‹ Le Propagateur du magnétisme animal. Tome secondChapitre 13 sur 33 · DEUXIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉPOQUE

En 1784 , M. le marquis de Puységur retiré à sa terre de Buzansy , près de Soissons , s’occupait avec la plus grande ardeur de la propagation du magnétisme animal tel que le lui avait enseigné Mesmer; il avait magnétisé quelques beaux arbres, sous lesquels accourait, de toutes parts, une foule de malades ; il ne se servait pas de baquet, et trouvait que ses arbres y suppléaient avec avantage. Tous ceux qui venaientse mettresousleur influence éprouvaient à-peu-près les mêmes effets qu’on avait remarqués autour du baquet , seulement les crises étaient moins fortes. M. de Puységur remarqua même que les malades qui ne tombaient point en convulsions , étaient plus tôt guéris que les autres, et par suite de ses nombreuses expériences, il crut pouvoir établir, contradictoirement à son maître, que les crises étaient un état Contre nature; que bien loin de servir à la guérison , elles s’y opposaient sensiblement; et

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qu’enuii on devait chercher plutôt à les calmer qu’ à les faire naître. C’est à cette époque que le phénomène du somnambulisme , s’offrit à lui pour la première fois d’une manière bien caractérisée ; il magnétisait un de ses paysans nommé Viellet, Cet homme très sensible au magnétisme s’endormit ;cet état de sommeil ou plutôt de somnolence n’était pas rare mais cette fois il offrit celte circonstance remarquable, queM.de Fuységurayant adressé la parole au dormeur, celui-ci répondit à ses questions. Son étonnement fut extrême , il continua d’interroger et il obtint toujours une réponse. Enfin , il établit une conversation réglée avec son malade. Ce fut-là le premier exemple du somnambulisme magnétique ou sommeil lucide . ( On prétend aujourd’hui que Mesmer avait connu cet état mais qu’il n’avait pas jugé utile de l’enseigner à ses élèves. )

Ce phénomène étonna tellement M. de Puységur que ses idées^en furent bouleversées. Il ne parla plus du baquet ni de crises , et toute son attention fut absorbée par sa découverte. 11 répéta ses expériences, et eut bientôt l’occasion de produire le somnambulisme sur d’autres malades. Ainsi se forma dans son esprit une théorie toute nouvelle , nous allons la donner en entier , afin de bien faire connaître la révolution que cette dernière découverte opéra dans les procédés de Mesmer , qui étaient alors suivis avec rigueur et qui dès-lors ont perdu leur caractère d’unité.

Mais avant, nous devons faire connaître les divers phe'nomènes qui résultaient de l’application de la nouvelle découverte au traitement des maladies.

Voici le compte qu’en rendait en 1784, un des témoins attirés par la singularité du spectacle.

« Attiré comme les autres à ce spectacle, j’y ai tout simplement apporté les dispositions d’un observateur tranquille et impartial, très décidé à me tenir en garde contre les illusions de la nouveauté, de l'étonnement ; très décidé à bien voir , à bien écouter.

cc Représentez-vous la place d’un village; au milieu est un orme au pied duquel coule une fontaine de l’eau la plus limpide; arbre antique, immense, mais très vigoureux encore et verdoyant ; arbre respecté parles anciens du lieu, qui, les jours de fête, s’y rassemblent le matin pour raisonner sur leurs moissons, et surtout sur la vendange prochaine; arbre chéri par les jeunes gens, qui s’y donnent des rendezvous le soir pour y former des danses rustiques. Cet arbre, magnétisé de temps immémorial par l’amour du plaisir, l’est à présent par l’amour de l’humanité. MM. de Puységur lui ont imprimé une vertu salutaire, active, pénétrante. Ses émanations se distri-; huent au moyen des cordes dont le corps et les branches sont entourés , qui en appendent dans toute la circonférence, et se prolongent à volonté. On a établi autour de l’arbre mystérieux plusieurs bancs

