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Le Propagateur du magnétisme animal. Tome second

Il y a peu de jours que, dans une séance chez moi, M. le comte de M., venu pour me consulter pour une femme de sa maison, qui ne croyait guère ni lui non plus au Magnétisme, fut presque instantanément convaincu de ses étonnans effets.

M’étant aperçu que cette malade était susceptible de tomber en somnambulisme, je dis à M. le comte, qui tenait à la main une petite canne : Vous avez là, monsieur, une baguette de magicien,et je suis persuadé que ses effets vous sont entièrement inconnus ? Je pris cette baguette, et en dirigeai une des extrémités à quelques pieds du front de la personne malade, et en moins d’une minute, elle inclina la

tête sur sa poitrine ; ses yeux se fermèrent, et L’immobilité de tout le tronc devint complète. Je fis cesser cet état, et pour prouver que c’était bien moi qui l’avais déterminé, je recommençai mon action, et dans le même espace de temps, le même phénomène eut lieu. M. le comte avait trop d’esprit, pour croire que sa baguette possédait quelque vertu particulière, et comme la personne qui présentait ce phénomène, était de sa maison, connue par lui, incapable de le tromper, il crut a l’agent qui lui était si bien démontré.

Seconde Expérience

Désirant s’assurer par lui-même des effets que produit la saturation du fluide magnétique, M. le comte me pria de le magnétiser. J’y consentis ; mais, après de vains efforts pour produire le sommeil, je n’obtins pour fruit de mes peines que des pandiculations et des picotemens aux paupières. J’y renonçai donc, et m’adressai à une autre personne malade , placée en face de lui ; mais , pendant que je m’occupais uniquement de celle-ci , je fus tout étonné de voir celui qui n’avait rien senti de mon action directe, s’endormir pendant que je magnétisais un tiers. J’ai recommencé plusieurs jours de suite cette expérience , et constamment le même fait à eu lieu. Alors il lui était impossible de résister au sommeil ; mais toutes les fois que, pour augmenter l’intensité de son sommeil, je l’ai magnétisé, à son insu, à plusieurs pieds de distance,

au lieu de produire l’effet que je désirais , j’ai toujours produit le réveil.

L’action magnétique, exercée de cette- manière , a sur ce malade une telle force, que , malgré lui, en nombreuse compagnie, il est contraint de céder au besoin impérieux du sommeil ; il entend cependant dans cet état tout ce qui se dit autour de lui, peut exécuter quelques mouvemensj mais d’une manière gênée et contrainte.

Ce n’est pas la première fois que je vois le Magnétisme agir, pour ainsi dire, indirectement ; plusieurs de mes somnambules m’ont présenté les mêmes effets. Il semble que le Magnétisme direct soit trop fort pour certains êtres , et que par ricochet ( qu’on me pardonne cette expression), en perdant ses qualités excitantes, il devienne plus propre à produire le sommeil chez eux.

J’ai dit, et l’expérience de chaque jour me confirme celte vérité, que le Magnétisme, une fois mis en jeu, peut produire une foule d’effets que nous ne cherchons nullement, que nous ne pouvons pas prévoir, qu’il ne nous appartient pas d’empêcher quand ils se présentent, et que quelquefois même, quand ils sont produits, il nous est impossible de détruire.

26 Mai.

Troisième Expérience .

Plusieurs personnes sont réunies autour de mon réservoir ; l’une est endormie du sommeil magné-

