HISTORIQUE
Confondu autrefois avec les tumeurs du tractus uvéal, le gliome de la rétine fut isolé pour la première fois, au début du xx° siècle, par Wardrop d'Edimbourg. En 1809 Wardrop publiait, en effet, un travail basé sur 17 cas d’une affection qu'il appelait « fongus hematodes oculi », et qu'il décrivait chiniquement d’une manière très précise. Il notait la cécité rapide, le reflet jaune du fond de l'œil, les proliférations à l’intérieur du globe, son augmentation de volume, l'apparition de masses fongueuses dans l'orbite et dans le crâne. Enfin, étudiant minutieusement 1 anatomie pathologique, il montrait l'origine rétinienne de la tumeur et parfois l’envahissement du nerf optique.
Quelques années plus tard, Beer, de Vienne, confirme les travaux de Wardrop (1819). Il appelle à son tour l'attention sur le reflet caractéristique de l’œil malade. C’est lui qui emploie le premier l’expression consacrée « d'œil de chat amaurotique ». Il faut noter cependant qu'il ne voyait pas là un
aspect particulier au gliome, mais commun à un ensemble
d’affections variables de nature amaurotique (affections traumatiques, décollements, lésions du fond d'œil).
L'identité du gliome est reconnue par Maunoir, de Genève (1820), qui propose le nom de « fongus médullaire »; par Laënnec qui propose celui plus exact de « fongus encéphaloïde »; puis par Panizza, Mackensie, Lincke. |
Il y a pourtant des contradicteurs : Travers, Schôn, Chelius, Scarpa, confondant toutes les tumeurs de l'œil, critiquent l'opinion de Wardrop et nient l’origine rétinienne de l’affection.
C’est seulement en 1836 que Langenbeck peut montrer que
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c’est bien la rétine qui est le point de départ de la tumeur. Le premier, il voit au microscope les cellules rondes du néoplasme, mais les moyens encore insuffisants dont il dispose lui font conclure à une simple hypertrophie maligne de la rétine. Robin, en 1854, après des recherches plus précises, remarque la ressemblance des cellules rondes et des grains; il conclut à une prolifération des myélocytes ou des éléments des couches granuleuses. Pour lui il s’agit d’une tumeur bénigne.
De Graele, Virchow, Recklinghausen, publient de nouveaux faits d’hyperplasie des couches granuleuses. Sichel (1858) — qui sera contredit plus tard par son élève de Wecker — distingue, avant Virchow, deux variétés de tumeurs. Pour Virchow, en effet (1864), à côté des gliomes développés aux dépens des cellules nerveuses, il existe des sarcomes issus du tissu conjonctif. x
Hirschberg (1868) conclut à l'identité du fongus médallaire et du gliome rétinien, mais il décrit sous ce nom toutes les tumeurs malignes de la rétine. |
De Graefe met un peu d’ordre dans la question et donne du gliome une description clinique magistrale. Il semble qu'après Jui il n y ait plus de confusion au sujet de ces tumeurs. C’est sur le terrain histologique que vont se cantonner les discus- SIONS.
Les travaux deviennent de plus en plus nombreux. Knapp, Schweiger, Manfredi, Iwanoif étudient le point de départ de la tumeur. (Gama Pinto (1886) appelle l'attention sur la structure tubuleuse et angiosarcomateuse du gliome. Becker parle même d’un angiosarcome tubulé. Simon Flexner (1891) décrit le premier les rosettes dont Wintersteiner vulgarisera la connaissance. Eisenlohr (1891), Thieme (1893) et surtout Wintersteiner (1897) donnent de l’anatomie pathologique microscopique une étude très approfondie. Wintersteiner précise la forme et la disposition des cellules néoplasiques. Il décrit sous le nom de rosettes des groupements cellulaires en forme de cercles ou de spirales et pense que ces formations sont ca-
per IR
ractéristiques du gliome, bien qu'il ne les ait rencontrées qu'une fois sur trois; 11 conclut à la nature neuro-épithéliale de la tumeur.
Richard Greef, appliquant aux gliomes la méthode de coloration de Golgi-Cajal, montre la présence de cellules névrogliques hyperplasiées, de cellules ganglionnaires et de fibres nerveuses enchevêtrées. Il conclut à une véritable tumeur nerveuse analogue aux gliomes du cerveau.
Ses travaux qui font faire un pas considérable à la question nous présentent le gliome sous un jour nouveau, mais les choses n’en restent pas moins très embrouillées. Doit-on en revenir à la conception de Viréhow et admettre l'existence de plusieurs espèces de néoplasmes de la rétine ? C’est la théorie défendue par le professeur Lagrange, pour qui il existe une variété bénigne (geliome vrai ou neuro-épithéliome) et une variété maligne de nature sarcomateuse provenant des éléments mésodermiques. Les travaux contemporains cependant tendent à établir le contraire, mais ils s’orientent vers des conclusions opposées
Après Mallory (1915), Mawas (1922) présente le gliome comme une tumeur épithéliale. « IT n'existe, nous dit-il, qu’une seule espèce de néoplasmes de la membrane nerveuse de l'œil, c’est ce qu'on appelle généralement le gliome de la rétine. » C’est, suivant son expression, un « rétinocytôme », où il signale d’une façon constante la présence de rosettes de Wintersteiner, de « stéphanocytes », pour employer le terme qu'il a créé.
Redslob (1923), Munnoz-Urra (1924) et Ascunce (1924) considèrent au contraire que la névroglie, ses cellules et ses fibres sont les éléments constitutifs de la tumeur rétinienne : « Le eliome de la rétine est dû à un néoplasme constitué exclusivement d'éléments propres de la névroglie, nourris par de nombreux vaisseaux ».
En somme, les travaux de ces dernières années ne semblent pas encore avoir apporté au problème sa solution définitive, et le gliome conserve toujours le mystère de sa nature et de son origine.