circulaires en pierres, sur lesquels sont assis tous les malades, qui tous enlacent de la corde les parties souffrantes de leur corps. Alors l’opération commence, tout le monde formant la chaîne et se tenant par le pouce. Le fluide magnétique circule dans ces instans avec plus de libei'té; on en ressent plus ou moins l impression. Si par hasard quelqu’un rompt la chaîne en quittant là main de son voisin, quelques malades en éprouvent une sensation gênante, et déclarent tout haut que la chaîne est rompue. Vient le moment où , pour se reposer, le maître permet qu’on quitte les mains, en recommandant de les frotter. Mais voici 1 acte le plus intéressant. M. de Puységur, que je nommerai dorénavant le maître , choisit entre ses malades plusieurs sujets, que par attouchement de ses mains et présentation de sa baguette (verge de fer de quinze pouces environ), il fait tomber en crise parfaite. Le complément de cet état est une apparence de sommeil, pendant lequel les facultés physiques paraissent suspendues, mais au profit des facultés intellectuelles. On aies yeuxfermés, le sens de l’ouïe est nul, il se réveille seulement à la voix du maître. Il faut bien se garder de toucher lç malade en crise , même la chaise sur laquelle il est assis; on lui causerait des angoisses, des convulsions que le maître seul peut calmer. Ces malades en crise, qu’on nomme médecins, ont un pouvoir surnaturel, par lequel, en touchant un malade qui leur est présenté, en portant la main même par-dessus les vêlernens, ils sentent que! e ;t ! e viscère affecté, la partie sauf-

f. ante ; ils le déclarent, et indiquent à peu près les remèdes convenables.

« Je me suis fait toucher par un de ces médecins, c’était une femme d’à peu près cinquante ans. Je n’avais certainement instruit personne de l’espèce de ma maladie. Après s’être arrêtée particulièrement à ma tête, elle me dit que j’en souffrais souvent, et que j’avais habituellement un grand bourdonnement dans les oreilles, ce qui est très vrai. Un jeune homme, spectateur incrédule de cette expérience, s’y est soumis ensuite; et il lui a été dit quil souffrait de l’estomac, qu’il avait des engorgemens dans le bas-ventre , et cela depuis une maladie qu’il a eue il y a quelques années; ce qu’il nous a confessé être conforme à la vérité. INon content de cette divination, il a été sur-le-champ, à vingt pas de son premier médecin, se faire toucher par un autre qui lui a dit la même chose. Je n’ai jamais vu de stupéfaction pareille à celle de ce jeune homme, qui certes, était venu pour contredire, persifller, et non pour être convaincu. Une singularité non moins remarquable que tout ce que je viens d’exposer, c’est que ces médecins qui, pendant quatre heures ont touché des malades, ont raisonné avec eux, ne se souviennent de rien, de rien absolument, lorsqu’il a plu au maître de les désenchanter, de les rendre à leur état naturel. Le temps qui s’est écoulé depuis leur entrée dans la crise jusqu’à leur sortie, est pour ainsi dire nul; au point que l’on présentera une table selvie à ces médecins endormis, ils mangeront , boiront ;

et si la table desservie, le maître les rend à leur état naturel, ils ne se rappelleront pas d’avoir mangé. Le maître a le pouvoir non-seulement, comme je l’ai déjà dit, de se faire entendre de ces médecins en crise; mais, et je l’ai vu plusieurs fois de mes yeux bien ouverts, je l’ai vu présenter de loin le doigt à un de ces médecins, toujours en crise et dans un état de sommeil spasmodique, se faire suivre partout où il a voulu, ou les envoyer loin de lui, soit dans leur maison, soit a différentes places qu’il désignait sans leur dire. Retenez bien que le médecin a toujours les yeux fermes. J oubliais de dire que l’intelligence de ces médecins malades est d’une susceptibilité singulière. Si à des distances assez éloignées, il se tient des propos qui blessent l’honnêteté, ils les entendent pour ainsi dire intérieurement, leur ame en souffre, ils s en plaignent, et en avertissent le maître; ce qui, plusieurs fois, a donne lieu à des scènes de confusion pour les mauvais plaisans qui se permettaient des sarcasmes inconsidérés et déplacés chez MM. de Puységur. Mais comment le maître désenchante-t-il ces médecins ? Il lui suffit de les toucher sur les yeux, ou bien il leur dit : allez embrasser l’arbre ; alors ils se lèvent, toujours endormis, vont droit à l’arbre, et bientôt après leurs yeux s’ouvrent, le sourire est sur leurs lèvres, et une douce joie se manifeste sur leur visage. J ai interroge plusieurs de ces médecins, qui mont assuré n’avoir aucun souvenir de ce qui S était passé pendant les trois ou quatre heures de leur crise. J’ai interrogé un grand nombre de malades