tique , et a la conscience de son état ; une deuxième a seulement les paupières fermées , et ne peut les ouvrir, même quand je le désire, et que je fais pour produire cet effet ce qui réussit ordinairement. Ne pouvant les lui faire ouvrir, je songe à la rendre somnambule, et pour cela je la magnétise avec force, dans le dessein de produire un profond sommeil ; mais, à ma grande surprise, elle me prouve, en ouvrant deux grands yeux, que j’ai obtenu l’effet contraire à celui que je désirais. Celle-ci éveillée, je vais a la personne qui dormait du sommeil magnétique , je procède à son réveil, ce qui me réussit parfaitement. Pendant qu’elle se réveille, je jette un régard sur la seconde, et, contre mon attente, je vois qu’elle ferme les yeux avec la même rapidité que la première en met à les ouvrir. Je vais pour l’éveiller * mais, tandis que j’y travaille , la somnambule s’endort de nouveau, et facilite bien évidemment pour moi, par son sommeil , le dégagement du principe qui opérait de si étranges phénomènes. On eut dit que le fluide qui produisait leur sommeil ne cessait son action sur l’une que pour se porter sur l’autre. Je laissai ces deux malades, et quelques minutes apres la cause-fut détruite , ou du moins bien affaiblie : car les effets ne furent plus sensibles.

Dans deux autres séances, j’ai répété cette expérience, et les résultats ont toujours été les mêmes, c’est-à-dire que le réveil de l’une amenait simultanément le sommeil de l’autre, et vice versa.

Il faut espérer que tous ces faits que je m’empresserai de recueillir chaque fois qu’ils se présenteront serviront un jour à trouver les lois de l’agent qui les produit.

27 Mai.

Forcé de laisser pour un instant mes malades au réservoir magnétique, une somnambule, profitant démon absence, éveille une personne qui dormait du même sommeil.et cela en un instant, et bien mieux que je n’eusse pu le faire.

Cette somnambule réveilleuse a donné, dans une séance précédente, des preuves de lucidité peu communes : elle a lu plusieurs lignes d’un imprime assez fin, et cela avec une rapidité inconcevable. Elle assurait que c’était par les yeux qu’elle y voyait; mais la plus grande attention de notre part ne put nous faire apercevoir le moindre écartement des paupières ; elles étaient restées exactement fermées. On voyait pourtant le globe de l’oeil se mouvoir, mais dans une direction opposée à l’objet. Ainsi l’imprimé était en. face de son menton, à un pied envii’on de distance : le globe de l’oeil était tourné en haut, et la prunelle moitié cachée par l’arcade sourcilière, ce qui mettait certainement la somnambule dans l’impossibilité de voir de la manière qu’elle indiquait. J’ai questionné plusieurs somnambules à ce sujet ; mais aucune réponse n’a pu me satisfaire ; elles diffèrent presque toutes dans la manière de voir. Pour celle-ci, c’est voir; pour.celle-

( io )

là, c’est sentir ; pour cette autre , ce n’est ni voir ni < sentir, c’est quelque chose entre ces deux états : c’est une perception particulière qu’elles ne peuvent définir. Le temps nous révélera peut-être tous ces mystères. Que de choses il nous reste à découvrir 1 ! Quelle mine à exploiter !

Les physiologistes, qui font mourir à petit feu les chiens , les chats et tous les animaux qui leur tombent entre les mains, pour trouver les lois de la vie, feraient bien mieux selon moi d’employer leur temps et leur savoir à la pratique du Magnétisme; au lieu de donner la mort, ils procureraient la santé aux êtres souffrans, et arriveraient bien certainement plus vite à leur but; mais non, les expérimentateurs de cette époque ne quitteront pas leur routine ; il est décidé que cette révolution est réservée aux jeunes médecins qui, ayant moins de préjugés à vaincre , moins d’amour-propre à surmonter, parviendront à voir clairement que ce fatras d’hypothèses amassées à grands frais , et dont on fait tant de bruit aujourd’hui, ne sont pas plus propres à nous faire connaître les- sources de la vie que leurs devancières qui sont tombées dans un éternel oubli.

