remis assez vite de cette

indisposition, mais sa santé a toujours été chancelante depuis : il a maigri légèrement et, ses forces l’abandonnant, il a été forcé à maintes reprises de cesser son travail.

Dans ses antécédents héréditaires, on ne retrouve pas de bacillose. Le malade est célibataire.

7 awril 1910. — Abattu, courbaturé, traînant depuis quelque temps déjà, le malade entre dans le service de M. Landouzy. La température est de 38°5 ; il se plaint

de douleurs vagues et d'un point de côté au niveau de

“la partie inférieure droite du thorax.

Il tousse un peu, son expectoration.est muco-purulente,

TO de

La percussion révèle une légère submatité avec résis-

tance au doigt sous la clavicule et dans La fosse sus-épi- À \

neuse gauche. A l’auscultation, on trouve une respiration

rude, sans bruit surajouté au même niveau.

La pointe du cœur est dans le cinquième espace, le choc est affaibli, les bruits du cœur un peu lointains. Le pouls est petit, dépressible, 66 pulsations. A noter la non correspondance du pouls et de la température. Les artères sont un peu dures. |

A l’examen de l’appareil digestif, la langue est rosée, non saburrale. Pas d’angine, ni d’amygdalite. Le ventre n'est ni ballonné, ni rétracté. A la palpation, légère défense musculaire au niveau des grands droits. Pas de diarrhée, Le foie déborde d’un travers de doigt. La rate n’est pas perceptible.

Rien dans les urines, ni sucre, ni albumine. On met le malade en observation et au repos.

Ce n’est que quelques jours plus tard, vers le 12, que, frappé de ce que les lésions pulmonaires ne suffisaient pas à expliquer la température élevée, 39 degrés, 3905, et voyant le malade pâle, inerte, stupéfié, ‘avec un facies . typhique, les lèvres filigineuses, la langue saburrale, on diagnostique une fièvre typhoïde, et on fait faire des enveloppements humides au malade.

Mais le malade n’a pas de taches rosées, pas de gargouillement dans la fosse iliaque droite, pas d’ulcération de Duguet, le séro-diagnostic typhique au 1/50 négatif. Paratyphique A et B douteux.

15 avril. — Début de phlébite ; le malade est pris d’une

violente douleur à la face postérieure de la jambe droite,

au niveau de la saphène externe qui se transforme en un cordon douloureux et induré. La température est à 4o degrés, le pouls à 62, l’état typhique s’accentue.

L'examen du poumon révèle toujours de la submatité au sommet gauche, une expiration soufflante au même uiveau et quelques râles sous-crépitants au sommet droit.

19 avril. — La raie est percutable sur deux travers de doigt. Pas de diarrhée.

Amaigrissement assez marqué; on pense à la possibilité d’une typho-bacillose de Landouzy et on fait l’hémoculture, celle-ci est négative, le séro-diagnostic à 1/25également.

21 avril. — Examen des crachats négatifs.

26 avril. — Le pouls s'accélère, 100 pulsations. T. 39°4.

Ee malade s’affaiblit de plus en plus, il ne lit pas et ne s'intéresse plus à ce qui l'entoure.

28 avril. — Pouis à 100.T. 39°2.

Intradermo-réaction. — Positive.

Bacilles de Koch dans les crachats: c'est la première fois, après plusieurs examens de crachats, qu’on a trouvé le bacille.

29 mai. — P. 100. T. 38°2. Le malade est plongé dans la stupeur ; quelques paroles incohérentes.

3, 4, 5,6 mai. — Etat général très mauvais, amaigris sement marqué, torpeur.

Examen. — 7 mai. — Craquements à gauche un tiers supérieur du poumon, et râles sous-crépitants. Le poumon droit pris également.

En résumé : typho-bacillose avec tuberculose pulmo-

naire consécutive.

à ù 4e NAT ES

OBSERVATION XXIX (M. Claisse). — Typho-bacillose. Adénopathie bronchique à répétition). — B.., trois ans. Enfant pâle, de santé médiocre, appétit capricieux, a de fréquents désordres digestifs. |

On trouve dans la famille des tares tuberculeuses : un frère mort de méningite il y a quatre ans, une sœur aînée a eu une pleurésie. .