ordinaires, non tombés en crise, car tous n’ont pas cette faculté ; et tous m’ont dit éprouver beaucoup de soulagement depuis qu’ils se sont soumis au simple traitement, soit de l’attouchement du maître, soit de la corde et de la chaîne ; tous m’ont cité très grand nombre de guérisons faites sur des gens de connaissance.

A Lyon , et dans d’autres villes , les memes phénomènes étaient observés.

« Les précautions les plus sures (écrivait-on de Lyon en 1784), ayant été prises pour éviter la supercherie, les différentes somnambules qui ont servi aux expériences, sont des filles du peuple. On leur a présenté des sujets malades qui leur étaient inconnus , elles ont indiqué avec la plus grande exactitude les maux dont ils étaient affectés ; on les a vues ressentir vivement les maux de ceux qu’elles magnétisaient, et les manifester en portant les mains sur elles-mêmes, aux mêmes parties,etc.,etc,»

Opinion de M. de Puységur , sur la cause de faction magnétique de Vhomme (1).

«L’observation que j’ai faite, qu’une boule ne 1 ouïe que lorsqu’une main la détermine à ce mouvement, ma porté à juger que, puisque la terre et les planètes roulent dans l’espace , il faut de morne qu un agent quelconque leur ait communiqué l’impulsion qui détermine leurs révolutions.

cc Mais une boule roulante s’arrête au moment ou cesse 1 action de la force d’impulsion qu’elle a reçue j donc, puisque les planètes ne s’arrêtent pas, c est la preuve , à mon sens , que l’impulsion de l’agent principe de leur mouvement ne discontinue pas.

ce Je vois, de plus, un mouvement tonique ou intestin, tant dans la masse entière de la terre , que dans toutes les parties qui la composent ; les vents, les orages, les marées, les intempéries, les feux souterrains, les météores, etc., d’une part' la cristallisation des minéraux, la végétation des plantes, la génération des etres, de l’autre, en sont pour moi la manifestation; tout enfin m’annonce un mouve-

( i ) Extrait d un ouvrage de M. de Puységur,avant pour titre : J) u Magnétisme si ni mal clans scs rapports avec la Physique , imprimé à Paris en 1807.

meut imprimé à la matière, et la continuité de l ac tion principe de ce mouvement.

« Mais au lieu d’admettre un agent moteur du mouvement dans la matière, ne serait-ce pas la matieie elle-même qui serait la cause et le principe de tous ses effets? Non, cela n’est pas possible, mon intelligence et mes sens me disent que rien ne se meut de soi-même. Dès lors donc que la matière est en mou vement, elle est nécessairement soumise à 1 action d’un pi'incipe supérieur à elle, et ce principe supérieur à la matière est Dieu, que je ne puis comprendre, il est vrai, n’étant qu’un des produits de sa toute-puissance, mais de l’existence duquel je suis certain.

Yoiei donc, jusqu’ici, deux réalités pour moi : i 0 Dieu. 2° Son action : Dieu, principe et cause ; la vie de l’univers, son action.

Voyons , à présent, ce qui se passe lorsque je magnétise : la compassion que m’inspire un malade fait naître en moi le désir ou la pensée de lui être utile, et du moment que je me détermine à tenter de le soulager, son principe vital reçoit l’impression de l’action de ma volonté.

N’apercevez-vous pas encore ici deux réalités? i° Le principe de ma volonté , 2° son action ; le principe de ma volonté, autrement dit mon aine , cause de mon action ; l’effet ressenti par le malade , le résultat de cette action.

L effet de l’action de Dieu est le mouvement dans la matière indéfinie.

L effet de 1 action de mon ame est le mouvement dans la matière finie.

De la similitude dans les effets, je conclus qu’il y a similitude dans les causes.

Donc Dieu et mon ame sont de la même essence.

Or , Dieu est supérieur à la matière, par conséquent immatériel ; donc mon ame est de même immatérielle.

