INTRODUCTION
La typhobacillose est une tuberculose ‘aiguë qui surprend les individus semblant indemnes de tuberculose et simule en tous points une fièvre typhoïde dont elle a presque tous les symptômes. C’est une infection tuberculeuse sans néoformation granuleuse ; due soit à un ensemencement très peu abondant, soit à la qualité du germe ensemencé,soit sans doute à une certaine immunité du sujet. Le professeur Landouzy l’a appelé successivement « fièvre bacillaire prétuberculeuse, sep-
— 10 re ticémie bacillaire tuberculeuse, typhobacillose.
Quelques observations nous ‘donneront une idée dé ce type clinique :
OBSERVATION I. — (Prof. Landouzy. — Leçon résumée dans le Praticien de 1885). — « IL y a deux ans arrivait dans la salle Sainte-Anne une femme de chambre de vingt-quatre ans avec l'aspect d’une fièvre continue commençante : subdelirium, prostration, fuliginosités de la bouche, langue sèche, ballonnement abdominal, un peu de diarrhée. Il est vrai qu'on ne trouvait pas la moindre tache rosée lenticulaire, mais le mal en était encoré au début. Je ne crus pas devoir me prononcer immédiatement comme diagnostic entre la fièvre typhoïde et la fièvre infectieuse tuberculeuse aiguë. De plus la température oscillait de 4095 le soir à 38 degrés le matin.M. Leudé qui assistait à la visite partageait mes réserves.
Les taches n'apparaissent pas, j'opinais surtout dès le lendemain pour la fièvre tuberculeuse, lorsque deux ‘ jours après je constatai une paralysie faciale inférieure gauche.
Dès lors le mal s'était localisé sur le cerveau et le pronostic me paraissait fatal. Quarante-huit heures plus tard, la malade avait succombé et à l’autopsie nous trouvions trois granulations tuberculeuses sur la sylvienne du côté droit, une rate diffluente, rien du côté de l'intestin, enfin trois ou quatre granulations au sommet du poumon droit ; donc fièvre infectieuse tuberculeuse et mort par infection, comme on meurt dans la fièvre puerpérale,dans
la scarlatine, etc.
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OBSERVATION II. — Le second cas que je vous rapporterai est celui d’une jeune fille de dix-huit ans, entrée avec le diagnostic,porté par un médecin de la ville, de fièvre continue. Les taches rosées firent complètement défautet, cinq jours aprèsson entrée, la malade succombaïit aussi. A l’autopsie : rate grosse, un peu d’ entérite »pas de lésions typhoïdiques, cinq granulations tuberculeuses ausommet du poumondroit et rien de plus que les caractèéres d’une infection générale. La malade était morte
typhique tuberculeuse et non tr phoïdique.
OBSERVATION II. — Enfin, troisième fait, je vous citerai celui du n° x de. la salle Saint-Charles, garçon de dix-huit ans, entré avec toutes les apparences du delirium tremens, de sorte qu’on pouvait se demander de prime abord s'il ne s'agissait pas de quelque manifestation de l'alcoolisme plutôt que de quelque fièvre typhoïde ou de tuberculose aiguë. Examen de la poitrine, rien ; examen du rein, rien ; pas de taches rosées, et le malade mourait six jours plus tard avec tout l'aspect d'un individu atteint de fièvre continue, moins les taches, taches sur lesquelles j'insiste toujours, car elles sont d’une importance de premier ordre. J'ajoute que ce garçon présentait des oscillations thermiques beaucoup plus grandes que celles qu’on observe d'habitude dans le premier septenaire de la fièvre typhoïde. Il s'agissait ‘d’une infection tuberculeuse, d’une manifestation aiguë de tuberculose venue s’enter sur un ancien petit foyer
caséeux au sommet du poumon droit. »
Nous voyons donc qu’à première vue, la ressemblance est frappante avec la fièvre typhoïde [a ï
éberthienne et l’on comprend aisément comment ces deux états ont été si longtemps et sont encore si souvent confondus. Le malade sort ou meurt de son infection bacillaire, «avant que celle-ci eût poussé assez loin pour qu’à la période d’invasion succédât la période d’éruption ; pour que la germination tuberculeuse se faisant, se formassent des granulations tuberculeuses ». Poe
«On admet aujourd’hui, en effet, que le ae Ue de Koch ne crée pas forcément le tubercule, qu’il
ne se concentre pas forcément en foyers, qu'il est
capable de se diffuser dans l’organisme, d'y créer des lésions non folliculaires, d'y provoquer ‘une réaction générale, souvent comparable à la fièvre typhoïde, méritant dès lors le nom de typho-bacillose» (1).
Cette tuberculose, à forme oho de dont le nom est relativement nouveau, n’a‘pas absolument échappé aux cliniciens du siècle dernier.
«En 1873, un médecin de Toulouse, Bonnemaison, parlant « de ces phtisies à début larvé qu'il importe de reconnaître sous leur masque d'emprunt », citait des observations curieuses entre aulres celle d’un malade qui, « atteint une première fois de ce qu'on a appelé une fièvre catarrhale ou muqueuse, ce bouc émissaire de beaucoup d'erreurs pathologiques », revenait à l'hôpital avec une fièvre dont les allures, d’appa-