DEUXIÈME FAIT
Guérison d’une fièvre.
Je parlais souvent de magnétisme à un médecin de mes amis; je m’efforcais de lui démontrer 1 heureuse application qu’il pourrait en faire dans le traitement des maladies ; mais comme ses idées étaient fixées, qu’il avait déjà une réputation toute faite, il n’était pas capable d’abandonner ses opinions. A son avis, sa tâche était remplie, et il regardait comme une folie de négliger les connaissances qu’il avait acquises avec tant de travail et de peine pour en acquérir de nouvelles qui pouvaient lui faire perdre sa réputation et compromettre sa fortune. Cependant , une petite maladie qu’il eut sembla venir tout exprès pour le sortir de son erreur. Mon ami, se voyant malade, consentit à se soumettre à l’influence du magnétisme, plutôt pour former son jugement que dans l’espoir d’obtenir aucune guérison. J’eus le bonheur de le rendre sensible à mon action, et de lui faire entrevoir dans l’amélioration qu’il venait d’éprouver, les résultats heureux qu’on peut obtenir du magnétisme.
Il ne voulut pas cependant convenir de ses nombreux avantages, disant qu’il le croyait seulement applicable dans quelques cas très rares, et sa raison, maîtrisée par les préjugés, se refusait à croire que le magnétisme fût utile dans le traitement des maladies aiguës. Le hasard me servit encore à mon
gré, je trouvai une occasion favorable pour lui prouver la puissance thérapeutique de cet agent, et certes, il était impossible que le fait que je vais rapporter, en confondant toutes ses idées, ne le convainquît point complètement.
Une jeune fille, appartenant à une famille que nous connaissions tous les deux, tomba malade, et les symptômes qui se manifestèrent étaient d’une telle violence que du 6 e au 7 0 jour on désespérait déjà de la sauver. Tous les moyens indiqués par les meilleurs médecins avaient été employés sans succès, aucun remède ne remplissait le but pour lequel on l’administrait, et la maladie marchait à grands pas vers sa fin, et tout annonçait une mort prochaine.
Certains que le dernier moment de sa vie était proche, les deux médecins qui la soignaient se crurent obligés de déclarer aux parens qu’il n’y avait plus rien à faire et qu’il fallait se résigner. Lorsque j’entendis cette sentence fatale, je sentis tout mon sang bouillonner dans mes veines, mon cœur était agité d’un mouvement convulsif, et je sentis naître en moi un pressentiment, je dirais même l’assurance, que je pouvais sauver cette enfant. J’eusse, je crois, garanti sa guérison sur ma tête.
Je proposai donc l’emploi du magnétisme au médecin M. D...., mon ami : « Mais mon cher , me dit-il, « vous voulez donc mettre le magnétisme à toutes « sauces? Il n’est cependant pas applicable ici : vous « voyez que malheureusement tout est fini. » Sa réponse, loin de m’ébranler, ne fit au contraire que
m’affermir davantage dansma resolution. Je le pressai de demander auxparens de m’accorder ce que je désirais. 11 s’efforça encore de me dissuader; mais voyant qu’il ne gagnerait rien sur moi, il céda a mes instances, et proposa aux parens de faire usage de cet agent ; ajoutant qu’on pouvait sans crainte me laisser faire, qu’il était bien.certain que si le magnétisme ne procurait pas la santé à la malade, il ne pouvait lui nuire en aucune manière ; et que, quant à lui, il ne s opposait point à ce qu’on m’accordât la satisfaction que je sollicitais avec tant d’ardeur.
Pendant tous ces débats qui durèrent un jour entier, j’étais dévoré d’impatience. 11 me semblait que les heures étaient des siècles, et chaque moment de perdu était un obstacle de plus a la guérison que je sentais avoir en moi le pouvoir d’operer.
Grâce à la Providence! l’instant arriva enfin où je pus commencer mon traitement; je trouvai cette pauvre petite dans un état affreux. On levait les vésicatoires et les synapismes qu on avait appliques aux extrémités, et qui n’avaient pu prendre ni même imprimer aucune douleur. La déglutition n’avait pas eu lieu depuis plusieurs heures, et des mucosités amassées dans l’arrière bouche, annonçaient par le râle qu’elles occasionaient, que la vie était sur le point de s’éteindre. A ces symptômes s’en joignaient d’autres non moins alarmans ; tels que l’insensibilité aux piqûres ,1a teinte livide de la peau, l’opacité de la cornée transparente, etc. Rien ne me rebuta : et faisant taire la voix de la raison qui me criait que j’allais
prendre une peine inutile, je me laissai aller à un instinct ou plutôt à une voix intérieure qui se manifeste chez moi dans les occasions difficiles, et qui me trompe rarement.