Dieu , cause première , dont l’essence immatérielle n est point renfermée dans les limites des formes, de l’espace et du temps, ayant tout créé et tout formé, peut tout détruire et tout conserver.

Mon ame, cause seconde , dont l’essence immatérielle est renfermée dans les limites des formes, de 1 espace et du temps, ne peut rien créer, rien former, et ne peut seulement qu’entreteniv et taurer.

res-

De la manière d y entendre et de s’expliquer le méca* nisme du magnétisme animal .

Nous devons encore ici laisser parler M. de Puysëgur et donner son essai d’instruction afin de faire connaître le magnétisme tel qu’il l’a enseigné.

D> Quéntendez-vous par magnétiser?

R- C’est toucher un malade à l’endroit de son mal, ou aux parties les plus sensibles de son corps, afin d’y occasioner de la chaleur.

D. Croyez-vous que cette chaleur puisse pénétrer dans le corps d’un malade ?

R . Oui; et c’est à quoi l’on doit tendre j si cette chaleur n’était que superficielle, elle ne produirait pas beaucoup d’effet.

D. Comment considérez-vous cette chaleur?

R . Comme l’effet de l’accélération du mouvement tonique existant dans le corps du malade.

D. Le magnétisme animal est donc l’art d’accélérer le mouvement tonique des corps de nos semblables?

R. Ce n’est point un art, c’est une faculté.

D. Tous les hommes ont-ils cette faculté ?

R. Us l’ont tous plus ou moins, selon le degré d’énergie de leur force et de leur santé.

D Ils peuvent donc tous magnétiser?

R. Sans doute, lorsqu'ils en ont la volonté.

D . Pourquoi ajoutez vous, lorsqu’ils en ont là volonté ?

R. C’est que les hommes ne se déterminent à faire wn acte quelconque , que lorsqu’ils ont la volonté de le faire.

D. C’est donc une action , de magnétiser?

R. C’est un acte aussi physique que de battre , caresser, piler quelque chose dans un mortier, travailler à un métier difficile, ou à la composition d’ouvrages qui demandent de l’adresse , de la force et de l’application , enfin comme tous les actes que quelques motifs nous inspirent la volonté de produire.

D. Si tous les hommes ont la faculté de magnétiser, comment se fait-il qu’ils ne l’aient pas plus tôt. découverte en eux?

R. Tout atteste qu’autrefois les hommes ont joui pleinement de leur puissance magnétique. Les fables, les mystères, les cérémonies des peuples anciens en laissent apercevoir des traces ; mais probablement les formes, les procédés extérieurs pour magnétiser étouffèrent bientôt l’esprit qui les avait institués. L’usage de cette faculté une fois perdu , l’ignorance et les superstitions ont constamment persécuté les hommes qui, à différentes époques, ont annoncé l’avoir recouvré.

D. Une fois persuadé que l’on a en soi la puissance magnétique, ne s’agit-il plus que d’avoir la volonté de l’exercer pour produire des effets?

R. Oui, pour produire des effets quelconques, il ne faut pas davantage ; mais pour n’en produire que

d’utiles et jamais de nuisibles, il faut encore agir cVune manière constante et régulière.

D. Qu’entendez-vous’par agir d’une manière cons* tante et régulière?

R, Une comparaison vous le fera comprendre.

C’est par l’agitation de l’air sur les ailes d’un moulin, que son mécanisme se meut; que cette agitation s’affaiblisse ou cesse , la meule du moulin se ralentit ou s’arrête à l’instant ; que le vent change ou devienne trop violent, le mécanisme du moulin se désorganise aussitôt. Notre action magnétique , c’est le vent qui donne ou plutôt accélère le mouvement tonique d’un malade; notre volonté , est ce qui donne à notre action sa direction convenable et nécessaire.

Z). On pourrait donc faire du mal en magnétisant ?

R. Sans doute. Si l’on touche un malade sans intention ou sans attention, on ne lui fait ni bien ni malj mais lorsqu’après lui avoir fait effet, on contrarie la première impression donnée par une autre, on occasione alors en lui , nécessairement , du trouble et du désordre. Si, par indifférence ensuite ou par crainte, on ne rémédie pas à ce désordre, il peut s’ensuivre les plus fâcheux résultats. Il n’est qu’une manière de magnétiser toujours utilement, c’est de vouloir fortement et constamment le bien et l’avantage de son malade, et de ne jamais changer ni varier la direction de sa volonté.