Février 1905. — L'enfant a une broncho-pneumonie, avec fièvre élevée pendant quatre jours. Les lésions pulmonaires disparaissent au bout d’une dizaine de jours’ mais la fièvre persiste, l’état général est mauvais et l'alimentation se fait mal.

L'enfant part à la campagne, l’état général s'améliore peu à peu, mais la températuré remonte fréquemment au-dessus de 38 degrés et ne redevient normale qu’au bout de six mois environ.

Depuis lors, l'enfant s’est bien développé. Ilest grand, fort, assez gras, mais reste fragile. Malgré les soins les plus minutieux, il a de temps à autre de petites poussées fébriles. Toutes celles que j'ai pu observer coïncidaient avec l'apparition d’une zone de matité au hile du poumon droit. |

Récemment, à l'occasion d’un simple rhume, sans

aucun signe de bronchite, l’enfant a fait une nouvelle

poussée d’adénopathie bronchique, plus importante que les précédentes, accompagnée d’une fièvre continue et d'un état saburral. Depuis le 5 mai, la fièvre est tombée

et les signes d'adénopathie bronchique ont disparu.

OBSERVATION XXX (M. Claisse). — T..., fillette de quatre ans. Bonne santé habituelle. Développement sans

incident morbide jusqu'à quatre ans.

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En novembre 1906, l'enfant a une légère congestion pulmonaire qui disparaît assez lentement, laissant à sa suite uue adénopathie trachéo-bronchique, diagnostiquée par deux spécialistes et persistant plusieurs semaines.

La température très élevée pendant les premiers jours de 39 degrés à4o°6, était tombée à la normale dès le quatrième jour, mais pour remonter awbout decinq jours et par la suite, pendant près de cinq mois la fièvre prit une allure nettement intermittente, à tel point que le diagnostic de paludisme fut sérieusement examiné. Durant cette longue période, l'enfant avait un bon état général, on n’observa aucune lésion locale, bref aucun désordre autre que des accès fébriles de deux à quatre jours, séparés par des intervalles de deux à septjours.

‘A dater de mars 1907, la fièvre a disparu et la guérison semble complète. A la fin de l'année suivante en novembre 1908, l'enfant commence à souffrir de temps à autre d’une névralgie intercostale, et brusquement, les hui tième et neuvième vertèbres dorsales deviennent saillantes

/ et douloureuses. On met l’enfant dans un appareil plâtré. Elle y est encore actuellement. L'état local est très

satisfaisant et l’on a tout espoir de guérison.

OBSERVATION XXXI (M. Claisse). — Typho-bacillose. Fièo e de longue durée. Coxalgie et mal de Pott dans la convalescence. Guérison. — J..., fillette de huit ans, robuste, sans antécédent morbide, à part une grippe qui l’affaiblit un peu en janvier 1907. Au mois de mars de la même année, elle a une coqueluche de moyenne intensité. Vers le vingtième jour,la température monte à

4o degrés, les quintes disparaissent et l'on constate une

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broncho-pneumonie à droite puis une pleurésie à gauche. Les lésions pulmonaires disparaissent peu. à peu, mais la fièvre reste très élevée, entre 39 degrés et4o degrés jusqu'au milieu de mai. Elle devient ensuite plus irrégulière ; mais sans disparaître complètement, remontant parfois au-dessus de 4o degrés. En août et en septembre, elle monte encore parfois le soir à 385. En octobre elle dépasse plusde38 degrés. L'état général est satisfaisant et aucune lésion locale n’explique cette persistance fébrile.

En octobre, on constate de la claudication, sans douleur à la marche ni à la pression. Ce symptôme disparaît de temps à autre, puis reparaît plus ou moins accentué.

Vers le mois d'avril, on remarque une saillie vertébrale lombaire douloureuse et l’enfant est placée d’abord dans une gouttière plâtrée, puis en juin 1908 dans un appareil en celluloïde.

Pendant l’année 1908, la température est souvent remontée à 38 degrés. Depuis deux ans, elle est restée normale. L'enfant, grâce à une cure marine, a un état général excellent, le teint est bon, les fonctions digestives se font bien et le poids augmente.

Actuellement, les lésions osseuses, celle de la jambe gauche qui semble s'être limitée au trochanter et celle des vertèbres paraissent éteintes, et l'appareil n'est conservé que par excès de prudence. Bref la maladie qui a débuté en 1907 par typho-bacillose et qui s’est compli-

quée d’ostéites, semble terminée aujourd’hui.

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