Je m’approchai de la malade et je dirigeai, pendant une heure , mon action sur elle, sans m’arrêter un seul instant. Enfin, épuisé de fatigue, je repris haleine, lorsque je distinguai quelques mouvemens qui se manifestaient dans son corps. Des borborygmes se firent entendre; je vis ses mains se mouvoir et chercher à arracher une fausse membrane qui s’était formée au fond de la bouche et qui interrompait la libre circulation de l’air dans les poumons. Elle y parvint avec beaucoup de peine, et dès ce moment, elle commença à exécuter quelques mouvemens, ferma d’abord les yeux qui étaient restés entr’oüvertS depuis long-temps ; promena ses mains autour d’elle , prononça quelques mots pour Se plaindre de's souffrances qu’elle éprouvait aux jambes et aux pieds, dans les endroits qui avaient été en contact avec les synapismes; enfin elle demanda à à satisfaire un besoin naturel, et urina abondamment.
Nous étions tons dans l’admiration ! Notre joie concentrée semblait nous avertir que nous venions de sauver cette enfant. On lui proposa de boire, ce qu’elle fit sans peine; le liquide passa, ses yeux reprirent leur éclat naturel, et la peau redevint sensible.
Alors l’autre médecin, M. D. L. M., qui ignorait ce qui venait de se passer, arriva : il s’approcha de la malade; et, frappé d’étonnement, il recula
de surprise en voyant qu’elle lui souriait; il examina les assistans avec la plus grande attention et semblait les interroger des yeux pour découvrir la cause de ce prodigieux changement qui l’étonnait si fort, ce Que lui a-t-on fait prendre, demanda-t-il en lui ce tâtant le pouls? — Rien, fut la réponse unanime qui sortit presque involontairement de la bouche de tous les assistans. Ce témoignage général ne le satisfaisant pas, il chercha à découvrir la cause de ce fait en visitant les flacons, cafetières, et tout ce qui était autour de la malade et qui aurait pu servir à l’éclairer ; ne trouvant rien, il sortit très mécontent parce qu’il se croyait trompé. A peine avait-il fait deux cents pas, qu’il lui vint dans l’idée de revenir à la maison pour tâter de nouveau le pouls dé la malade , et pour mieux s’assurer de ce qu’il ne pouvait comprendre; sa tentative fut encore infructueuse, on lui répéta qu’on n’avait rien donné. Nous crûmes devoir lui faire un mystère du moyen que nous avions employé ; nous savions qu’il ne croyait pas à l’efficacité du magnétisme, il était donc inutile de lui en parler : nous le laissâmes repartir sans lui donner aucune explication : cc Je rfy connais plus rien , s’écc cria-t-il en sortant,yc77^ perds! Cela me passe ! Je ne puis expliquer ce changement /...
Tout allaitbien jusque-là; nous étions tousravisde la puissance de notre agent; mais cette affection était tellement grave, les désordres qu’elle avait causés étaient si grands, que bientôt l’impulsion que j’avais donnée diminuant par degrés, laissa aperce-
voir les mêmes dangers. Les parens vinrent m’appeler ? car ils croyaient alors à la puissance du magnétisme ; je n’y courus pas, j’y volai, et j’eus le bonheur de reproduire les mêmes effets favorables qui s’etaient manifestés la première fois : la malade eut en outre plusieurs heures de sommeil, et des déjections faciles.
Le lendemain son état était tout-à-fait changé à son avantage. Je continuai à la magnétiser pendant dix jours, après lesquels sa pleine convalescence rendit mes soins tout-à-fait inutiles
Je laisse à penser si de semblables faits ne sont pas capables de dédommager amplement celui qui les produit des attaques impuissantes de la jalousie et des intrigues des petites coteries qui ne savent que médire? >
Troisième fait.
11 y a deux mois environ , que dans un voyage que je fis, m’étant arrêté, à 3 o lieues de Paris, chez des personnes de ma connaissance, je fus prié de magnétiser une pauvre petite malade qui était à l’hôpital et dans un état à peu pjrès semblable à celui dont on vient de lire le traitement. Tout était désespéré ; le médecin l’avait abandonnée à la supérieure, en lui disant d’en faire ce qu’elle voudrait. Je ne me souciais pas beaucoup de céder à leurs pressantes sollicitations; je jugeai mon secours inutile, croyant qu’il était trop tard. Je me décidai pourtant, mais plutôt pour montrer à la supérieure l’heureuse ap-
plication qu’elle pouvait faire du magnétisme, et pour plaire aux personnes chez lesquelles je me trouvai, que dans l’espoir de produire aucun bien. J’entrepris de magnétiser la malade, et, contre mon attente, mes succès allèrent aussi loin que mes désirs; l’enfant revint comme par enchantement ; le mieux était si frappant, que je ne balançai pas d’annoncer sa guérison.
Cependant, je fus trompé dans mes espérances, et voici quelle en fut la cause; le soir en retournant vers la malade , je la trouvai plus mal encore qu’elle n’était avant d’éprouver l’action du magnétisme. Surpris de cette rechute inattendue, j’interrogeai la supérieure sur ce qu’elle lui avait donné. Elle m’avoua quelle lui avait fait prendre du cacis ( espèce de liqueur) pour lui donner un peu de forces; et elle lui en avait fait boire une telle dose, que 1 enfant était dans un état complet d’ivresse. Je lui avais cependant recommandé de toutes mes forces de n’administrer que de la tisane; mais elle avait fait une ample provision de cette liqueur, et elle la croyait utile. Cette imprudence fut bien fatale, et l’enfant mourut le lendemain, victime d’un zèle mal entendu.