I ). Mais avec la volonté ferme et constante de

( Ji 7^> )

procurer le plus tic bien possible à un malade, hC pourrait-on pas, quelquefois, produire trop d’action en lui?

R. Jamais.

D. Comment, jamais? Cepezidant les meilleurs médicamens nuisent souvent, lorsqu’ils sont administres sans mesure et sans discernement.

R. On ne doit jamais comparer l’effet des médicamens à 1 effet de l’action magnétique, puisque les premiers agissent d’abord Sur des organes, tandis que le deuxieme agit toujours immédiatement sur le principe vital, auquel il communique l’impression d’un mouvement qui lui est analogue, et qui ne vient qu’ajouter aux efforts qu’il fait sans cesse de lui-même pour entretenir l’équilibre ou la santé.

D. Quoique tous les hommes aient plus ou moins la puissance magnétique, ne croyez-vous pas cependant que les médecins en feraient toujours usage avec plus de discernement, que d’autres?

R. Cela serait vrai, si le magnétisme animal était une science ou un art; mais dès lors que ce n’est qu’une faculté, tous les hommes indistinctement la peuvent exercer également bien.

D. Mais n’est-il pas des cas où il faut augmenter, et d autres ou il laut diminuer l’action du principe vital dans un malade?

R. Oui, certainement.

D. Qui peut mieux donc qu’un médecin, juger d’avance s’il faut -augmenter ou tempérer l’action du principe vital d’un malade?

2 t. La science de l’observation de l’état du principe vital des malades, jointe à la connaissance des médicamens propres à lui procurer le ion'du mouvement qui lui est nécessaire, est en effet l’art de la medecine ordinaire ; aussi les médecins guérissentils beaucoup de maladies, mais les plus instruits et les plus expérimentes conviennent en même temps que la nature en sait encore plus qu’eux. Or, le magnétisme animal étant l’agent de la nature, il est tout naturel qu’il agisse toujours plus sciemment qu’eux.

D. Il n’est donc pas nécessaire de connaître ni l’espèce ni la cause des maladies pour s’employer à les guérir par le magnétisme animal?

R. Nullement : l’action magnétique dirigée et soutenue par la volonté ferme de soulager les maux d’un malade, donnera toujours à son principe vital une action qui lui sera le plus favorable.

D. Et le fluide universel, vous n’en parlez pas?

R. C’est que cela est inutile.

D. Est-ce que vous ne croyez pas qu’il y ait un fluide universel?

R. Je n’ai jamais dit qu’il y avait ou qu’il n’y avait pas de fluide universel ; je ne sais pas davantage s’il y a des fluides magnétiques, électriques, lumineux, etc. Ce dont seulement je suis sûr et très certain, c’est qu’il est absolument inutile de savoir s’il existe ou s’il n’existe pas un seul de ces fluides-là pour bien magnétiser.

D. Comment admettre l’effet de l’action d’un

corps sur un autre corps , sans 1 intermediaiie <1 un milieu qui lui communique et transmette son impulsion?

R. Le magnétisme animal n’est point l’action d’un corps sur un autre corps, mais l’action de la pensee sur le principe vital des corps.

D. C’est justement cela qui peut encore le moins

se comprendre.

R. J’en conviens, aussi ne doit-on pas chercher à se l’expliquer; cela est, parce que cela est : la pensée meut la matière. C’est cette vérité que Yirgile a si bien rendue par ce beau vers de l’Enéide, que vous avez adopté pour l’inscription de vos salles de traitement :

Mensagitat molem et magno se cor pore miscet.

j ). Si la pensée meut la matière, elle est donc d’une essence supérieure a la matière?

R, Je ne vous répondrai point a cette question , qui ne vous instruirait que de mon opinion particulière; chacun doit être libre de la résoudre selon la mesure et les aperçus de son intelligence. Pour terminer cette première partie d’instruction aux nouveaux magnétiseurs, il suffit de leur répéter que n’importe la manière de se rendre raison du principe de toutes nos volontés et de nos actions, tout homme qui, avec l’esprit sage et le coeur compatissant, croira à sa puissance magnétique et voudra l’exercer , se procurera les jouissances les plus douces qu’il soit possible de goûter.

