EXPLICATION DES DIFFERENCES DE PRONOSTIC
Comment expliquer que certains gliomes semblent guérir avec grande facilité après une simple énucléation, alors que d’autres, même après une exentération soigneuse, récidivent avec une rapidité étonnante? En un mot, pourquoi le pronostic estil variable d’un cas à l’autre, pourquoi y a-t-il des gliomes qui tuent et d’autres qui guérissent?
C'est là une question assez complexe qui n’est pas encore parfaitement résolue. Nous allons envisager les trois facteurs principaux dont pourrait dépendre le pronostic et nous verrons dans quelle mesure chacun d’eux peut intervenir. Nous voulons parler de l’état du terrain, des modalités du traitement et de la nature de l’alfection.
Ce n’est point dans l’état du terrain qu'il faut chercher une explication, la majorité des gliomes évoluant en effet chez des enfants bien portants. Chez des petits malades, cachectiques, il est possible que la terminaison fatale arrive plus vite, mais ce sont là des cas particuliers. L’âge et le sexe ont une action nulle ou négligeable. Pourrait-on admettre que certains sujets présentent une sensibilité spéciale pour le gliome et que chez eux l’organisme ne se défende pas ou se défende très mal? Cela n’a rien d'impossible, mais nous abordons là un problème de pathologie générale dont la science commence à peine à débrouiller le mystère.
Pour beaucoup d'auteurs contemporains, le traitement tient seul sous sa dépendance le pronostic de l’affection. Admettant en ellet l'unité spécifique de la tumeur rétinienne on ne peut pas fonder sur elle la différence dans le pronostic, lequel dé-
pend alors de l’extirpation complète ou non de la tumeur, condition qui dépend surtout, à son tour, du stade évolutif où le gliome a été surpris.
La nécessité d’une intervention précoce est admise par tous les auteurs et ne saurait être discutée. Elle est prouvée par de nombreuses observations; la statistique de Curt Adam est particulièrement démonstrative à ce sujet.
On peut se demander pourtant s’il n’est pas téméraire de voir là l'unique cause des variations de pronostic, et de refuser toute influence à la variété histologique de la tumeur. Bien que l’examen microscopique ne permette pas de prévoir si un gliome que l’on vient d'opérer restera ou non sans récidives, il faut reconnaître que, parfois, l’affection évolue lentement, se cantonnant pendant de longs mois à l’intérieur de l'œil et laissant à l'opérateur une grande marge de temps pour intervenir, en un mot, se comportant comme si sa nature était différente, ou sa virulence — s'il était permis d'employer ce mot — très atténuée.
Aussi nous pensons, avec le professeur Lagrange, qu'il existe non pas une seule variété de gliome, mais deux variétés très différentes au point de vue du pronostic : la première relativement bénigne, d'origine ectodermique, analogue au gliome du cerveau et de la moelle; la seconde très maligne, d’origine mésodermique, développée suivant le processus ordinaire de l’angiosarcome de Kolaczeck.
Les auteurs qui combattent cette théorie et refusent d’admettre l’existence d’un sarcome de la rétine, sont obligés cependant de constater l'influence des modifications histologiques sur l’évolution de la tumeur. C’est ainsi qu’Ascunce, pour qui le gliome est constitué toujours et exclusivement d'éléments propres de la névroglie, reconnaît que : « si la marche clinique et l'aspect microscopique peuvent être distincts, ces diltérences sont dues à des circonstances fortuites, en partie ignorées et incompréhensibles pour nous et en partie explicables par l’évolution différente que les conditions du tissu ou le milieu ambiant ont imprimée aux cellules de névroglie. »
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