CORRESPONDANCE
Août 1828.
Lettre de M. U. P. Delatour à M. le Rédacteur du Propagateur, au sujet des expériences de MM. B. et Lhermier, et sur les Somnambules de profession.
Monsieur,
Vous rendez un vrai service à la science en ouvrant votre journal à la discussion, qui est le plus sûr moyen d’éclairer l’opinion et d’arriver à la vérité. Je ne viens point établir une polémique, mais seulement vous soumettre quelques observations au sujet des magnétiseurs que votre correspondant appelle magnétoscopes , et sur les somnambules de profession.
Depuis long temps j’avais entendu parler d’expériences semblables à celles de MM. B. et Lhermier, insérées dans le n° 26 de l’Hermès, d’après lesquelles on a cru avoir soumis le mouvement d’un pendule à l’action directe de la volonté. Malgré mon incrédulité, le désir de connaître m’avait porté à répéter ces expériences et à tenter d’autres essais que j’ai vainement variés de différentes manières pour sou-
mettre à ma volonté les corps les plus faciles à déplacer. Je n’ai pas été peu surpris de voir que dans le numéro suivant de VHermès, on revenait sur ces premières expériences, et qu’on en déduisait l’existence de l’action de la volonté sur la matière inerte. J’ai essayé de nouveau, en suivant les indications de ces messieurs, mais sans être plus heureux.
Je conclus donc, avec votre correspondant, que le magnétisme doit être étudié sur la nature vivante ; cependant, quoique non convaincu, je n’ose à son exemple taxer de rêveries des expériences qui paraissent avoir été faites avec le plus grand soin, dirigées et discutées avec méthode par des personnes habituées aux observations scientifiques. Vous, monsieur, qui, par vos nombreux travaux magnétiques, avez été placé dans les circonstances les plus favorables pour observer un grand nombre de faits, vous savez plus que tout autre suspendre votre jugement, tant sur l’irrégularité et la variété de ces phénomènes que sur la nature et la marche de l’agent magnétique, ainsi que sur les procédés pour le mettre en action, et vous conviendrez que tout est à trouver dans une science si peu avancée, et que loin de borner le champ des observations, il faut au contraire l’étendre et ne décourager personne.
Votre correspondant ne veut pas du somnambulisme de profession, à cause des dangers qu’il entraîne ; il fait ressortir à ce sujet les ridicules de ces guérisseuses, et blâme les dépositions en leur faveur d’honorables témoins à décharge, qui ont été appelés
dans le procès intenté contre les dames Burckart et Couturier.
J’étais lié avec le malheureux jeune homme victime d’une cruelle maladie, et dont la mort avait amené devant la justice les deux prévenues que je connaissais aussi, et qui se trouvaient alors sous le coup d’une trop rigoureuse condamnation. Mu par un sentiment de compassion et de curiosité, je me rendis à l’audience, où j’ai entendu les principaux témoins citer des faits qui prouvaient la lucidité des deux somnambules, d’ou le tribunal a senti qu’il était possible que les prévenues pussent se croire quelquefois en état de donner d’utiles conseils ; qu’elles pouvaient, sans employer de manèges frauduleux, obtenir la confiance de certaines personnes, et alors, l’accusation d’escroquerie, faisant subir deux années de prison à une malheureuse qui n’avait reçu que deux francs pour deux mois de tracas et de courses, a été écartée pour faire place au délit d’exercice illégal de la médecine
Dans votre journal, où il ne s’agit d’aucune discussion qui puisse entraîner une peine infamante sur des personnes souvent moins coupables que celles qui les font agir, nous pouvons citer les faits au tribunal de la raison, afin d’examiner le somnambulisme et son utilité.
Un somnambulisme lucide et bien dirigé est sans doute le plus grand bonhenr qu’on puisse obtenir, puis qu’il peut, à l’action bienfaisante du magnét
tisme, ajouter les véritables remèdes qui lui conviennent.
Voici un trait de la vie somnambulique d’une personne qui m’était bien chère, et qui ne sera pas sans intérêt.
Ma femme, arrivée au dernier degré de phthysie pulmonaire, a vécu deux années au moyen du magnétisme et des remèdes qu’elle s’indiquait ellemême, étant en somnambulisme. Vers les derniers jours de sa vie, un médecin magnétiseur lui proposa une préparation dans laquelle entrait l’acide prussique ; c était avant l’époque du procès trop célèbre qui popularisa le nom de ce poison, en même temps que celui de plusieurs autres de même nature. Qu’est-ce que c’est que l’acide prussique? demanda la somnambule. —C’est un extrait d’amandes amères. (Je conserve littéralement la réponse du médecin.)