Des Procédés que j’emploie pour magnétiser

( c’est toujours M. de Puységur qui parle ).

D. Quelle est la manière de s’y prendre pour magnétiser?

R. Je vous ai dit que pour magnétiser il n’était nullement nécessaire de savoir s’il existait ou non un fluide magnétique ; je vous le répète encore, cela est parfaitement inutile; néanmoins, pour mieux fixer son attention en magnétisant, on peut en admettre l’hypothèse?

D. Pourquoi dites-vous en admettre l’hypothèse?

R. C’est que je ne suis pas aussi certain de l’existence du fluide magnétique, que je le suis de l’existence de Dieu et de celle de mon ame ; dès lors ce fluide n’est pour moi qu’une hypothèse, et non une réalité.

D . Cependant l’opinion générale est qu’il existe un fluide magnétique ?

R. Vous pouvez y croire aussi, si bon vous semble; il n’y a aucun inconvénient à cela. Bien mieux, cette conviction pourra même vous servir à fixer votre attention lorsque vous magnétiserez.

D. Comment cela?

R. Considérez-vous comme un aimant dont vos bras et surtout vos mains sont les deux pôles; touchez ensuite un malade, en lui posant une main sur le dos, et l’autre en opposition sur l’estomac; figurez-vous ensuite qu’un fluide magnétique tend à cir-

culer d’une main à l’autre, en traversant le corps du malade.

D . Ne peut-on pas varier cette position?

R. Oui, l’on peut porter une main sur la tête sans déranger l’autre main; et, continuant toujours, faire la même attention et. avoir la même volonté de faire du bien. La circulation d’une main à l’autre continuera ; la tête et le bas de l’estomac étant les parties du corps ou il aboutit le plus de nerfs, ce sont les deux endroits où il faut porter le plus d’action.

D. Faut-il frotter fortement ces parties?

R. Cela n’est point nécessaire; il suffit de les toucher avec attention , en cherchant à reconnaître une impression de chaleur dans le creux des mains, ce qui, toujours, est la preuve qu’on produit un effet.

D. Quel est l’effet le plus désirable à obtenir en magnétisant?

R. Tous les effets sont également salutaires; un des plus satisfaisans est le somnambulisme; mais il n’est pas le plus fréquent, et les malades, sans entrer dans cet état, peuvent également guérir.

D. Ne doit-on pas toujours avoir la volonté de produire le somnambulisme?

R . Non, car le désir de produire un effet quelconque est presque toujours une raison pour n’en produire aucun. Un magnétiseur doit aveuglément s’en reposer sur la nature, du soin de régler et de diriger les effets de son action magnétique.

JD. A quelle indication peut-on reconnaître qu’un

malade est susceptible d’entrer dans l’état de somnambulisme?

R . Lorsqu’en magnétisant un malade , l’on s’aperçoit qu’il éprouve de l’engourdissement, ou de légers spasmes accompagnés de secousses nerveuses, si alors on lui voit fermer les yeux, il faut leslui frotter légèrement avec les pouces, de même que les deux sourcils, pour empêcher le clignotement. Quelquefois même il n’est pas nécessaire de toucher les yeux, à une petite distance, l’action pénètre avec autant d’activité.

D. Quoi, il n’y a pas autre chose à faire pour mettre un malade dans l’état de somnambulisme?

R . INon. En touchant un malade de la façon que je viens d’indiquer, avec beaucoup d’attention et avec une volonté bien ferme de lui faire du bien, vous obtiendrez souvent ce satisfaisant résultat.

D . A quoi pourrai-je reconnaître qu’un malade est dans l’état magnétique?

R. Lorsque vous le verrez sensible , de loin, à vos émanations, soit en présentant le pouce devant le creux de son estomac, soit en le lui portant devant le nez.

D. IN’y a-t-il pas encore d’indication plus forte?

R. Un malade en crise magnétique ne doit répondre qu’à son magnétiseur, et ne doit pas souffrir qu’un autre le touche ; l’approche des chiens et de tous les êtres animés doit lui être insupportable ; et lorsque, par hasard , il en a été touché, le magné-

tiseur, seul, peut calmer la douleur que cela lui a occasionë.