Dans cette même séance du 27, un homme afi’ecté d’une maladie dé poitrine, mis au réservoir, se trouva mal , et eut ensuite quelques mouvemens convulsifs que je calmai difficilement; ils venaient

en partie d’une mauvaise digestion ; il avait cependant pris très peu de chose avant de venir, mais la marche et la chaleur furent cause que, non seulement il ne reçut aucun soulagement du réservoir magnétique, mais que de graves accidens s’y manifestèrent. Une somnambule, qui me suivait d’intention, et qui prenait beaucoup de part aux souffrances de ce pauvre malheureux, s’élança malgré mes ordres réitérés, franchit tout ce qui se trouvait sur son passage, pour venir prendre la main de ce malade. Elle le magnétisa, l’exhorta à la patience en termes les plus pathétiques , par des expressions qu’on ne peut trouver que dans cet état ; lui indiqua ensuite ce qu’il avait à faire pour être soulagé, insista à plusieurs reprises sur l’exactitude qu’il devait apporter à suivre ses prescriptions, et ne le quitta que quand elle le vit calmé. Ces paroles furent un baume pour ce pauvre malheureux. Son état moral, presque autant dérangé que son état physique, prit alors de la force; le courage revint, et nous pûmes, au bout de trois quarts d’heure, le remettre en voiture.

11 faudrait avoir été témoin de quelques-unes de ces scènes délicieuses pour l’homme instruit et compatissant, pour apprécier les x-essources des somnambules : leur coeur est tout feu et tout charité, leur éloquence est sublime, leurs mouvemens expriment le désir qu’ils ont de tout sacrifier pour le soulagement de leui'S semblables. La somnambule dont il s’agit ici avait demandé de ne plus voir de malade, pai’ce qu’elle craignait que son somnambulisme, qui

devait, selon ses prédictions, cesser dans cette séance, ne se reproduisît encore, si je la mettais en rapport avec des êtres souffrans , ce qui pourrait déranger json état, déjà très bon : ces considérations cependant ne sont rien pour elle : une seule chose l’occupe, c’est ce malade, et elle ne le quittera que lorsqu’elle ne verra plus rien à faire pour lui procurer la santé ; elle aime mieux encourir le risque de ne pas se guérir, que de manquer l’occasion d’être utile et de faire du bien. Tous les assistans sont dans l’admiration à la vue de ce qui se passe, ils ne conçoivent pas cet excès de bonté. Le malade la bénit, en sentant ses forces renaître: tous sont persuadés qu’elle seule pouvait voir son mal, et ordonner les remèdes convenables. Sa mission finie , elle demande qu’on la réveille. Elle est satisfaite, le contentement parait sur sa figure; elle ne sait pourtant pas ce qu’elle a fait, ce qu’elle a éprouvé ;elle interroge tous ceux qui sont autour d’elle, s’approche du malade , le plaint, l’encourage; mais ce ne sont plus les mêmes expressions, le même son de voix, ce changement est frappant pour tout le monde! ce n’est plus la même personne : le prestige a disparu!

La Commission nommée pour l’examen du Magnétisme, verra fort peu de chose, quand même elle mettrait plus d’exactitude dans ses recherches, et qu’elle y emploierait plus de temps : car beaucoup de phénomènes magnétiques, les plus extraordinailes sn 1 tout, naissent au moment où nous y pensons le moins, et disparaissent promptement, par des ac-

cidens qui nous sont inconnus; il faudrait donc, pour être témoin de quelques faits l’emarquables, qu’une partie de cette Commission assistât journellement à des expériences suivies, faites sur un certain nombre d’individus. Cela serait très facile ; mais je doute beaucoup qu’elle prenne ce parti.

28 Mai.

La somnambule dont il vient d’être question, a dormi aujourd’hui du sommeil magnétique pour la dernière fois, comme elle l’avait prédit. J’ai eu assez de peine pour produire ce sommeil ; interrogée sur sa santé, elle n’a donné que des détails imparfaits, sa science de la veille est disparue, elle déclare qu’elle va cesser d’être somnambule, et qu’elle entendra tout le monde. Au bout d’un instant on la voit animée, elle semble entendre quelque chose, sa physionomie est pleine d’expression, quelques mouvemens convulsifs paraissent et disparaissent presqu’au même instant. Elle dit qu’elle vient d entendre; elle distingue la voix de plusieurs personnes qui parlaient, elle reconnaît son mari, indique la place qu’il occupe, paraît toute étonnee. Je lui ouvre les yeux, et chacun la complimente sur 1 heureux retour de sa santé.

2$ Mai,

Autre Séance au Réservoir.

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