Oli ! cela ne me vaut rien, pas plus que les noyaux des autres fruits.—Mais, Madame, cette préparation ne contient qu’une des parties constituantes de l’amande, ce qui produit un tout autre effet. Enfin, après quelques observations, la somnambule consentit à se conformer à l’ordonnance que le médecin lui prescrivait de prendre le matin à jeun. Un instant après, la malade fut réveillée, et n’eut, selon sa coutume, aucun souvenir de ce qui s’était passé pendant son somnambulisme. Le lendemain, à peine eut-elle avalé une cuillerée de la potion, qu’elle sentit de violentes coliques d’estomac. En un instant je la fis passer à l’état de somnambulisme, et elle
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expectora ce qu’elle avait pris : j’eus beaucoup de peine à la calmer et à ramener sa confiance en son médecin, qu’elle traitait fort mal, en répétant constamment qu’il lui avait donné du poison. Celui-ci ne put comprendre le récit que nous lui fîmes de l’action du médicament; il prétendit que l’imagination seule de la malade avait produit un effet aussi inattendu. Yous lui avez probablement dit, ou elle a pensé, que c’était un remède violent, et la crainte a suffi pour détourner l’action toute bénigne de quelques atomes d’une substance vénéneuse, il est vrai, mais noyée dans une masse d’eau. Le médecin était entièrement dans l’erreur, car il m’apprit ainsi, que j’avais donné sans m’en douter un remède dangereux, et fort bien désigné par la malade en somnambulisme. Elle l’avait pris en toute confiance dans l’état de veille, sans aucun soupçon du mal qui pouvait en résulter.
La malade, remise en somnambulisme, causa long-temps avec le docteur, qui convint avec elle de la nécessité de renoncer à ce remède, et de le remplacer par un autre qu’il ordonna pour calmer et détruire l’irritation qu’avait occasionée l’essai malheureux d’un remède employé cependant, disait-il, pour la même maladie par de très bons médecins.
Le lendemain, je mis la malade en somnambulisme avant de lui présenter la nouvelle potion, mais à peine avais-je saisi la bouteille, que ses alarmes et son indignation se renouvelèrent avec plus de violence que la veille. C’est le même poison, s’écria-
t-elle ; il veut faire une expérience sur moi, en me faisant prendre la même chose sous un autre nom et sous de nouvelles apparences. Je défendis le docteur avec chaleur, croyant pour cette fois la malade livrée à de fâcheuses préventions. Je lui fis observer que le flacon ne contenait que quelques cuillerées d un sirop qui ne pouvait être qu’agréable, et que la veille, le pharmacien m’avait donné une grande bouteille de verre blanc, renfermant un litre de liquide ayant l’apparence d’une eau limpide. Elfe ne voulut entendre aucune raison, ni même permettre qu on lui approchât les deux substances pour les comparer. Elle se plaignit de mon obstination, et me promit de me prouver la duplicité du docteur, sous la condition de faire cesser ses visites sans l’offenser et sans même paraître indisposé contre lui. Il viendra aujourd’hui plus tôt qu’à l’ordinaire, me dit-elle, je ne veux point le voir, tu le recevras dans le salon, et a peine t’aura-t-il salué que tu l’entendras dire avec empressement : Eh bien ! a-telle pris sa potion? Tu répondras : Oui , et cela ne lui a fait ni bien ni mal. Vous voyez bien, dira-t-il alors d’un air de triomphe, que c’était son imagination : elle a pris ce matin la même substance qu’hier. Ce fut effectivement mot pour mot ce qui se passa dans cette visite du médecin, qui fut la dernière.
Cette faculté de voir du somnambule s’étend souvent au-delà de sa propre organisation. Des faits nouveaux , ajoutés à ceux que contiennent un si grand nombre d’ouvrages, ne feraient que constater cette
vérité qui est prouvée depuis long-temps. D’ailleurs, votre journal renferme des faits de prévision et d’admirables consultations, non-seulement en présence du malade, mais encore au pioyen de cheveux ou d’autres objets qui lui ont appartenu. Vous admettez , ainsi que tout magnétiseur un peu expérimenté , cette faculté du somnambule lucide de connaître , sous de cei’taines conditions, la maladie d’une personne présente ou éloignée , et de lui donner de salutaires conseils pour obtenir sa guérison.
Le somnambule le mieux dirigé , après avoir donné des preuves de lucidité, peut se tromper dans certains momens et reprendre cette faculté de voir avant de la perdre tout-à-fait. Ce somnambule ne peut-il pas, sous l’influence involontaire du magnétiseur ou du malade, débiter comme des vérités des erreurs manifestes? Ne peut-il pas, sans aucune influence magnétique, se livrer aux rêves de son imagination? Je ne m’arrêterai point à citer des exemples; il ne s’en présente que trop à chaque observateur. Je désire seulement faire une observation au sujet de ce que vous rapportez, pag. 90, de l’opinion d’un homme distingué en magnétisme, M. Tardy de Montravel, qui dit : ce La pensée du magnétiseur est absolument « nécessaire pour soutenir le somnambule. » Cette maxime, suivie sans l’estriction, peut avoir des dangers; le somnambulisme est une crise singulière qui tient à l’organisme du malade. Cette crise présente les plus grandes variétés chez le même individu, et à
plus forte raison dans différens sujets. Elle a sans doute besoin de l’action magnétique pour se développer et se conserver; mais ne vaudrait-il pas mieux laisser le somnambule agir de lui-même que de le soumettre sans relâche à l’influence extérieure? Je n’ai jamais rencontré de somnambules à prévisions extraordinaires; je ne doute point qu’il n’y en ait ainsi que de ceux qui sont exclusivement livrés à l’action intérieure qui les anime; mais j’ai trouvé, dans mes somnambules, la faculté plus ou moins développée de recevoir le reflet de ma pensée. Ils m’ont dit quelquefois des choses qui pouvaient être hors de leur portée en état de veille, mais qui n’étaient point étrangères à mes connaissances. J’avais un somnambule qui, revenu à l’état de veille sentait renaître dans son esprit,à ma volonté, le tableau des différentes scènes de son état magnétique.