D. Le magnétiseur a donc un empire absolu sur le malade qu’il a mis en crise magnétique?

R . Cet empire est absolu en tout ce qui peut concerner le bien-être et la santé du malade; il peut encore obtenir de lui des choses indifférentes en elles-mêmes, telles que de le faire marcher, boire et manger, écrire , etc., enfin tout ce que l’on pourrait obtenir de la complaisance d’une personne dans l’état naturel; mais si l’on voulait en exiger des choses faites pour lui déplaire, alors onle contrarieraitbeaucoup, et il n’obéirait pas.

D. Si l’on s’obstinait à lui vouloir faire exécuter des choses qui ne lui conviendraient pas, qu’en résulterait-il?

R. Le malade, après beaucoup de souffrances, sortirait subitement de l’état magnétique, et le mal qui en résulterait pour lui aurait bien de la peine à être réparé par son magnétiseur.

D. L’état magnétique, autrement dit le somnambulisme, est donc un état qui exige les plus grands ménagemens?

R . Il faut considérer l’homme en état magnétique, comme l’être le plus intéressant qui existe par rapport à son magnétiseur; c’est la confiance qu’il a en vous qui l’a rais dans le cas de vous en rendre maître ; ce n’est que pour son bien seul que vous pouvez jouir de votre pouvoir; le tromper dans cet état, vouloir abuser de sa confiance, c’est faire une action

malhonnête ; c’est enfin agir en sens contraire a celui de son bien , d’où doit s’ensuivre par conséquent un effet contraire à celui que l’on a produit en lui.

J), Y a-t-il différons degrés de somnambulisme l R. Oui; quelquefois l’on procure seulement à un malade un simple assoupissement; à un autre, 1 effet du magnétisme est de lui faire fermer les yeux sans qu’il puisse les ouvrir de lui-même ; alors il entend tout le monde, et n’est point complètement dans l’état magnétique. Cet état de demi-crise est très commun. . .

D. Ces deux effets sont-ils aussi salutaires que e

somnambulisme complet?

R. Ils ne sont pas aussi satisfaisans pour le magnétiseur, parce qu’il ne peut rien apprendre du malade ; mais ils sont aussi très salutaires.

D Y a-t-il quelques précautions à prendre envers un malade qui entre dans l’état de somnambulisme

magnétique ? „

R. Sitôt que l’on s’aperçoit qu’un malade a terme

les yeux et a manifesté de la sensibilité à l’émanation magnétique, d ne faut pas d’abord l’accabler de questions, encore moins vouloir le faire agir d aucune manière. L’état où il se trouve est nouveau pour lui ; il faut, pour ainsi dire, lui en laisser prenc re connaissance. La première question doit être, com ment vous trouvez-vous? ensuite, sentez-vous si je vous fais du bien ? Exprimez-lui ensuite le plaisir que vous ressentez à lui en procurer. De là, peu a peu , vous venez aux détails de sa maladie, et 1 objet de

vos premières questions ne doit pas s’étendre au-delà de sa santé.

D. Pourquoi cela?

R. C’est que votre but étant, en magnétisant, de guérir, toutes les facultés du malade se tournent vers l’objet qui vous a intéressé en le magnétisant. Cest donc de sa santé seule qu’il s’occupe, et en raison de sa plus ou moins grande sensibilité, il est plus ou moins clairvoyant sur son état présent, comme sur sa guérison future.

D. Quelle est la conduite qu’il faut tenir avec un somnambule magnétique?

R. C’est de ne jamais rien faire qu’avec sûreté, de ne pas le contrarier; c’est, ensuite, de le consulter sur les heures ou il veut etre magnétisé, sur le temps qu il veut rester en crise, sur les médicamens dont il a besoin, et de suivre, à la lettre, ses indications sans y jamais manquer d’une minute.