Une jeune fille qui, dans l’état de veille ne pouvait avoir aucun souvenir de son sommeil en somnambulisme, mêlait souvent à ses actions et à ses paroles quelques-unes de mes impulsions mentales. Je prenais plaisir par des expériences positives, à m’assurer de cette faculté : une lumière, par exemple, que je plaçais devant elle sur une table, lui semblait disparaître tout-à-coup pour reparaître un instant après, ou avait l’air de s’éloigner doucement pour se rapprocher peu à peu à ma volonté. Je me tenais derrière la somnambule pour être assuré qu’elle ne pouvait trouver sur ma physionomie des indices de ma volonté. Une femme que j’avais rendue somnambule
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et qui attribuait au sang un malaise qu’elle éprouvait momentanément, me dit à la seconde séance : J’ai des vers dans l’estomac, j’en vois six...., huit..., neuf.... Assez, lui dis-je, et après un moment de silence : Voyez encore , ah ! j’en ai un énorme, il dévore tous mes alimens et serpente dans mon ventre... Comment, repris-je, voyez donc bien ! Elle s’arrête toute troublée, et sa joie renaît en s’apercevant que c’est une illusion qui s’évanouit. Cette circonstance fut remarquable pour moi en ce que la somnambule avait répondu exactement à mes idées que je dirigeais ainsi pour obtenir une nouvelle expérience de la puissance de la volonté.
Je reviens sur le compte de ma femme qui, étant sollicitée à observer ses poumons désorganisés, se livrait au désespoir et aux larmes, et s’écriait avec douleur : Je ne peux plus vivre , ma maladie est mortelle. Je l’arrêtais alors magnétiquement, et par des paroles consolantes je la livrais à l’espoir, et elle s’ordonnait des remèdes hygiéniques qui adoucissaient toujours ses maux.
Quels sont donc les moyens de reconnaître les erreurs présentées si souvent sous une apparence de vérité? Je n’en connais point d’autres que la prudence et ce tact, fruit de l’expérience, qui nous guident suivant l’occasion.
Je puis cependant indiquer la marche que j’ai l’habitude de suivre pour détourner les personnes trop confiantes qui font souvent un abus déplorable du magnétisme en consultant des somnambules comme
des oracles sur des choses bien étrangères aux maladies. Je me mets en rapport avec ces somnambules, et je les ramène sur des données qu’on peut vérifier afin que leurs nouvelles assertions, souvent fautives et soutenues presque toujours jusqu’à vérification, servent de base au crédit qu’on peut leur accorder. Quant aux remèdes ordonnés, il faut s’y conformer je crois avec d’autant plus de réserve, que les somnambules auront fourni moins de garanties dans la description qu’ils auront faite de la maladie. Quel que soit le somnambule que vous irez consulter, dis-je aux malades qui me demandent mon avis, présentez-vous avec franchise et ne dites rien qui puisse indiquer vos habitudes, vos souffrances ou vos maux. Si vous êtes satisfaits de la consultation, faites les remèdes et continuez-les tant qu’ils produiront de .bons effets ou des effets prevus d’avance.
Mais peut-on avoir de la confiance en un somnambule qui se fait payer? Et pourquoi pas, si ce somnambule offre des garanties morales et a donné des preuves de lucidité. Faut-il, sans aucune indemnité , que ce malheureux consacre son temps au public et s’expose incessamment à des crises nouvelles, toujours fatigantes, et à un contact quelquefois dangereux pour sa santé ? Non sans doute, et un malade est fort heureux quand les médecins ne lui offrent plus qu’un secours incertain, de trouver des somnambules à sa disposition, plutôt que d’aller quêter auprès des magnétiseurs une complaisance qu’il est sou-
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vent pour eux aussi pénible d’accorder , qu’il peut l’être pour leur somnambule.
Je sais que des somnambules de profession sont en exercice beaucoup trop de temps et voient un trop grand nombre de malades pour pouvoir conserver une égale lucidité et donner à chacun une suffisante attention ; mais il en est de ces somnambules comme du médecin trop occupé , qui passe comme une ombre devant un malade-
Quant à soumettre les somnambules à une épreuve pour les déclarer capables de donner des consultations ou les forcer à renoncer au somnambulisme pour toujours, je pense que vous n’entendez par-là que vouloir constater l’état magnétique du somnambule et non sa lucidité, qui, je le répète, est variable et ne peut être appréciée qu’à chaque consultation et par le malade lui-même.
Vous avez annoncé depuis long-temps un moyen infaillible de produire des effets magnétiques sur tout individu et de reconnaître l’existence du sommeil magnétique. Tous rendrez-là un service éminent à la science et à l’humanité. Désormais l’incrédulité n’existera pas plus en magnétisme qu’en physique, et le phénomène du somnambulisme rigoureusement constaté écartera le charlatanisme et la mauvaise foi. Les amis de la vérité voient avec peine les liens que vous vous êtes imposés vis-à-vis de la commission dont l’inertie met un obstacle à une révélation si importante. Je ne puis, Monsieur, que vous en
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témoigner mes regrets personnels en vous assurant de la haute estime
de votre très-humble serviteur.
Note de M. Dupotet.
M. De Latour ne m’a pas bien compris, s’il croit que j’ai voulu blâmer les somnambules qui se font payer. Je pense au contraire qu’ils doivent recevoir un salaire qui n’est qu’un juste et faible dédommagement des soins qu’ils donnent aux malades. Une bonne consultation ne saurait être trop appréciée ; elle estsans prix, c’est ta vérité elle-même sans aucun mélange de l’erreur, si commune aux faibles humains : heureux qui peut l’obtenir! Mais il faut pour cela un concours de circonstances qui se rencontrent rarement réunies, et dont je pourrai pailei dans une autre occasion.
M. De Latour ne croit pas qu’on puisse parvenir un jour à soumettre les somnambules à une espèce de jury, qui serait chargé d’examiner leur faculté et leur lucidité. Je crois cependant la chose possible ; on doit se rappeler que le médecin qui a provoqué l’attention de l’académie, pour examiner de nouveau la question du magnétiseur, a offert de prouver la lucidité de ses somnambules aux commissaires qui seraient nommés. - J’ai montré à l’académie des somnambules, lesquels ayant les yeux parfaitement
fermes , ont joué leur partie de cartes avec MM. les commissaires, avec autant de facilité que s’ils avaient joui pleinement de leur vue. Il faut espérer que les magnétiseurs s’apercevi’ont qu’il dépend d’eux d’arriver à cet état, et que s’ils n’y sont pas encore parvenus, ils ne doivent pas s’en prendre à leurs somnambules.
M. De Latourparaît regreter que je n’aie pas encore donné suite aux assertions contenues dans mon premier article des procédés magnétiques , il attribue ce retard aux engagemens qu’il suppose exister entre moi et la commission.
J’ai bien souinisàMM. lesmembres de l’académie des propositions qu’elle avait jugées concluantes, si elles pouvaient être justifiées par des faits. J’espérais qu’ils s’empresseraient de les examiner, et je m’étais mis pour cela à leur disposition; mais des circonstances que je ne connais point ont empêché tout examen, et m’ont privé de l’honneur qu’il y aurait eu pour moi de contribuer au triomphe du magnétisme; je ne suis hé en aucune manière envers la commission, seulement je ne puis publier mes travaux auprès d’elle qui sont antérieurs à mes dernières propositions, parce que ces MM. me retiennent les procès-verbaux de toutes les expériences que j’ai faites en leur présence; on n’a pas même voulu m’en donner copie, sous prétexte qu’ils les feraient connaître eux-mêmes au public. Mais si la commission juge à propos de borner là son examen, ce n’est pas pour moi une raison de garder le silence, et j’es *
père publier peut-être bientôt le fruit des recherches que j’ai eu occasion de faire dans cette ciiconstancef Le public décidera si j’aibien du mal vu, et si mes observations se trouvent justes ou défectueuses.
Cet art sublime, encore incompréhensible, que la providence semble vouloir accorder à 1 homme pour soulager ses infortunes, marche à grands pas vers le foyer de la publicité, centre corn mn de lumières célestes, où toutes les connaissances humaines viennent s’épurer de l’obscurité , propagée par l’ignorance ,1e mensonge et les préjugés. Lessciences évidemment destinées au bien de tous, ne sont plus le privilège d’un petit nombi’e ; et ces connaissances mystérieuses, qui attiraient la vénération des peuples, dans les temps de ténèbres qui nous ont précédés, exposées aujourd’hui aux lumières du siecle, ne laissent plus voir que les ridicules moyens de l’erreur et de la mauvaise foi.
Lettre sur le Magnétisme écrite par M- E. S. Irlandais , à la Gazette de Londres.
Les médecins m’ayant conseillé, pour le rétablissement de ma santé, de faire un petit voyage pendant l’été, je me décidai d’aller visiter Paris. Parmi les lettres de recommandation que j’emportai avec moi, j’en avais quelques-unes pour les principaux médé-
cins de celle capitale qui s’occupent de magnétisme. Comme, probablement , vous avez peu entendu parler de celte science intéressante, vous serez, sans doute, bien aise de connaître quelques faits dont j’ai été témoin.