D. Est-ce qu’une personne en état magnétique ne peut pas s’ordonner des médicamens contraires à son état?

R. Jamais cela ne peut être : quelque éloignée que soit l’ordonnance d’un somnambule, des idées que l’on peut avoir prises en médecine, sa sensation est plus sûre que toutes les données résultantes de l’observation ; la nature s’exprime, pour ainsi dire, par sa bouche, c’est un instinct lucide qui lui dicte ses demandes; n’y point obéir à la lettre, serait manquer le but qu’on se pi’opose, qui est de le guérir.

Z). Comment fait-on sortir un malade de l’état magnétique ?

R. Lorsque vous l’avez magnétisé, votre but était de l’endormir, et vous y avez réussi par le seul acte de votre volonté ; c’est de même par un autre acte de volonté que vous le réveillez.

D. Quoi, il n’est besoin que de vouloir qu’il ouvre les yeux pour opérer son réveil ?

R . C’est la principale opération; ensuite, pour mieux attacher votre idée à l’objet qui vous occupe, vous pouvez lui frotter légèrement les yeux en voulant qu’il les ouvre, et jamais cet effet ne manquera d’arriver.

D. Est-il d’autres renseignemens à prendre dans la conduite du magnétisme?

R . Il peut arriver quelquefois qu’un malade prenne des tremblemens, ou de légers mouvemens convulsifs , la première fois qu’il est magnétisé : dans ce cas, il faut, tout de suite, cesser sa première action, pour ne plus s’occuper que de calmer ses souffrances.

D . Quel moyen employer pour cela?

R . D’abord la volonté que ses maux s’appaisent et qu’il ne souffre plus; porter ensuite toute votre attention, vos attouchemens, aux parties souffrantes, étendre pour ainsi dire le fluide dans toute l’étendue de son corps, et ne jamais abandonner le malade qu’il ne soit dans un état calme et tranquille.

Z). Est-on toujours le maître d’arrêter les convulsions ou les souffrances d’un malade ?

R. Oui, lorsqu’elles sont causées par votre ma-

gnétisme, car vous devez vous rappeler que nous avons dit que le magnétisme animal prenant toujours le caractère delà volonté du magnétiseur, doit appaiser les maux accidentels provenans de la première impression que Ton a donnée.

D . Et les souffrances habituelles d’un malade sont-elles de même dans le cas d’être anéanties par l’influence du magnétisme?

R. Non, parce que quelquefois le mal a fait de si grands progrès et a jeté de si profondes racines, que l’influence du magnétisme ne peut en détruire les symptômes qu’à force de temps et de soins.

D. Si, après avoir fait tous ses efforts pour arrêter les convulsions que le magnétisme a produites, on n’en vient point à bout, que faut-il faire.

R . Alors il faut ne pas s’en effrayer, et croire qu’apparemment la nature de la maladie exige une pa reille crise pour débarrasser entièrement le malade ; mais cette tranquillité ne doit être entière, qu’après que l’on se sera senti véritablement innocent sur la conduite que l’on a tenue. En général, le cas où un malade conserve des impressions fâcheuses, malgré son magnétiseur, est très rare; cela ne m’est jamais arrivé qu’une fois; et l’on sera toujours dans le cas de douter des bonnes dispositions d’un magnétiseur, quand plusieurs fois de suite on saura qu’il n’a pu empêcher les convulsions non prévues de ce manifester.

D. N’avez-vous plus rien d’intéressant à m’apprendre sur la pratique du magnétisme ?

R, Non; si ce n’est de vous ressouvenir de la

grande base sur laquelle est fondée la doctrine du magnétisme animal, telle que je lai conçue, et telle que je vous en ai fait part dans nos leçons. Souvenez-vous que l’homme n’agissant jamais que pour son plus grand intérêt, il fera rarement du bien, s il ne trouve pas un grand intérêt à le faire; et ce n’est qu en reconnaissant en lui un principe spirituel émane immédiatement du principe créateur de tout l univers, qu’il peut sentir la nécessité de satisfaire le besoin continuel de son ame, laquelle, de même que son principe, ne peut se plaire que dans le bien, l’ordre et la vérité. Rapprochez quelquefois votre ame de son principe, que votre pensée le reconnaisse sans cesse, ce sera l’hommage le plus pur que vous puissiez lui rendre , et cette conviction intime augmentera beaucoup votre pouvoir de faire du bien.

(La suite au Numéro prochain.)

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