J’avais apporté de Londres, un peu de cheveux d’un de mes amis, attaqué d’une maladie bilieuse qui ressemblait à la jaunisse et qui avait répandu sur tout son corps, une couleur d’un jaune sombre et presque noirâtre. La bile qui se mêlait alors avec le sang faisait de grands ravages. Avant mon départ de Londres un médecin du premier mérite, qui lui donnait ses soins, m’avait dit qu’il désespérait de guérir la maladie de ce malheureux qu’il considérait comme étant dans un état contre lequel il n y avait que peu de ressources; à cette époque l’hydropisie était survenue, indépendamment de la maladie du foie.
Il y avait déjà douze jours que les cheveux que j’avais avec moi, avaient été coupés, lorsque je les présentai à madame B... somnambule que j’ai eu occasion de consulter dans l’appartement de M. Dupotet, rue des Saints-Pères à Paris, n° 26 . M. Dupotet, après avoir au bout de quelques secondes, procuré à cette dame, au moyen des procédés du magnétisme, cette espèce extraordinaire de sommeil auquel on.donne le nom de somnambulisme, lui remit les cheveux qu’elle prit et toucha avec attention. Alors (paraissant dans un état tout différent de celui qui lui était ordinaire dans les autres consul-
tâtions dont j’avais été témoin) elle laissa tomber sa tête sur sa poitrine et parut plongée dans le plus profond assoupissement, dont le magnétisme ne la délivra qu’avec difficulté. Enfin , revenue de cet état, elle souleva un peu sa tête etdit lentement, je m?en vais, je vais mourir. Ensuite elle ajouta que le malade était près de toucher à la fin de sa carrière, qu’il avait la maladie noire , que son sang était corrompu, qu’il était inutile de lui prescrire aucun remède et qu’on pouvait lui donner tout ce qu’il désirerait. Lui ayant demandé si l’usage du magnétisme ne pourrait pas lui procurer quelque bien, elle a répondu qu’il ne pourrait prolonger sa vie que de bien peu de temps.
J’avais mis le plus grand soin à ne donner aucun renseignement, ni à M. Dupotet, ni a lasomnambule qui pût aider l’un ou l’autre à avoir la moindre idée sur le fait pour lequel je les consultais. Vous pouvez juger, d’après cela, de mon étonnement, en voyant la parfaite connaissance que cette dame avait acquise intérieurement de l’état et de la fin prochaine de mon ami; en effet, peu de joui’S après je fus informe qu’il avait payé le tribut à la nature, la veille du jour où j’avais fait cette consultation.
Il semble qu’on pourrait d’abord objecter que si la clairvoyance de cette somnambule était parfaite, elle aurait dû voir que le malade pour lequel on la consultait n’existait plus, au moment où elle décrivait son état, mais souvenez-vous que les cheveux avaient été coupés douze jours auparavant, et que
e lluide magnétique qu’ils contenaient pouvait seulement communiquer à la perception du somnambule, le sentiment de l’état du malade à cette époque, où il était encore en vie; ce qu’elle a exprimé d’une manière non équivoque.
Qu’on ne dise point qu’elle a heureusement deviné dans cette occasion; car je l’ai consultée, en même temps, sur deux autres amis qui se trouvaient éloignés et quoique je n’aie employé d’a utre moy en qu’une touffe de leurs cheveux, j’en ai reçu des preuves d’une clairvoyance également surprenante ; surtout au moment où, en me décrivant l’état physique de l’une de ces deux personnes, elle fit soudainement une digression pour me dépeindre quelques traits de son caractère moral, qui étaient connus de ses amis; ce qui a excité mon admiration.
Il n’y a pas deux mois encore que je disais follement que rien au monde n’était capable de me faire croire à l’existence des choses que j’entendais raconter sur le magnétisme ; je parlais ainsi parce que dans le fait je n’avais jamais rien vu de semblable. Je suis tout disposé aujourd’hui, à reconnaître qu’il peut y avoir plus de choses dans le ciel et sur la terre, que ma philosophie n’en puisse imaginer, ou plutôt je suis prêt, maintenant plus que jamais, à déclarer avec le fils de Jessé, que les oeuvres du Seigneur sont des merveilles qui méritent d’être étudiées et gravées profondément dans le cœur de tous ceux qui ont le bonheur de se plaire dans cette contemplation. J’ai l’honneur d’être M. etc- E.
Du Magnétisme depuis Mesmer.
Suite de la première époque.
Quoique Mesmer invoquât toujours les faits, il se pressait peu de les faire voir. Déjà il avait rejeté une commission de savans en 1781 j le médecin du Roi lui en proposa une autre qu’il rejeta également. 11 avait une telle défiance pour des enquêtes de cette nature , qu’il refusa 3 o,ooo fr. de rentes et cent mille écus comptant, que lui offrit le ministre Breteuil , pour qu’il restât à Paris, et enseignât sa méthode à des médecins choisis par le gouvernement. Enfin, le Magnétisme animal, déjà assez ancien et partout répandu, n’avait encore aucune valeur scientifique, et ne reposait que sur des opinions. Desion, initié par trois années de pratique à la méthode de Mes- 3 mer, avait jugé à propos de se séparer de lui, et d’ouvrir, à l’exemple de son maître, un traitement magnétique. Ils se mirent à opérer chacun de leur côté, et la foule afflua également chez les deux magnétiseurs. L’occasion s’offrit alors de soumettre à un examen cette nouvelle découverte. Desion, plus convaincu peut-être encore que Mesmer , était toutà-fait disposé à accueillir des examinateurs. On le prit au mot en 1784.
Le Roi nomma deux commissions, l’une prise dans l’académie des sciences, l’autre dans la société royale de médecine, pour examiner le Magnétisme animal. Le choix des commissaires promettait beau-
coup ; ceux de l’académie des sciences lurent bian~ ldin, le Roi, Bailly, de Bory et Lavoisier ; ceux de la société de médecine, Poissonnier-Desperrières, Caille, Manduyt Andry et de Jussieu. La faculté de médecine adjoignit à ses commissaires quatre de ses membres, Majault, Sallin, Darcet etGuillotin. Ces divers commissaires, sur le refus positif de Mesmer de les admettre, se présentèrent chez Des* Ion, et commencèrent leurs opérations.
INous devons donner ici quelques détails sur les traitemens magnétiques cle cette epoque, tels quils furent soumis aux commissaires.
Au milieu d’une salle était un baquet de quelques pieds de hauteur, garni d’un couvercle à deux battans, percé de trous,par lesquels sortaient des tiges de fer recourbées et mobiles. L’intérieur du baquet était rempli de bouteilles pleines d’eau et placées, les unes de manière que leur col répondait au centre de la cuve et leur base à la circonférence , et les autres en sens inverse ; le baquet lui-même contenait une certaine quantité d’eau , remplissant les vides formés par l’adossement des bouteilles; mais cette circonstance de la confection du baquet n’était pas indispensable. Les malades se rangeaient autour de cet appareil, et dirigeaient les tiges de fer sur les parties affectées, ou s’entouraient le corps d’un cerceau suspendu à cet effet à leur sommet. Quelquefois se serrant les uns les autres par le pouce et le doigt indicateur, ils formaient ce qu’on appelait la chaîne. Le magnétiseur, armé d’une baguette de
fet’ qu’il promenait sur les malades, semblait diriger a son gré les mouvemens du fluide. Tout cet appareil d’eau, de bouteilles et de tiges métalliques, était supposé propre à dégager l’agent magnétique. Quelquefois on jouait du piano; car, d’après une des propositions de Mesmer, le Magnétisme est surtout propagé et renforcé par le son.
Ces procédés formaient la base du traitement en commun, ou du traitement du baquet. La magnétisation pouvait en outre s^exercer de plusieurs autres manières; le fluide universel étant partout, le magnétiseur en avait en lui une certaine quantité qu’il pouvait communiquer et diriger, soit au moyen d’une baguette , soit simplement par le mouvement de son doigt alongé. À ces gestes , exécutés à distance , on joignait aussi certains attouchemens légers sui* les hypocondres, sur la région épigastrique ou sur les membres. Pour ajouter à l’effet de ces pratiques, on magnétisait des arbres, de l’eau, des alimens ou autres objets quelconques, car tous les corps de la nature sont susceptibles de magnétisme.
Les effets produits par les procédés que nous venons de décrire étaient extrêmement bizarres. Ecoutons les commissaires eux-mêmes qui les ont observés et décrits, « Alors les malades offrent un « tableau très varié par les différens états où ils se « trouvent : quelque-uns sont calmes, tranquilles , « et n’éprouvent rien ) d’autres toussent, crachent, , i* 11
cc sentent quelques légères douleurs, une chaleur lo- « cale ou une chaleur universelle et ont des sueurs *
« d’autres sont agités et tourmentes par des convnt cc sions. — Rien n’est plus étonnant que le spéciale cle de ces convulsions : quaud on ne la point cc vu, on ne peut s’en faire une idée ; et en le cc voyant, on est également surpris, et du repos cc profond d’une partie de ces malades, et de 1 agicc tation qui anime les autres ; des accidens variés cc qui se répètent, des sympathies qui s’établissent, cc On voit des malades se chercher exclusivement, cc et en se précipitant l’un vers l’autre , se sourire , cc se parler avec affection, et adoucir mutuellement cc leurs crises. Tous sont soumis a celui qui les ce magnétise , ils ont beau être dans un assoupissecc ment apparent, sa voix , un regard’, un signe les cc en retire. On ne peuf s’empêcher de reconnaître cc à ces effets constans, une grande puissance qui cc agite les malades, les maîtrise et dont celui qui cc magnétise semble êti’e dépositaire. » (P. 5, 6, 7, de leurs rap. )
Tout ceci n’est qu’une 'partie des phénomènes que produisait cette 'magnétisation , ces effets diversifiés à l’infini suivant la nature des maladies et l’idiosvncrasie des malades, allaient toujours en croissant, à mesure que, l’action se continuait et se terminait ordinairement par des convulsions; c’était le dénouement. On regardait cet état t eomrne
le but de l’action magnétique et comme le moyen employé par la nature pour l’achèvement de la guérison. — Plusieurs de ces crises étaient effrayantes par leur force et leur durée, et chose étrange, après avoir repris leurs sens , il ne restait aux malades qu un léger sentiment de fatigue et plusieurs accusaient meme un soulagement marqué.